Les Parcours Inspirants d'Alice dans le Monde du Surf et du Windsurf : Entre Vagues et Vent

Le monde des sports de glisse, souvent perçu comme un univers de liberté et de performance, est également le théâtre de carrières exigeantes et passionnantes. Parmi les figures marquantes du panorama français, deux athlètes prénommées Alice se sont distinguées, chacune dans leur discipline de prédilection : Alice Arutkin en windsurf et Alice Lemoigne en longboard. Leurs parcours, bien que distincts par leurs origines et leurs chemins professionnels, partagent une même intensité, une détermination sans faille et une profonde passion pour l'océan. Ces championnes, par leurs réussites exceptionnelles et leurs expériences, offrent un aperçu privilégié des réalités du sport de haut niveau, des joies des victoires aux défis constants.

Alice Arutkin : Une Pionnière du Windsurf Français et un Esprit Libre

Née en 1992, à Wissant, dans le Nord-Pas-De Calais, Alice Arutkin s'est imposée comme une figure emblématique du windsurf français avant d'annoncer un virage dans sa carrière. Son ascension fulgurante lui a permis de se hisser parmi les meilleures mondiales, marquant durablement sa discipline par son talent et sa persévérance.

Des Débuts Précoce et l'Héritage Familial

L'initiation d'Alice Arutkin au surf a eu lieu à l'âge de 10 ans, dans les eaux du Nord de la France, à Wissant. C'est là que son père et son grand frère lui ont transmis les premières bases et la passion pour la glisse. L'environnement familial a joué un rôle déterminant dans son développement sportif. Des vacances régulières à Tarifa, au sud de l'Espagne, ont également été formatrices. Elle décrit cet endroit comme un lieu privilégié pour l'apprentissage : « Il y avait une plage où l'on avait pied assez loin et c'est là-bas que j'ai appris beaucoup de choses. » Cette immersion précoce et constante dans le milieu des sports nautiques a forgé son talent.

La compétition est entrée dans sa vie à 13 ans, marquant un tournant décisif. Elle s'est inscrite au club de Boulogne pour commencer à faire du Raceboard, une discipline qui allie vitesse et stratégie. Dès lors, le rythme s'est accéléré, et les succès n'ont pas tardé à suivre.

L'Ascension Fulgurante et les Titres Nationaux et Mondiaux

Le parcours compétitif d'Alice Arutkin a été jalonné de victoires précoces et retentissantes. À seulement 14 ans, elle a été sacrée championne de France pour la première fois en catégorie junior, un exploit annonciateur d'une carrière prometteuse. L'année suivante, son talent éclatait au grand jour avec un double titre national en slalom et en vagues, cette fois chez les adultes. Ces succès précoces l'ont incitée à envisager la scène internationale.

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L'idée de disputer les épreuves de Coupe du Monde a germé rapidement, bien qu'avec une certaine hésitation due à son jeune âge. C'est son père qui a dissipé ses doutes et l'a encouragée à franchir le pas, avec cette phrase motivante : « Il n'est jamais trop tôt pour commencer. » Cette figure paternelle, complètement passionnée, a su transmettre cette flamme à tous ses enfants. Il était un « coach » exigeant, parfois un peu dur, mais toujours animé par une vision positive : « vous verrez, c'est un sport magnifique, vous allez voyager et découvrir pleins de belles choses ». Et, comme l'atteste Alice, il a eu raison. Les débuts en compétition ont même été marqués par cette dynamique familiale : « Au début, même lors de ma première compétition en club, c'était encore lui qui m'entraînait. Donc, quand tous les jeunes arrivaient ensemble avec leurs entraîneurs et que, de mon côté, j'avais juste mon père qui me gueulait dessus, c'était un peu spécial (rires). »

Au fil de sa carrière professionnelle, Alice Arutkin a accumulé un palmarès impressionnant. Elle a été dix fois championne de France, démontrant une domination incontestable sur la scène nationale. Sur le plan international, elle a conquis deux titres de championne du monde chez les jeunes, avant de décrocher une couronne mondiale chez les adultes. Tous ces titres ont été obtenus dans les disciplines qu'elle a pratiquées le plus longtemps et avec le plus de maîtrise : les vagues et le slalom. Son engagement l'a également conduite à changer de club pour s'inscrire à Wimereux, la ville où elle réside désormais.

Les Moments Forts sur la Scène Internationale et les Expériences Uniques

La carrière d'Alice Arutkin a été rythmée par des compétitions mémorables sur les spots les plus prestigieux du monde. Parmi ses souvenirs les plus marquants, sa cinquième place à Maui, un des plus beaux spots de windsurf, s'est traduite par une troisième place mondiale en 2014, qu'elle considère comme l'une de ses meilleures performances et un très beau souvenir. Cette performance illustre sa capacité à rivaliser avec l'élite mondiale.

Au-delà des épreuves traditionnelles en extérieur, Alice Arutkin a également eu l'opportunité de participer à des événements singuliers, tels que le Bercy Indoor. Cette compétition, où une piscine avait été construite au sein de la salle de Paris Bercy, a offert une expérience différente : « c'était une belle expérience mais cela ne reflète pas tellement ce que l'on a l'habitude de faire. C'est néanmoins le seul moyen de ramener notre sport dans une arène. » Cet événement témoigne des efforts parfois nécessaires pour démocratiser des sports de glisse souvent perçus comme élitistes et peu médiatisés.

Un Tournant de Carrière : De la Compétition aux Nouveaux Horizons

Après plus de dix ans passés sur le circuit professionnel, Alice Arutkin a pris la décision de mettre un terme à sa carrière de windsurfeuse professionnelle à l'âge de 25 ans. Un choix mûrement réfléchi, dicté par une décennie d'engagement intense : « Mais là, j'arrête ma carrière. Cela fait quand même plus de dix ans que je pratique le windsurf. J'ai commencé très jeune. Cela m'a pris beaucoup de temps, beaucoup d'énergie et de sacrifices. Maintenant je me dis qu'à 25 ans, après dix ans de carrière, il est peut-être temps de faire autre chose. »

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Cette décision ne marque cependant pas un abandon de sa passion pour la glisse. « Cela reste ma passion, je n'arrête pas le surf pour autant. J'habite en bord de mer donc j'ai l'occasion d'en faire assez souvent. » L'arrêt de la compétition ouvre plutôt la voie à de nouveaux projets et à une exploration du monde sous un angle différent. « Disons que j'ai d'autres projets. Le problème, c'est que j'ai fait des compétitions pendant dix ans et je me rendais aux mêmes endroits, aux mêmes spots pendant dix ans. Là, c'est la première fois que je vais pouvoir choisir mes destinations. » Parmi ses destinations de rêve, l'Australie et le Japon figurent en bonne place, reconnus comme d'excellents spots pour le surf.

Une Parenthèse Télévisuelle et des Réflexions sur la Médiatisation

Avant de se tourner vers de nouvelles aventures, Alice Arutkin a également exploré le monde des médias, notamment à la télévision sur la chaîne MCS. Une expérience qu'elle avait envisagée comme une potentielle voie professionnelle : « À l'époque, je me voyais bien être journaliste. » Elle a officié comme consultante pendant deux ans, aux côtés d'autres sportifs, une période qu'elle a beaucoup appréciée : « J'ai adoré, on s'amusait beaucoup. » Elle a également tenté l'exercice des chroniques et a été co-animatrice d'une émission, trouvant cette facette du métier « cool ».

Cependant, elle a vite préféré le rôle de consultante, qui impliquait « moins de responsabilités ». Lorsque MCS a été racheté par SFR et que des changements ont été opérés, on lui a proposé d'effectuer des interviews sur le terrain. Bien qu'elle en ait réalisé quelques-unes, elle a rapidement constaté la difficulté de la tâche : « je me suis rendu compte que c'était vraiment un boulot difficile, qui demande beaucoup de travail en amont : se renseigner sur la personne, poser des questions pertinentes etc. » Son tempérament la portait davantage vers la spontanéité : « Je préférais être sur le plateau, faire les choses spontanément. J'aime bien être libre en fait. Quand il y a trop de directives, ce n'est pas mon truc. » Cette incursion dans les médias a renforcé sa compréhension des défis liés à la visibilité de son sport.

Les Défis du Windsurf Professionnel : Élitism et Manque de Reconnaissance

L'expérience d'Alice Arutkin met en lumière les difficultés inhérentes aux sports de glisse, souvent peu médiatisés et perçus comme élitistes. « Ce sont des sports peu médiatisés. Ils ne sont pas faciles d'accès. À l'apprentissage, le surf est peut-être un sport plus ingrat que d'autres. Cela demande aussi pas mal d'argent. Le matériel, c'est plus qu'une paire de baskets et un ballon. On dépend énormément des conditions météorologiques. Donc il y a beaucoup de paramètres qui rentrent en compte. Cela rend le sport beaucoup moins accessible au grand public. »

Malgré une évolution certaine dans les techniques de tournage, permettant aux caméras de s'approcher plus facilement des surfeurs, et la possibilité de pratiquer le sport presque partout, la reconnaissance reste un enjeu. Alice Arutkin note un déclin dans l'engouement médiatique : « C'est un sport très élitiste en fait. Il y a une époque où c'était incroyable. Puis c'est un peu redescendu sans jamais vraiment remonter. » Cette réalité a des conséquences directes sur les athlètes, notamment en termes de soutien financier. Elle évoque le cas d'une amie windsurfeuse contrainte d'arrêter sa carrière par manque de moyens, soulignant la difficulté de vivre de sa passion : « Les sponsors te demandent principalement de vendre du matériel. Pour cela, il faut de la visibilité. Et de la visibilité, on n'en trouve pas. C'est compliqué. »

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Une Passion pour Rome

Au-delà des vagues et des compétitions, Alice Arutkin partage également un amour pour les voyages et les découvertes culturelles. Elle exprime une affection particulière pour la ville de Rome, qu'elle a eu l'occasion de visiter à plusieurs reprises : « C'est la deuxième fois que je viens à Rome. Nous étions déjà venus en décembre. Je suis tombée amoureuse de cette ville. C'est romantique, tout est beau, élégant. Quand je vois les militaires dans la rue, ils sont classes. Puis l'histoire de la ville est incroyable. C'est un endroit parfait. Pleins de charmes. » Ces moments d'évasion soulignent une personnalité riche et des intérêts variés au-delà de la pure performance sportive.

Alice Lemoigne : L'Élégance du Longboard et l'Engagement Réunionnais

Née le 1er octobre 1996 à Nice, Alice Lemoigne est une longboardeuse française originaire de La Réunion, dont le palmarès international témoigne d'une carrière florissante et d'une influence grandissante dans le monde du surf. Véritable "waterwoman", elle incarne la grâce et la performance sur les vagues les plus exigeantes de la planète.

Des Racines Insulaires et les Premiers Plaisirs de la Glisse

L'histoire d'Alice Lemoigne avec le surf commence très tôt, à l'âge de 6 ans, sur les plages de son île natale, La Réunion. Plus précisément à Saint-Gilles-les-Bains, près des Roches Noires, où elle vivait face à la plage. Elle a découvert ce sport en voulant imiter son frère, qui surfait déjà. Bien qu'elle n'ait pas voulu commencer avec lui, elle a pris des cours et a immédiatement « accroché » dès la première session. Son esprit de compétition s'est manifesté très vite : « J'ai participé ensuite à une petite compétition de club et je l'ai gagnée ! J'ai immédiatement eu l'esprit de compétition et j'ai voulu continuer. » Cette victoire précoce a solidifié sa détermination à poursuivre dans cette voie. Les techniciens locaux ont rapidement détecté ses aptitudes et, à 12 ans, l'ont orientée vers le longboard, une discipline où sa puissance naturelle et ses prédispositions ont trouvé un terrain d'expression idéal.

La Révélation du Longboard et la Conquête des Titres

La transition vers le longboard s'est avérée être une véritable révélation pour Alice Lemoigne. « J'ai découvert le longboard vers l'âge de 12 ans. J'avais déjà un surf puissant alors on m'a conseillé d'essayer. On m'a dit que ça allait être facile pour moi de m'y mettre. J'ai tout de suite bien aimé les sensations, je trouvais ça incroyable de pouvoir marcher sur la planche. » Cette capacité à "danser sur la planche", en marchant dessus pour ajuster son équilibre et son style, est l'une des caractéristiques qui l'ont particulièrement séduite dans cette discipline. « C’est très gracieux, c’est comme de la danse sur la planche car on marche dessus. C’est vraiment une glisse que j’adore. »

Son palmarès est éloquent, témoignant d'une progression fulgurante et d'une constance au plus haut niveau. Au niveau national, elle a été couronnée championne de France en 2011, 2013, 2017, 2018, 2019, 2021 et 2022. Elle a également décroché quatre titres de championne de France Espoirs entre 2011 et 2014, réalisant même un doublé Espoirs-Open en 2011 à seulement 15 ans.

Sur la scène internationale, son talent s'est rapidement imposé. Elle a remporté le titre de Championne d'Europe WSL (ex-ASP) en 2012 à Newquay, à l'âge de 15 ans, malgré une 2ème place lors de la seule étape du calendrier, une performance synonyme de sacre continental. Elle a ensuite ajouté à son actif de nombreux autres titres européens en 2015, 2016, 2017, 2018, 2019, 2021, 2022 et 2025. Sa carrière internationale est également marquée par des succès mondiaux, dont deux titres de Championne du Monde ISA en 2019 et 2023, ainsi que des titres de Championne du Monde des Nations ISA en 2019, 2023 et 2025. Elle a également été Vice-championne du Monde WSL en 2021, et a figuré au Top 5 mondial de la WSL, atteignant la 3ème place en 2016 et la 5ème en 2015 et 2018.

Moments Clés : Frayeurs, Déceptions et Objectifs Ultimes

La carrière d'Alice Lemoigne n'a pas été exempte de défis et d'expériences marquantes.La "crise requin" à La Réunion a eu un impact significatif sur sa vie et sa carrière. Face à la multiplication des attaques, elle a dû quitter son île natale pour s'installer à Capbreton : « À La Réunion, il était devenu trop difficile de s'entraîner. Par rapport aux compétitions, il est également beaucoup plus aisé de partir depuis l'Europe que depuis la Réunion. » Ce n'est qu'un an et quelques mois avant la période de l'interview qu'elle a pu rentrer à La Réunion, savourant de nouveau les joies du surf local : « En février, c'était ma première vraie session depuis longtemps à la maison. Resurfer aux Roches Noires, c'était juste "ouf". » Elle se remémore avec émotion les sessions au coucher de soleil, devenues impossibles pendant la crise.

Parmi ses souvenirs les plus intenses, elle évoque sa « plus grosse frayeur » lors d'une compétition de stand up paddle à La Réunion, sur le spot de La Jetée. Une grosse série l'a emportée, la tirant vers le fond : « j'ai lâché le stand up et j'ai été entraînée vers le fond, sans pouvoir respirer. À un moment, j'ai paniqué et j'ai perdu connaissance. » Secourue par son entraîneur, elle s'est évanouie sur la plage. Cet incident a été un déclencheur pour sa mère qui lui a dit : "Le stand up, tu oublies." Depuis, elle ne pratique plus le stand up qu'en lagon, pour ramer.

Les déceptions font également partie du jeu compétitif. Elle se souvient de sa « plus grande déception » lors d'une demi-finale à Vieux-Boucau, où elle a perdu face à Victoria Vergara. Elle peinait alors à comprendre les nouveaux critères de notation : « Je ne comprenais pas trop mes scores. » La consolation est venue avec son titre de championne d'Europe remporté la même année. Elle a depuis travaillé à adapter son surf aux attentes des juges, notant une évolution des critères : « Désormais, seuls les nose rides sont récompensés. Je trouve ça dommage. »

Cependant, les moments de pure joie et de performance exceptionnelle surpassent les difficultés. Elle se souvient d'une « meilleure session » à Snapper Rocks en Australie, en shortboard, trois ans auparavant, avec des "super droites" déferlant sans cesse. Une session incroyable également sur le spot de La Jetée, à Saint-Pierre (à La Réunion), avant la "crise requin".

L'objectif ultime d'Alice Lemoigne demeure clair : devenir championne du monde de longboard. Après une 5ème place l'année précédente et une défaite en quarts de finale face à la championne du monde en titre, Chelsea Williams, elle se dit déterminée. « Je m'entraîne à fond pour devenir un jour championne du monde. C'est mon objectif. Quand tu es petite et que tu commences le surf, tu te dis : "J'aimerais trop être championne du monde." Et puis tu grandis, tu travailles toute l'année pour satisfaire cette ambition qui est de devenir la meilleure. »

Elle a d'ailleurs défendu son titre en 2024 (8e) et participé au bronze des nations. En 2025, elle participera aux championnats du monde ISA au Salvador, avec l'équipe de France de longboard. La finale du championnat du monde WSL à El Salvador, qui rassemblait les 8 meilleures surfeuses mondiales, a été un moment clé. « J’ai été championne du monde sur cette vague. C’est vraiment une vague parfaite pour le longboard, elle est assez longue, assez molle, assez creuse donc on peut vraiment bien s’exprimer. » Malgré une victoire éclatante à Abu Dhabi, elle a terminé 4ème mondiale, après une défaite serrée en match 3 face à Honolua Bloomfield. Ce format de compétition "spécial" qui ne laisse pas de place à l'erreur, avec une seule série pour se qualifier, demande une gestion de la pression particulière : « Il faut y aller sans pression, être relâché et faire son surf. »

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