Le monde du surf professionnel, bien que régi par des circuits mondiaux rigoureux, trouve sa véritable âme et son épreuve de vérité sur les rivages hawaïens. Au cœur de cette culture se trouve la Vans Triple Crown of Surfing, une compétition qui, au-delà de son statut sportif, incarne l'héritage, la dangerosité et le prestige ultime de la discipline.
Les racines historiques : Entre révolte et légitimité
Le surf professionnel, tel que nous le connaissons aujourd'hui, a connu des débuts houleux. En 1976, deux Hawaïens, Fred Hemmings et Randy Rarick, créent l’IPS, l’International Professional Surfers, avec pour objectif de réunir les épreuves existantes, mais non reliées entre elles, en un championnat. Toutefois, quelques années plus tard, les Australiens, devenus maîtres du classement mondial de la discipline et reprochant à l’IPS de stagner, notamment en termes de dotations, se regroupent autour du surfeur aussie Ian Cairns, qui crée, en 1983, l’Association des surfeurs professionnels (ASP).
L’ancêtre de l’actuelle World Surf League (WSL), l’instance chargée de l’organisation des compétitions professionnelles, était né. D’Hawaï, siège de l’ISP, l’ASP se délocalise à Huntington Beach (Californie) et fait disparaître les épreuves hawaïennes de son calendrier. Exit les historiques Pipe Masters (alors Hawaiian Masters), la Duke Kahanamoku Classic et la World Cup ! Un déshonneur qui n’est pas du goût du duo Hemmings et Rarick, lesquels décident de regrouper les trois épreuves en une compétition parallèle, la Triple Crown. L’ASP, voyant d’un mauvais œil cette atteinte à sa souveraineté, interdit à ses surfeurs affiliés d’y participer, sous peine de sanctions. C’était compter sans la révolte de la crème des compétiteurs hawaïens du moment, qui décident sur-le-champ de braver l’interdiction. Quelques bras de fer politiques plus tard, les épreuves hawaïennes finissent par réapparaître au calendrier du circuit professionnel.
Le « Miracle de Sept-Miles » et la géographie de l’exploit
La Vans Triple Crown of Surfing se dispute sur trois spots - Haleiwa, Sunset Beach et Banzai Pipeline - à la morphologie différente, comptant parmi les plus dangereux de la planète et réservés aux seuls surfeurs aguerris. Cette zone, surnommée le Seven-Miles Miracle, accueille les meilleures houles hivernales du Pacifique nord.
La dangerosité est intrinsèque à ces lieux, tout particulièrement à Pipeline. Comme le souligne le Sud-Africain Jordy Smith, les vagues peuvent mesurer de 4 à 13 pieds [entre 1,2 m et 4 mètres] et elles se brisent sur un récif à fleur d’eau recouvert de gros coquillages tranchants. C’est évidemment très dangereux en cas de chute. Même si vous êtes sur la plage, les pieds dans le sable, vous pouvez sentir toute la puissance de l’océan. Les surfeurs interrogés confessent y avoir connu la peur et avoir tôt ou tard subi les conséquences d’une mauvaise chute, du dos cassé pour John John Florence aux côtes brisées pour Jordy Smith.
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Le prestige d’une couronne sélective
La Triple Crown est considérée comme la deuxième plus importante compétition pour un surfeur après le circuit mondial (CT). Pour l’enfant du pays, John John Florence, qui a vu cet événement depuis tout petit, y remporter un titre est presque aussi bon qu’être sacré champion du monde.
Cependant, obtenir de bons résultats dans les trois épreuves est extrêmement difficile. Les statistiques sont formelles : en 34 éditions de la Triple Crown, on ne compte que 16 champions. Ils ne sont que trois à avoir remporté dans leur carrière les trois épreuves : feu Andy Irons, l’Australien Joel Parkinson et le Tahitien Michel Bourez. Personne n’a jamais remporté toutes les épreuves la même année, ce qui a longtemps entretenu des récits légendaires, comme l’idée de Steve Van Doren, fils du fondateur de la marque Vans, d’offrir 1 million de dollars au vainqueur du triplé, une idée qu'il a finalement abandonnée pour éviter des risques logistiques fous.
Une vitrine pour les talents locaux et l'industrie
Pour les surfeurs locaux qui ne font pas partie du circuit mondial, faute de moyens financiers, la Triple Crown représente une opportunité majeure de visibilité. La marque Vans investit un quart de million de dollars dans le HIC Pro, une épreuve qualificative qui se déroule avant le lancement de la Triple Crown. Cela donne aux athlètes la possibilité d'être vus, d'apparaître sur Internet devant des millions de spectateurs, et potentiellement d'être repérés par des sponsors.
Le prestige du North Shore tient à cet esprit particulier qui règne sur cette partie de la côte hawaïenne, où vit une grande famille de surfeurs. Comme l'explique Jordy Smith, c’est vraiment quelque chose de très spécial de prouver sa valeur et de consolider sa position à Hawaï. Si vous voulez vous faire un nom dans le surf, vous devez avoir de bons résultats ici.
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