Depuis la nuit des temps, l'Homme a cherché à dompter l'eau pour se déplacer, commercer et explorer. Comment les bateaux ont évolué dans l'histoire ? De la pirogue à l'aéroglisseurs, l'évolution des bateaux au fil du temps est une saga fascinante, avec pour chaque embarcation, son histoire. Tous les petits mousses sont appelés sur le pont pour découvrir cette riche histoire du bateau ! L’histoire recèle légendes et récits racontant les exploits de ces aventuriers des océans sur des navires à voile.
Il en aura fallu des traversées et des naufrages pour passer de la petite pirogue d’autrefois aux embarcations sophistiquées. L'histoire de la navigation est une succession d'innovations, de défis relevés et d'horizons repoussés, marquant profondément le commerce, l'exploration et la culture maritime. Avant le 5ème millénaire, l’histoire de la voile reste un mystère, mais les traces de son utilisation sont partout.
Les Premiers Pas de la Navigation : Des Origines Préhistoriques à l'Exploitation du Vent
Dès la préhistoire, l'Homme construisit des embarcations fluviales : pirogues creusées dans un tronc d'arbre, canoës en peau ou encore radeaux de roseaux. Ces frêles esquifs furent les ancêtres des navires. Les premiers voiliers, des pirogues à une ou deux coques, auraient vu le jour en Océanie. Ces embarcations plutôt fragiles, sans quille, n’étaient pas faites pour la grande mer. Les premiers spécimens ne se conservaient pas très bien, rendant difficile de donner une date précise des premiers bateaux. Cependant, des outils fabriqués par l’homme datant d’il y a plus de 130 mille ans ont été retrouvés en Crète qui est une île. À cette même époque, on assemblait déjà des morceaux de bois pour former des radeaux.
Avant que la voile ne devienne courante, pour se déplacer avec leur bateau, les navigateurs utilisaient des pagaies, ou encore on faisait du halage. Puis les hommes constatent qu’en utilisant une toile ou une peau de bête ils peuvent exploiter le vent. La première représentation d’un bateau à voile a été retrouvée dans la région de l’actuel Koweït. Elle est datée de la fin du 5e millénaire avant notre ère. C’est en Mésopotamie que la première peinture représentant un voilier a également été découverte. À cette époque, des routes commerciales sur des grands fleuves comme le Tigre et l’Euphrate apparaissent, et des bateaux à voile et à rames naviguaient sur les fleuves pour le commerce.
Les échanges maritimes ont débuté dès 7000 ans avant Jésus-Christ, notamment autour de la mer Égée, où l'on transportait alors principalement des obsidiennes. Puis peu à peu, les marchandises se sont diversifiées. Pour améliorer la résistance et la capacité de charge des bateaux, chacun avait ses techniques. Vers 5000 ans avant Jésus-Christ, au Danemark et en Égypte, on invente le bordage cousu. C’est un type de bateau constitué de planches ou de peau attachées ensemble grâce à des liens ou du bois flexible. Ça empêche les entrées d’eau sur l’embarcation tout en augmentant sa capacité de chargement. On utilisait alors différents matériaux en fonction de ce qu’on trouve dans la région.
Lire aussi: Tout sur la voile avant
Dès 3000 ans avant Jésus-Christ, l’utilisation de la voile est assez répandue dans le monde, notamment grâce à des pirogues à bordage cousu transportant jusqu’à 50 passagers. Il n’y a pas de traces précises des bateaux qui ont permis des traversées océaniques lointaines, mais c’était vraisemblablement de grands catamarans formés de deux grandes pirogues solidaires.
Le mot "voile" vient du latin velum qui désignait un tissu permettant de protéger du soleil ou de réduire la hauteur d’un local. Pas grand-chose à voir avec le monde marin a priori. Quant au mot "bateau", il vient des Vikings. Dans leur langue, ils appelaient leurs bateaux bàtur. Dès la fin du VIIIe siècle, les Vikings ont attaqué les pays européens, notamment l’Angleterre et la France. La langue anglo-normande s’est alors inspirée de ce mot pour donner « bat ». Le terme est ensuite attesté pour la première fois en vieux français en 1138 sous la forme « batel » qui deviendra bateau par la suite. D’autres mots seront utilisés au cours de l’histoire pour désigner différents types de bateaux.
L'Antiquité, Berceau des Flottes Maritimes
Les voiliers apparaissent de plus en plus sur les cours d’eau et les mers. Les premiers bateaux à voile, développés par des civilisations anciennes comme les Égyptiens, les Phéniciens et les Babyloniens, datent d’environ 3500 av. J.-C. Ces peuples ont créé des embarcations rudimentaires en utilisant les matériaux naturels à leur disposition. Les Égyptiens, par exemple, construisaient leurs bateaux en papyrus, un matériau abondant le long du Nil. Ces bateaux étaient aussi présents sur le Nil en Égypte. Celui-ci coule du sud au nord. Idéal pour descendre le fleuve, et les vents soufflent la majeure partie de l’année du nord au sud. Au début, la construction des barques et l’utilisation de la voile sont faites pour les travaux des champs.
À Gizeh (Égypte), des ouvriers construisent un navire qui s’apparente au modèle en papyrus conçu par les Égyptiens au IIe millénaire av. Les premiers navires égyptiens avaient une charpente et un bordé en bois. Ils étaient suffisamment vastes pour transporter 20 rameurs, ainsi que plusieurs têtes de bétail, ou un poids équivalent de marchandises. D'après les peintures égyptiennes de cette époque, on constate que ces galères étaient équipées de deux mâts, reliés à leur sommet, auxquels on suspendait des voiles. Plus tard, on ne conserva qu'un seul mât, au sommet duquel les voiles étaient hissées au moyen de poulies. Les voiles ne servent pas seulement au commerce : elles sont rapidement intégrées dans des navires conçus pour la guerre.
Vers 1900 avant JC, les échanges maritimes deviennent si importants en Égypte qu’un canal est construit pour relier le Nil et la mer Rouge. Le commerce les amenant à affronter la mer, ils vont devoir consolider leurs bateaux pour faire face aux vagues et aux vents forts. Cela va se faire en remplaçant le papyrus par des planches de bois et en ajoutant des haubans qui retiennent le mât vers l’arrière. Les voiliers serviront aussi à l’exploration. Pendant un long moment, l’idée de pouvoir avancer contre le vent avec les voiles paraît incongrue et pendant des dizaines de siècles, les navires auront des voiles carrées. Les bateaux à voiles carrées égyptiens ne pouvaient se rapprocher qu’à environ 150 degrés du lit du vent.
Lire aussi: Enduire sa piscine
Les chantiers navals les plus illustres de l'Antiquité furent ceux des Phéniciens, grands navigateurs de la Méditerranée. Au cours du IIe millénaire av. J.-C., ce peuple construisit des navires de guerre, ainsi que des embarcations marchandes capables de transporter de lourdes charges. Ces dernières présentaient des formes ventrues et avaient l’allure de "bateaux ronds". Elles étaient propulsées grâce à leurs voiles, les avirons n’étant utilisés qu’au voisinage des ports. Ces navires de commerce offraient un volume de chargement beaucoup plus important que celui des étroites galères. La coque va profiter de nouvelles améliorations notamment par les Phéniciens. De leur côté, les Phéniciens et les Babyloniens utilisaient la voile pour étendre leurs échanges maritimes sur le golfe Persique et la mer Rouge, reliant ainsi des territoires éloignés.
Les Grecs n’étaient pas en reste avec les galères qui étaient aussi équipées de voile. Les puissances ont vite compris que pour asseoir sa domination sur les autres, il fallait des navires de guerre. Les Grecs et les Phéniciens développent des navires spécifiques, comme les trières, qui jouent un rôle stratégique dans des batailles maritimes majeures, telle que la bataille de Salamine. Ces bateaux de guerre sont renforcés avec des coques solides, des rames pour la propulsion et des voiles pour manœuvrer selon les besoins. Au 6e siècle avant Jésus-Christ, de violentes batailles maritimes ont lieu comme la bataille de Salamine qui opposa les Grecs et les Perses. Longue d’environ 36 m et large d’environ 6 m, la trière est plus rapide, plus maniable et plus solide que les précédents navires de guerre. La forme de sa coque plate s’enfonçait peu profondément dans l’eau. La trière était donc idéale par temps calme mais très peu stable dans les tempêtes. Ainsi, avant la bataille de Salamine, les Perses auraient perdu un tiers de leur flotte dans une tempête. Même si la trière possède un gouvernail, les marins utilisent encore beaucoup les rames pour se diriger.
Lorsqu’elles étaient conçues pour le combat, les galères romaines possédaient une coque renforcée qui les protégeait du feu et des projectiles. Les Romains construisirent divers types de navires de guerre au cours de la période où ils exercèrent leur hégémonie sur la Méditerranée, notamment des galères dotées de passerelles pour se jeter à l’abordage des bâtiments ennemis ou équipées de catapultes. Leurs navires de commerce mesuraient environ 50 m de long et 15 m de large. On pense que des bâtiments de dimensions supérieures furent construits afin de transporter des obélisques d’Égypte jusqu’à Rome. Ces grands navires de commerce étaient munis de voiles carrées disposées sur trois mâts.
Héritier des navires romains, le dromon, galère rapide et légère, fit son apparition au VIe siècle apr. J.-C. dans l’Empire byzantin.
L'Ère des Explorateurs Nordiques et des Innovations Asiatiques
Les navires nordiques étaient des bâtiments de haute mer très performants, propulsés à la fois par des avirons et par des voiles. Ils furent construits en Scandinavie à partir du IXe siècle par les Vikings. Les plus célèbres d’entre eux, les drakkars, atteignant une vingtaine de mètres de long, disposaient d’une quinzaine de paires d’avirons. Ils se composaient de lattes de pin ou de chêne, reliées par des rivets de bronze. C’est à bord de ces bateaux de guerre que les Vikings entreprirent des raids fructueux sur les côtes de l’Europe occidentale. Le knarr, plus petit et plus massif que le drakkar, servait essentiellement au transport : il fut utilisé par les Vikings dans leurs expéditions vers le Groenland et l’Islande. Les Vikings sont les premiers occidentaux à découvrir l’Amérique vers l’an 1000.
Lire aussi: Innovations dans les voiles
À cette époque, en mer du Nord, on utilisait des cogues, des voiliers de commerce armés et équipés d’une vigie. Vinrent ensuite les drakkars des Vikings dont les caractéristiques étaient : un fond plat, une symétrie quasi-parfaite entre l’avant et l’arrière et une voile de forme rectangle. Au XIIème siècle, les voiliers changent et sont en mesure de s’aventurer en haute mer. Les évolutions étaient significatives. Le gouvernail d’étambot, proche de ce qu’on a aujourd’hui, n’est développé qu’au XIème siècle en Baltique et en Perse. Il arrive en Occident qu’à partir du XIIIème siècle. Les navires vont continuer de grandir et les gouvernails vont donc profiter de nombreuses améliorations pour pouvoir démultiplier la force du timonier.
En Asie, les premiers bateaux capables d’affronter la mer et d’ouvrir des routes maritimes n’apparaîtront qu’au VIIIe siècle après Jésus-Christ. Cependant, c’est au XVe siècle que la jonque chinoise, un navire avancé, voit le jour. La jonque est à fond plat et ne possède ni quille, ni étrave et ni étambot, qui sont des pièces de la carène. Sa coque est divisée en compartiments étanches par de solides cloisons disposées longitudinalement et transversalement. De telles cloisons, qui ne furent adoptées en Occident qu’au XIXe siècle, renforcent non seulement la structure du navire, mais le protègent en outre du naufrage. Dans le récit de ses voyages, Marco Polo fit l’éloge de ce système de cloisons, qui empêchait la jonque de couler. Ce type d’embarcation est pourvu d’une rame-gouvernail massive, située à l’intérieur d’un puits étanche. Les voiles d’une jonque sont constituées de panneaux horizontaux étroits, tissés ou tressés. Chacun d’entre eux est relié à sa propre écoute, de manière que chaque voile puisse être déployée ou ramenée rapidement. La jonque possède des voiles lattées qui permettent de faciliter la manœuvre de réduction de voilure en cas de gros vent. Les lattes permettent aussi de rigidifier la voile. Au XVe siècle, la flotte chinoise ouvre des routes commerciales jusqu’en Afrique grâce à la jonque. Ces innovations permettent aux jonques de naviguer en haute mer avec une grande stabilité et maniabilité.
L'Apogée des Grandes Découvertes et des Empires Commerciaux
L’Âge d’or de la voile marque une ère d’exploration et de découvertes. Bien avant Christophe Colomb, les Vikings sont les premiers à traverser l’Atlantique, atteignant l’Amérique vers l’an 1000. Quelques siècles plus tard, Christophe Colomb quitta l’Espagne le 3 août 1492 aux commandes d’une flotte comprenant trois caravelles. Se dirigeant vers l’ouest, les trois vaisseaux atteignirent les îles de la mer des Antilles en cinq semaines et demie. Les allers-retours vers l’Amérique ne vont se multiplier qu’après la redécouverte par Christophe Colomb.
Inventée par les Portugais, la caravelle est un voilier à hauts bords créé pour les longs voyages des explorateurs. C’est un navire plus maniable avec des voiles triangulaires, appelées voiles latines, qui permettent une meilleure orientation par rapport au vent. La caravelle peut louvoyer, elle conserve des voiles carrées pour les autres allures. L'Europe conçut de nombreux types de bateaux à voiles. La caravelle était un vaisseau utilisé par le Portugal et l’Espagne, relativement petit et de faible tonnage. Elle possédait une large étrave et un château arrière haut et étroit. Elle était dotée de trois ou quatre mâts gréés de voiles latines (voiles triangulaires), excepté le mât de misaine qui portait une voile carrée. Ce type de navire est équipé de plusieurs formes de voiles : celles en forme de triangle captent la direction du vent, tandis que le vent arrière propulse le bateau grâce aux voiles carrées. Ce bateau est l’un de ceux à avoir effectué la traversée de l’Espagne au "Nouveau monde". À la tête de ce bateau se trouvait Eleanor Creesy, une des premières femmes à être navigatrice, chose peu répandue lors du lancement du Flying Cloud en 1851.
Pour les combats maritimes, on a longtemps préféré manœuvrer à la rame, car elle permet au bateau d’être plus réactif. Mais les choses changent avec la construction des galions. À mesure que les échanges commerciaux s'intensifient, les galions deviennent indispensables pour les empires coloniaux. Ces navires imposants sont conçus pour transporter de grandes cargaisons et sont armés de canons pour se défendre et participer aux guerres maritimes. Ces vaisseaux, ayant la capacité de stocker de grandes quantités de marchandises, permirent de rapporter les richesses des colonies en Europe.
Du simple galion chargé d'or, le Kazaden Boat évolua en une véritable frégate de guerre lorsqu'il fut capturé par des corsaires. À l’époque, il était entièrement conçu pour la haute-mer et pour embarquer un équipage important et une cargaison gigantesque. La coque était composée de chêne et le mât de pin, des bois durs pour résister aux rigueurs du large.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le navire de guerre le plus courant en Europe était le vaisseau de ligne, à quatre ou cinq mâts. Il possédait un gaillard d’avant et un château arrière élevés et était équipé de plusieurs rangées de canons (jusqu’à 120 pièces). Le nombre de mâts et de voiles augmenta afin de pouvoir le manœuvrer plus facilement. Le Kazaden Boat fut un trois-mâts légendaire. On le compara même au mythique HMS Victory, long de 70 mètres et fort d’une centaine de canons qui combattit à la bataille de Trafalgar. Le vaisseau de ligne était secondé par des bateaux plus petits : les frégates et les corvettes. Ces deux types de navires étaient armés d’au plus 36 canons, placés en général sur le pont plutôt qu’au-dessous comme sur les vaisseaux de ligne. Les 19ème et 20ème siècles voient apparaître des navires plus évolués comme les Corvettes et les Frégates.
L'Âge d'Or des Voiliers Commerciaux et le Dernier Souffle de la Voile
Durant les trois siècles qui suivirent les expéditions de Christophe Colomb, peu de modifications furent apportées aux navires à voiles, mise à part une augmentation progressive de leurs dimensions. C’est au cours de la guerre anglo-américaine que le trois-mâts, appelé clipper, et né quelques années auparavant, acquit une renommée internationale en raison de sa rapidité. Il y fut particulièrement efficace comme forceur de blocus. Très rapides et tenant remarquablement la mer, les clippers excellaient dans le commerce de longue distance. Ainsi, ils assurèrent le commerce du thé entre la Chine et l’Angleterre.
Malgré l’avènement progressif des bateaux à vapeur, on continua à construire des bateaux à voiles qui tentèrent de rivaliser avec les cargos. Pour proposer des prix plus avantageux sur le fret que ceux qui étaient pratiqués par leurs concurrents, les constructeurs durent augmenter les tonnages de ces voiliers. Ceux-ci, souvent en acier, étaient dotés de quatre ou cinq mâts et transportaient généralement du charbon, des céréales ou des minerais.
Au XVIIe siècle, des Hollandais décident de faire du bateau à voile pour le plaisir. La plaisance va donner un second souffle à la voile. Les premiers voiliers modernes voient le jour en Europe du Nord, notamment aux Pays-Bas et en Angleterre, où le concept de yachting émerge. Les Néerlandais conçoivent des navires rapides et légers appelés "jaght," utilisés initialement pour la chasse et les patrouilles côtières. Lors de son exil aux Pays-Bas, Charles II d’Angleterre découvre cette pratique et, de retour en Angleterre, il ramène avec lui un yacht.