L’omniprésence de l’eau dans le langage : de l’immersion physique à l’expression métaphorique

L’eau fait partie du quotidien des humains depuis toujours, on la retrouve même dans notre langage puisque de nombreuses expressions tournent autour de cette boisson. Le mot « bain », anodin en apparence, recèle un riche contenu sémantique. L’eau est partout, même dans notre langage. L’expression « baigner dans un canoë de compliments » peut être analysée à travers le prisme de la polysémie du verbe baigner et de l’imagerie aquatique. Si l’on considère le verbe « baigner », il possède plusieurs définitions : en premier lieu, l’immersion, comme lorsqu’on met dans un liquide pour laver ou soigner, par exemple, elle baigne le bébé dans l'eau tiède tous les soirs. Ensuite, la géographie, où il signifie être entouré ou touché par l'eau, comme la Méditerranée baigne les côtes françaises du sud. Il existe également un sens lié à l’ambiance, où l’on enveloppe complètement une personne ou chose, une douce lumière baigne toute la pièce. Enfin, au sens figuré, cela signifie aller très bien sans problème, comme « Tout baigne au travail depuis la promotion ! ».

La dynamique du bain et de l’immersion dans le langage courant

Le terme a souvent été utilisé pour désigner une personne « salie » ou « éclaboussée » par des révélations - vraies ou fausses - à caractère scandaleux, produits par l’opinion publique, la presse ou les autorités. On a dit que certains procès furent de véritables « bains de boue » pour les accusés et les personnes compromises. Par ailleurs, si l’on plonge dans l’eau bouillante un vase contenant un liquide, celui-ci s’échauffe d’une manière plus douce que s’il était directement posé sur le feu. Ce procédé, dit « bain-marie », fut utilisé dans de nombreuses opérations chimiques, pharmaceutiques et industrielles pour évaporer ou distiller une matière. En cuisine, le bain-marie est placé dans une casserole spéciale servant à maintenir au chaud sauces et garnitures. Le bain-marie est placé dans une autre casserole, plus large et remplie d’eau bouillante. On obtient ainsi une cuisson en douceur.

L’expression « baigner dans son sang » est une formule consacrée pour exprimer un massacre ou le résultat d’un acte homicide particulièrement sanglant : « la victime baignant dans son sang… ». Trois évènements, tirés de l’histoire du XVIIIe siècle, permettent de l’illustrer. En mai 1750, une rafle de petits vagabonds, effectuée par la police, provoque une émeute dans Paris. Une folle rumeur courait alors la capitale. On racontait que l’on enlevait de jeunes garçons pour les saigner et fournir ainsi des bains de sang, seul remède capable de guérir une princesse atteinte d’un mal qui ne pouvait être soulagé que de cette manière. Plus véridique, le bain de sang de Pisandat de Mairobert, censeur royal, auteur de L’espion anglais, recueil d’anecdotes politiques, qui, se voyant accusé par le Parlement de relations avec la presse clandestine de Londres, se suicida en s’ouvrant les veines dans son bain, le 17 mars 1779. Mais le plus horrible des bains de sang eut lieu lors des journées du 3 au 7 septembre 1792. Pour purger la Révolution de ses ennemis, environ 1 200 prisonniers incarcérés dans les dix principales prisons de Paris furent massacrés à l’arme blanche, sans jugement, sans considération d’âge, de sexe ou de motif d’inculpation.

La symbolique de la jeunesse et de la félicité

L’expression « bain de jouvence » signifie littéralement un bain de jeunesse. A l’origine de cette expression, on trouve la fontaine de Jouvence, fontaine fabuleuse d’où jaillissait une eau qui avait le pouvoir de rendre la jeunesse aux vieillards. Ce sont nos romans de chevalerie qui ont popularisé cette fiction, mais elle existait déjà dans l’Antiquité. Pausanias parle en effet d’une fontaine située près de Nauplie où la déesse Junon venait se baigner pour paraître toujours plus jeune et belle aux yeux de Jupiter. Plusieurs légendes médiévales accréditent les propriétés de ces fontaines, comme celle du seigneur de Tessé, navré de voir son fidèle destrier, « Rapide », manifester les signes inexorables de son grand âge. Ne pouvant se résigner à l’abattre, il choisit de l’abandonner dans la forêt d’Andaine, proche de son château. Grande fut sa surprise lorsqu’il vit, quelques jours après, « Rapide » rentrer à l’écurie, tout fringant et le poil luisant. Intrigué, il suivit les traces de l’animal, lesquelles le conduisirent à une fontaine où le cheval se baigna. A son tour, il s’y baigna et en ressortit régénéré, ayant récupéré vigueur et souplesse.

Dans un autre registre, « baigner dans le bonheur » est l’expression d’une intense félicité, que l’on peut traduire par « être environné par le bonheur ». En l’occurrence, le verbe est prépondérant sur le substantif, qui varie. L’expression est devenue un poncif pour commenter les tableaux des peintres. Les paysages du Midi baignent dans la lumière méditerranéenne. Les paysages du Nord, en particulier ceux de la Hollande, ont été rendus célèbres pour baigner dans la fameuse lumière de Vermeer de Delft. Le bain de lumière, équivalent du bain de soleil, est apparu à la fin du XIXe siècle avec les débuts du mouvement naturiste. Le bronzage n’étant pas encore rentré dans les mœurs, le bain de lumière se prenait en plein air, sous une tente et nu.

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Les métaphores de l’eau dans le lexique quotidien

Parce que l’eau fait partie du quotidien, elle nourrit des expressions variées. « Jeter le bébé avec l’eau du bain » est une expression très imagée utilisée pour signifier l’abandon complet d’une mesure, d’une stratégie ou d’une solution qui comportait certains de nombreux avantages, mais un inconvénient important. L’inconvénient l’emportant sur les avantages, la formule traduit l’adoption d’une solution de facilité qui ne résout rien. C’est peut-être pour cette raison que l’on accuse souvent les technocrates de jeter le bébé avec l’eau du bain. Appliquée au dilemme fréquent dans la salle de bains, installe-t-on une douche ou une baignoire ?

D’autres expressions, comme « être dans le bain », expriment une expérience ou une compétence acquise par une personne, dans le cadre d‘une pratique, d’une technique ou d’une affaire. En général, il faut savoir « se jeter à l’eau ». La formule était employée à la grande époque des « bains-douches » municipaux. Elle désignait une plaisanterie pas très fine, souvent grasse, voire graveleuse. C’est un exercice apprécié des hommes politiques, en particulier au cours de campagnes électorales. Par ailleurs, « être entre deux eaux » se dit quand on veut ménager deux parties, mais souvent au risque de ne satisfaire aucune des deux. Au sens propre, cela signifie nager en mettant sous l’eau la tête qu’on ne retire que pour respirer. « Le P. de la Rue, jésuite de tous points, passa toujours pour nager à la superficie, entre deux eaux », écrivait le duc de Saint-Simon dans ses Mémoires.

Origines et mécanismes des expressions aquatiques

Certaines expressions trouvent leur source dans des phénomènes physiques. Cette expression fait référence à un phénomène physique observé dans une cuisine et plus précisément sur une gazinière. Si de l’eau pénètre dans les trous d’une gazinière, la flamme a tendance à s’éteindre. Ensuite, l’évaporation de l’eau par ces petits trous provoque un bruit aigu, bruit assimilé au son qui précède une explosion. Cette métaphore exprime le fait de fournir des arguments qui renforcent une position. L’origine de cette expression date du Moyen-Age et plus particulièrement des meuniers qui ne pouvaient travailler que grâce à l’eau qui faisait tourner leur moulin. Apporter de l’eau aux moulins des meuniers voulait donc dire leur procurer un avantage pour leur travail. Aujourd’hui l’expression est employée pour marquer l’évidence d’un fait.

Le mot « fil », du latin filium, représente le courant de l’eau en comparaison avec sa continuité et la direction qu’il prend. Ce mot décrivait à l’époque le caractère aléatoire d’une décision qui, portée par le courant, pouvait aboutir soit à un échec soit à une réussite. Le nom du site lui-même est inspiré d’une expression utilisée fréquemment : « Au fil de l’eau », signifiant progressivement, sans se presser. Expression venant du mot latin filium utilisée dès l’Antiquité pour caractériser le caractère aléatoire d’une décision qui, portée tranquillement par le courant, peut amener à un échec ou à une réussite.

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