Un Voyage Écologique entre le Continent et la Corse : L'Expérience du Voilier "Awake" et la Vision de Sailcoop

Dans un contexte d'appétence croissante pour le voyage à faible empreinte carbone, une nouvelle proposition émerge pour relier le continent à l'île de Beauté : la traversée en voilier. Ce service innovant offre une première expérience de navigation pour les passagers, qu'ils soient marins novices ou aguerris, tout en s'inscrivant dans une démarche résolument écologique. Loin des avions et des paquebots traditionnels, cette alternative propose un mode de transport qui met en avant la lenteur, la décarbonation et la connexion avec la nature.

Sailcoop : Une Alternative Décarbonée au Voyage Traditionnel

Le projet Sailcoop, lancé en novembre 2021 et créé en 2021, s'est donné pour objectif de relancer le transport de passagers à la voile. Née à Vannes en Bretagne, cette société coopérative propose, depuis 2022, de rallier l'île de Beauté à la force du vent. Maxime de Rostolan, fondateur de Sailcoop, explique clairement la philosophie : "On fait comme le ferry, mais à la voile, et on n'emmène pas les voitures. Ce n'est pas une croisière, c'est du transport". Cette distinction est fondamentale pour comprendre la nature de ce service. Derrière les ambitions écologiques de ce genre de traversées (presque) entièrement décarbonées, c'est aussi l'occasion, pour les passagers, de s'offrir une première expérience de navigation.

La motivation de Sailcoop est profondément ancrée dans l'observation d'une "appétence croissante pour le voyage low carbone". Avec ce projet, le transport maritime fait un pas de plus vers l’écologie. L'objectif est de proposer un trajet zéro carbone, avec lequel l’empreinte sur l’environnement est particulièrement faible. Sur les voiliers, des efforts sont également faits pour réduire les nuisances dans les zones protégées. Maxime de Rostolan souligne l'ampleur du défi : "avec deux voiliers, on va pouvoir emmener 1000 personnes en Corse et en ramener 1000. Donc, c'est 2000 billets à vendre cette année. Et c'est un gros défi". Bien qu'actuellement "au début de l'aventure et ce n'est pas encore rentable", l'espoir est grand : "Dès qu'on aura 4 ou 5 bateaux comme celui-ci, ce sera rentable et on pourra faire vivre une équipe et développer d'autres lignes et donc on espère que cette année nous emmènera vers cet horizon désirable".

L'Embarquement et la Traversée : Une Aventure Humaine et Maritime

La liaison à la voile entre le continent et la Corse s'effectue au départ du Vieux-port de Saint-Raphaël, côté continent, pour rejoindre le Port de Calvi, côté Corse. Cette traversée est proposée comme la première liaison à la voile entre Calvi, en Corse, et le continent. Les passagers reçoivent quinze jours avant le départ des informations sur le lieu précis d’embarquement, ainsi que les coordonnées des skippers pour accéder au bateau. Le jour du départ, l’équipage vous accueille à 14h à bord pour faire connaissance, découvrir le bateau, et vous briefer sur la navigation et la sécurité.

La navigation est une part essentielle de l'expérience. La durée moyenne de la traversée est de 18 heures, oscillant généralement entre 16 heures et 20 heures. Cependant, Rémi, skippeur de la coopérative Sailcoop, précise que le voilier, en quittant Saint-Raphaël pour Calvi, y arrivera "dans 18 à 24 heures". Contrairement à un ferry, l’heure d’arrivée du bateau dépend de la météo. Pour 5% de nos traversées, il peut être nécessaire de décaler l’horaire, voire le jour, de départ pour s'adapter à la météo et offrir une traversée dans les meilleures conditions. Cette flexibilité est une caractéristique intrinsèque de la navigation à la voile, comme en témoigne un passager qui aurait dû partir deux jours plus tôt, le 21 mai, mais a vu son départ repoussé.

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La sécurité est une priorité absolue. Nous nous assurons des conditions de sécurité maximales à bord de nos bateaux, pour que votre voyage se déroule au mieux quelles que soient les conditions. Évidemment, il conviendra pour chaque passager de respecter strictement les consignes de bord et de suivre les indications des skippers en ce sens. Par ailleurs, nous ne confions la barre de nos voiliers qu’à des skippers professionnels, diplômés Capitaine 200, habitués à naviguer et manœuvrer avec des non-initiés. Pour des raisons de sécurité mais aussi de confort, nous travaillons avec les derniers outils de prévision météo et de routage pour les navires à voile, et décidons en connaissance, à J-4 puis J-2, de larguer les amarres, ou d’attendre. Cet engagement envers la sécurité et la prise de décision éclairée garantit une expérience aussi sereine que possible.

La Vie à Bord des Voiliers : Confort et Convivialité

Les traversées sont effectuées à bord de voiliers robustes et équipés pour le transport de passagers. Parmi eux figurent l'AWAKE, un Sun Odyssey 509, et le BELLE AVENTURE, un Bavaria 50, tous deux d'une longueur de 15 mètres. Sur chacun de nos voiliers, deux skippers professionnels, titulaires d’un diplôme “Capitaine 200 - module voile”, vous accueillent. En haute-saison, huit skippers se relaient donc pour vous amener à bon port.

Chaque voilier dispose de 10 couchettes, dont deux sont destinées aux skippers. Le voilier Awake dispose pour les passagers de 4 cabines doubles. Les cabines sont évidemment très simples, mais propres, confortables et dotées d’une vue imprenable sur l’horizon. Chaque cabine dispose de matelas en mousse, de rangements (petite armoire), de petites lampes de chevet et de stores enrouleurs sur les hublots. Plusieurs salles de bains permettront à chacun de faire toilette et besoins, en toute quiétude, face à la mer. Le coût du trajet est de 240 euros par personne, "avec les repas bio et végétariens, inclus". Il est important de noter que si l’équipage guide le bateau sur la mer en direction de la Corse, les passagers doivent préparer eux-mêmes les repas, favorisant ainsi une atmosphère conviviale et participative.

Témoignages et Réflexions sur un Nouveau Mode de Voyage

Cette expérience de transport à la voile attire une diversité de passagers, tous animés par des motivations variées mais convergentes vers un désir de voyage plus conscient. Parmi les passagers du jour, se trouve Marie qui ne prend plus l’avion "par conviction écologique" et qui s’intéresse "du coup aux autres moyens de transport". Elle confie que "C'est une nouvelle façon de voyager qui me rend très heureuse, Quand je dis à mes potes que j'ai arrêté l'avion, ils croient que j'ai arrêté de voyager. C'est très drôle parce que ce n'est pas du tout d'arrêter de voyager, au contraire, c'est de voyager autrement". Malo, lui, est un "adepte de la lenteur". Après un trajet en train de nuit, il vient d’embarquer sur le bateau. Pour revenir sur le continent, il prendra le chemin en sens inverse, en empruntant les mêmes moyens de transport.

L'expérience n'est pas seulement un déplacement, mais une véritable immersion. Un journaliste, marin novice, a tenté l'expérience. "Lorsque le numéro de la rédaction de GEO s’affiche sur mon téléphone, c’est souvent la promesse d’une aventure. Cette fois-ci encore, ça n’a pas manqué. La proposition : tester un nouveau service de transport de voyageurs vers la Corse, en voilier". Il admettait penser l’activité réservée aux navigateurs aguerris, doutant que son "bagage nautique, qui se résume à deux semaines de stages d’été dans le Morbihan quand j’étais enfant" ou "quelques reportages au large, où j’avais plus les mains dans mes carnets de notes que sur l’écoute de grand-voile", soit suffisant. Après avoir raccroché, "une flopée de questions m’assaillent. Prendre le voilier, est-ce vraiment une alternative crédible à l’avion et aux paquebots ? Qui sont ces gens prêts à affronter entre seize et vingt heures de mer… S’agit-il vraiment d’un mode de transport écologique, comme l’affirment les créateurs de ce concept ? Va-t-on voyager à la voile tout du long ? Et puis, surtout : vais-je avoir le mal de mer ? Je ne vais pas tarder à le savoir."

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Ces interrogations trouvent leurs réponses dans l'expérience vécue. La route est pleine de bonnes surprises, avec des dauphins, des couchers de soleil, et même des baleines. L'arrivée est particulièrement marquante. "Ce genre d'arrivée est tellement plus époustouflant qu'un tarmac tout bétonné", commente Marie. Elle ajoute : "Là, j'ai l'impression d'avoir quitté le quotidien depuis très, très longtemps, alors que ça ne fait ‘que’ 20 heures”. Au petit matin, les côtes corses sont déjà visibles, et bien que cela signifie "la fin du voyage", Marie confie : "j'ai pas du tout envie de remettre le pied à terre". Pour Rémi, skippeur, cette activité a un sens profond : "J’aime bien servir à quelque chose. Et là, j'ai l'impression de servir à quelque chose, je fais pas juste des ronds dans une baie pour aller voir des dauphins. Et ce serait bien qu'on se développe pour avoir des gens, juste des habitants, pour les déménagements, toutes sortes de choses". Cette vision élargit le rôle du voilier au-delà du simple transport touristique, vers un service plus ancré dans les besoins locaux. L'équipage, composé de Rémi et Marianne, elle aussi skippeuse, repart dans quelques heures pour le continent, avec à leur bord huit nouveaux passagers, qui ont souhaité prendre le voilier plutôt que l’avion. Jusqu’à mi-octobre, ils opéreront les liaisons entre la Corse et le continent pour tous ceux qui le souhaitent.

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