Le Maraudeur : Une Légende Maritime Réinventée pour la Construction Individuelle et l'Aventure en Mer et en Eaux Intérieures

Faut-il présenter le Maraudeur, ce dériveur lesté sur plan de Jean-Jacques Herbulot construit en série à partir de 1958 ? Pour beaucoup, il incarne l'esprit de la voile populaire et accessible. Ce voilier emblématique a indéniablement marqué l'histoire de la plaisance française par son ingéniosité et sa polyvalence hors du commun. Sa particularité est d’avoir une petite cabine qui lui permet de pratiquer aussi bien le camping côtier que la régate, offrant une flexibilité précieuse aux marins. Cette conception intelligente transforme le bateau en un véritable compagnon d'aventure, capable de s'adapter à une multitude de programmes de navigation. De plus, sa petite taille le rend très facilement transportable pour aller découvrir tant les eaux intérieures que maritimes, élargissant considérablement son terrain de jeu et son attrait pour les navigateurs de tous niveaux et de toutes aspirations.

Le Maraudeur est un de ces voiliers qui ont bâti l’histoire de la plaisance, une véritable icône qui a su traverser les décennies sans perdre de son charme ni de sa fonctionnalité. Quelque 2500 Maraudeurs ont été construits, d’abord en bois, puis en polyester par divers chantiers, attestant de son succès retentissant et de sa robustesse intrinsèque à travers le temps. Jean-Jacques Herbulot, le génial architecte naval à l'origine de ce chef-d'œuvre, a su faire preuve d'une vision remarquable : il a pris un dériveur, le Flibustier, lui a judicieusement rajouté du franc-bord, un lest pour la stabilité, et bien sûr, une petite cabine, permettant de s'exclamer "roule ma poule !" et de partir à l'aventure. Cette approche novatrice a permis la création d'un bateau exceptionnellement adaptable et convivial. Pour contextualiser sa popularité, il est fascinant de savoir que dans les années 60, on pouvait acheter un Maraudeur au Bazar de l’Hôtel de Ville à Paris, le BHV, ce qui souligne son accessibilité et son intégration dans le quotidien de nombreux foyers français.

Au-delà de sa conception et de sa construction initiale, le Maraudeur a bénéficié d'une communauté dévouée. Une association dynamique a permis au Maraudeur de rester une série active, avec l’organisation de rassemblements annuels, de régates et la publication de revues très techniques, assurant ainsi la pérennité de son esprit et de sa tradition. Cette vitalité communautaire témoigne de l'attachement profond des propriétaires pour ce voilier unique.

Le Maraudeur CI : Une Renaissance Adaptée à la Construction Amateur

L’AS Maraudeur, consciente de la valeur historique et pratique de ce voilier, a souhaité prolonger son développement face aux défis contemporains. Il a été constaté que les constructions professionnelles, même en très petite série, deviennent chères, quel que soit le matériau utilisé, que ce soit le bois traditionnel ou le plastique moderne. Face à cette réalité économique, l’idée novatrice a émergé de revisiter la conception du bateau pour le rendre parfaitement accessible à la construction amateur, et d’en assurer ainsi la pérennité. L'objectif était clair : offrir aux passionnés la possibilité de construire leur propre Maraudeur, tout en bénéficiant des avancées technologiques actuelles. Une autre condition essentielle à remplir pour cette nouvelle incarnation était de rendre le bateau conforme aux normes européennes les plus récentes, en particulier pour la stabilité et la flottabilité, garantissant ainsi une sécurité optimale pour les navigateurs.

Pour mener à bien ce projet ambitieux, l’association a contacté François Vivier, un architecte naval de renom, afin de réaliser ce travail minutieux de re-conception. François Vivier, qui voue une admiration toute particulière à Jean-Jacques Herbulot, architecte qui a été un grand innovateur de la construction bois, a pris soin de respecter le plus possible la création originale. Le résultat de cette collaboration fructueuse est ce nouveau Maraudeur, dénommé Maraudeur CI, abréviation signifiant "Construction Individuelle", soulignant son orientation vers l'auto-construction.

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Les formes distinctives et le plan de voilure du Maraudeur CI sont strictement conformes aux plans originaux de Jean-Jacques Herbulot, préservant ainsi l'esthétique et les qualités marines qui ont fait la renommée du bateau. Le Maraudeur original est construit avec, de chaque bord, deux bordés développables en contreplaqué et un bouchain en bois moulé, une solution particulièrement innovante pour l’époque. Ce principe de construction fondamental est conservé sur le Maraudeur CI, mais cette nouvelle version tire pleinement profit des outils de conception en 3D, de la précision offerte par la découpe numérique du contreplaqué, et de la performance des systèmes époxy modernes. Ces avancées technologiques simplifient grandement le processus de construction pour l'amateur, tout en garantissant une grande qualité de réalisation.

Une solution originale a été retenue pour le lest, initialement en fonte sur les premières versions. Cependant, la fonte est aujourd’hui très chère pour une production en petite série, ce qui aurait augmenté significativement le coût du bateau. Nous avons donc opté pour un caisson en contreplaqué, dans lequel on place, comme sur les unités en polyester, le lest en plomb. Cette méthode est non seulement plus économique, mais aussi plus adaptée à la construction amateur. La dérive, un élément crucial pour un dériveur, peut s’extraire par le haut, facilitant son entretien et son transport. Le rouf, ou roof, est réalisé avec la technique du contreplaqué « cousu-stratifié ». Ce procédé implique que les pièces de contreplaqué pré-découpées sont assemblées avec des liens provisoires en fil de cuivre ou en plastique avant d’être « soudées » de manière permanente avec un joint époxy. Cette technique est robuste et accessible aux constructeurs amateurs.

La sécurité a été une priorité absolue dans la conception du Maraudeur CI. Bien sûr, le Maraudeur CI est insubmersible, une caractéristique essentielle qui rassure les navigateurs, et son cockpit est auto-videur, garantissant que l'eau embarquée s'évacue naturellement. Tout au long de la conception de ce nouveau Maraudeur, l’architecte et l’association ont travaillé en étroite collaboration, mettant leurs expériences en commun pour aboutir à un design optimisé et conforme aux attentes.

La Construction du Maraudeur CI : Plans, Kits et Accompagnement

Les plans réalisés pour le Maraudeur CI présentent une version de base du bateau, notamment pour ce qui concerne l’accastillage, qui se veut plutôt simple mais parfaitement adapté à une utilisation en promenade. Cette approche permet de maintenir les coûts à un niveau raisonnable et de ne pas submerger le constructeur amateur avec des choix trop complexes dès le départ. Cependant, il reste tout à fait possible aux régatiers, désireux de pousser les performances de leur bateau, comme à des amateurs de petite croisière souhaitant un confort accru, de personnaliser le bateau selon leurs préférences et leurs besoins spécifiques. Cette flexibilité est l'une des forces du concept CI.

Pour accompagner les constructeurs dans leur projet, l’architecte a réalisé un dossier de construction très complet. Ce dossier inclut des plans détaillés, des nomenclatures précises des matériaux et de l’accastillage nécessaire, et un guide de construction pas à pas, enrichi par de nombreuses vues issues du modèle 3D. Cette approche pédagogique vise à rendre la construction accessible même aux novices. Ce dossier est en vente sur le site internet de l'architecte et, élément crucial pour la réussite des projets amateurs, il inclut une assistance technique pendant toute la durée de la construction. Cette aide précieuse est une garantie pour les constructeurs qui peuvent ainsi poser leurs questions et résoudre les éventuels problèmes rencontrés. Le constructeur pourra aussi bénéficier de l’aide de l’AS Maraudeur pour ce qui concerne certains points d’accastillage et des éléments de personnalisation, renforçant ainsi le soutien communautaire autour du projet.

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La construction du bateau peut se faire à partir du seul dossier de plan, offrant une autonomie totale à ceux qui aiment tout réaliser de A à Z. Cependant, l’achat d’un kit de contreplaqué en découpe numérique est vivement conseillé. Ce kit représente un atout majeur pour l'efficacité et la précision de la construction. Cet ensemble comprend tous les éléments de contre-plaqué marine qui entrent dans la composition de MARAUDEUR CI, garantissant des matériaux de qualité et une grande précision de réalisation. En plus des pièces du bateau, le kit contient les gabarits de montage du chantier de construction et de tracé, des éléments réutilisables qui simplifient l'assemblage. Ce kit a pour objet de vous dispenser de toute recherche, souvent fastidieuse, pour les approvisionnements, et à un prix très avantageux, permettant ainsi au constructeur de se concentrer sur l'assemblage et les finitions. Le premier Maraudeur CI a été construit par Etienne Lhermite, prouvant la faisabilité et la qualité de cette nouvelle approche. Pour ceux qui seraient intéressés par cette aventure, il est possible de prendre contact pour indiquer votre localité et vos coordonnées afin de recevoir un devis gratuit dans les plus brefs délais.

Le Maraudeur au Quotidien : Aventures et Challenges d'une Vie de Marin

Au-delà des plans et des kits de construction, l'âme du Maraudeur réside dans les innombrables histoires de navigation et de camaraderie qu'il a générées. Des témoignages comme "Excellent, merci de ce retour positif" ou "Merci beaucoup pour cette lecture instructive !" souvent partagés entre passionnés, montrent l'engagement émotionnel que suscite ce voilier. Certains se remémorent avec tendresse que le Maraudeur fut "Également mon premier bateau", soulignant son rôle formateur pour de nombreux marins.

Le Maraudeur a été le complice de nombreuses expéditions. Une d'entre elles nous mène tout d’abord en Bretagne. Nous nous étions retrouvés à quelques Maraudeurs dans un camping au bout de la presqu’île de Quiberon, créant une ambiance conviviale et propice au partage d'expériences. Des bords tirés dans la baie offraient des moments de pure joie nautique, avant une plus grande expédition, qui nous a menés dans le golfe du Morbihan où nous nous sommes retrouvés chez un ami qui possédait une maison, tout au bout, du côté de Conleau. Ces moments de camping côtier et de découverte illustrent parfaitement la polyvalence du Maraudeur et sa capacité à créer des souvenirs impérissables.

Le temps des régates en Maraudeur n'empêche pas l'appel du large. Cap au nord, direction Göteborg en Suède, le Maraudeur étant cette fois du voyage ! La Suède est un pays de marin, leurs bateaux sont magnifiques et superbement entretenus, offrant un contraste intéressant avec nos habitudes. Nous avions trouvé un petit port pour amarrer le Maraudeur, une base idéale pour explorer les environs. Ce fut alors l’occasion de belles balades dans un chouette espace de navigation, bien que pavé de cailloux partout ! En fait, on gardait la carte marine en permanence sur les genoux, une vigilance constante étant requise. Ce qui ne m’a pas empêché, voulant prendre un raccourci et confiant dans mon faible tirant d’eau, de talonner un jour assez rudement. L'incident fut mémorable, avec les enfants sortant en criant de la cabine : « on coule ! » Heureusement, ce n'était qu'une fausse alerte, mais l'adrénaline était bien présente. Le séjour en Suède fut le plus court de notre parcours à l’étranger, marquant une parenthèse exotique dans la vie du Maraudeur.

La Vie de Régatier et les Leçons Apprises

La compétition est une facette importante de l'expérience Maraudeur. Après des tentatives parfois frustrantes, comme avec le Fireball, jugé trop lourd, sans équipier disponible, sans voiture pour se déplacer, et avec un équipement parfois baroque - raisons officielles pour justifier les piètres résultats enregistrés - l'approche du Maraudeur en régate fut différente. Si pour l’Etap le rating, c’est à dire le handicap, pouvait nous desservir, en ce qui concerne le Maraudeur, il en était tout autrement.

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Il existe en effet plusieurs générations de Maraudeurs aux performances plus ou moins différentes, et c’est là que résidait l’astuce pour les compétiteurs avertis. En effet, si un Spair avec son mât cylindrique, affectueusement surnommé « le poteau », était effectivement peu « performant » dans sa configuration d'origine, tout changeait si on l’équipait d’un mât à retreint et d’un bon jeu de voile… Alors c’était une tout autre musique ! Les ajustements techniques et l'optimisation de l'équipement pouvaient transformer un bateau en un concurrent redoutable.

Cependant, un bateau, c’est avant tout un équipage. C’est là que réside la différence fondamentale entre une navigation solitaire et une performance en régate. La chance de rencontrer un partenaire idéal, un "pote, mon poto, mon Gilles", a été un tournant. Gallo, avec sa "forte tête de bourrique", a apporté son caractère et son sens de l'humour, transformant chaque sortie en une occasion de rire et de progresser. "Bon Dieu qu’est-ce qu’on a pu rigoler…" se souvient-on. La mise au point du bateau était un projet en soi. Une anecdote illustre bien l'ingéniosité de Gilles : "Je me souviens de la superbe barre qu’il avait confectionnée en ‘lamellé collé’, c’était son truc de l’époque." Le résultat lors de la première utilisation fut mémorable : "la première fois où il a abattu en grand, la barre a plié comme un roseau et le bateau a continué tout droit !" Malgré cet incident, l'estime pour Gilles reste intacte : "Je suis injuste car Gilles est un super artisan, de tout, ses réalisations sont dignes des grands professionnels."

Avec Gallo, l'entente fut immédiate. C’est lui qui barrait, avec une maîtrise et un sens tactique aiguisés. Le second assurait le reste, "les yeux rivés sur les penons qu’il m’avait fait coudre sur mon foc", attentif aux moindres signes du vent et de la voile. « Attentif, attentif »… des mots qui résonnent encore, témoignant de l'exigence et de la complicité à bord. Gilles est un tacticien et un stratège hors pair, et grâce à cette synergie, "on en a gagné des régates sur le Grand Large !"

Avec le Maraudeur, une autre composante a pris de plus en plus d’importance dans le parcours de marin d’eau douce : la communauté. Déjà avec le Fireball, il y avait eu l'adhésion à l’IFF, l’association de propriétaires, mais cela était somme toute resté assez lointain. Avec le Maraudeur, il en fut tout autrement. Le National se courait tous les ans à la Pentecôte, un rendez-vous incontournable pour les passionnés. Le vainqueur remportait un magnifique trophée, la coupe Desestre Cadoux. En réalité, cette coupe en or massif, d’une très grande valeur, ne quittait son coffre que pour être admirée le jour du National, ajoutant au prestige de l'événement. Des Nationaux, l'équipage en a couru deux : dans les Vosges, au lac de la Pierre Percée, et au lac du Bourdon. Au Bourdon, la performance fut notable, avec une 4ème place, une belle récompense pour les efforts. Ces événements étaient à chaque fois l’occasion d’un déplacement en famille avec les Gallo, en camping dans des clubs sympas, et, invariablement, chaque fois sous la pluie ! Et même si les régates étaient sérieuses, c’était surtout de grands moments de rigolade et de convivialité avec des tas de nouveaux copains, forgeant des liens durables au-delà de la compétition.

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