Les Avantages des Voiliers Insubmersibles : Sécurité, Réglementation et Réalités Techniques

La hantise de nombre d’entre-nous, plaisanciers, est la voie d’eau. L’idée de voir notre bateau couler et plonger vers le fond nous effraie, car une voie d’eau peut arriver rapidement, l’eau pouvant provenir d’une vanne usagée, d’un passe-coque ou encore des boulons de quille, parmi d'autres possibilités. Face à cette préoccupation majeure, il faut savoir qu’il existe des voiliers insubmersibles, ou incoulables, offrant une tranquillité d'esprit non négligeable en mer. La question "Insubmersible ou pas ?" est une question qui ne vieillit pas et ne cesse de revenir à la bouche des plaisanciers, signe de son importance. Un bateau qui ne coule pas représente un avantage indéniable, garantissant une sécurité accrue même dans les situations les plus critiques. Mais qu'est-ce qu'un bateau insubmersible exactement ? Quels sont les critères à respecter pour qu'un navire soit considéré comme tel et quels bénéfices concrets apporte-t-il ? Cet article explore en profondeur ces aspects, en examinant les définitions, les évolutions réglementaires, les solutions techniques et les avantages pratiques de ces embarcations.

Qu'est-ce qu'un Bateau Insubmersible ? Définitions et Nuances Réglementaires

La distinction entre un bateau "insubmersible" et "incoulable" est cruciale et, souvent, purement législative, bien que la conception technique puisse être similaire. Un navire est reconnu insubmersible dès lors qu'il possède le certificat attestant cela. En France, l'insubmersibilité était une notion administrative jusqu'en 2005. Administrativement parlant, cette notion n'existe plus de la même manière depuis 2005. Historiquement, elle faisait l'objet de l'arrêté du 6 mars 2000. Selon ce dernier, afin qu'un navire puisse être qualifié d'insubmersible, il fallait valider une série de tests conduits par un organisme spécifié. Lors de ces essais, un navire pouvait être déclaré insubmersible lorsque, même « plein d'eau, il flotte avec une assiette normale et un franc-bord minimum dans des conditions suffisantes de sécurité. »

Depuis la révision de la division 224, devenue division 240, qui régit la sécurité des bateaux de plaisance, la notion d'insubmersibilité est désormais détachée de la norme administrative pour les nouvelles constructions. Cependant, cela ne signifie pas qu'il n'existe plus de bateaux insubmersibles. En effet, les bateaux reconnus comme insubmersibles avant 2005 par l'organisme désigné continuent de profiter de cette reconnaissance d'insubmersibilité. De plus, si un bateau neuf, construit après 2005, est identique à un navire insubmersible existant et qu'il a été produit par le même constructeur, il peut également bénéficier de cette reconnaissance. Ces réalités réglementaires ont des implications juridiques directes pour les propriétaires et les constructeurs. Par exemple, en 1987, l'insubmersibilité était devenue obligatoire pour les multicoques habitables homologués en France, où le bateau, rempli d’eau avec son équipage sur le pont, devait conserver une assiette longitudinale horizontale et rester stable latéralement.

Pour déterminer si un bateau est réellement insubmersible, il est essentiel d'identifier les différentes périodes de fabrication et de commercialisation, car les normes et la réglementation ont beaucoup changé, surtout depuis 20 ans. Jusqu’en 2000, les voiliers pouvaient obtenir un certificat d’insubmersibilité sur la seule base des calculs théoriques des architectes ; les constructeurs, avec les architectes, justifiaient alors de façon théorique que le bateau ne pouvait pas couler. Cela n’enlève rien à l’insubmersibilité technique du bateau, mais la méthode de validation était différente. À partir de l’année 2000, la réglementation s’est durcie, obligeant les chantiers à faire subir des tests d’insubmersibilité aux bateaux de plaisance afin d’obtenir leur certification. Ces bateaux ont ainsi été « testés et approuvés ». Enfin, depuis 2005, en France, les nouveaux bateaux construits ne peuvent plus obtenir un certificat d’insubmersibilité au sens administratif du terme. Toutefois, cette notion reste très présente dans l'esprit des plaisanciers, car l'insubmersibilité rassure et apporte une couche de sécurité fondamentale.

Les embarcations dites "incoulables", quant à elles, n'ont pas toujours l'homologation nécessaire, et donc ne sont pas administrativement "insubmersibles", pour se passer d'un radeau de survie lors des navigations hauturières, même si techniquement elles sont conçues de la même manière que les navires insubmersibles reconnus. La distinction réside souvent dans la reconnaissance officielle par l'administration, qui confère certains avantages réglementaires, notamment l'exemption de radeau de survie dans certains cas.

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Les Fondements Techniques de l'Insubmersibilité et ses Compromis

L'insubmersibilité d'un voilier est une prouesse technique qui repose sur des principes d'ingénierie navale visant à garantir qu'un bateau puisse flotter et, idéalement, rester manœuvrable même après avoir subi une voie d'eau majeure et être rempli d'eau. Pour qu’un bateau flotte, il faut que son volume immergé soit supérieur ou égal à son poids. Ainsi, un voilier devra déplacer un tout petit peu moins d’eau de mer que d’eau douce pour recevoir une poussée d’une tonne, par exemple. Si ce volume est rigoureusement égal au poids du bateau, il flottera au ras de l’eau, voire entre deux eaux, ce qui n'est pas le but recherché.

Pour parvenir à cette capacité à flotter même plein d'eau, plusieurs méthodes sont employées par les constructeurs. Une approche courante est l'intégration de réserves de flottabilité. Historiquement, certains bateaux embarquaient, en lieu et place de coffres de rangement, des compartiments remplis de mousse aérée. Les coffres et les bordés étaient remplis de mousse injectée, ce qui assurait une flottabilité positive. Cet inconvénient majeur de ces réserves de flottabilité représentait une perte de place de stockage, un facteur non négligeable surtout sur les embarcations de petite et moyenne taille où chaque recoin est précieux. Cependant, cet inconvénient était amplement compensé par la sécurité efficace qu'offrait ce type de bateaux : même avec une coque percée, il pouvait revenir au port par ses propres moyens.

D'autres méthodes pour créer des réserves de flottabilité incluent l'utilisation de matériaux en sandwich. Par exemple, la mousse peut être utilisée dès la construction dans le sandwich de la coque et du pont. Cette solution est très intéressante car elle permet d’économiser de la place tout en offrant une flottabilité intégrée. De plus, la mousse isole efficacement la coque du froid et du bruit, ajoutant un bonus de confort pour les navigants. Certains chantiers optent pour le polystyrène extrudé disposé dans les coffres du voilier. Il est important de noter que si l'on souhaite rendre soi-même son voilier insubmersible, il faut éviter la mousse polyuréthane en bombe, car cette mousse augmente de volume en séchant et peut endommager sérieusement les aménagements du bateau.

L'insubmersibilité des voiliers de course, comme les Imoca, obéit également à des règles strictes. Dans les règles de jauge des Imoca, il est prévu que « Le bateau doit disposer d’un volume total d’insubmersibilité égal ou supérieur à 105% du déplacement du bateau en configuration lège. Ces volumes sont préservés par des cloisons étanches. » Ces cloisons étanches sont une autre manière d'assurer l'insubmersibilité d'un voilier. Elles permettent de compartimenter le bateau, de sorte qu'une voie d'eau dans un compartiment ne submerge pas l'intégralité du navire. À bord de certains voiliers, même s'ils ne sont pas officiellement insubmersibles, la prévision d'une porte étanche pour isoler le local technique à l’avant du reste du bateau peut être une solution. À condition de faire circuler les câbles électriques au plafond, il pourrait être intéressant de disposer de portes étanches pour fermer les cabines arrières et avant de nos voiliers en cas d’invasion de l’eau, permettant ainsi de confiner l'eau et de préserver la flottabilité.

Fabriquer des voiliers capables de naviguer remplis d’eau exige des réserves de flottabilité bien supérieures à celles d'un bateau classique, et celles-ci doivent être savamment réparties pour lui assurer une bonne stabilité. Ceci oblige à en disposer en avant, en arrière et sur les côtés du bateau. Cette prouesse technique a évidemment un coût, ce qui justifie le prix plus élevé de tels voiliers. Lors de la conception, il faut également prendre en compte le poids de l'équipage, des provisions, de l'eau (environ 300 litres pour quatre personnes) et du carburant (environ 150 litres). Ce volume représente un poids considérable qui doit être intégré dans les calculs de flottabilité, surtout à bord d’un monocoque où la place est comptée. Un bonus non négligeable pour les voiliers construits en sandwich Divinycell ou polyuréthane est qu'ils sont, de par leur conception, très bien isolés, combinant ainsi sécurité et confort thermique et acoustique.

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Un Avantage Réglementaire : La Dispense du Radeau de Survie

L'un des avantages les plus tangibles et discutés des bateaux insubmersibles réside dans les dispenses réglementaires dont ils peuvent bénéficier. La réglementation française impose à tout navire naviguant à plus de 6 milles d'un abri d'avoir à son bord un radeau de survie capable d'accueillir la totalité de l'équipage, conformément à l'article 240-2.05, qui stipule la nécessité d'« Un ou plusieurs radeaux de survie gonflables permettant d'embarquer l'ensemble des personnes à bord, adapté(s) à la navigation pratiquée et conforme(s) aux dispositions de l'article 240-2.18. »

Cependant, un second article, le 240-2.14, paragraphe II, dispense certains navires certifiés insubmersibles de l'emport du radeau de survie. Il stipule que « II. Les navires existants bénéficiant de la reconnaissance d’insubmersibilité et pour lesquels la série a fait l’objet d’une décision d’insubmersibilité par l’administration, ne sont pas tenus d’embarquer le radeau de survie gonflable prescrit par les articles 240-2.05 et 240-2.06, tant qu’ils naviguent dans les limites, en termes d’éloignement d’un abri, de la catégorie de navigation pour laquelle l’insubmersibilité a été reconnue. » Cette dispense s'applique donc aux navires existants et reconnus, dans les limites de leur catégorie de navigation, qui peut aller jusqu'à 60 milles d'un abri pour certaines catégories.

Naviguer sur un bateau insubmersible apporte un avantage non négligeable à cet égard. Être dispensé de l'emport du radeau permet de libérer de la place à bord, surtout sur les embarcations de petite et moyenne taille. Un radeau est en effet quelque peu encombrant et doit impérativement se trouver dans un endroit accessible, ce qui peut poser des défis d'aménagement sur des bateaux compacts. Pour ceux qui naviguent ponctuellement en hauturier, avoir un bateau insubmersible peut se révéler particulièrement intéressant, offrant une flexibilité précieuse. Libre à chacun de choisir pour un bateau insubmersible ou non, mais cet avantage est un facteur important pour de nombreux plaisanciers.

Malgré cette exemption réglementaire, il est fortement conseillé d'avoir un radeau de survie à bord, même pour un bateau insubmersible. La raison principale est que, bien qu'un navire insubmersible ne puisse pas couler, il peut tout de même brûler. Nous entendons souvent l'exemple de l'incendie au large. Ayez conscience qu'en cas d'incendie à 5 milles d'un abri où l'emport du radeau n'est pas obligatoire, et le même incendie à 8 milles sur un bateau insubmersible sans radeau, le résultat pourrait être identique en termes de nécessité d'évacuer le navire. Si votre joli Etap prend feu ne serait-ce qu’à 30 milles des côtes, hors portée VHF, vous allez trouver le temps long dans votre annexe sans radeau. La vie n’a pas de prix, et il est préférable d'avoir un moyen de survie flottant pour pouvoir évacuer en cas de feu ou d'autre catastrophe majeure rendant le bateau inhabitable, même s'il reste à flot. Pour ma part, si j’avais un voilier insubmersible d’avant 2005, j’emporterais un radeau de survie pour des navigations au-delà de 20 milles des côtes, et ce, même avec une balise PLB ou EPIRB à bord, car la prudence en mer est toujours de mise.

Acquérir un Voilier Insubmersible Aujourd'hui : Options et Précautions

Acheter un bateau insubmersible aujourd'hui offre deux options principales, chacune avec ses spécificités, compte tenu de l'évolution des réglementations.

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La première option est d'acquérir un bateau insubmersible neuf. Bien que la notion d'insubmersibilité ne soit plus reconnue administrativement de la même manière depuis 2005, il est toujours possible pour un chantier de construire des navires insubmersibles. Ceci signifie qu'il est nécessaire de ne rien changer à la structure d'un bateau qui a autrefois été reconnu comme insubmersible pour que celui-ci soit encore reconnu comme tel, selon la division 240 sur les règles de sécurité applicables à la navigation de plaisance en mer. Votre bateau neuf ne sera pas homologué comme insubmersible et ne possédera donc ni l'attestation d'insubmersibilité ni la plaque d'insubmersibilité correspondante en vertu des normes actuelles. Cependant, certains chantiers continuent de proposer des bateaux dont la conception garantit une insubmersibilité intrinsèque. La plupart des chantiers ne le font pas de manière standard, et pour d'autres, c'est une option. Aujourd'hui, plusieurs types de bateaux neufs insubmersibles sont proposés par des marques spécialisées. Par exemple, Zeppelin propose une large gamme de semi-rigides certifiés insubmersibles (16, 18, 20, 21 et 22 pieds ainsi que les 7,50m et 8,50 m). Pour les voiliers, Pogo Structure propose également des modèles dont les bateaux flottent même remplis d'eau.

La seconde option est d'acheter un bateau insubmersible d'occasion. Certains chantiers, aujourd'hui disparus, ont produit des bateaux insubmersibles homologués, comme Etap pour les voiliers ou Ultramar pour les bateaux à moteur. Les coffres et les bordés de ces bateaux étaient remplis de mousse injectée, bien que cela ait eu pour petit inconvénient de réduire l'espace de stockage. Malgré la disparition de ces chantiers, il est toujours possible aujourd'hui d'acheter leurs bateaux d'occasion. L'avantage majeur est que l'attestation d'insubmersibilité est liée au bateau lui-même et est donc transférable en cas de revente, ce qui signifie que le futur propriétaire en bénéficiera également. Il est crucial de s'assurer que le certificat d'insubmersibilité est bien présent lors de l'acquisition.

Cependant, attention lors de l'acquisition d'un bateau d'occasion. Quelques marques ont pu faire évoluer leurs carènes au fil du temps, ce qui peut avoir comme conséquence que les modèles plus récents de la même marque ne rentrent plus dans les clous des anciennes certifications. La seule façon de le savoir avec certitude est de recevoir, à la livraison, un certificat d'insubmersibilité. Pour déterminer si un bateau est réellement insubmersible, nous devons en effet identifier les différentes périodes de fabrication et de commercialisation, car les normes et la réglementation ont beaucoup changé, surtout au cours des vingt dernières années.

Sécurité et Réalités de la Navigation : Au-delà de l'Insubmersibilité

Bien que l'insubmersibilité soit une caractéristique de sécurité majeure, il est essentiel de comprendre ses limites et de la situer dans le contexte plus large de la sécurité en mer. Soyons réalistes : le risque de couler n’est pas très élevé pour la plupart des navigations côtières. Par contre, en navigation hauturière, ce n’est plus la même histoire, et le risque, bien que toujours faible en valeur absolue, devient une considération plus prégnante. De plus, avec un tel programme, les navigateurs ont besoin d’un gros volume de rangement, ce qui peut parfois entrer en conflit avec les techniques d'insubmersibilité (mousse dans les coffres par exemple).

Un navire insubmersible est conçu pour ne pas disparaître sous la surface de l’eau, mais cette capacité ne résout pas tous les problèmes de sécurité. Nous avons conscience qu'en cas d'incendie, un bateau insubmersible peut tout de même brûler. L'exemple du naufrage express de Kevin Escoffier, qui a dû abandonner son voilier en moins de 5 minutes pendant le Vendée Globe, même si son bateau répondait aux normes d'insubmersibilité des IMOCA, rappelle la rapidité avec laquelle une situation peut dégénérer et l'importance d'une évacuation rapide. Même un bateau insubmersible peut devenir invivable à la suite d'un incendie, d'une explosion, ou d'autres avaries majeures rendant le bord dangereux. Dans de telles situations, la capacité d'évacuer le navire en toute sécurité, notamment via un radeau de survie ou une annexe, demeure primordiale.

Si votre programme est de naviguer couramment au large ou d'effectuer des raids hauturiers, alors l'emport d'un radeau peut être judicieux, voire vital. Différents modèles existent, soit en conteneur, soit en sac, et leur choix dépendra de vos besoins spécifiques. Même si la réglementation ne l'impose pas pour un navire insubmersible dans certaines zones, le bon sens marin incite à ne pas négliger cette mesure de sécurité supplémentaire. Car même si l'insubmersibilité rassure, comme le soulignent de nombreux plaisanciers, elle n'est qu'une facette de la sécurité. La possibilité de rentrer au port même avec une grosse brèche dans la coque est certes hautement souhaitable, mais il faut aussi considérer les scénarios où le bateau, bien que flottant, n'est plus manœuvrable ou est devenu un danger pour l'équipage.

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