La balance des blancs est le réglage consistant à rendre les couleurs d’une photographie numérique plus réalistes. « C’est un moyen de définir une tonalité neutre sur une photographie, de rendre au blanc sa blancheur », explique le photographe et professeur Adam Long. Par exemple, un objet blanc photographié dans certaines conditions d’éclairage peut présenter des reflets bleuâtres plus prononcés qu’ils ne le sont en réalité. L'œil et le cerveau humains ont une capacité étonnante à reconnaître les couleurs. Par exemple, qu’on observe un bâtiment blanc en pleine journée ou au coucher du soleil, on le perçoit toujours comme « blanc ». Les appareils photo, en revanche, fonctionnent autrement. Ils enregistrent la lumière telle qu’elle arrive sur le capteur, ce qui signifie que la couleur de la source lumineuse influence directement le rendu de l’image. C’est pourquoi, dans des conditions d’éclairage difficiles, nous devons régler la balance des blancs pour garantir le résultat souhaité.
Le concept de température de couleur
En termes simples, la lumière est composée des trois couleurs primaires : le rouge, le vert et le bleu. En théorie, une intensité égale des trois produit une lumière blanche, mais en pratique, ces couleurs sont présentes dans des proportions différentes dans la lumière provenant de différentes sources. Des conditions d’éclairage différentes créent des températures de couleur différentes. La température de couleur est mesurée en degrés Kelvin (K). Le mathématicien et physicien écossais William Kelvin a proposé l'échelle absolue, ou Kelvin, en 1848. Cette échelle utilise -273,15 °C comme point zéro ou « zéro absolu ». De manière déroutante, l'échelle Kelvin fonctionne dans la direction opposée à l'échelle d'un thermomètre : les couleurs chaudes (rouge et orange) ont des nombres inférieurs, environ 2 000-3 000 K, tandis que les couleurs froides (bleus et verts) sont à l’extrémité supérieure de l’échelle, à environ 20 000 K. La lumière blanche neutre est à 6 504 K.
La « balance des blancs », comme son nom ne l’indique pas, influe sur toutes les couleurs de votre photo. Si vous photographiez en lumière naturelle sous un ciel couvert, vos photos, dont la température des couleurs sera froide, tireront sur le bleu. Les prises de vues réalisées sous un éclairage artificiel incandescent, avec des ampoules tungstène classiques, créent une dominante de couleur chaude, dans les tons jaune ou orange. Il y a autant de températures de couleur que d’ambiances.
Les différents modes de réglage sur votre appareil
La plupart des reflex numériques et appareils hybrides récents sont dotés d’une fonction performante de réglage automatique de la balance des blancs (AWB). Ce réglage fonctionne raisonnablement bien si la température de couleur de la lumière ambiante est comprise entre 3 000 et 7 000 K. Cependant, s'il y a une abondance d'une couleur dans l'image, ou s'il n'y a pas de blanc réel que le capteur puisse utiliser comme référence, le système peut être trompé. Canon, par exemple, a introduit des variantes comme la « priorité ambiance » - qui conserve un peu de la chaleur de l’éclairage - et la « priorité blanc », conçue pour supprimer toute dominante chaude.
Pour ceux qui souhaitent personnaliser leurs paramètres, les préréglages manuels offrent un contrôle plus fin :
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- Lumière du jour : Conçu pour une température d’environ 5 200 K, idéal pour l'extérieur en plein soleil.
- Ombre : Bien que les zones ombragées semblent plus froides, leur température de couleur est plus élevée (environ 7 000 K). Ce mode compense en ajoutant des tons chauds.
- Nuageux : Définit une température autour de 6 000 K, idéale pour une lumière diffuse et uniforme.
- Tungstène : Vise environ 3 200 K pour contrer la lueur jaunâtre des ampoules classiques.
- Fluorescent : Fixé à environ 4 000 K, il aide à corriger la teinte verdâtre typique des tubes fluorescents.
Enfin, le réglage en Kelvin permet un contrôle total par incréments de 100 K, de 2 500 K à 10 000 K, offrant une précision chirurgicale pour les professionnels utilisant un indicateur de température de couleur externe.
La balance des blancs personnalisée et la charte de gris
Une charte de gris est un support de forme carrée spécifiquement calibré sur des nuances de gris à 18 %. Cet outil vous aide à obtenir une balance des couleurs parfaite là où l’exactitude représente l’objectif ultime, comme pour la photographie de produits ou la photographie culinaire. Pour régler la balance des blancs à l’aide d’une charte de gris, photographiez cette dernière plein cadre. Sélectionnez ensuite dans le menu de votre appareil photo l’option permettant de définir une balance des blancs personnalisée et associez-lui la photo de la charte de gris.
Sur les appareils récents, comme la gamme EOS R, vous pouvez stocker plusieurs paramètres personnalisés. La procédure implique souvent de viser un objet blanc neutre ou gris neutre, de capturer une image de référence, puis de définir cette image comme base de calcul pour la balance des blancs dans le menu de l'appareil.
L'importance du format RAW
En définissant le réglage RAW sur votre appareil photo avant la prise de vue, vous gagnez en souplesse au niveau du post-traitement. Ce format de fichier préserve toutes les données d’image enregistrées par le capteur. Si vous avez configuré votre appareil pour enregistrer en JPEG, le paramètre WB est « intégré » et les dominantes de couleurs vives sont difficiles à supprimer. En format RAW, vous ne modifiez pas les données réelles du fichier mais vous indiquez au logiciel comment interpréter les couleurs. Des outils comme Adobe Lightroom ou Canon Digital Photo Professional permettent d’ajuster la balance des blancs avec une précision totale, soit via des curseurs de température, soit via l'outil pipette qui permet de cliquer sur un ton neutre pour équilibrer instantanément l'image.
Utilisation créative de la balance des blancs
L’objectif de la balance des couleurs est de savoir ce qui peut l’impacter et de l’utiliser délibérément. Ne cherchez pas systématiquement à obtenir des couleurs rigoureusement fidèles. « La balance des blancs est un excellent point de départ », fait observer le photographe Kenton Waltz. « Vous pouvez ensuite décider de l’atmosphère à instiller et procéder aux réglages qui s’imposent ».
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Dans certains cas, une température de couleur biaisée tourne à votre avantage. Imaginons que vous réalisiez des photos dans un bar ou un restaurant faiblement éclairé. Mieux vaut sans doute préserver la couleur de la lumière ambiante plutôt que de la corriger. Idem si vous photographiez un coucher de soleil ; la lumière chaude des rayons du soleil est l’une des composantes intrinsèques de l’image. Parfois, une dominante chaude permet de renforcer la sensation de chaleur accablante, tandis qu'une teinte bleue accentue une atmosphère dramatique ou mystérieuse, comme on peut le voir dans certaines directions artistiques cinématographiques.
Défis des environnements spécifiques : la plongée sous-marine
La photographie sous-marine représente un cas extrême où la maîtrise de la balance des blancs est impérative. L'eau absorbe sélectivement les couleurs : le rouge disparaît dès les premiers mètres, suivi de l'orange et du jaune. Sans correction, les images apparaissent désespérément bleues ou vertes. Dans ces conditions, la balance des blancs personnalisée doit être refaite fréquemment, idéalement tous les 3 à 5 mètres de changement de profondeur. À partir de 18 mètres de profondeur, la lumière ambiante est trop pauvre en spectre chaud pour qu'une balance des blancs suffise ; l'utilisation de sources lumineuses artificielles (flashs ou éclairages vidéo) devient alors indispensable.
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