Attaques de Requins sur les Surfeurs : Comprendre les Causes et Explorer les Méthodes de Prévention

Ce mardi, un homme de 26 ans qui pratiquait le bodyboard a été tué par un requin, sur l’île de La Réunion. Il s’agit déjà de la vingtième attaque depuis 2011, dont plus de la moitié concerne des surfeurs ou des bodyboardeurs. Ce nouveau drame à La Réunion survient alors que de nombreuses mesures de protection avaient été prises depuis plusieurs années, incluant des dispositifs comme des filets et des systèmes de vigie. C’est déjà le huitième décès depuis 2011 consécutif à une attaque de squale, un triste décompte qui soulève une question cruciale : pourquoi les squales s’en prennent-ils si souvent aux surfeurs ? La situation locale, avec sept attaques de requins contre des surfeurs, dont trois mortelles, enregistrées à La Réunion depuis janvier 2011, met en lumière une problématique complexe qui dépasse la simple coïncidence.

Le Comportement des Requins : Opportunisme et Identification des Proies

La première étape pour comprendre les attaques de requins sur les surfeurs est de saisir la nature fondamentale du comportement prédateur des requins en général. « Déjà, il faut savoir pourquoi ils attaquent les hommes, remarque Bernard Seret, biologiste retraité de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), spécialiste des requins. Et à cette question, personne, malheureusement, n’a la réponse… ». Cependant, une hypothèse forte émerge : « On peut supposer que, comme tous les prédateurs, les requins sont des opportunistes. » En résumé, ils ont leurs proies précises et leurs proies potentielles, qui passent par là. Avec les humains, ils ne savent pas spécifiquement qu’ils attaquent un humain, ils ne le visent pas, ils ne l’ont pas identifié comme une espèce mangeable. Mais disons qu’elle se présente à eux, alors en opportunistes, ils testent. Ce comportement opportuniste explique pourquoi un contact initial, souvent exploratoire, peut se transformer en une attaque sévère, même si l'humain ne correspond pas à la proie habituelle du requin.

Pourquoi les Surfeurs sont-ils Particulièrement Ciblés ?

Si les requins sont des opportunistes, il convient d'insister sur la raison pour laquelle davantage les surfeurs que les autres sont concernés. Les surfeurs représenteraient 8 % des attaques totales de requins dans le monde, mais à La Réunion, plus de la moitié concerne des surfeurs ou des bodyboardeurs, ce qui souligne une particularité locale significative.

Plusieurs facteurs convergents expliquent cette prédisposition des surfeurs aux attaques :

La Fréquentation des Zones à Risques

Primo, « les surfeurs vont souvent dans des zones sauvages où l’on trouve de la faune sauvage, donc des requins », estime Bernard Seret, qui se définit comme « requinologue ». Les surfeurs s’aventurent dans des eaux profondes, aussi, dans des zones refuges où il y a des requins. Cette recherche de vagues parfaites les conduit intrinsèquement dans des habitats naturels des prédateurs marins, augmentant ainsi les probabilités de rencontre. La plage où a eu lieu le drame ce mardi est un exemple frappant de ces zones, parfois interdites à la baignade, où le jeune homme de 26 ans s’est mis à l’eau.

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Les Particularités Environnementales de La Réunion

La différence de statistiques entre La Réunion et le reste du monde s'explique également par des conditions environnementales spécifiques à l'île. « Car là-bas, en plus, les requins de récif ont disparu, à cause de la pêche, etc. Ceux-ci étaient inoffensifs. Là, on se retrouve avec des requins bouledogues, tigres, qui supportent les eaux dégradées, parfois même dessalées. » La côte réunionnaise est assez inhospitalière, l’eau n’est pas toujours de qualité, mais malgré tout les requins peuvent rester. Le requin bouledogue, en particulier, est suspecté d'être à l'origine de la plupart des attaques à La Réunion. Cet animal est un des requins les plus dangereux pour les surfeurs. Ces espèces de requins, connues pour leur agressivité et leur capacité à évoluer dans des eaux moins salines et troubles, sont celles que l'on rencontre dans les zones fréquentées par les surfeurs.

Les Mouvements et Vibrations Attractives

Les mouvements du surfeur peuvent-ils avoir une incidence, aussi, sur le comportement du requin ? Oui, répond Bernard Seret. « Le surfeur crawle, et le battement de ses bras et de ses jambes va attirer les requins », observe le spécialiste. Cela crée une fréquence erratique et cela donne l’impression qu’un poisson est en train de fuir, une situation propice à « appâter » le squale. Stéphane Hénard, autre spécialiste des squales à Boulogne-sur-Mer, expliquait également au Parisien que « pour le requin, les bruits qu’émettent les surfeurs sont voisins de ceux d’un mammifère marin en difficulté, et signalent donc des proies. »

En outre, d'autres éléments liés à l'équipement et à l'activité du surf contribuent à attirer l'attention des requins. « La liche du surfeur (la corde qui le relie à sa planche) provoque aussi des vibrations qui vont intriguer le requin », pense Bernard Seret. Une troisième théorie, celle des ailerons situés sous les planches de surf, est avancée par le biologiste : « Cela provoque un bourdonnement dans l’eau, et un peu comme le battement des bras et des jambes, ce bourdonnement pourrait simuler la fuite d’un poisson. » Ces phénomènes acoustiques et vibratoires émis par le surfeur et sa planche agissent comme des signaux potentiels dans l'environnement sous-marin, captant l'intérêt des requins.

La Question de la Confusions Visuelle

L'idée reçue, souvent avancée, du surfeur confondu avec un phoque ou une otarie, est à nuancer. « En aucun cas cela ne peut s’expliquer pour La Réunion, confie Bernard Seret. Tout simplement parce que le requin bouledogue et le tigre ne mangent pas de phoques… ». Cependant, la confusion visuelle reste un facteur dans d'autres contextes. Des chercheurs ont découvert que les grands requins blancs, principaux responsables d'attaques sur les côtes, sont probablement daltoniens et possèdent une faible acuité visuelle. Ils compenseraient cela par leur grande capacité à repérer des silhouettes, ce qui ne joue pas en faveur des surfeurs. En effet, ces requins n'auraient pas la capacité de différencier la silhouette d'une planche de surf ou d'un humain dans l'eau de celle d'un phoque, surtout quand le surfeur est parfois pris pour « quelqu’un d’autre » par le requin, d’autant plus facilement que l’eau est trouble et qu’il est en état de frénésie alimentaire.

Les Zones à Haut Risque d'Attaques de Requins pour les Surfeurs

Alors qu'une attaque de requin peut potentiellement survenir quasiment n’importe où dans le monde où il y a la mer, et donc des requins, il existe des zones plus risquées que d’autres pour les attaques de requins dont les surfeurs sont les premières victimes. Il n’est pas question de comparer le risque requin au risque de succomber à une chute de noix de coco sur ces spots où aller surfer revient parfois à jouer sa vie à la roulette russe, même en respectant les consignes usuelles de sécurité.

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  • La Réunion : Avec déjà la vingtième attaque depuis 2011, dont plus de la moitié concerne des surfeurs ou bodyboardeurs, et sept attaques de requins contre des surfeurs, dont trois mortelles, enregistrées depuis janvier 2011, La Réunion est une zone de préoccupation majeure. La présence de requins bouledogues et tigres dans des eaux parfois dégradées, combinée à la pratique du surf, en fait un lieu particulièrement surveillé. Jusqu’à l’année dernière, la victime de la récente attaque était employée par la ligue de surf de La Réunion en tant que vigie requin, un dispositif de surveillance permettant aux surfeurs licenciés de pratiquer leur sport dans des conditions optimales. Jusqu’à ce mardi, la dernière attaque de requin remontait à août dernier, où un surfeur de 20 ans avait à l’époque été attaqué au large de la plage de Boucan Canot (côte ouest de La Réunion), par un squale qui lui avait sectionné le bras droit et l’avait mordu sévèrement à la cheville droite.
  • Afrique du Sud : Ce n’est pas le seul spot à risque en Afrique du Sud qui est le pays où les surfeurs sont le plus exposés au risque requin. Second Beach à Port St-Johns - la plage de la mort - n’en reste pas moins le spot le plus dangereux du monde avec 7 attaques mortelles en 7 ans, dont celle du jeune surfeur Zama Ndamase, provoquées majoritairement par des requins-bouledogues. Différentes hypothèses ont été évoquées, sans qu’aucune ne soit encore validée par les chercheurs: prolifération ou sédentarisation de requins bouledogues ou tigres à proximité des côtes, surpêche entraînant la raréfaction des proies, facteurs d’attraction contestés de la ferme aquacole ou de la réserve marine, pollution et rejets des eaux usées. En attendant que des mesures effectives soient mises en place, le système D a conduit à la création du métier de vigies-requins pour des plongeurs qui sécurisent les cours, les entraînements et les compétitions de surf. Les causes réelles de ces attaques en série tardent à se faire connaitre. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: en 30 ans, sur 20 kilomètres de côte, il y a eu 56 victimes d’attaques de requins dont 21 ont succombé à leurs blessures. Comme à La Réunion, les surfeurs ont payé un lourd tribut aux attaques de requins mais ils se sont retrouvés livrés à eux-mêmes face au problème. La seule « solution » effective qui leur a été proposée a été l’interdiction de leur activité. Les maigres moyens mis à la disposition des sauveteurs comme les Shark Shields à l’efficacité discutée ne suffisent pas à rassurer ceux qui osent encore se mettre à l’eau. Là-aussi, les facteurs d’attraction potentiels ne manquent pas avec la proximité d’un port, l’urbanisation et les rejets d’eaux usées non traitées.
  • Australie de l’Ouest : Cette zone est la partie la plus sauvage de la côte australienne et les requins y prolifèrent. En 2012, on y a recensé 5 attaques dont 2 mortelles. Le surfeur Ben Linden, 24 ans, y a été tué le 14 juillet 2012 au nord de Perth, devenant la 5e victime en 12 mois. En Australie, où l'on recense deux cents attaques mortelles de requins depuis 1791, le statut d'espèce protégée du grand requin blanc est remis en cause.
  • Californie : Le Grand Requin Blanc est un habitué de la côte californienne où on le croise parfois sur les spots de surf ou pendant une compétition. L'International Shark Attack File (ISAF) a recensé 59 attaques de requins non provoquées en 2008, un chiffre en baisse par rapport à 2007 (71 attaques) et au record de l'an 2000 (79 attaques).
  • Floride : C’est là que surviennent le plus grand nombre d’attaques du fait de la grande fréquentation de ses eaux par les requins et les pratiquants d’activités nautiques. Environ la moitié des attaques de requins aux Etats-Unis surviennent en Floride avec en moyenne 23 attaques par an (26 en 2012). La majorité des blessures entraîne des plaies profondes mais le risque vital y est statistiquement moins souvent engagé que sur les destinations les plus dangereuses.
  • Hawaii : L’archipel hawaiien a connu une recrudescence des attaques de requins en 2012 avec 11 attaques enregistrées. La majorité des attaques est survenue sur les îles de Kauai (3 attaques en 2012) où Bethany Hamilton avait perdu un bras suite à une attaque de requin tigre, et à Maui (5 attaques en 2012) où un surfeur en SUP s’est fait attaquer cette année.
  • Mexique : Deux attaques mortelles avaient eu lieu en 2008 dans la zone de Zihuatanejo (Etat de Guerrero) : le surfeur californien Adrian Ruiz attaqué à Troncones le 28 avril 2008 et le surfeur mexicain Osvaldo Mata Valdovinos, 21 ans, sur le spot de Pantla le vendredi 23 Mai 2008. Un grand requin blanc de 6 mètres de long a été pêché en 2012 dans le Golfe de Californie et un sauveteur de 25 ans, Fernando Cardenas Garcia a été attaqué en novembre 2012 à Altata.

Il est à noter que cette liste des zones à risques d’attaques de requins n’est pas exhaustive. Les chiffres globaux révèlent que les requins ont tué 2 fois plus de surfeurs et de baigneurs en 2011 que l’année précédente, avec douze décès enregistrés dans le monde en 2011.

Prévention des Attaques : Mesures et Innovations

Face à ces risques, diverses stratégies de prévention ont été développées, allant des précautions comportementales aux dispositifs technologiques, bien que l'efficacité de certains d'entre eux reste un sujet de débat. Avant d'en arriver à des solutions extrêmes, comme la chasse autorisée d'un élu de l'île de La Réunion, il convient de se demander comment éviter ces attaques.

Précautions de Base et Comportements à Adopter

Avant toute chose, il existe des précautions simples. Il ne faut pas se baigner n'importe où. Il est conseillé d'éviter les eaux profondes et troubles. Évitez aussi de prendre la mer la nuit au crépuscule et à l’aube, car ce sont les périodes de chasse des requins, comme le note le site surf-prevention.com. Arrêtez toute baignade ou session de surf en cas de saignement, les requins pouvant détecter le sang de très loin. Concernant les couleurs, on sait que les requins peuvent être attirés par des couleurs vives ou scintillantes, et qu’ils sont plus attirés par le jaune et le rouge, que par le blanc et noir qui les repousseraient (d’où l’invention du Shark Camo). Le jaune, le rouge et l’orange rappellent aux requins certaines proies, indique surf-prévention.com.

Dispositifs Technologiques de Répulsion

Plusieurs innovations ont vu le jour pour tenter de repousser les requins :

  • Le bouclier anti-requins (Shark Shield) : Très utilisé par les surfeurs en Afrique du Sud, le Shark Shield est présenté par ses concepteurs comme un outil qui repousse les requins. L'appareil envoie des ondes électromagnétiques auxquelles le requin est sensible via des récepteurs sensoriels situés dans son museau. Le champ électromagnétique produit par le bouclier provoquerait « une gêne et des spasmes musculaires chez le requin qui tenterait de s’approcher de trop près de votre planche de surf », explique le blog du site surf-prevention.com. Cependant, ce dispositif ne fait pas l'unanimité et son efficacité est remise en question. Des surfeurs équipés d'un Shark Shield se sont fait malgré tout attaquer par des requins. En 2008, en Australie, une enquête sur une attaque de requin a même donné lieu à un procès du Shark Shield, rapporte The Australian. Les enquêteurs se sont demandé si le dispositif, destiné à repousser les requins, ne servait finalement pas à les attirer. Au cœur de la polémique, le constructeur du Shark Shield a rappelé que le dispositif ne fonctionnait correctement que lorsque la planche était stable. En clair, le bouclier ne protège pas ou peu en pleine session de surf.
  • Bracelets et autocollants : Autre système destiné à éviter les requins : un autocollant à poser sur les planches de surf. Son visuel rayé rappelle des espèces de poisson au mauvais goût pour les requins ou tout simplement venimeux, explique le blog du site surf-prevention.com. Sur une vidéo, l'inventeur du concept teste des planches colorées et des planches rayées. Il existe aussi des bracelets magnétiques qui repousseraient les requins de la même façon que le Shark Shield. Un autre bracelet a aussi été développé avec un système de défense électronique. L’appareil envoie des impulsions électriques qui sont détectées par le requin et le maintiennent à distance, explique le blog spécialisé dans la sécurité du surf. Mais l'efficacité de ces dispositifs reste encore à prouver et il n'existe pas encore de protection infaillible contre les requins.

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