L'Odyssée des Surfeurs Bretons : De l'Ancrage Local à l'Exploration Mondiale

La genèse d'une culture : L'École de Surf de Bretagne

L‘école de Surf de Bretagne (ESB) voit le jour à La Torche il y a 21 ans. Une révolution à l’époque dans le paysage breton jugé par beaucoup comme peu propice à la pratique du surf. Mais des passionnés se sont affranchis de ces obstacles, ont défriché de très nombreuses vagues de cette façade bretonne et ont trouvé les lieux et les méthodes pour donner à d’autres le goût des vagues. Ronan Chatain et Didier Tirilly font partie de ces pionniers quand ils créent à La Torche en 1994, leur Brevet d’Etat tout juste en poche, la première Ecole de Surf de Bretagne. Le petit cabanon sur la plage de La Torche fait vite des émules puisque l’année suivante la seconde Ecole de Surf de Bretagne voit le jour sur un autre spot majeur de la région, la presqu’île de Quiberon, à l’initiative de Stéphane Corbinien.

Par la suite, le réseau s’étoffe, sa fréquentation grandit et l’ESB devient même en 2001 une filière sportive avec l’émergence de la Filière de Haut Niveau dont le Pôle Espoir qui a détecté, formé, vu naître et accompagné de grands noms du surf breton sur la scène française et internationale. En 2005, l’ESB obtient même un agrément de l’Académie de Rennes qui permet désormais aux établissements scolaires bretons de proposer le surf à leurs élèves. Cette structuration a permis de transformer une passion confidentielle en une véritable discipline reconnue, ancrant le surf dans le patrimoine sportif régional.

Figures de proue et diversité des pratiques

Le surf breton est porté par des athlètes dont le rayonnement dépasse largement les frontières de l'Hexagone. Difficile de trouver surfeur plus passionné que Mr. Ian Fontaine. Travailleur, Ian propose un surf millimétré, puissant, engagé et en constante évolution pour toujours rester au top niveau. Mais attention Ian n’est pas seulement un compétiteur : freesurfeur passionné, il propose régulièrement des vidéos tranchantes dont l’humour ne peut laisser indifférent ! Au-delà du surfeur, il y a l’humain. Ian « is a giver » comme il le répète souvent : toujours prêt à aider autrui, il est très proche des nouvelles générations de surfeurs Bretons.

La diversité est également au rendez-vous, prouvant que le surf est un vecteur d'inclusion. Atteinte d’une maladie génétique neuromusculaire depuis son enfance (maladie de Strümpell-Lorrain), une athlète sublime merveilleusement son handicap en mettant toute sa force et sa détermination dans chacun de ses sports. Dès lors, elle a poursuivi son entraînement jusqu’à ce 26 octobre 2017 où elle a été sacrée championne de France handisurf (PS1, debout/à genou) à Hossegor. En 2016 et en 2017 elle a réussi l’exploit d’être présente sur 2 podiums aux championnats de France.

Parmi les autres talents, Martin Letourneur est le breton le plus titré en SUP Race. Vice-champion de France en 2016, le malouin d’origine prend part chaque année aux courses les plus prestigieuses du circuit international pour défendre les couleurs de la Bretagne. Alexis Deniel, c’est une figure incontournable du surf Breton. Comme nombre de champions il a fait de sa passion son métier. Depuis son premier titre de champion de France de longboard en 2007, Alexis a toujours fait une à deux finales (longboard et/ou Sup) lors de chaque édition des championnats nationaux.

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L'esprit d'aventure : Lost in the Swell

Ils s’appellent Ewen, Ronan et Aurélien. Depuis plus de quinze ans, ces trois amis parcourent le monde à la recherche des vagues les plus secrètes et spectaculaires. Sous le nom de « Lost in the Swell », le trio breton s’est fait connaître sur YouTube pour ses aventures uniques et sa manière singulière de vivre le surf. Leur nouveau film, « Slows, les lents de la mer », sort le 21 novembre. Sur leur bateau de 9 mètres, le trio breton explore des spots isolés. À l’origine du concept « Lost in the swell » (« Perdus dans la houle), une passion commune pour la glisse et l’exploration. « Depuis qu’on est tout jeunes, on lit des histoires de surfeurs explorateurs. En Bretagne, on a des kilomètres de côtes, et le surfeur adore découvrir le spot d’à côté, puis celui d’après », explique Aurélien.

Cette quête ne se limite pas à la performance sportive. Pour les trois joyeux compères, elle s’accompagne d’une réflexion plus profonde sur la relation à l’océan. « Le surfeur, il est dans l’eau, pas sur l’eau. On s’est rendu compte en voyageant que la qualité de l’eau, c’est essentiel. En Bretagne, elle est exceptionnelle. Ailleurs, on voyait des surfeurs tomber malades, avec des otites, des infections… Alors on a compris que la santé de l’océan, c’est aussi la nôtre », confie-t-il. Cette prise de conscience a façonné leur démarche. Avec « Lost in the Swell », l’écologie n’est pas un slogan mais un mode de vie. Ils essayent de remplacer le plus possible la pétrochimie : des planches en matériaux plus nobles, des bateaux éco-conçus… Et ils se déplacent à la voile. Ils ont arrêté de prendre l’avion pour leurs projets.

Le globe-trotter breton : Entre tradition et exotisme

Au milieu d’une eau chaude, claire et éclatante, il y a un cri qui retentit au pic, sur ce spot de surf de l’Océan Pacifique : « Yewwwww ! ». On l’entend tout le temps ici. Voilà un mur d’eau qui arrive, on lâche tout. Les planches volent, et on plonge le plus profond possible. C’est dans ce contexte que l’on croise des Bretons du monde, comme Chris. 50% français, 50% philippin mais 100% breton. C’est avec un sac rempli de saucisson, de crêpe bretonne et de caramel au beurre salé que l’on débarque ici.

Chris, comme tous les bretons du monde, est un grand voyageur. Il est né en France, en banlieue parisienne, d’un père breton qui a migré de Bretagne suite à l’exode rural d’après guerre. L’Afrique, l’Asie, l’Amérique, etc… Pour enfin décider de venir s’installer ici, aux Philippines, il y a 5 ans de cela. Chris est toujours d’humeur égale et avec un calme exemplaire. En mer ou sur terre, on peut être sûr qu’avec lui tout se passera bien dans n’importe quelle situation. Il a autant d’énergie et de constance que l’Océan, autant de souplesse que les flots. Terre à terre pourtant, il rassure et sait rester calme même si les choses se corsent.

La première fois que j’ai vu un drapeau breton ici, c’est sur sa bangka. Comme n’importe quel breton, il est fier de l’être. Il le montre, en parle et l’affiche clairement. Après tout ça, avons-nous besoin de remettre en question ses origines bretonnes ? Ce que j’ai trouvé superbe dans cette rencontre : c’est que la Bretagne continue de rayonner jusqu’ici. Même à des milliers de kilomètres de la Pointe de Trévignon, à des dizaines de fuseaux horaires de Perros-Guirec, et à des heures d’avion du Cap Fréhel. La Bretagne, c’est bien sûr la beauté de ses terres qui saute aux yeux de n’importe quelle personne sensible à la nature.

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L’ancrage historique du surf en France

Il est important de rappeler que cette culture s'inscrit dans un mouvement plus large. Some stories change lives, and others continue to shape them. It all began between 1965 and 1975 with a band of diehards. Back then, there were no teachers -- we read Surfer Magazine to figure out the technique and watched the Americans passing through. But under growing pressure, we had to get organised. The following decade saw a whole generation emerge. The club house became our second home, a base camp at the top of the beach where we put the world to rights between sessions.

Par exemple, le Santocha Surf Club a été fondé le 20 octobre 1975 lors d’une réunion au bar de l’ancien hôtel « Les Terrasses » à Capbreton, ce qui en fait l’un des plus anciens clubs de surf de la côte landaise. C’est Pierre Marraud des Grottes, surnommé « Deudeu », qui a impulsé la création du club. Aujourd’hui, Santocha Surf Club Capbreton rassemble plus de 400 membres sur trois générations, avec plus de 50 compétiteurs en surf et bodyboard. Ces structures ont posé les jalons de ce que le surf est devenu en France : un sport structuré, intergénérationnel et profondément ancré dans l'identité littorale.

La philosophie de la lenteur : L'aventure à l'échelle humaine

Pour Ewen Le Goff, Ronan Gladu et Aurélien Jacob, le choix de la « lenteur » est un manifeste. « Slow les lents de la mer », un petit jeu de mots, qui résume le but de ce projet-là, c'est-à-dire d’apprendre à ralentir et faire du voyage aussi une aventure. Le but du jeu était vraiment de partir de la maison, et de revenir à la maison, et donc de le faire le plus simplement possible. Ce qui est dingue, c'est qu'un bateau à voile, il n'y a même pas besoin de permis pour pouvoir le louer. Techniquement, c'est peut-être un peu plus compliqué, mais sur le papier c'est hyper simple.

Au début, ça paraît comme une contrainte, mais au final, c'est hyper libérateur de se retrouver forcé à être dans un petit espace confiné, à ne pas pouvoir faire autre chose, sans réseau, sans rien. Ça permet de retrouver une capacité à « glander », à avoir du temps entre trop et finalement, c'est hyper agréable. On montre qu’on peut surfer autrement, sans chercher la performance, sans la compète. Ce qui compte, c’est le voyage, les rencontres, les galères aussi. Le surf est victime de son succès. Beaucoup prennent l’avion pour aller se « gaver » de vagues sans vraiment vivre le voyage. Nous, on essaie de rappeler que l’aventure, ce n’est pas que la destination. C’est aussi tout ce qu’il y a entre le départ et l’arrivée.

L'expertise technique : La transmission des savoirs

Lors de leur traversée, le trio a bénéficié des conseils de la navigatrice Samantha Davies. Elle leur a appris énormément. Ils ont passé 48 heures avec elle, elle leur a raconté plein d’anecdotes, et surtout, elle les a aidés à comprendre comment le bateau réagit selon le vent et la houle. Ils ont été restés 35 jours en mer, dans le froid et la fatigue. Mais ils se connaissent par cœur maintenant. Chacun sait gérer les moments de faiblesse de l’autre. Et au bout de tout ça, ils ont trouvé des vagues parfaites, complètement désertes.

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L’aspect technique ne doit pas occulter la dimension humaine. Ronan Gladu souligne : « De mon côté je suis Cap-Hornier maintenant, j'ai navigué sur les bateaux du Vendée Globe, sauf que j'ai toujours été en tant que caméraman, donc observateur. Là, passer en tant que skipper, avoir la responsabilité de tout le bateau, c'était un peu stressant pour moi, mais ça s'est hyper bien passé, parce qu'encore une fois, on se connaît super bien ». Cette maîtrise technique, alliée à une connaissance profonde de l'océan, permet aujourd'hui à ces surfeurs de repousser les limites de l'exploration tout en respectant l'environnement qu'ils parcourent.

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