Le surf, bien plus qu'une simple activité sportive, s'impose comme une discipline à la confluence du respect de l'environnement, de la résilience personnelle et de l'enseignement technique. À travers les récits de différents acteurs nommés Romain, cette exploration nous plonge dans les multiples dimensions d'un monde où la connaissance de l'océan dicte la conduite de l'homme. De l'enseignement sur les plages de Batz-sur-Mer aux engagements écologiques à Bordeaux ou Montpellier, en passant par les défis techniques du SUP (Stand Up Paddle) en Bretagne ou la compétition de haut niveau à Anglet, le surf révèle une diversité de pratiques et de philosophies.
La transmission et la pédagogie sur le littoral
À Batz-sur-Mer (Loire-Atlantique), la plage Valentin est un spot prisé des surfeurs, connu pour ses vagues accessibles et son cadre idéal pour l’apprentissage. Originaire de Guérande et habitant La Baule, Romain Cottrel n’est pas un inconnu du milieu du surf : il a enseigné, à Batz-sur-Mer, pendant trois saisons sous la direction de Brieuc Gueno de MerSea école de glisse. « C’est une reprise pour moi, une succession logique après ces trois années où j’ai reçu d’excellents retours de la part des stagiaires », explique Romain Cottrel. Son parcours, marqué par une solide expérience sur les plages de Valentin et de la Govelle, lui a permis de développer une pédagogie adaptée aux besoins de chacun. Dans cette optique, il a fait le choix de limiter les effectifs. « Je préfère travailler seul dans un premier temps, sans moniteurs extérieurs. Low tide surf school s’adresse à tous les publics, des enfants aux adultes, avec des formules adaptées à chaque niveau. Les débutants comme les surfeurs confirmés pourront bénéficier de cours collectifs ou particuliers. Pour les habitants de la région, une carte de dix séances sera proposée à 275 €. La plage Valentin, avec son fond sableux et ses vagues régulières, est un terrain d’apprentissage idéal. Romain envisage déjà d’élargir l’offre de l’école avec des cours spécialisés en longboard. Si, pour l’instant, l’école se concentre sur l’enseignement classique du surf, Romain ne manque pas d’idées pour l’avenir.
L'évolution vers la conscience environnementale
Le surfeur moderne est souvent confronté au « paradoxe du surfeur ». Comme l’explique Romain Paul, entrepreneur montpelliérain à la tête de l’entreprise Yuyo, la plupart des surfeurs sont conscients et sensibles des enjeux environnementaux parce qu’ils évoluent dans l’eau, un milieu naturel. Mais, les planches utilisées pour pratiquer ce sport sont polluantes. L’impact de fabrication est considérable, la fin de vie n’est pas gérée, elles ne sont pratiquement pas recyclables et en plus elles sont toxiques pour les humains et les écosystèmes marins. Après des années de recherches avec Thibaut et Laurent, ses deux associés, il lance Yuyo en 2018 et vend sa première planche en 2019. Avec son entreprise, il repense toutes les étapes de fabrication pour faire en sorte que le produit fini et le procédé de fabrication soient les plus responsables possibles vis-à-vis de l’environnement et des êtres humains. « Les bouteilles plastiques d’abord sont broyées pour générer des copeaux, détaille-t-il. Une entreprise à Saint-Etienne transforme les copeaux en filaments que l’on fait ensuite passer dans notre imprimante 3D. On obtient alors une planche de surf en deux parties. Lors de l’étape suivante, nous posons la fibre et la résine fabriqués en matériaux biocomposites. On combine donc le recyclage de déchets plastiques et le travail de matériaux biosourcés. Et la magie opère puisque 100 planches Yuyo ont déjà été vendues.
La quête de sens et la reconstruction par la glisse
Le surf peut agir comme un vecteur de résilience, une pratique qui lie l'esprit et le mouvement face à l'inhumain. Romain Quesada, paysagiste et surfeur, incarne cette démarche. Armé de tous les ingrédients biologiques et esthétiques qui font l’implantation et le déplacement des plantes, et d’un master d’Urbanisme obtenu à Sciences Po Paris, Romain Quesada retourne à Bordeaux. Dans le paysage notamment océanique, une nouvelle espèce endémique se répand, les déchets. Il y en a qui, tirant la leçon de Clément, les ramassent et en font des sculptures pour alerter. Quesada, lui, leur consacre ses heures perdues pour éduquer, avec une adhésion très active à Surfrider Foundation Europe. Puis un jour sa vie bascule. Victime de «l’inhumain», Romain Quesada entame alors un retour vers ses pairs par le «non-humain», entre les marches sur l’Iparla, au Pays basque, et une cure d’océan en allant vivre trois semaines de stage à l’école de voile des Glénans, en Bretagne. Deux armes se manifestent en lui: le surf et le dessin. Pour le surf dont il a toute la technique, du thruster au longboard, Romain prend la voie d’un nouvel apprentissage avec une «hot curl» sans dérive. Mis au point à Hawaii dans les années 1930 pour mieux pouvoir aller en travers dans la vague, ce modèle, tout en longueur avec un arrière étroit doté d’un dessous anguleux, était encore utilisé au début des années 1950 par les pionniers de la grosse vague de Makaha. Bien que sans aileron, la hot curl n’a rien à voir avec du surf finless. L’outline gunny, la carène bombée et le dessous arrière en arête font de la planche un engin de vitesse pour un maximum de distance dans le curl, puis dans la mousse de la vague. Chercher à surtout sentir la glisse d’un animal dans le flux des éléments, “comme le dauphin dans la vague ou l’oiseau dans le vent”, dit Romain Quesada à propos du choix de ce modèle de planche.
Expertise et haut niveau : la transition vers le coaching
Après une carrière de compétition, l'enseignement devient une forme de transmission essentielle. Romain Laulhé, ancien champion de France et coach, souligne l'importance de cette évolution. « Je n’imaginais pas vraiment devenir prof. J’ai repris mes études pour faire un bac + 6 en management et organisation sportive. Après, j’ai aussi entraîné les équipes de jeunes de l’Anglet Surf Club pour les compétitions. Petit à petit, des gens extérieurs au club ont commencé à me demander des cours. Je n’avais comme expérience que les deux ou trois interventions que j’avais faites à l’association nationale Handisurf. Au final, je me suis découvert dans ce travail d’enseignement et de transmission. » Avec l’enseignement, il s'est découvert la faculté de s’adapter aux autres, de trouver les bons mots, d’être patient. En retour, les récompenses sont fortes, quand on voit le sourire de quelqu’un qui réussit ce que vous lui avez demandé. Une émotion qu’on ne connaît pas en compétition. Romain Laulhé rappelle des fondamentaux essentiels : « La première des choses, si on veut commencer le surf, est d’accorder de l’importance à l’océan, à nager dans les vagues, acquérir les bases du sauvetage. L’océan n’est pas un terrain de jeu. Il faut le connaître, savoir lire les vagues. » S’il n’est pas de ceux qui s’offusquent de voir, en période estivale, beaucoup de surfeurs maladroits à l’eau, Romain Laulhé l’assure : « Pour apprendre à bien surfer, c’est impossible de s’en sortir tout seul. Il est indispensable de prendre au minimum un cours pour les bases et le mieux est d’en prendre plusieurs. »
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La diversité des disciplines : le cas du SUP
La pratique du surf s'étend au Stand Up Paddle, où de nouveaux talents repoussent les limites. Romain Barreau, jeune espoir du SUP français, se frotte aux conditions exigeantes de la Bretagne. En Bretagne, le surfeur de slab est une espèce nouvelle pour ne pas dire rare, et Romain doit être un des seuls à s’y frotter en SUP. Un slab c’est quand ça fait 2 mètres avec la double vague qui pète par en-dessous. SUPer des slabs en Bretagne. Il fallait y penser, mais de là à aller à Hawaii participer au Sunset Beach Pro de l’APP World Tour 2017, il y a un grand pas à franchir et Romain n’a pas hésité. Il est parti sur le North Shore accompagné de sa famille en février dernier pour se mesurer aux meilleurs mondiaux. Romain a commencé le SUP il y a deux ans seulement. Il a terminé 3ième en catégorie junior. Il se définit plus comme un surfeur qu’un SUPer, et même si l’avantage du SUP lui permet de partir plus tôt c’est toujours du surf new school qu’il vise. La rame lui permet d’amener encore plus de puissance.
Comprendre l’océan et la sécurité
Pour tout pratiquant, la compréhension des phénomènes marins est une condition sine qua non. Sur notre littoral, on rencontre souvent la même configuration de plage. Il y a des bancs de sable et des baïnes. Les vagues déferlent sur les bancs de sables appelé zone de déferlement. Les vagues repoussent l’eau et le sable vers la plage. Les baïnes sont des zones où le courant est très fort et tire vers le large. En été de nombreux baigneurs se font surprendre par le courant et paniquent. Dans cette situation il faut ramer ou nager en diagonale vers la plage, doucement. En Aquitaine, un surfeur rencontre plusieurs types de plage. Pour se préparer à une session, le surfeur peut se renseigner sur les différentes configurations des spots. Le déferlement roulant s’observe avec un haut-fond qui augmente progressivement. Le freinage de la houle commence loin du bord, la zone de mousse est plus importante. La houle a donc moins de force et les vagues déferlent loin du bord et sont souvent molles. Le déferlement plongeant s’observe avec un haut-fond qui augmente brutalement. Le temps de freinage de la houle est moins important car il s’effectue plus près du bord, la zone de mousse est moins importante.
Le surf comme discipline extrême et artistique
L'agilité dans le surf peut également se traduire par des performances hybrides. Romain Béchu, spécialiste des trick shots, a réalisé une performance digne d’éloges. On l'y voit jongler, lancé à pleine vitesse sur une planche au beau milieu d’un énorme tube, dans sa vidéo intitulée « Golf in the blue barrel ». « C'est le meilleur trick shot que j'ai fait de toute ma vie ! », résume-t-il. « Je ne pensais pas y arriver, car prendre un tube, ce n'est déjà pas évident, mais ça l'est encore moins en jonglant avec une balle de golf ! Mais je l'ai fait, et je suis hyper content d'avoir réussi, car ça n'avait jamais été fait, et surtout ça m'a permis d'allier mes deux passions. » Cette recherche de l'extraordinaire illustre la volonté de dépasser les limites conventionnelles de la discipline, tout en maintenant une exigence de préparation physique et mentale rigoureuse, à l'image du travail du photographe Romain Laurent, qui explore le contraste saisissant entre l’environnement marin habituel du surfeur et cette jungle urbaine que l’on devine polluée, hostile et où la lumière du soleil peine à se frayer un chemin entre les grands immeubles.
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