Popularisée par le film « Le Grand Bleu » en 1988, l’apnée « sportive » s’est développée au fil des années, se déclinant en plusieurs catégories telles que bi-palmes, monopalme, et « no limit ». Loin de se résumer à se pincer le nez dans une piscine et à tenir le plus longtemps possible sans respirer, la discipline propose des tas de déclinaisons. Cet article explore en profondeur les causes de l'essoufflement en plongée, les risques associés, et les techniques pour plonger en toute sécurité.
L'Apnée : Un Sport Méconnu
En France, c’est le film « Le Grand Bleu », sorti en 1988 et réalisé par Luc Besson, qui popularise l’apnée en mer et lui donne ses vrais galons de discipline sportive. L’histoire raconte la rivalité entre deux plongeurs, Jacques Mayol et Enzo Molinari, amis d’enfance qui se retrouvent des années plus tard en tant qu’adversaires, lors des championnats du monde d’apnée « no limit ». No limit, car la propulsion du plongeur est ici libre, la seule contrainte étant de disposer d’une mesure verticale de la profondeur. Cette discipline est la première de la plongée en apnée. Le scénario du Grand Bleu est largement inspiré de la rivalité entre le Français Jacques Mayol (premier recordman du monde en 1983, avec 105 m) et l’Italien Enzo Maiorca. En 1996 ont ensuite lieu les premiers championnats du monde d’apnée, remporté par le Transalpin Umberto Pelizzari (131 m). Pelizzari, le meilleur apnéiste de l’époque, arrête alors le « no limit » pour se lancer en bi-palmes. « C’est là qu’on a vu naître le monopalme, le bi-palmes, la brasse et l’immersion libre (tracté le long sur câble), poursuit Arnaud Jerald, vice-champion du monde de bi-palmes. En bi-palmes, le record était de 83 m, il y a quelques années. Aujourd’hui, il est à 113 m. Il y a eu un gap énorme de franchi. Les constructeurs ont alors commencé à fabriquer des monopalmes et, très vite, les apnéistes ont remarqué qu’ils allaient plus facilement aux 100 mètres. La voilure de la monopalme est très grosse, brasse beaucoup d’eau. L’effort est étalé sur les cuisses, les abdos et les dorsaux. Tandis qu’en bi-palmes, l’effort est concentré sur les cuisses. Et comme ce sont les plus gros muscles du corps, ce sont elles qui vont consommer le plus d’oxygène. Pourtant, Arnaud Jerald a décidé de rester fidèle à cette dernière discipline, correspondant mieux à ses qualités d’explosivité. Pour populariser son sport, il tente le plus possible de le vulgariser afin de le rendre accessible au plus grand nombre. « J’essaie de donner des références concrètes. En entraînement, le plongeur marseillais avait chaussé la monopalme et était descendu à 118 mètres. Auteur de deux records du monde (108 et 112 mètres en bi-palmes), il s’est promis de creuser cette pratique à l’avenir, lorsqu’il « aura fait le tour du bi-palmes. C’est un effort qui est différent. En bi-palmes, il faut vraiment trouver la niaque pour remonter et avoir une sacrée patate. En monopalme, c’est le rapport avec la profondeur qu’il faut appréhender. Ici, Arnaud Jerald en pleine descente monopalme.
Préparation Physique et Mentale
Pour descendre à ses profondeurs, Arnaud Jerald, 25 ans, « s’entraîne comme un athlète olympique », avec Florent Manaudou et les autres nageurs du Cercle de Marseille. En hiver, il se « contente » néanmoins de deux entraînements par semaine en piscine. Avec les nageurs, il partage aussi la salle de musculation du cercle. Même si les apnéistes « ne sont pas focalisés sur la muscu », il est tout de même important de maintenir un capital musculaire pendant l’hiver. Il explique : « J’ai remarqué que, l’été, tu perds du muscle parce qu’entre deux plongées, tu ne peux pas t’entretenir autant que l’hiver. Les poumons ont subi un gros traumatisme et si tu les fais trop fonctionner à l’effort, tu peux te mettre en danger. Donc l’hiver, je me construis une bonne base musculaire pour l’étaler tout l’été et pour que je puisse la maintenir avec des petits exos, comme des squats, un peu de gainage. Le préparateur physique des nageurs du Cercle me suit, il y a tout un programme. C’est mon premier intervenant alors qu’avant j’étais autodidacte sur ce point-là. Sur la partie kiné, je suis entouré depuis 15 ans, on me suit trois heures par semaine. On va étirer la cage thoracique, le diaphragme, tous les organes qui me permet d’un, d’accepter la profondeur, car tu as une pression de 11 kilos par centimètre carré à supporter, et de deux, d’avoir un volume pulmonaire plus important pour pouvoir prendre du carburant. Sur la partie mentale en revanche, si beaucoup de préparateurs l’ont démarché, il souhaite rester autodidacte. Et décider des profondeurs auxquelles il plonge avec ses proches. « Avec un préparateur mental, tu peux vite te dire que lui n’est jamais allé à ces profondeurs, se justifie-t-il. Donc il faut vraiment se faire confiance.
Facteurs Clés en Apnée
Les deux grandes différences avec l’apnée statique et même dynamique (déplacement sur la longueur) sont la profondeur et le palmage. Deux éléments fondamentaux à appréhender pour l’apnéiste, qui dépendent l’un de l’autre. « L’élément le plus difficile est d’accélérer au niveau du palmage, éclaire Arnaud Jerald. Beaucoup d’apnéistes s’arrêtent de palmer sur les derniers mètres au fond, car ils n’ont plus d’acide lactique. J’ai l’avantage d’avoir beaucoup d’années de VTT derrière moi et j’avais déjà une acceptation naturelle au niveau de l’acide lactique. Mon corps le transformait très vite. L’acide est produit par le sucre avec le manque d’oxygène. Ensuite, il circule dans les muscles avant d’être récupéré par le foie, qui le retransforme en sucre. Ça fait une boucle. Sur cette transformation du foie au sucre, j’avais des facilités, donc j’ai pu gagner 15 secondes sur tous mes temps de plongée, ce qui est énorme. C’est comme si (Michael) Phelps gagnait une demi-seconde sur 200 m. Jusqu’à arriver ces dernières années à faire des plongés 45 secondes voire une minute de moins que mon concurrent premier (les plongées en bi-palmes durent entre trois et quatre minutes en moyenne.
Apnée Statique vs Apnée Profonde
« Quand je dis aux gens que je descends à 118 mètres, ils me lancent : « Wow, c’est génial, mais combien tu tiens en apnée ? », rigole le vice-champion du monde français. Mais c’est normal, ils parlent de ce qu’ils connaissent, ce qui est concret pour eux. Il y a trois ans, le Marseillais de 25 ans avait participé à un stage de deux semaines dans un club d’apnée statique. Il raconte : « La première apnée, j’ai fait 5 minutes. Personne ne me connaissait et tout le monde m’a regardé de travers (rires). Je demandais si c’était beaucoup, pas beaucoup. Au bout de deux semaines, je suis arrivé à 7 minutes. Mais à partir de 3 minutes, j’ai envie de respirer, donc de trois à sept, c’est la guerre totale. J’ai beaucoup de mal avec les entraînements en piscine, on voit le fond, il y a du chlore, etc. Mais je me suis dit que je devais m’y mettre pour faire basculer mon sport vers le professionnalisme. Et j’arrive à prendre un peu de plaisir cette année, avec les confinements.
Lire aussi: Maigrir grâce à l'aquagym
Protocole de Sécurité et Validation des Performances
Lors de sa sortie de l’eau, Arnaud Jerald doit remplir un protocole très strict pour valider ses performances. Privé de compétition en 2020, Arnaud Jerald a décidé d’organiser son propre record du monde, en septembre. Le plongeur phocéen a monté une équipe d’une vingtaine de personnes. « La sécurité était supérieure à ce qui se fait en championnats du monde. Car oui, comme au football, l’apnée a ses arbitres, qui peuvent aussi distribuer des cartons rouges. Pour valider sa plongée, l’apnéiste ne doit être touché sous aucun prétexte par un membre de l’encadrement, jusqu’à ce qu’il remonte à la surface, fasse le signe « ok » de la main, enlève son pince-nez et prenne une large respiration. Arnaud Jerald a dû s’y remettre à trois fois avant de battre le record du monde l’an passé. La première fois, « il a bâclé son protocole », ne respirant pas assez, et le juge a dégainé le rouge, alors qu’il était descendu à 112 mètres… Sur la deuxième tentative, c’est une personne de la sécurité qui lui a malencontreusement pris le bras lors de sa sortie de l’eau, alors que tout allait bien. « Si tu as monté ton équipe et que tu es la tête de projet, il faut que puisse l’assumer en toutes circonstances et ne jamais prendre le rôle de victime, confie-t-il. Cette personne m’a touché et m’a disqualifié du record du monde alors que j’y étais, mais je l’ai directement dédouanée en disant qu’on était une équipe et que chacun pouvait faire une erreur. Aussi, même si l’apnéiste est seul dans les profondeurs, la discipline prend des allures de sport collectif hors de l’eau. « À chaque performance, ce sont des moments magiques, des cris de joie, beaucoup de libération. Mais l’histoire ne s’arrête pas au record, elle commence au record. Dix minutes plus tard, j’étais sur l’ordinateur pour envoyer les vidéos à des médias américains. Il faut capitaliser à fond parce qu’on est un sport pas très connu, mais qui suscite un engouement énorme du grand public.
Hypercapnie : Comprendre et Prévenir l'Excès de CO2
L'hypercapnie est le nom scientifique désignant une augmentation de la pression partielle de dioxyde de carbone dans le sang. En plongée, lorsque l'organisme n'évacue pas suffisamment de dioxyde de carbone lors de l'expiration, il y a risque d'hypercapnie. Il est crucial de maintenir un rythme respiratoire régulier et profond. Un effort intense associé à une mauvaise gestion de la respiration peut entraîner une accumulation de dioxyde de carbone.
Symptômes de l'Hypercapnie
L’hypercapnie peut se manifester de plusieurs façons :
- Essoufflement
- Maux de tête
- Confusion mentale
Si vous ressentez l’un de ces symptômes en plongée, arrêtez votre descente, alertez votre binôme et prenez le temps de contrôler votre respiration.
Prévention de l'Hypercapnie
La prévention est essentielle pour éviter l’hypercapnie en plongée. Voici quelques recommandations :
Lire aussi: Plongez au cœur de la fabrication artisanale d'un canot en bois.
- Respirer régulièrement et profondément : La respiration est votre meilleur allié en plongée.
- Ne jamais retenir sa respiration (apnée) : Retenir son souffle engendre une augmentation de la pression dans vos poumons et conduit à une accumulation de dioxyde de carbone.
- Maîtriser sa ventilation : Prenez de longues et profondes inspirations, suivies d’expirations tout aussi longues et profondes.
Que Faire en Cas d'Hypercapnie ?
Même en prenant toutes les précautions possibles, l’hypercapnie peut parfois survenir. Voici les mesures à prendre :
- S’arrêter et cesser tout effort : Si vous ressentez les symptômes de l’hypercapnie, arrêtez-vous immédiatement et signalez à votre binôme que vous avez besoin de faire une pause.
Facteurs Contribuant à l'Essoufflement
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l'essoufflement en plongée :
- Effort physique et gestion de la respiration : Un effort intense, couplé à une mauvaise gestion de la respiration, peut entraîner une accumulation de dioxyde de carbone.
- Équipement inadapté et surlestage : Un équipement mal adapté peut fatiguer plus rapidement, augmentant ainsi la fréquence respiratoire et le risque d’hypercapnie.
L'Importance de l'Expiration
Le point faible du système respiratoire en plongée est l'expiration. Un plongeur essoufflé ne vide plus ses poumons, ce qui peut entraîner une surpression pulmonaire et un accident de décompression en cas de remontée panique. Dans un dernier réflexe de survie, un plongeur essoufflé peut se noyer après avoir arraché son embout.
Cas Extrême : Chris Lemons, Plongeur en Saturation
L’histoire de Chris Lemons, un plongeur en saturation, illustre les risques extrêmes de la plongée professionnelle. Chris devait s’absenter quatre semaines d’affilée, plusieurs fois par an. La plongée en saturation porte ce nom car sous la pression des eaux profondes, l’oxygène qu’un plongeur respire sature dans son corps. Lorsqu’il refait surface et que la pression redescend, ce gaz peut former des bulles mortelles dans ses tissus - créant un accident de décompression aussi appelé « mal des caissons ».
L'Incident
Le 18 septembre, Chris et son équipe plongent à environ 75 m sous le Topaz pour remplacer des conduites. Une alarme retentit : le système de positionnement du navire a cessé de fonctionner. Chris se retrouve avec son cordon ombilical enroulé autour d’une structure métallique, puis le câble se rompt. Privé d’oxygène, Chris se retrouve seul dans l’obscurité au fond de la mer.
Lire aussi: Conseils pour choisir et utiliser vos bouts de harnais
Le Sauvetage
Après une attente insoutenable, Chris est finalement retrouvé par David. Duncan pratique la réanimation cardiopulmonaire et Chris revient à la vie. Il a survécu sans lésions cérébrales, grâce à l’air contenu dans les bouteilles des plongeurs, environ quatre fois plus riche en oxygène que l’air normal.
Leçons Tirées
Chris est retourné en mer du Nord pour terminer sa mission et a épousé Morag en avril 2013. « J’ai vu la mort en face et je n’ai pas peur, affirme Chris. Je mesure ma veine d’avoir une seconde chance.
Apnée : Le Matériel Essentiel
L'équipement de plongée en apnée est conçu pour optimiser la performance et la sécurité du plongeur. Voici les éléments clés :
- Masque : Les apnéistes utilisent des masques à faible volume pour minimiser la quantité d'air nécessaire pour équilibrer la pression pendant la descente.
- Tuba : Le tuba doit être retiré de la bouche lors des plongées en apnée pour minimiser le risque d'inhalation d'eau et pour conserver les voies respiratoires libres en cas d'accident.
- Palmes : On préfère les palmes chaussantes à voilure longue car elles maximisent la propulsion tout en minimisant l’effort. Il existe deux types :
- Bi-palmes (pour nager à la manière d’un ornithorynque)
- Mono-palme (pour nager à la manière d’un dauphin)
- Combinaison : La combinaison en néoprène est essentielle pour se protéger du froid. Les combinaisons peuvent être difficiles à enfiler, d'où l'utilisation de lubrifiant (souvent un shampoing ou un savon doux biodégradable).
- Lestage : Pour compenser la flottabilité de la combinaison, on utilise des poids attachés à une ceinture et/ou à un tour de cou. Le lestage doit assurer une flottabilité positive en surface, neutre vers 1/3 de la profondeur, et négative au-delà.
- Montre : Elle permet de connaître la profondeur exacte et le temps d’apnée, et de régler des alarmes.
Comprendre la Pression en Plongée
La pression est une force appliquée sur une surface. Sous l’eau, la pression augmente au rythme de 1 bar tous les 10 m. À -10 m de profondeur, la pression est de 2 bar, à -20 m elle est de 3 bar, et à -30 m elle est de 4 bar.
Loi de Boyle-Mariotte
Cette loi indique qu’à température constante, le volume d’un gaz décroît au même rythme que la pression augmente. À -10 m, le volume des poumons est divisé par deux, et à -30 m, il est quatre fois plus petit.
Équilibrer la Pression
Il est crucial d'équilibrer la pression dans les oreilles et le masque pour éviter les barotraumatismes.
Manœuvres d'Équilibrage
- Manœuvre de Valsalva : Pincer le nez et souffler doucement.
- Manœuvre de Toynbee : Nez pincé et mâchoire fermée, effectuer un mouvement de déglutition.
- Manœuvre de Frenzel : Nez pincé et glotte fermée, placer la langue sur le palais en prononçant le son "KE" ou “TE” ou “H”.
Équilibrer le Masque
Pour éviter l'effet de ventouse sur le visage, il est important d’équilibrer le masque lors de la descente, en relâchant légèrement les narines et en expirant un peu d’air par le nez dans le masque.
La Respiration en Apnée
La durée que l’on peut tenir en apnée dépend de l’activité physique, du système respiratoire et de l’efficacité des mouvements en plongée. C’est la concentration élevée de CO2 qui déclenche en premier le besoin de respirer, et non une faible concentration en oxygène.
Réflexe d'Immersion
Le réflexe d’immersion permet à tous les mammifères d’effectuer des apnées prolongées. Il se caractérise par quatre changements dans le corps qui aident à économiser l’oxygène :
- Bradycardie (ralentissement du pouls)
- Vasoconstriction périphérique (contraction des capillaires)
- Blood-shift (transfert sanguin vers la cage thoracique)
- Activation de la rate (libération de globules rouges)
Techniques de Respiration
- Respiration de relaxation : Profonde et contrôlée, avec une expiration deux fois plus longue que l’inspiration.
- Respiration préparatoire : Ventilation complète et profonde.
- Respiration de récupération : Inspiration profonde suivie d'une deuxième après 2-3 secondes d'apnée, puis d'une expiration passive.
Hyperventilation : Un Danger à Éviter
L'hyperventilation consiste à enchaîner une série de respirations rapides. Cela a de nombreux inconvénients pour les apnéistes, notamment l'augmentation du rythme cardiaque, la vasoconstriction cérébrale et la perturbation du flux sanguin vers le cerveau.
Risques Associés à la Plongée
La plongée, qu'elle soit en apnée ou avec équipement, comporte des risques qu'il est impératif de connaître et de prévenir.
Œdème Pulmonaire
L'œdème pulmonaire peut survenir lorsque les poumons sont incapables de gérer l'augmentation de la pression. Les symptômes incluent la difficulté respiratoire, la toux et les crachats sanguinolents.