Pour comprendre la surf music, il faut remonter le temps. Fin des années 1950, sous le soleil de Californie. Les adolescents se retrouvent après les cours pour siroter des milkshakes et aller surfer sur la côte. Cheveux au vent dans leurs décapotables, ils écoutent Chuck Berry et Elvis Presley. Los Angeles commence à s’imposer comme le nouveau centre pour la musique pop, surpassant les studios new-yorkais. Au même moment, la marque d’instruments Fender commercialise ses propres gadgets, qui permettent d’amplifier et de réverbérer le son de ses guitares électriques. Voilà, en quelques mots, la genèse de la surf music, dont les mélodies simples et entraînantes s’apprêtent à déferler sur l’industrie musicale.
La genèse d’une culture océanique
Dans "Jours barbares", William Finnegan écrit: "Le sport prit - lentement - sur diverses côtes, là où il y avait des vagues surfables et des gens disposant d'assez de temps libre pour les traquer." Le littoral californien répondait à ces deux critères. Au début du XX° siècle, à la faveur du désenclavement ferroviaire, des cités balnéaires comme Santa Cruz, Redondo Beach ou Santa Monica sortirent des sables. Problème, ces beach cities manquent de sauveteurs et de garçons de plage, ce qui occasionne de nombreuses noyades. Pour palier à ce problème, des magnats de l'immobilier recrutent les beach boys hawaïens. En 1925, Duke Kahanamoku s'illustre en sauvant huit personnes de la noyade grâce à sa planche. L'exploit convainc les municipalités d'équiper les sauveteurs de planches similaires. Le surf s'impose ainsi lentement au sein de petits groupes d'initiés, apprenant à dompter la houle et à se jouer des courants les plus capricieux.
La pratique du surf, décrite en 1777 par un des membres du navire de James Cook, a connu des heures sombres. Au cours du début du XIX° siècle, de terribles coups de boutoir sont portés au surf par le puritanisme de missionnaires calvinistes américains et par la chute dramatique d'une population hawaïenne ravagée par le choc microbien. Le surf est désormais proscrit, pourtant certains insulaires continuent à chevaucher la houle en catimini, comme pour mieux résister à l'acculturation, préserver les traditions. On doit la survie du surf moderne a de valeureux missionnaires de la glisse cette fois-ci. Ainsi, George Freeth ou Duke Kahanamoku préserve la pratique à Hawaï, et en assure également la diffusion aux États-Unis ou en Australie à la faveur d'exhibitions.
L’émergence du son surf rock
Au cours des années 1950, le surf devient un sport de masse en Californie. Une nouvelle classe moyenne découvre les joies de la glisse. Les plages sont le lieu de rencontre d'une jeunesse qui rêve d'une vie de liberté, affranchie des contraintes, et rythmée par la seule quête de la bonne vague. Les techniques évoluent. De nouveaux matériaux permettent de fabriquer des planches ultra-légères en polyuréthane, ainsi que des combinaisons en néoprène. La proximité de Hollywood et de l'industrie musicale californienne propulsent le surf en phénomène de culture populaire. En 1959, le film Gidget marque le début des films de plage. S'y dessine le portrait d'une jeunesse californienne insouciante, devenant la personnification du cool et de la décontraction.
Le surf rock débute véritablement en 1960 avec la sortie d'une série de 45 tours explosifs, expédiés en deux minutes chrono, s'éloignant du rock'n'roll des pionniers pour mettre en valeur l'instrument, une Fender si possible. Robert J. Dalley, spécialiste de ce style, identifie plusieurs critères caractéristiques de la surf music. Le morceau est un instrumental. La guitare solo passe par une boîte de réverbération, avec un son aussi «dégoulinant» d'écho que possible. La musique se doit d'être crue, brutale, énergique, avec un tempo rapide. "Chaque fois que vous passez le disque en question, il doit donner la chair de poule à votre planche de surf", écrit-il.
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Sur la péninsule de Newport Beach, Dick Dale, un jeune surfer d'origine libano-américaine, s'impose comme la star du genre grâce à son jeu de guitare virtuose. A la tête des Del-Tones, il sort le morceau "Let's go trippin'" en septembre 1961. Dale est gaucher, il n'en utilise pas moins un instrument pour droitier, dont il n'inverse pas les cordes. Sur sa Stratocaster, il joue vite, avec énormément de réverbération, et si fort que les amplis n'y survivent pas. Au point que Leo Fender élaborent à sa demande un modèle d'une puissance inédite: le Showman. Le guitariste est un adepte du double picking, qui consiste à répéter une même note de manière ultra-rapide grâce à un médiator en attaquant les cordes alternativement de haut en bas, puis de bas en haut. Il sait ainsi aligner les triples croches comme sur Misirlou, une chanson traditionnelle libanaise.
La vague australienne et l’expansion mondiale
Si le genre s'épanouit principalement au sud de la Californie, la culture surf fleurit également sur les plages d'Australie. Ce phénomène donne naissance non seulement à une version australienne de la surf music, mais aussi au "stomp", une danse nationale pour la jeunesse. Parmi les musiciens australiens emblématiques, on compte "Little Pattie" Amphlett avec "He’s My Blonde-Headed, Stompie Wompie, Real Gone Surfer Boy" (1963), les Delltones avec "Hangin’ Five" (1963), les Denvermen avec "Surfside" (1963) et, plus largement, les Atlantics avec leur tube "Bombora" (1963).
Désormais, Isaac Paddon incarne cette nouvelle génération. Originaire de Manly, au Nord de Sydney, Australie, Isaac Paddon est un surfeur dans l’âme. Il ne peut se passer de parcourir les spots de sa région ou partir en trip surf. Il ne peut également pas se passer d’écrire et de jouer à la guitare. Le son Isaac Paddon, c’est ce mix de folk, rock, blues, country et reggae, une musique aux empreintes de ses racines, une voix simple le plus souvent posée sur du son acoustique, des musiques brutes prises sur le vif d’un live. Cette influence se retrouve aussi chez Ziggy Alberts, auteur-compositeur-interprète australien, ou dans des hymnes à l’été australien comme "The Perfect Wave" des Summertimes.
La surf music ne s’est pas arrêtée aux côtes du Pacifique. Elle a navigué dans les océans pour atteindre à peu près chaque endroit où le surf existe. On retrouve de la réverbération électrique dans à peu près chaque pays bordés par un océan. Formés en 1963 au Pérou, les Belkings feront les belles heures du surf rock quelques années durant. Outre des balades remplies de mélancolies au bord de l’océan, ils sont aussi auteurs de morceaux plus funky. Au Japon, le groupe de Takeshi Terauchi a également marqué les esprits.
Vocal surf et héritage culturel
C'est aux Beach Boys, et surtout à Brian Wilson, le génie derrière leurs mélodies, que l'on doit la popularisation du vocal surf, un sous-genre marqué par les harmonies vocales qui font des chansons du groupe quelques-uns des plus grandes tubes de l'histoire des États-Unis. Si les compositions des Beach Boys sont simples et de qualité, elles sont nettement moins incisives que l'instrumental pur. Au début de leur carrière, les Beach Boys consacrent de nombreux titres au sport de glisse, comme "Surfin' USA", qui énumère quelques-uns des spots de surf les plus célèbres de Californie. En tout cas, si les Beach Boys exploitent le filon de la surfmania, posant sur les pochettes de leurs disques avec une planche sous le bras, ils surfent aussi bien que nage le poisson sur un tas de charbon.
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Dès ses débuts, la surf music célèbre la plage, la glisse, les vacances. Des images idylliques cristallisées par une série de teen movies, de Gidget (1959) à Beach Party (1963). Ambivalente, la sous-culture du surf peut tout autant être réclamée par des individus rebelles fuyant le travail et les conventions, que se voir utilisée comme une publicité pour l’hédonisme consumériste des jeunes blancs. Selon le chercheur américain Ryan Moore, le son spécifique de la surf music a quant à lui été mis au point par des groupes tels que The Ventures et Dick Dale. Les textes, dont les sujets de prédilection sont les filles, les voitures et les amours de vacances, sont quant à eux peaufinés entre 1961 et 1965 par les Beach Boys et Jan and Dean.
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