L'Avertissement Face au Surf Illicite et le Rôle de la Police Nationale : Protection des Libertés Numériques, Signalement et Lutte Contre la Cybercriminalité

L'ère numérique a transformé notre quotidien, faisant d'Internet un espace d'échanges et d'information sans précédent. Cette "toile", véritable espace de liberté, permet à chacun de communiquer, de découvrir et de s'épanouir, quel que soit son âge, son origine ou ses affinités. Pour que cet environnement reste un lieu de respect mutuel et de croissance, il est impératif que les droits de chacun y soient respectés. Les parents, notamment, doivent pouvoir laisser leurs enfants naviguer et communiquer en ligne sans craindre qu'ils ne soient exposés à des contenus nuisibles ou qu'ils n'entrent en contact avec des personnes mal intentionnées.

Cependant, malgré son potentiel immense, Internet ne doit en aucun cas être détourné de sa finalité à des fins illicites. La prolifération de contenus et de comportements contraires à la loi représente un défi majeur pour les autorités et la société dans son ensemble. Face à cette réalité complexe, la Police Nationale, en collaboration avec d'autres institutions, déploie des dispositifs visant à encadrer l'utilisation d'Internet, à protéger les usagers et à lutter contre la cybercriminalité sous toutes ses formes. Cette mission s'articule autour de plusieurs axes, allant de la protection des individus au sein même de l'institution policière qui alertent sur des dérives, à la mise en place de plateformes de signalement pour le grand public, et à la sensibilisation aux nombreuses arnaques qui pullulent en ligne, souvent en usurpant l'identité des forces de l'ordre.

La Protection des Lanceurs d'Alerte au Sein de la Police Nationale : Un Impératif Démocratique

La question de la surveillance et de la régulation des comportements, y compris au sein des institutions étatiques, est fondamentale pour la préservation de l'État de droit. Dans ce contexte, la protection des lanceurs d'alerte, ces personnes qui, au péril de leur carrière, révèlent des faits contraires à l'intérêt public, est un pilier essentiel de la transparence et de l'intégrité. L'exemple d'un policier sanctionné après avoir signalé des vols, des mauvais traitements et des injures infligées à certaines personnes déférées au sein du dépôt d’une juridiction illustre la complexité de cette démarche. Estimant qu’il s’agissait d’une mesure de représailles en lien avec son signalement, ce fonctionnaire a saisi le Défenseur des droits une première fois en 2020. Par une décision n° 2022-227 du 12 décembre 2022, le Défenseur des droits a alors considéré que ce policier avait effectivement lancé une alerte dans les conditions prévues par la loi et qu'il avait été victime de mesures de représailles.

Cependant, l'affaire ne s'est pas arrêtée là. Ce même policier a de nouveau saisi le Défenseur des droits en 2022, car sa hiérarchie avait adopté une nouvelle sanction, un avertissement, à son encontre. Le motif invoqué était qu’il aurait manqué à son obligation de rendre compte en s’abstenant de prévenir sa hiérarchie de son audition par une commission parlementaire en sa qualité de lanceur d’alerte. Par ailleurs, un blâme lui a été infligé pour avoir porté une atteinte notoire au crédit et au renom de la Police Nationale et en s’exprimant dans la presse nationale sur son alerte.

La justice administrative est intervenue pour protéger les droits de ce lanceur d'alerte. Le tribunal administratif a annulé ces deux sanctions, considérant que l’administration avait méconnu l’article L. 135-4 du code général de la fonction publique, une disposition essentielle garantissant la protection des lanceurs d'alerte. Plus récemment, par un arrêt rendu le 8 octobre 2025, la cour administrative d’appel de Paris a rejeté le pourvoi de l’administration, dans le droit fil des observations présentées par le Défenseur des droits. À cet égard, la cour a écarté le moyen d’appel tiré de ce que l’agent n’aurait pu bénéficier, au jour de son audition par la commission parlementaire, du statut protecteur des lanceurs d’alerte ne s’étant pas vu reconnaître préalablement cette qualité. En effet, la cour a rappelé qu’il « ne ressort d’aucun texte que la reconnaissance du statut de lanceur d’alerte doit faire l’objet d’une décision expresse ». Le bénéfice du statut protecteur résulte uniquement du respect par l’auteur du signalement des conditions posées par la loi du 9 décembre 2016 dite « Sapin II ». Cette décision est cruciale car elle clarifie que la protection juridique d'un lanceur d'alerte n'est pas conditionnée par une reconnaissance formelle préalable, mais par la conformité de son signalement aux critères légaux.

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Par ailleurs, la cour a jugé que l’administration ne pouvait reprocher à l’agent d’avoir manqué à l’obligation de rendre compte prévue par le II de l’article R. Enfin, faisant application de l’aménagement de la charge de la preuve dont bénéficie le lanceur d’alerte en application du III de l’article 10-1 de la loi du 9 décembre 2016, la cour a écarté le moyen tiré de ce que le blâme aurait été justifié par des considérations objectives étrangères au signalement, tenant au caractère malveillant allégué des propos tenus par l’agent dans la presse. Plus précisément, la cour a écarté cette argumentation, eu égard aux propos tenus par l’agent et au contexte dans lequel il s’était exprimé dans les médias. À cet égard, la cour a relevé qu’à l’occasion de ses interventions dans la presse, l’agent avait dénoncé les faits objets de son alerte et la mesure de représailles qui avait été prise à son encontre en raison de cette alerte. Ce cas met en lumière l'importance de la protection des lanceurs d'alerte, même lorsqu'ils sont des membres des forces de l'ordre, et la rigueur avec laquelle la justice examine les sanctions disciplinaires, veillant à ce qu'elles ne soient pas des représailles déguisées.

La Régulation de l'Internet : Le Dispositif PHAROS et la Lutte Contre les Contenus Illlicites

Face à la nécessité de préserver le cadre légal et éthique de l'Internet, le ministère de l'Intérieur a mis en place un dispositif permettant le signalement des faits illicites de l'Internet. Internet et les médias sociaux proposent des contenus fondés sur la participation, le partage et l'échange. Ils sont les modes de communication qui mettent en relation des personnes autour d'intérêts communs. Ils favorisent les interactions et facilitent la prise de parole publique. Toutefois, il est essentiel de rappeler que ce qui est publié engage son auteur, et l'utilisation d'un pseudonyme ne permet pas de s'affranchir des règles de droit. Il est donc important d’informer et de sensibiliser tous les publics à la vigilance sur Internet. C'est pourquoi les pouvoirs publics mettent à disposition un portail dédié au signalement.

En cliquant sur le bouton « SIGNALER », tout internaute peut transmettre des signalements de contenus ou de comportements illicites auxquels il se serait retrouvé confronté au cours de son utilisation d'Internet. La simplicité du dispositif est telle que l'utilisateur n'a plus à se soucier de « qui est compétent ? ». Votre signalement sera orienté et traité par le bon service.

Critères de Signalement sur PHAROS :

Pour qu'un contenu ou un comportement puisse être signalé sur PHAROS, il doit répondre à des critères précis :

  • Nature illicite : Il doit s'agir d'un contenu ou d'un comportement illicite, c'est-à-dire qu'il doit être interdit et puni par une loi française. Les contenus ou comportements que vous jugez simplement immoraux ou nuisibles n'ont pas à être signalés par ce biais.
  • Caractère public : Il doit s'agir d'un contenu public de l'Internet, auquel tout internaute peut se retrouver confronté : un site internet, un blog, un forum, des propos sur un « tchat », ou l'agissement d'un « rôdeur » anonyme sur une messagerie accessible au public.
  • Exclusions : Il ne doit pas s'agir d'une affaire privée avec une personne que vous connaissez, même si elle utilise Internet pour vous nuire. Dans ce cas, il est impératif de se présenter dans un Commissariat de Police ou une Brigade de Gendarmerie. De même, il ne doit en aucun cas s'agir d'une urgence nécessitant l'intervention de services de secours (accident, incendie, agression, etc.). Dans de telles situations, il faut composer immédiatement le « 17 » sur son téléphone.

Quels Contenus Illlicites peuvent être Signalés sur PHAROS ?

Vous pouvez signaler tout contenu publié sur Internet (par exemple, sur un réseau social, un blog, un forum, etc.) tant qu'il est accessible à tous les internautes. Les contenus pouvant être signalés depuis PHAROS sont notamment ceux liés à :

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  • La mise en danger d'autrui (par exemple : une annonce de suicide).
  • Le terrorisme (par exemple : l'apologie du terrorisme).
  • Les menaces ou l'incitation à la violence.
  • La pédopornographie.
  • Une offre sexuelle à un mineur sur Internet.
  • La discrimination.
  • Le trafic de drogues ou d'armes.
  • Des actes de cruauté envers les animaux.
  • Une incitation à commettre une infraction.

Ces contenus peuvent avoir été conçus en France ou à l'étranger. À noter que si vous êtes victime d'injure ou de diffamation, vous ne pouvez pas utiliser PHAROS. Il est nécessaire de contacter directement un service de police ou de gendarmerie. Il en va de même si vous avez reçu un contenu dans un cadre privé, par une personne que vous connaissez (par exemple : sur une messagerie privée).

Le Traitement des Signalements par la Plateforme PHAROS :

Les signalements sont traités par des policiers et gendarmes affectés à la Plateforme d'Harmonisation, d'Analyse, de Recoupement et d'Orientation des Signalements (PHAROS). Cette plateforme est intégrée à l'Office Central de Lutte contre la Criminalité liée aux Technologies de l'Information et de la Communication. Si une vérification est possible sur Internet, le contenu signalé est tout d'abord visualisé. Il est ensuite procédé à sa qualification juridique : est-ce une infraction à la loi ? Si le contenu ou le comportement signalé est illicite, le signalement est orienté vers un service d'enquête de la Police Nationale, de la Gendarmerie Nationale, des Douanes ou de la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes.

Anonymat et Identification :

Vous avez la possibilité de vous identifier en remplissant les mentions du formulaire de signalement relatives à votre identité. Les signalements sont traités de la même manière, que vous restiez anonyme ou non. En principe, les agents de PHAROS collectent uniquement votre adresse IP, ce qui ne permet pas de vous identifier directement. Un numéro « IP » seul ne permet pas d'identifier une personne. Seuls les fournisseurs d'accès et de services sur Internet connaissent les titulaires des adresses IP. Dans des cas exceptionnels, pour les nécessités d'une enquête, les enquêteurs peuvent demander l'identification d'un numéro IP après avoir requis l'autorisation du procureur de la République.

Actions Post-Signalement :

Si les équipes de PHAROS considèrent que le contenu est illégal, le signalement est transmis aux autorités compétentes (service d'enquête de la Police Nationale ou de la Gendarmerie Nationale, etc.). Une enquête peut être menée sous l'autorité du procureur de la République. En outre, les policiers et gendarmes peuvent contacter l'hébergeur du site ou de la plateforme et lui demander de retirer le contenu illégal. L'hébergement des sites internet est du ressort des personnes privées : entreprises et particuliers. Ni l'administration, ni les fournisseurs d'accès à Internet, ne peuvent directement couper l'accès à un contenu. Il faut en identifier l'hébergeur, qui seul peut le supprimer. Il se peut que le contenu soit hébergé dans un pays étranger. Si le contenu signalé a été conçu à l'étranger, il est transmis à Interpol, qui l'oriente vers les autorités judiciaires du pays concerné. Dans ce cas, il est possible que la suppression de la publication ait lieu de manière différée.

Après un signalement, tout contenu de nature terroriste, pédopornographique ou destiné à la vente illicite de drogues doit être retiré du site sur lequel il apparaît, dans un délai très court. En outre, l'accès au site sur lequel ce contenu a été publié peut être bloqué. Après un signalement aux forces de l'ordre, le CFAO peut demander à l'hébergeur ou à l'éditeur d'un service de communication en ligne de supprimer le contenu illégal. Dans ce cas, la personne à qui la demande a été adressée dispose d'un délai de 24 heures pour supprimer les contenus à caractère terroriste, pédopornographique ou destinés à la vente illicite de drogues. Ce délai court à compter de la demande de retrait adressée à l'hébergeur ou à l'éditeur de la page web. Si le contenu n'a pas été retiré dans les 24 heures, le CFAO doit transmettre aux fournisseurs d'accès à Internet (par exemple Orange, SFR, etc.) toutes les adresses Internet (URL) des services de communication en ligne contenant des informations à caractère terroriste, pédopornographique ou destinées à la vente illicite de drogues. Les fournisseurs doivent alors immédiatement bloquer l'accès à ces adresses.

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Il est important de noter que si vous signalez le caractère illégal d'un contenu tout en sachant qu'il ne l'est pas, vous encourez des sanctions pénales.

La Lutte Contre les Arnaques en Ligne : Décrypter et Contrer les Faux Avertissements de la Police

L'autorité et le renom de la Police Nationale sont parfois usurpés par des cybercriminels pour mener des escroqueries visant à effrayer et extorquer des internautes. Un exemple courant de cette cybercriminalité est le message d'avertissement frauduleux, qui se présente souvent sous une forme très alarmante. Ce message indique que vous vous seriez rendu coupable de plusieurs graves infractions à la loi, telles que la pédopornographie ou la pédophilie, et vous informe que, sans réponse de votre part, votre dossier sera transmis aux autorités pour de possibles poursuites judiciaires. Il mentionne également que l’affaire sera rendue publique en cas de non-réponse.

Décrypter l'Arnaque :

Pas de panique ! La réponse est simple : non, il ne s’agit pas d’un message officiel, mais d’une simple arnaque qui vise à escroquer des victimes crédules en leur faisant peur avec de fausses accusations. Les internautes victimes de cette tentative d’escroquerie reçoivent un message d’une personne qui prétend appartenir à la Brigade de Protection des Mineurs (BPM). Cette personne se présente comme « Commissaire Divisionnaire, Chef de la BPM ». Ce message indique, qu’après enquête de la « Cyber-infiltration », l’internaute se serait rendu coupable de différentes infractions sur des mineurs : pédopornographie, pédophilie, exhibitionnisme, cyber pornographie, trafic sexuel.

L’escroc adopte par la suite un discours juridique en mentionnant les circonstances aggravantes relatives aux prétendus faits retenus à l’encontre de la victime et affirme disposer de preuves des infractions. La victime est menacée de poursuites judiciaires si elle ne répond pas au message dans un délai de 72 heures. Son dossier sera alors transmis au « Procureur adjoint du tribunal de grande instance de Créteil », spécialisé dans le domaine de la cybercriminalité. Au niveau de l’argumentaire, l’escroc indique détenir les preuves des faits reprochés à la victime et utilise des termes judiciaires pour effrayer encore plus la victime, en mentionnant, par exemple, « la loi de mars 2007 » ou bien des circonstances aggravantes pouvant être retenues dans le cadre de ce type de faits. Le message insiste sur le caractère urgent de la réponse (72 heures) de la victime pour ne pas être sanctionnée. Par ailleurs, pour crédibiliser la démarche, les noms de cadres de la Police Nationale et de la Gendarmerie Nationale, voire d’Europol, ainsi que du ministère de la Justice sont mentionnés et utilisés en usurpant leur identité. De même, l’adresse IP qui est parfois indiquée dans les messages reçus par les victimes, par exemple 146.29.7.458, est très souvent farfelue. À noter que ce message contient de nombreuses fautes de présentation et d’orthographe inhabituelles pour un courrier officiel et qui pourraient éveiller l’attention des victimes. Tous ces éléments tendent ainsi à démontrer que ces messages ne sont que des tentatives d’arnaques.

Pourquoi votre adresse de messagerie est-elle ciblée ? Votre adresse de messagerie circule déjà sur Internet. En effet, vous l’utilisez régulièrement sur différents sites Internet pour vous identifier et communiquer. Ces sites ont parfois revendu ou échangé leurs fichiers d’adresses de messagerie avec différents partenaires plus ou moins scrupuleux dans des objectifs marketing.

Que Faire en Cas de Réception d'un Faux Avertissement ?

Si vous recevez un tel message, voici les démarches à suivre :

  1. Ne paniquez pas ! En effet, vous n’avez sans doute rien de réellement compromettant à vous reprocher.
  2. Ne répondez pas ! Toute interaction pourrait inciter les escrocs à poursuivre leurs tentatives.
  3. Conservez les preuves ! Il est crucial de rassembler toutes les preuves en votre possession. Cela inclut le message reçu, les en-têtes de courriel, et toute autre information pertinente.
  4. Déposez plainte : Présentez-vous au commissariat de police ou à la brigade de gendarmerie pour déposer plainte, ou encore adressez un écrit au procureur de la République du tribunal judiciaire dont vous dépendez en fournissant toutes les preuves. Vous pouvez être accompagné gratuitement dans cette démarche par une association de France Victimes au 116 006 (appel et service gratuits), numéro d’aide aux victimes du ministère de la Justice.
  5. Contactez votre banque : Si une somme d'argent a été versée, contactez votre banque pour essayer de vous faire rembourser. L’infraction suivante peut être retenue : Escroquerie (article 313-1 du code pénal) : l’escroquerie est le fait, soit par l’usage d’un faux nom ou d’une fausse qualité, soit par l’abus d’une qualité vraie, soit par l’emploi de manœuvres frauduleuses, de tromper une personne physique ou morale et de la déterminer ainsi, à son préjudice ou au préjudice d’un tiers, à remettre des fonds, des valeurs ou un bien quelconque, à fournir un service ou à consentir un acte opérant obligation ou décharge.
  6. Conseil et assistance : Pour être conseillé dans vos démarches, contactez au besoin la plateforme Info Escroqueries du ministère de l’Intérieur au 0 805 805 817 (appel et service gratuits).

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