L'évolution de l'inclusion dans le monde de la natation : de la visibilité individuelle aux disciplines mixtes

La natation, sport millénaire exigeant force, endurance et technicité, a longtemps été perçue à travers le prisme de la performance pure et des standards traditionnels. Pourtant, le paysage aquatique évolue, porté par des révélations personnelles marquantes et par une volonté croissante d’ouverture et de mixité. Cette transformation, qui touche aussi bien les athlètes d'élite que les disciplines émergentes, interroge la place de l'identité dans le sport de haut niveau et la lente déconstruction des barrières de genre.

La libération de la parole chez les athlètes d'élite

L’image de l’athlète olympique est souvent corrélée à une forme d’invulnérabilité. Cependant, le cas de Ian Thorpe a marqué un tournant dans la médiatisation de l’homosexualité dans le sport. A 31 ans, l'australien cinq fois champion olympique, avait jusqu'ici toujours nié être gay. L'Australien Ian Thorpe, légende vivante de la natation avec 11 titres de champion du monde, a révélé son homosexualité dans une interview diffusée dimanche soir sur la chaîne de télévision australienne TV Channel Ten.

Pendant des années, des rumeurs ont couru sur son homosexualité. Lui a toujours démenti jusqu'à aujourd'hui alors que l'Australien est âgé de 31 ans. "Cela fait longtemps que j'y réfléchis… Je ne suis pas hétérosexuel, a-t-il déclaré. Ce n'est que très récemment, au cours des deux dernières semaines, que j'ai décidé d'en parler avec mes proches… Le problème c'est qu'on m'avait posé la question quand j'étais très jeune, à l'âge de 16 ans… J'avais répondu qu'il était inapproprié de poser une telle question à un enfant et qu'il était d'ailleurs inapproprié de poser cette question à qui que ce soit… J'ai réalisé, que le mensonge était devenu si gros que je ne voulais pas que les gens remettent en cause mon intégrité et pensent que j'avais menti sur tout".

Ce témoignage souligne la pression sociale exercée sur les sportifs, exacerbée par des déclarations passées. En 2012, dans son autobiographie "Thorpedo", il avait assuré : "Je ne suis pas gay …et suis attiré par les femmes, j'aime les enfants et je compte bien créer un jour une famille". Le poids de cette contradiction, accumulé depuis l'adolescence, illustre la difficulté de naviguer entre vie privée et exposition publique. Ian Thorpe a abandonné sa carrière de sportif en 2006. Avant cela de 1998 à 2004, il avait quasiment tout gagné. En 2011, il avait tenté un retour infructueux dans les bassins avant de raccrocher définitivement en 2013.

La natation synchronisée : vers une discipline artistique mixte

Parallèlement à ces enjeux identitaires individuels, le milieu aquatique voit l'émergence d'une mixité accrue dans des disciplines jusque-là strictement genrées. Exlusivement réservé aux femmes lors des Jeux olympiques, ce sport s’ouvre peu à peu aux hommes. Aux Gay Games, qui se déroulent à Paris du 4 au 12 août, on accueille ces nageurs depuis les années 1990. La chorégraphie est millimétrée, les corps gainés, les jambes tirées vers le haut. Dans un mouvement vif jaillissent de l’eau plusieurs têtes de femmes… et d’hommes.

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En ce soir d’été, l’équipe mixte de natation synchronisée du club Paris aquatique est en pleine répétition en vue des Gay Games. Le club organise les épreuves de natation de cet événement multisports mondial, créé en 1984, qui se déroule cette année à Paris du 4 au 12 août. Ouverts à tous et à toutes, les Gay Games visent à lutter contre les discriminations dans le sport. C’est aussi un des lieux d’expression historiques des rares hommes pratiquant la « synchro ». Longtemps réservée aux femmes, cette discipline s’ouvre peu à peu aux nageurs. Et le club LGBT parisien n’y est pas étranger.

Après les Gay Games d’Amsterdam en 1998, Paris aquatique fut le premier en France à encourager des hommes à se lancer, avant de pousser la fédération à ouvrir ses championnats à la mixité en France dans les années 2000. Depuis 2015, avec l’introduction des duos mixtes aux Mondiaux, on voit même des hommes dans les bassins de « synchro ». Enfin, on parle maintenant de « nage artistique ». Un nouveau nom pour se rapprocher d’autres sports plus développés et complètement mixtes, comme le patinage artistique, mais qui ne suffit pas à faire sortir la discipline de l’ombre. Ainsi, les nageurs artistiques ne peuvent toujours pas participer aux Jeux olympiques.

Les défis techniques d'une discipline exigeante

La nage artistique, au-delà des débats sur le genre, est un défi athlétique majeur. « Un sport physique, complexe et technique ». La nage artistique a pourtant tout d’un sport à part entière. Elle demande à la fois puissance et souplesse. Alors que le spectateur voit les figures à l’air libre, tout se passe en réalité dans l’eau, les jambes et les bras travaillant pour maintenir le corps dressé. Et le tout la plupart du temps… sans respirer.

« Je n’ai aucune volonté militante, mais je trouve ça incroyable qu’un sport aussi physique, complexe et technique n’ait pas sa place dans le sport masculin », déplore Matthieu Durbec. Cet ancien danseur est l’un des huit « synchromen » du Paris aquatique. Cette année, il a participé aux championnats de France. Organiser les Gay Games à domicile est une fierté pour lui. Arrivé par hasard à la discipline alors qu’il cherchait un club de plongeon, le nageur ne s’y trompe pas : la natation synchronisée masculine est presque complètement inconnue, même dans le milieu.

L'invisibilité comme frein au développement

La question de la visibilité reste centrale pour les hommes pratiquant ce sport. Cette invisibilité ne facilite pas le développement du sport. Faute de nageurs et de moyens, le Paris aquatique n’a plus d’équipe 100 % masculine depuis 2014. Il faut dire que l’apprentissage est si long qu’il vaut mieux commencer tôt. « Tout le monde ne peut pas devenir danseur professionnel, mais tout le monde peut danser. En synchro, c’est complètement différent », explique Matthieu Durbec.

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Impossible pour les nageurs dans la piscine de s’observer dans le miroir et de vérifier leur synchronisation ou leur bonne position. Ils doivent se fier au coach. Les sportifs apprennent les figures en étant guidés par leurs sensations, pas par la vision. « La plus grosse différence, à laquelle je ne m’attendais pas, c’est le manque de souplesse des garçons », confie Marion Tomiello, la coach du Paris aquatique. Cette ex-nageuse, qui regrette qu’il y ait peu de garçons dans les équipes jeunes, considère que les hommes ont beaucoup à apporter à la discipline.

Ils poussent plus fort pour des portés plus spectaculaires. « La mixité permet aussi de jouer davantage sur le côté couple dans les chorégraphies, comme on peut voir en danse », affirme-t-elle. En équipe ou en duo de nageuses, l’accent est souvent mis sur la synchronisation parfaite des mouvements entre participantes. Avec le duo mixte, les chorégraphes travaillent plutôt en miroir, comme au patinage artistique.

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