La Réunion Face au Défi des Attaques de Requins : Histoires, Stratégies et Renaissance du Surf

L'île de La Réunion, joyau de l'océan Indien, a été confrontée à une réalité douloureuse et persistante : celle des attaques de requins. Ces événements tragiques ont profondément marqué la communauté locale, en particulier celle des surfeurs, et ont conduit à la mise en place de mesures drastiques, transformant le rapport de l'île à ses eaux turquoise. La "crise requin" a été une période sombre, jalonnée de drames humains et de défis environnementaux, mais elle a aussi suscité une résilience et une innovation remarquables dans la gestion du risque.

Une Tragédie Récurrente : La Crise Requin et Ses Victimes

La communauté surf de l'île de la Réunion a été frappée de plein fouet par une série d'événements tragiques. Elio Canestri, treize ans, qui faisait partie du Pôle Espoir de La Réunion, a perdu la vie des suites d'une attaque de requin sur le spot des Aigrettes, à proximité de Boucan Canot, sur la côte ouest de l’île. Ce drame fut le septième mort en quatre ans sur l'île à l'époque, illustrant une période de recrudescence alarmante. Le jeune Elio se trouvait sur un spot connu des locaux, mais où la baignade et la pratique du surf étaient alors interdites. Le requin responsable de la mort du jeune surfeur serait un requin bouledogue de 2,5 mètres.

Quelques années auparavant, un surfeur de 22 ans, évoluant sur le spot de Trois-Bassins, commune située à l'ouest de l'île de la Réunion, entre Saint-Leu et Saint-Paul, a eu la jambe arrachée par un requin. Malgré l'intervention des secours, le jeune homme n'a pas pu être réanimé. Selon Imaz Press Réunion, le jeune homme était en train de surfer en compagnie d'amis, à une centaine de mètres du rivage, lorsqu’il a été surpris par le squale. L'animal l'a saisi par la jambe, l'a attiré vers le fond et lui a sectionné la jambe, dans une attaque particulièrement violente selon les témoins sur place. "Le jeune homme a crié avant d'être projeté dans l'air", a rapporté une jeune femme sur Freedom, la radio la plus populaire de l'île. Des témoins de la scène, baigneurs et surfeurs, ont pu ramener le jeune homme sur la plage et lui prodiguer les premiers soins. Lorsque les pompiers et les urgentistes du Samu sont intervenus, le jeune homme était déjà en arrêt cardiaque, a ajouté la préfecture.

Les statistiques historiques témoignent de la gravité de la situation. Les requins ont frappé 30 fois l'homme depuis 1980 sur l'île, tuant treize fois. Entre 2011 et 2019, la "crise requin" a profondément marqué l'île française de l'Océan Indien. Le Centre Sécurité Requin (CSR), le groupement d'intérêt public (GIP) qui gère et coordonne le risque sur l'île, a recensé 48 morsures sur des humains entre 1980 et 2021, dont 25 attaques, 11 mortelles, à partir de 2011. Si des plongeurs sous-marins et parfois de simples baigneurs ont été happés à quelques mètres du rivage, ce sont surtout les surfeurs qui ont été les principales victimes. Ils représentent "69% des 48 personnes attaquées entre 1980 et 2021", relève le CSR, soulignant la vulnérabilité particulière de cette communauté face au risque requin.

La Chronologie Détaillée des Attaques : 2011-2019, une Période Sombre

La période de 2011 à 2019 fut particulièrement éprouvante pour La Réunion, avec une succession d'attaques qui ont jeté une ombre sur les activités nautiques et la vie locale.

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2011 : L'Année du Basculement (6 attaques / 2 morts)L'année 2011 marqua un tournant dramatique, enregistrant six attaques dont deux mortelles. Le 19 février 2011, Eric Dargent fut attaqué sur un spot à proximité de Saint-Gilles les Bains, la station balnéaire de l'île. Il perdit sa jambe mais survécut à cette épreuve traumatisante. Quelques mois plus tard, le 15 juin 2011, Eddy Auber, un bodyboarder de 31 ans, fut mortellement attaqué à Ti Boucan, un spot situé au sud de la plage la plus populaire de l'île. Mordu à plusieurs reprises par deux squales, il ne survécut pas à ses blessures, soulignant la violence et la létalité de ces rencontres. Cette même année, l'île fut de nouveau ébranlée par l'attaque du jeune Arnaud Dussel, 15 ans, qui fut chargé par un requin sur le spot des Roches en milieu d’après-midi. Sa planche fut coupée en deux, témoignant de la puissance de l'animal.

Puis, le 19 septembre 2011, La Réunion avait été bouleversée par la mort de l'ancien champion de bodyboard Mathieu Schiller, 31 ans, également moniteur. Il décéda après avoir été attaqué simultanément par deux squales alors qu’il surfait en milieu de journée à quelques mètres du rivage sur la plage de Boucan Canot. Il fut secouru par ses amis et les MNS, mais les requins revinrent à la charge en le happant au bord de l'eau puis l'emportèrent au large. Son corps ne fut jamais retrouvé, laissant une marque indélébile sur la communauté locale. Plus tard dans l'année, le 5 octobre 2011, alors qu’il s’entraînait en kayak des mers au Cap La Houssaye, Jean-Pierre Castellani fut surpris par un requin tigre. L'embarcation fut sérieusement endommagée mais l’homme s’en sortit en se servant de sa pagaie, récupéré par un bateau alerté par ses cris. Enfin, le 11 novembre 2011, Jean-Paul Delaunay, 42 ans, apnéiste, fut mordu au pied par un squale alors qu’il remontait dans son embarcation au large de l’anse des Cascades, à Sainte-Rose. Il perdit plusieurs de ses orteils, ajoutant à la liste des blessés graves de cette année tragique.

2012 : Une Intensification Mortelle (3 attaques / 1 mort)L'année suivante, la série noire se poursuivit. Le 5 mars 2012, Gérard Itema, 31 ans, fut attaqué par un requin sur le spot du Port de la marine à Saint-Benoît. Sa planche fut mordue à plusieurs reprises par le squale, mais il s'en sortit indemne. Le 3 juillet 2012, Alexandre Rassiga, 21 ans, fut attaqué alors qu’il surfait le spot de Trois Bassins. Il décéda des suites de ses blessures. Le 5 août 2012, Fabien Bujon, 41 ans, fut attaqué par un requin bouledogue sur le spot de Saint Leu. Il perdit son pied droit et sa main droite, subissant des blessures dévastatrices.

2013 : L'Année des Interdictions (5 attaques / 2 morts)L'année 2013, marquée par des interdictions majeures des activités nautiques, connut néanmoins une persistance des attaques. Le 23 avril 2013, Yoann Schultz, 20 ans, se mit à l’eau sur le spot de la Jetée à Saint-Pierre quand il se fit renverser par un requin. Il regagna le rivage sans être blessé. Le 8 mai 2013, Stéphane Berhamel, un métropolitain de 36 ans en voyage de noces, fut mortellement attaqué alors qu’il surfait sur le spot des Brisants à Saint-Gilles-les-Bains. Le 30 juin 2013, F. Jean Albert, qui faisait du surf, se fit charger par un requin bouledogue sur le spot de Grand Anse dans le sud de l’île. Il s’en sortit avec de légères traces sur la planche mais aucune blessure. Puis, le 15 juillet 2013, Sarah Roperth, 15 ans, en vacances sur l'île, fut dévorée par un requin alors qu’elle se baignait à deux mètres du bord dans la Baie de Saint-Paul. Enfin, le 23 octobre 2013, Tanguy, 25 ans, fut attaqué par un squale dans le secteur du Pont Mula à l'Etang-Salé. Il perdit sa jambe mais échappa à la mort.

2014 : Une Accalmie Relative (1 attaque)L'année 2014 apporta une relative accalmie en termes de fréquence, avec une seule attaque recensée. Le 22 juillet 2014, Vincent Rintz, 51 ans, fut attaqué à Saint Leu. Mordu à la main, au poignet et au mollet, il fut rapidement pris en charge par les secours et s'en sortit.

2015 : Nouvelles Tragédies et le Drame d'Elio Canestri (4 attaques / 2 morts)L'année 2015 fut à nouveau endeuillée par plusieurs incidents. Le 14 février 2015, Talon Bishop, 22 ans, fut mortellement blessée alors qu’elle se baignait à l'Etang-Salé, non loin d'une autre attaque survenue deux ans plus tôt. Moins de deux mois plus tard, le 12 avril 2015, Elio Canestri, 13 ans, membre du pôle espoir de La Réunion, fut attaqué par un requin bouledogue alors qu’il surfait avec des amis sur le spot des Aigrettes à Saint-Gilles-les-Bains. Le jeune garçon décéda, provoquant une immense émotion et renforçant les interrogations sur la sécurité. Le 1er juin 2015, Eddy Chaussalet, 47 ans, fut attaqué sur le spot du Port alors qu’il venait de terminer une vague et qu'il se trouvait à quelques mètres du rivage. Il fut gravement blessé à l’avant-bras. Le 22 juillet 2015, Rodolphe Arrieguy, 45 ans, fut grièvement mordu au biceps et à l'avant-bras alors qu’il surfait sur le spot de Saint-Leu. Rapidement pris en charge, il s'en sortit mais dut être amputé du bras droit.

2016 : Une Attaque Malgré les Mesures (1 attaque)En 2016, une attaque se produisit malgré les efforts de sécurisation. Le 27 août 2016, Laurent Chardard, 21 ans, fut attaqué alors qu’il se trouvait à Boucan Canot avec une dizaine d’autres pratiquants. Les filets de protection dont disposait la plage n'étaient pas opérationnels ce jour-là et la flamme rouge était hissée. Il perdit son bras droit et sa cheville droite.

2017 : Encore des Victimes (3 attaques / 2 morts)L'année 2017 fut également tragique avec trois attaques dont deux mortelles. Le 21 février 2017, Alexandre Naussac, 26 ans, décéda des suites d'une attaque à l’embouchure de la Rivière du Mat à Saint-André où il pratiquait le bodyboard. Le 27 avril 2017, Adrien Dubosc, 29 ans, fut attaqué par un requin bouledogue sur le spot de la Pointe au Sel, situé à 5 km au sud du spot de Saint-Leu. Il décéda de ses blessures malgré l'intervention des secours rapidement sur place. Le 18 juin 2017, un bodyboardeur de 34 ans fut attaqué sur le spot des Roches Noires à Saint-Gilles-les-Bains. Sa planche fut profondément mordue, mais lui ne fut que très légèrement blessé au dos.

2019 : Les Dernières Attaques Mortelles de la Crise (2 attaques / 2 morts)La dernière année de cette série noire, 2019, connut encore deux attaques mortelles. Le 30 janvier 2019, Floris Huet, 41 ans, un pêcheur de bichiques, fut attaqué à Sainte-Rose, à l'embouchure d'une rivière. Sa jambe gauche fut arrachée, et il ne survécut pas à ses blessures profondes. Quelques mois plus tard, le 9 mai 2019, Kim Mahbouli, 28 ans, eut la jambe arrachée par un requin sur le spot de la Tortue, à Saint-Leu, alors qu'il pratiquait sur le célèbre spot vers 16 heures. Entre 2011 et 2019, 11 personnes furent tuées par des requins à La Réunion et plusieurs grièvement blessées, laissant un lourd bilan humain et un sentiment d'urgence quant aux solutions à mettre en œuvre.

Comprendre les Squales : Espèces Impliquées et Comportements

La compréhension du comportement des requins est essentielle pour développer des stratégies de prévention efficaces. Le requin bouledogue, tel que celui de 2,5 mètres impliqué dans la mort d'Elio Canestri, est tristement célèbre à La Réunion. Il fait partie des trois espèces les plus dangereuses, accompagné du requin blanc et du requin-tigre. Ces espèces sont celles qui sont le plus souvent mises en cause dans les incidents.

Pour mieux appréhender cette menace, une étude, pilotée par l'Institut de recherche et de développement (IRD), avait été lancée en urgence en décembre 2011, suite à la mort de Mathieu Schiller. L'objectif de cette recherche était de mieux comprendre la présence et le comportement des squales, en les marquant avec l'implantation d'une sonde sous-cutanée et en les suivant via des stations d'écoute. Les premiers résultats de cette étude, diffusés début juillet, indiquaient que les requins ne s'étaient pas sédentarisés à proximité des plages de l'île, comme le craignaient les autorités. Toutefois, l'étude a confirmé que les squales étaient en revanche plus nombreux au large, même si "la population [était] encore difficile à déterminer à l'heure actuelle". Sur 22 requins marqués, les récepteurs ont détecté le passage de 13 d'entre eux, dont 8 requins bouledogue - en cause dans la plupart des attaques - et seulement 5 requins tigre. Antonin Blaison (IRD), un des deux responsables de l'étude, confiait à l'AFP le 3 juillet, que "Ils font de courtes excursions près des côtes et passent la majeure partie de leur temps au large."

Cependant, une exception notable fut identifiée : la plage des Roches Noires, l'une des plus fréquentées de l'île. À cet endroit, les requins restaient près d'une heure à environ 300 mètres du rivage avant de repartir, un comportement qui a nécessité une vigilance particulière. Cette connaissance approfondie des déplacements et des habitudes des requins est fondamentale pour cibler les zones à risque et adapter les dispositifs de sécurité.

Des Interdictions à l'Arsenal de Sécurité : La Réponse des Autorités

Face à la recrudescence des attaques, les autorités réunionnaises ont mis en place un ensemble de mesures strictes et innovantes pour tenter de sécuriser le littoral. La pratique du surf fut interdite à La Réunion depuis juillet 2013, et cette interdiction fut reconduite par arrêté préfectoral. Cette mesure s'inscrivait dans un arrêté préfectoral plus large toujours en vigueur qui interdit les activités les plus exposées dans la bande des 300 mètres du littoral, sauf dans le lagon et, en dehors du lagon, dans les zones surveillées définies par arrêté municipal et lorsque celles-ci sont opérationnelles. Amaury de Saint-Quentin, préfet de La Réunion, a fait part de son émotion face à ces drames, soulignant la gravité de la situation.

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L'arrêté prévoyait néanmoins la mise en place de zones expérimentales limitées situées sur le littoral ouest où les surfeurs et les entraîneurs du Pôle espoir de la Ligue réunionnaise pourraient pratiquer le surf. Ce dispositif fut prévu pour être opérationnel dans les jours à venir, avec un retour progressif des activités nautiques devant se faire à Saint-Paul, Trois Bassins, et Saint-Leu. Le spot des Aigrettes, par exemple, ferait partie des six zones où la sécurité devait être assurée par des vigies immergées, des vigies embarquées et des patrouilles sur les plages.

Pour renforcer la sécurité, les autorités ont déployé un arsenal inédit. Depuis 2013, la baignade, le surf et le bodyboard sont notamment interdits en dehors du lagon ou de zones sécurisées par filets anti-requins. À cela s'ajoutent des drones et des jet-skis pour surveiller la présence de squales dans les zones de surf. Le système baptisé "Vigies requins renforcées", mis en place il y a une dizaine d’années, d'abord de façon artisanale, fonctionne désormais sept jours sur sept et a fait ses preuves. Sur la vedette de la Ligue réunionnaise de surf, Norbert Sénescat envoie ses scaphandriers à l’eau pour un rapide test : si huit mètres de visibilité sont atteints, la zone est validée. Un message sur les réseaux sociaux et, dès 9 heures, drapeau vert hissé, les surfeurs peuvent alors affluer. Parallèlement, deux bateaux patrouillent en surface et des caméras sont immergées pour observer les fonds sous-marins. À terre comme en mer, un duo de chefs d’équipe scrute en permanence les images, prêt à donner l’alerte si un squale est aperçu.

Les opérations de surveillance sont rigoureuses et constantes. "Nous sommes une dizaine de maîtres-nageurs sauveteurs sur place", explique Benjamin André, responsable de brigade. "L'un de nous part en jet-ski et surveille le plan d'eau". À Saint-Leu, deux jet-skis assurent la même mission. "En cas d'observation, on fait évacuer la zone", précise-t-il. Les surveillants procèdent aussi à des analyses de turbidité. Le surf n'est autorisé que si la visibilité dépasse huit mètres et si les conditions météorologiques sont bonnes. Malgré ces protocoles, les jet-skis voient encore un requin "au moins une fois par mois", poursuit Benjamin André, mais "les dispositifs font leurs preuves."

Des situations d'alerte concrètes illustrent l'efficacité de ces dispositifs. Les responsables de la sécurité ont ainsi fait évacuer, un mardi de novembre, le spot de surf des Aigrettes à Saint-Gilles (La Réunion), où se tenait une compétition, rapporte Réunion La Première. Un requin bouledogue avait été repéré le matin dans ce secteur, haut lieu de la pratique du surf. Une compétition internationale de surf se déroulait en effet sur le site. En activant leurs fumigènes, les spécialistes chargés de surveiller la mer ont déclenché la procédure d’évacuation de l’eau. Une fois l’alerte levée, la compétition aurait pu reprendre au même endroit. Toutefois, « il a été décidé de changer de spot pour ne pas stresser les participants », a expliqué un membre de l’équipe d’organisation, montrant la priorité accordée à la sécurité et au bien-être des pratiquants.

Entre Prévention, Prélèvements et Controverses

La gestion du risque requin à La Réunion est un sujet complexe qui suscite de vifs débats, notamment concernant les méthodes de prévention. Dès les premiers drames, des voix se sont élevées pour augmenter les prélèvements, c'est-à-dire la pêche des requins. L'idée de multiplier les pêches, et l'installation de filets anti-requins, est souvent évoquée, bien que ces derniers puissent tuer aussi d'autres espèces marines. Le requin est également accusé de plomber le tourisme réunionnais, ce qui ajoute une dimension économique au débat.

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Cependant, cette approche létale est loin de faire l'unanimité. Comme le rappelle Sea Sheperd, toutes les solutions autres que létales ne sont pas actuellement privilégiées. L'ONG s'interroge sur les "drums lines" (lignes avec hameçons appâtés) qui ont été placées non loin du lieu de l'attaque d'un dimanche, et qui, explique-t-elle, "sont des bombes à retardement". Elle souligne que, par ailleurs, des dispositifs de dissuasion électronique et chimique sont actuellement à l'essai, de même que des nouveaux systèmes de surveillance (dirigeable avec caméra), suggérant des alternatives plus respectueuses de la vie marine.

Le Centre Sécurité Requin (CSR) joue un rôle central dans la stratégie locale de réduction du risque. C’est ce groupement d’intérêt public qui pilote, depuis 2016, cette stratégie, à laquelle vingt-six millions d’euros ont déjà été consacrés. Le cœur du dispositif repose sur un programme de pêche préventive, qui reste un sujet extrêmement clivant entre ceux qui souhaiteraient plus de prélèvements et ceux qui dénoncent un scandale écologique.

Pour désamorcer le débat, le CSR vante un outil maison baptisé Pavac, équipé d’appâts « technologiques » qui alertent des pêcheurs en cas de prise. Ceux-ci ont alors quatre-vingt-dix minutes pour se rendre sur place, accompagnés de scientifiques qui veilleront à ce que la prise soit relâchée correctement s’il ne s’agit pas d’un requin-tigre ou bouledogue. Le CSR annonce un taux de survie des prises accessoires de plus de 82 %, un chiffre notable comparé à la pêche préventive en Australie ou en Afrique du Sud qui n’atteint pas 30 % de survie. Michael Hoarau, du CSR, assure : « On a pêché 59 requins bouledogues de 2018 à nos jours : ce n’est pas l’abattage dont on nous accuse ».

Malgré ces efforts, les critiques persistent. Bernard Bonnet, de l’association Vie océane, répond que « Il y a énormément de prises accessoires, dont des espèces en danger critique d’extinction », estimant que les animaux relâchés, même vivants, « ne sont pas indemnes ». Ces préoccupations soulignent la difficulté à trouver un équilibre entre la protection des vies humaines et la préservation de l'écosystème marin.

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