Les origines et la genèse de la Jauge Métrique Internationale
C’est le 12 juin 1906 à Londres qu’est née la Jauge Métrique Internationale. Elle permet aux yachts jaugés de régater entre eux en temps réel, sans correction de handicap. Dès 1907, les premiers 12 MJI sont construits en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Scandinavie, suivant la première formule de jauge qui restera en vigueur jusqu’en 1920. Pour un 12 MJI, le résultat R doit être inférieur ou égal à 12. La longueur de la coque se situe entre 18 et 21 m pour un déplacement d’environ 30 tonnes. Ces navires, qui ont participé aux premiers Jeux olympiques de l’ère moderne ou à l’America’s Cup, sont les invités d’honneur de la Toulon Provence Regatta (TPR). Inscrite au calendrier de l’association française des yachts de tradition, la Toulon Provence Regatta regroupe toutes les classes métriques de voiliers, des plus célèbres comme les 12m JI aux 2.4mR symboles de la voile inclusive, en passant par les Ultim taillés pour la course au large et capables, grâce à leurs foils de voler au-dessus de l’eau.
La saga de France 3 : De la conception à la légende
Pour concevoir France 3, Marcel Bich fait appel à Johan Valentijn, jeune architecte qui a le vent en poupe dans les milieux de l’America’s Cup. Né en Hollande en 1948, Johan Valentijn dont la famille possédait un chantier naval a d’abord suivi des études d’architecte naval, avant de partir pour les Etats-Unis en 1971 où il intègre le cabinet Sparkman & Stephens. C’est l’époque ou le célèbre architecte new-yorkais travaille à la conception de Courageous (US-25), le premier 12 mJI entièrement construit en aluminium. Valentijn change ensuite de continent pour travailler en Australie avec Bob Miller (qui prendra par la suite le nom de Ben Lexcen) avec qui il va co-dessiner Australia qui sera challenger en 1977 et 1980 sur un financement du multimillionnaire australien Alan Bond. Les deux hommes testent notamment des carènes au bassin d’essai de l’université de technologie de Delft en Hollande. Il a donc une solide expérience quand il s’attèle à la conception de France 3.
France 3 sera construit en 1979 entièrement en aluminium à La Rochelle dans une unité du chantier Dufour spécialement créée pour l’occasion. Le chantier Dufour avait été racheté par Marcel Bich en 1976 à son fondateur Michel Dufour alors en difficulté. Le chantier est dirigé à l’époque par Bernard Minvielle avec Bruno Troublé au poste de directeur commercial. Fort de l’expérience des trois campagnes précédentes, Marcel Bich et son équipe savent où mettre les pieds pour la campagne de 1980. Fidèle à ses habitudes d’aller cherche les talents là où ils se trouvent, le Président de l’AFCA va élever le niveau des entraînements en rachetant Intrepid, le defender victorieux de 1967 qu’il met entre les mains de régatiers américains comme Gerry Driscoll, Bill Ficker, Lowell North, ou John Marshall. France 3 et son équipage sont au niveau ! Au printemps 1980, l’AFCA déménage en Californie pour des entraînements ou des progrès sensible sont constatés, avant de revenir à Newport en mai pour les dernières mises au point. Les sélection du challenger débutent le 4 août 1980 et la concurrence est solide. Outre les australiens d’Alan Bond qui engagent Australia pour la deuxième fois consécutive, les anglais sont de retour avec Lionheart, un tout nouveau 12 m qui a la particularité d’avoir une tête de mât extrêmement flexible pour augmenter artificiellement la surface de la grand-voile, ce qui est une arme redoutable dans le petit temps. La demi-finale Australia-Sverige est vite réglée sur le score de 4-0, mais celle entre France 3 et Lionheart dont la barre est désormais confiée au jeune Laurie Smith sera extrêmement serrée. Le score de 4-1 de la finale de la sélection du challenger qui oppose Australia à France 3 prouvera la supériorité de vitesse du bateau australien, mais en remportant une victoire, le clan français prouve cependant qu’il était un adversaire de valeur.
La transition vers 1983 et les nouveaux défis
1983 restera dans l’histoire comme l’édition qui a changé le visage de la Coupe de l’America, notamment par la première victoire d’un challenger sur un defender américain au terme de 24 éditions étalées sur une période de 132 ans. Côté français, c’est désormais le producteur de films Yves-Rousset Rouard qui mène l’effort tricolore. Apprenant par un journal télévisé dans lequel Bruno Troublé lance un appel à repreneur afin de poursuivre les efforts du Baron Bich, Yves-Rousset-Rouard n’hésite pas une seconde. Il appelle la régie pour se faire connaitre, et part à Newport dans la foulée pour racheter France 3, ses équipements et une partie de la logistique qui va avec. Et repart de zéro, ou presque : de toute l’équipe de l’AFCA, seuls le skipper Bruno Troublé et Jean Castenet qui prend le rôle de directeur technique rejoignent la nouvelle équipe en formation. Ne bénéficiant pas des moyens du Baron Bich, Yves Rousset Rouard choisit alors de mettre en place un financement basé sur une effort national allant des souscriptions publiques, à l’aide des pouvoirs publics, en passant par le sponsoring commercial des entreprises ou l’aide de différents ministères. Il s’adjoint les services d’Henri de Maublanc pour le management général.
France 3 est néanmoins ramené en France pour une série de modifications techniques confiées à l’architecte cannois Jacques Fauroux. Elles seront réalisées au chantier Fourré-Lagadec implanté à Harfleur, à proximité du Havre, ou France 3 arrive au printemps 1981. Au programme : changement de quille, modification du cockpit avec avancement des barres, encastrement de la barre d’écoute dans le tableau arrière afin de pouvoir border la grand-voile plus efficacement, nouvelle approche pour la conception et la fabrication des voiles, installation d’un ordinateur de bord. France 3 est ensuite envoyé à Newport pour une première saison d’entraînement après un passage au chantier Cove Haven situé à quelques miles au nord de Newport pour finir le travail entrepris au havre, la peinture notamment. Il n’arrivera à Newport en cours de saison que le 12 aout 1982, ce qui permettra néanmoins de dégrossir le nouvel équipage et de mettre au point les modifications techniques.
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L'esprit de compétition et l'héritage marin
Le Défi Français pour la Coupe de l’America, l’association créée par Yves Rousset-Rouard n’a pas les moyens de s’offrir un lièvre d’entraînement ni de faire courir deux équipages. Bruno Troublé n’est pas toujours là, et cède souvent sa place à Patrick Haegli ou Michel Teweles. Le DFCA n’est pourtant pas le seul dans ce cas, et dans la cohorte de 12 m JI qui investit Newport cette année là, les moyens sont disparates. Jamais il n’y a eu autant de syndicats en lice. Trois côté américain : Freedom Campaign 83, Defender/Courageous groups. Sept côté reste du monde : deux défis australien (Australia et Advance), un canadien (Canada One), un anglais (Victory Challenge), un italien pour la première fois (Azurra), en plus du français. Pour ne pas baisser de rythme durant l’hiver 1982-83, le DFCA déménage en Floride, à Miami Beach afin de poursuivre ses entraînements solitaires mais profitera néanmoins de la présence à Fort Lauderdale du défi Canadien pour effectuer quelques régates et entraînements communs. De retour à Newport au printemps, France 3 va poursuivre sa mise au point en disputant notamment quelques régates avec ses futurs adversaires. Puis viennent les premières régates, en arrivant à arracher 4 victoires (2 sur Advance, 1 sur Canada 1, 1 sur Azzura), Bruno Troublé et le jeune équipage talentueux français sauvent l’honneur.
Pour l’édition 1987 qui sera disputée en Australie, deux défis français voient le jour. L’un mené par Marc Pajot sous les couleurs de la Société Nautique de Sète, l’autre par son frère Yves qui avec Pierre English, ancien des campagnes d’Eric Tabarly et skipper de course au large, et l’appui de Gaston Deferre, lance un défi sous pour le compte de la Société Nautique de Marseille. La nécessité d’avoir deux bateaux pour mieux progresser n’étant plus à démontrer, Yves Pajot et Pierre English concluent un accord avec Yves Rousset-Rouard afin de pouvoir utiliser France 3. Installée dans le port de la Pointe Rouge dans les locaux de l’Institut National de Plongée Professionelle, la nouvelle équipe va mettre en route les deux anciens adversaires avec l’aide de Laurent Esquier, un des anciens de l’époque Bich qui a ensuite évolué dans le monde des maxis, puis travaillé avec Dennis Conner en 1983. L’Australie de l’Ouest est devenue la nouvelle patrie de l’America’s Cup désormais détenue par le Royal Perth Yacht Club grâce à la victoire d’Australia II. Jamais la Cup n’a suscité autant d’envies : quatre syndicats australiens sont en lice pour la défense, douze challengers dont cinq américains vont s’affronter dans la Louis Vuitton Cup. France 3 est du voyage, son rôle de sparring partner permettra à Yves Pajot de développer son nouveau bateau Challenge France.
La préservation et le renouveau d'un patrimoine navigant
France 3 reviendra en France en compagnie de la plupart de ses congénères sur un même cargo en direction de l’Europe, mais tandis que ses alter-ego désormais tous équipés de savantes quilles à ailettes se dirigent vers Porto Cervo où aura lieu un championnat du monde en septembre 1987, France 3 pour sa part prend la direction de la Bretagne et de l’école Navale de Lanvéoc Poulmic. Hasard de l’histoire, France 3 va retrouver sur la base de l’Ecole Navale située dans la rade de Brest à Lanvéoc-Poulmic une vielle connaissance: le 12 m JI France ! le bateau dessiné par André Mauric est là depuis 1984, date à laquelle l’AFCA du baron Bich l’a mis à la disposition de la Marine Nationale. France a navigué jusqu’en 1992 avant d’être récupéré en 2010 par la famille Bich qui le fera restaurer en 2010-2011. Les futurs officiers de marine français vont donc continuer à se former à la manœuvre d’un voilier de compétition pendant dix ans sur France 3, participant même aux fêtes maritimes de Brest en 1996.
La difficulté de tenir le voilier en état de naviguer finit par avoir raison de la volonté de l’Ecole navale qui décide de le désarmer et le stocker sur le terre-plein de l’Ecole navale. Heureusement, France 3 va croiser le chemin d’un homme de volonté, Yann Labbé, professionnel reconnu de la plaisance à Concarneau, un de ces hommes qui ont vibré pendant leur jeunesse aux exploits du 12 m français à Newport. Deux expertises diligentées en 2016 et 2021 attestent que la coque et la structure sont toujours en bon état. Dans l’optique de restaurer le bateau pour le refaire naviguer dans le circuit des yachts classiques aux côtés des nombreux autres 12 m JI, la priorité de Yann consiste à susciter la passion et l’intérêt humain indispensable, qui vont permettre de mener à bien et de financer la remise en état. D’anciens équipiers de la campagne 1983 qui sont pour la plupart restés amis et devenus des professionnels du nautisme se mobilisent. Yves Rousset-Rouard est sollicité et accepte le poste de Président d’Honneur de l’association d’intérêt général France 3-83 qui est créée en 2022.
L'effervescence actuelle dans le port de Toulon
Ce mardi matin, sur le port de Toulon, les élèves de l’école Zunino 2, à La Garde, découvrent un monde inconnu. Sur le pont du French Kiss, Yann leur parle quille, winch ou spi. Parmi eux, il y a quelques joyaux. Thea, le plus vieux, a ainsi été construit en 1918 pour participer aux Jeux olympiques. Jenetta, refait à neuf il y a six ans, arbore une magnifique coque aux motifs écossais. Le flamboyant Vim arbore, lui, un mat venu tout droit d’Alaska. Plus loin, on découvre France, construit en 1969 et local de l’étape. Basé à Hyères, c’est le mythique bateau du baron Bich, le roi du stylo à bille. "Ils ne sont pas faits pour que l’équipage dorme à bord, explique un marin. Ce sont des day boats, prévus pour régater quelques heures". Si possible plus rapidement que l’adversaire. En faisant montre d’inventivité aussi. Depuis quelques années, les foils leur ont volé la vedette. Ce mardi matin, trois cents scolaires de la métropole en prennent plein les mirettes. Ensuite, place au grand public. Les régates vont ainsi se succéder devant les plages du Mourillon de jeudi à dimanche. L’occasion de voir (de loin), des équipages d’une douzaine de marins se tirer la bourre. 38 voiliers seront ammarés dans le port de Toulon. Tous les navires seront ouverts au public à quai afin de les visiter.
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Les navires sont aussi prestigieux les uns des autres. Alexander Von Humboldt II, l'héritier allemand, il s'agit d'une barque à trois mâts de 65 mètres de longs, construit en 2011. Amerigo Vespucci, le fleuron de la flotte italienne, construit en 1931, ce trois-mâts carré mesure plus de 102 mètres. Astrid, une vie d'aventures dans la mer Baltique, ce brick de 1918 est long de plus de 41 mètres. 24 voiles aident ce pavillon néerlandais à naviguer. Belem, un trois-mâts convoité, cette barque de 58 mètres de long est un prestigieux témoin du patrimoine maritime français. Son année de construction remonte à 1896. Gulden Leeuw, l'authentique des années 30, ce trois-mâts goélette néerlandais de 70,70 mètres de long. Krusenstern, cathédrale des mers, ce voilier russe possède quatre mâts et mesure plus de 123 mètres de long. Il compte 35 voiles et a été conçu en 1926. Mir, l'école russe, né en 1987, ce trois mâts carré de 108 mètre de long appartient au pavillon russe. Santa Maria Manuela, cette goélette à quatre mâts mesure plus de 68 mètres pour une voilure de 1364 m². Elle appartient au pavillon portugais et a été construite en 1937. Santa Eulalia, ambassadrice du musée maritime de Barcelone, ce trois-mâts espagnol est une goélette de 41 m de long et possède 526,4 m² de voilure. Adornate, luxe, calme et volupté, goélette de 37 mètres de longueur, elle appartient au pavillon roumain. Far Barcelona, le catalan au liston blanc, il s'agit d'une goélette espagnole à voiles auriques, c'est à dire à quatre angles asymétriques de 360 m². Johanna Lucretia, un navire qui ne manque pas de toile, cette goélette britannique a été construite en 1945. Elle s'étend sur plus de 27 mètres de long et possède 374 m² de voilure. La Recouvrance, emblème de Brest, 35,95 mètres de long et 374 m² de voilure c'est la taille de cette goélette à huniers appartenant à un pavillon français.
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