La mise au jour de vestiges remontant à la Préhistoire fascine chacun d’entre nous, suscitant un intérêt profond pour les expressions artistiques de nos ancêtres. Face à ces découvertes, une question se pose souvent : rupestre ou pariétal ? Quels sont les bons mots pour qualifier les merveilles découvertes ? Pour mieux s’y retrouver dans ce domaine riche et complexe, il est essentiel de faire un petit point de vocabulaire afin de bien comprendre les nuances qui distinguent ces termes. Les œuvres d’art préhistoriques, qu’elles soient des peintures, des dessins, des gravures ou des sculptures, nous offrent un aperçu inestimable de la vie et de la pensée des populations anciennes, mais leur classification repose sur des critères précis.
Définir l'Art Pariétal et l'Art Rupestre : Une Distinction Cruciale
L’art pariétal et l’art rupestre ont tous deux comme point commun de s’exprimer sur une paroi rocheuse qui leur sert de toile de fond. Toutefois, la distinction entre pariétal et rupestre réside dans la localisation et l’exposition des découvertes. Pour résumer, l’art pariétal désigne l’ensemble des expressions réalisées à l’intérieur des grottes ou au cœur d’abris sous roche. Le mot de pariétal dérive d’ailleurs du latin scientifique pariēs qui signifie « mur, muraille ». Ces œuvres, préservées de la lumière et des intempéries étant donné leur localisation sous abri, ont pu traverser des milliers d’années et parvenir jusqu’à nous dans un état de conservation remarquable. C’est le cas, par exemple, de la grotte Chauvet, découverte en 1994, abritant parmi les plus anciennes peintures pariétales vieilles d’environ 36 000 ans. Lascaux, mise au jour en 1940 en Dordogne, est une autre illustration emblématique de l'art pariétal et est surnommée « la Sixtine de la Préhistoire » avec ses plus de 600 peintures dont ses spectaculaires taureaux, chevaux et cerfs.
En contraste, l’art rupestre est exécuté sur des rochers, flancs de montagnes ou sols escarpés, et est systématiquement en plein air. Cet « art des rochers », du latin scientifique rupestris signifiant « paroi de rocher », est davantage vulnérable aux conditions climatiques. D’une grande diversité, on retrouve ces formes d’expression dans le monde entier. Des gravures rupestres de l’Alta, en Norvège, datées de 4 200 à 500 av. J.-C., illustrent cette présence mondiale. Le vaste plateau saharien du Tassili n’Ajjer en Algérie, par exemple, abrite des milliers de scènes de chasse, des animaux et des figures humaines datant de 12 000 à 4 000 ans avant notre ère. Ces œuvres en extérieur sont soumises à rude épreuve par le soleil et les intempéries, et le temps en a probablement effacé la majorité, ce qui rend la distinction de conservation d'autant plus pertinente.
Il est important de noter une nuance cruciale : les spécialistes utilisent cette distinction terminologique principalement pour la période du Pléistocène, soit jusqu’à 12 000 ans avant notre ère, ce qui correspond globalement au Paléolithique. Les productions artistiques plus récentes sont toutes qualifiées de rupestres, à la condition d’être monumentales. Cette spécificité temporelle est fondamentale pour l'étude de l'art préhistorique. Par ailleurs, dans les pays anglo-saxons, la distinction n’est pas faite et l’ensemble est nommé art rupestre ou rock art, soulignant une approche différente dans la classification de ces témoignages du passé. Aux côtés de l’art mobilier - cet art qui peut s’emporter avec soi et qui désigne les parures, les gravures et peintures sur la pierre, le bois ou l’os -, l'art des parois a choisi la roche pour toile de fond, devenant ainsi un patrimoine immobile et souvent monumental.
La Longue Marche vers la Reconnaissance de l'Art Pariétal
Au début du siècle dernier, les peintures sur les parois n’étaient pas comprises, et l’on remettait en cause l’ancienneté et même la véracité de ces représentations. Faute de méthode de datation fiable, les premiers préhistoriens ont eu du mal à admettre que ces parois avaient été ornées il y a plusieurs milliers d’années. C'est dans ce contexte de scepticisme que des découvertes majeures ont eu lieu, changeant progressivement la perception scientifique.
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Un événement marquant fut la découverte de la grotte d'Altamira en Espagne. En 1878, un gentilhomme espagnol, Marcelino Sanz de Sautuola, de retour de l’Exposition Universelle de Paris où il avait été impressionné par la section Préhistoire, décide d’explorer une grotte découverte peu de temps auparavant sur ses terres par des chasseurs. Cette exploration mènera à Altamira. L’entrée de la grotte était obstruée et devait être déblayée. Rapidement, des os d’animaux et des silex taillés, analogues à ceux observés à Paris, apparurent. De Sautuola revint sur son chantier, et l’année suivante, sa fille Maria, âgée de 5 ans seulement, qui l’accompagnait, découvrit les peintures du grand plafond.
Malgré sa faible expérience dans le domaine, Marcelino Sanz de Sautuola perçut bien l’ancienneté des peintures et publia sa découverte l’année suivante, en 1880, à Santander. Cependant, il ne rencontra que mépris et incompréhension. Les rares échos que suscita son travail furent négatifs, les critiques affirmant soit que les peintures d’Altamira dataient du Moyen-Âge, soit, pire encore, qu’il s’agissait d’une supercherie. Peu de préhistoriens firent le déplacement, et ceux qui le firent se montrèrent hostiles. Seul un géologue espagnol, Juan Vilanova y Piera, tenta en vain de défendre le dossier lors du Congrès international d’archéologie et anthropologie préhistoriques de Lisbonne, en 1880. Il rencontra une hostilité très forte des acteurs de la préhistoire européenne, et plus particulièrement chez les Français, avec Emile Cartailhac et Mortillet en tête. Autant l’art mobilier préhistorique était accepté et reconnu, autant l’art pariétal leur paraissait anachronique, voire une tentative de supercherie. Ce rejet illustre les défis épistémologiques de l'époque face à des découvertes qui bouleversaient les schémas de pensée établis.
Néanmoins, les nouvelles découvertes se multiplièrent, apportant des preuves irréfutables de l’existence et de l’ancienneté de l’art pariétal. En 1895, l’exploration de la grotte de La Mouthe, après désobstruction, révéla des peintures et gravures pariétales. C’est ensuite la grotte de Marsoulas, en 1897, qui dévoila ses peintures. En 1901, les grottes des Combarelles et de Font-de-Gaume montrèrent des gravures et des peintures partiellement recouvertes d’un voile de calcite, cette formation minérale constituant une preuve irréfutable de leur ancienneté et de leur authenticité. Finalement, en 1902, Emile Cartailhac, jusque-là opposé à l’existence d’un art préhistorique, publia dans la revue L’Anthropologie un article retentissant intitulé : « Mea culpa d’un sceptique ». Cette reconnaissance officielle marqua un tournant décisif dans l’étude de l’art préhistorique, ouvrant la voie à une nouvelle ère de recherche et de compréhension.
Les Mystères de la Chronologie : Comment Dater l'Art Préhistorique ?
La datation de l'art préhistorique a toujours représenté un défi majeur pour les chercheurs. Initialement, les premiers préhistoriens ont établi des styles correspondant à des périodes, comme le Magdalénien ou le Solutréen, et ont tenté de dater les œuvres par association stylistique. Lors de la découverte d’une nouvelle grotte, il fallait étudier le style des représentations par rapport aux autres grottes déjà connues. Cependant, cette méthode s’appuie sur une chronologie et une évolution de l’art préhistorique qui ne correspond pas forcément à la réalité, car les styles pouvaient varier géographiquement ou coexister.
L’introduction de méthodes scientifiques a révolutionné cette approche. L’utilisation de la méthode au Carbone 14 (C14) est directe, puisqu’elle étudie les matières organiques qui composent les peintures, le plus souvent du charbon de bois utilisé pour faire du noir. Elle a été utilisée pour dater notamment les figures de la grotte Mayenne-Science. Toutefois, cette méthode C14 rencontre deux écueils majeurs : il n’est pas possible d’effectuer des datations au-delà de 54 000 ans, ce qui limite son application pour les œuvres les plus anciennes, et les artistes n’ont pas forcément utilisé de matières organiques pour toutes leurs créations.
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Pour les chercheurs, il est également possible de travailler sur les artefacts et ossements retrouvés dans les sédiments amoncelés dans la stratigraphie des grottes. Ainsi, l’étude d’un os animal portant des traces de manipulation humaine dans une grotte ornée peut donner à elle seule des indications sur la période de passage des hommes, et éventuellement de la période de peinture ou de gravure. Cette approche contextuelle est précieuse, offrant des repères chronologiques indirects mais souvent fiables.
Une autre méthode innovante et de plus en plus utilisée est la datation par Uranium-Thorium (U-Th). Dans certaines grottes, les figures ont été recouvertes de calcite, une formation minérale, et c’est cette dernière qui peut être datée par la méthode Uranium-Thorium. La formation du calcite étant un processus très long, cela permet dans un premier temps de protéger les figures, puis d’authentifier leur ancienneté. De plus, il est possible de dater les plus anciens dépôts de calcite, ce qui implique que les peintures sont forcément plus anciennes que la calcite qui les recouvre. La méthode U-Th permet de dater jusqu’à 75 000 ans, repoussant ainsi considérablement les limites de la chronologie de l'art. Grâce à cette technique, trois grottes espagnoles ont ainsi atteint un âge de presque 65 000 ans, ce qui désignerait potentiellement Néandertal comme l’auteur des peintures, une hypothèse qui bouleverse nos connaissances sur les capacités cognitives de cette espèce. De nouvelles datations donnent également le tournis pour les grottes en Indonésie, et particulièrement dans la région de Sulawesi. Des découvertes récentes indiquent une scène de chasse à 40 000 ans, un sanglier de 45 000 ans, un cochon et des humains de 51 000 ans, et pour finir, une main négative de plus de 67 000 ans. Cependant, la méthode U-Th est régulièrement remise en cause pour les grottes humides dans lesquelles l’eau coule en permanence, car ce flux serait capable de laver les parois et fausser les résultats.
L’apparition et le développement de l’art pariétal étaient attribués jusqu’à présent à une rupture culturelle du Paléolithique supérieur. Basé sur les découvertes de grottes ornées en Europe, il était admis que l’art pariétal apparaissait vers 36 000 ans en Europe à l’Aurignacien, puis se développait jusqu’à son apogée au Magdalénien aux environs de 13 000 ans, avant de régresser rapidement pour disparaître complètement vers 8 000 ans. Si les dernières traces de l’art pariétal ne sont pas remises en cause, les dates et les lieux de naissance ont beaucoup évolué, grâce à ces avancées en matière de datation, ouvrant de nouvelles perspectives sur la chronologie et la géographie de l’art préhistorique.
Les Techniques et Thèmes Artistiques de la Préhistoire
L’art pariétal et rupestre témoigne d’une profonde connaissance de l’environnement et d’une maîtrise technique remarquable de la part des artistes préhistoriques. L’art pariétal, en particulier, porte une attention toute particulière à la forme de la paroi qui l’accueille. Comme pour les matières premières nécessaires à la fabrication des couleurs et à celle des pinceaux et autres outils, les artistes préhistoriques mettaient à profit leur environnement dont ils étaient de fins connaisseurs. Ainsi, face à la paroi, ils jouaient avec les creux, les bosses, et savaient tirer parti du moindre relief pour valoriser leurs créations. Un exemple frappant est visible à Pech-Merle (Lot), où un cheval bénéficie d’une découpe naturelle de la paroi pour se parer de deux têtes, créant ainsi un effet de « trompe-l’œil » saisissant.
Les œuvres se situent dans des espaces plus ou moins accessibles, de l’entrée d’un abri jusqu’aux tréfonds d’une grotte. Certaines ne s’atteignent même qu’au prix d’un parcours malaisé dans des boyaux étroits et après le passage d’autres obstacles. Cette difficulté d’accès a conduit certains chercheurs à émettre l'hypothèse que ces emplacements pourraient avoir été choisis pour dissimuler le message qu’elles contiennent aux non-initiés, ajoutant une dimension mystique ou rituelle à ces créations.
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De même, l’art rupestre ne se trouve pas n’importe où. Parfois situé au cœur de lieux habités et exploités par les humains, il peut aussi être placé à des carrefours stratégiques ou bien sur des escarpements qui le rendent visible de loin. C’est le cas dans la région de Huashan, en Chine, où les peintures sont visibles depuis la rivière et illustrent la volonté de faire passer un message. Certains chercheurs émettent l’hypothèse que ces œuvres pourraient avoir eu pour fonction de marquer la propriété des voies de navigation.
Les thèmes abordés dans l'art pariétal sont d'une grande richesse. Par exemple, à la grotte Chauvet, parmi les 435 figurations animales recensées, les mammouths, félins, rhinocéros et ours représentent près de 65 % des espèces déterminables. Ces animaux redoutables, en général non chassés par les hommes, deviendront ensuite très minoritaires dans l’art des périodes ultérieures. Les autres espèces dessinées comprennent les chevaux, les bisons, les aurochs, les bouquetins, les cerfs (dont des mégacéros), et les rennes, ainsi que d’exceptionnelles images de bœufs musqués, de hibou, de panthère et peut-être même de hyène, témoignant d'un bestiaire paléolithique incroyablement diversifié.
Les thèmes humains sont également présents, bien que souvent plus stylisés ou fragmentés. À Chauvet, ils comprennent le bas du corps d’une femme, associé à un bison et à un félin, plusieurs sexes féminins et des mains rouges, qu'elles soient positives (main appliquée après avoir été enduite de pigment) ou négatives (silhouette obtenue en soufflant le pigment autour de la main). De multiples ponctuations de grande taille, faites avec la paume de la main enduite de peinture, constituent l’une des originalités de la grotte, suggérant des rituels ou des marques identitaires.
Les techniques utilisées par ces artistes sont sophistiquées et variées. Elles incluent l’estompe pour modeler le relief interne des animaux, créant ainsi des effets de volume et de profondeur. Le détourage était employé pour faire ressortir les figures de la paroi rocheuse. La recherche de la perspective, souvent par superposition ou décalage, démontre une intention artistique avancée. La gravure, le fusain (charbons de bois) pour les tracés noirs, et la peinture rouge (à base d'ocre) étaient les principaux moyens d'expression. La qualité esthétique d’œuvres aussi anciennes a bouleversé nos conceptions sur la genèse et le développement de l’art qui, pendant le Paléolithique comme après, a connu nombre d’apogées et de déclins, prouvant que la créativité humaine est une constante à travers les âges.
Voyage au Cœur des Chefs-d'œuvre Pariétaux et Rupestres Mondiaux
Le contemplation de l'art pariétal demande un effort particulier, celui de pénétrer dans le monde souterrain des grottes. Tapi au fond des grottes, l’art pariétal, invisible, attend un rayon de lumière pour pouvoir s’exprimer. Pour le contempler, il faut souvent parcourir des centaines de mètres sous terre en apportant sa propre source de lumière. Sans les techniques d’éclairage d’aujourd’hui, l’homme préhistorique devait surmonter ses peurs et faire le même chemin dans une obscurité angoissante, muni d’une torche enflammée ou d’une lampe à graisse. Cette immersion dans l'obscurité ajoute une dimension sensorielle et presque sacrée à l'expérience de la découverte. Aujourd’hui, les scientifiques continuent d’interroger et de travailler à la conservation des œuvres préhistoriques présentes dans les quelques 350 grottes ornées connues dans le monde.
En Europe, et particulièrement en France, il existe trois régions principales riches en sites d'art pariétal. La première est le Périgord, abritant des sites emblématiques tels que Lascaux, Font-de-Gaume, les Combarelles, Rouffignac, et la région des Eyzies-de-Tayac, souvent surnommée la « capitale mondiale de la Préhistoire ». La grotte de Font-de-Gaume, située aux Eyzies, en Dordogne, est d’ailleurs l’une des seules grottes à peintures polychromes à être ouverte au public. Elle abrite plus de deux cents figurations peintes ou gravées qui datent généralement du Magdalénien.
La deuxième région majeure est celle des Pyrénées, avec des grottes célèbres comme Niaux, le Tuc d’Audoubert, les Trois-Frères, Marsoulas et Gargas. La troisième est la vallée du Rhône, qui comprend des sites spectaculaires comme la grotte Cosquer, submergée par les eaux, et la grotte Chauvet. Cette dernière, découverte en 1994, est devenue célèbre pour la qualité esthétique de ses œuvres et leur ancienneté. La convergence des résultats obtenus dans plusieurs domaines de recherche (paléontologie, géologie, archéologie, datations diverses) fait de Chauvet le site orné non seulement le plus daté mais le mieux daté au monde. Deux grandes périodes de fréquentation y furent mises en évidence par 82 dates radiocarbone : les passages humains les plus anciens, autour de 36 500 ans, se situent à l’Aurignacien, et les plus récents, entre 30 000 et 31 000 ans, au Gravettien. Depuis son ouverture au public il y a quatre ans, la reconstitution de la Grotte Chauvet a attiré plus d’un million cinq cent mille personnes, venues admirer les reproductions des panneaux ornés représentant des chevaux, des lions, des rhinocéros. Tout un bestiaire paléolithique qui continue de fasciner et d’intriguer 35 000 ans après que des nomades de la préhistoire les ont peints. La grotte d'Arcy-sur-Cure dans l’Yonne, par exemple, est également célèbre en raison de la qualité esthétique des œuvres et de leur ancienneté, avec des datations radiocarbone similaires à Chauvet, révélant des occupations à l'Aurignacien et au Gravettien.
Une autre merveille souterraine est la Grotte de Labastide, dite Grotte aux Chevaux, qui abrite près de 200 œuvres pariétales, incluant gravures, peintures, points rouges et signes. La gravure y est omniprésente, souvent associée à la peinture, mais le plus souvent seule, avec des traits fins ou profonds. La Salle du Lion est la plus emblématique, avec de nombreuses gravures de chevaux et de bisons, ainsi que des représentations humaines tel un masque de sorcier et un lion rugissant. Ce chef-d’œuvre magdalénien restitue le lion des cavernes avec une grande précision. Comme le décrit Norbert Casteret dans « Ma vie souterraine » : « Grandeur naturelle et traité en profil absolu, ce chef-d’œuvre magdalénien restitue, avec un art consommé et une habileté stupéfiante, un lion des cavernes rugissant. Gueule ouverte, canines menaçantes sur le froncement du mufle et des babines retroussées, ce fauve rugit au fond de la grotte de Labastide. Il y rugit depuis vingt mille ans, depuis un jour entre les jours où, à la lueur de sa lampe à graisse un chasseur primitif est venu s’agenouiller à l’endroit où je suis moi-même agenouillé. » Au fond de la grotte, une gravure d’oiseau, identifiée comme une oie, complète les œuvres rares d’oiseaux. Longtemps considérée comme une grotte à gravures, Labastide recèle pourtant de nombreuses peintures, même si leur conservation a été altérée par les conditions climatiques, notamment dans les premières salles. Il ne subsiste souvent que des traces de colorants, mais les spécialistes imaginent des ensembles autrefois très colorés, comme une frise de grands bisons. L’œuvre la plus célèbre de la grotte est le grand cheval polychrome, presque grandeur nature. Réalisé à la fois par gravure et peinture, il combine des effets de raclage de la roche et l’application de pigments noirs, rouges, bruns, et même bleutés. Placé en hauteur sur un bloc de quatre mètres, il attire le regard et impressionne par sa précision. Pour certaines grottes, comme La Mouthe ou Pair-non-pair, les sédiments et roches qui avaient obstrué la cavité ont permis une certaine protection et conservation des représentations, soulignant l'importance des facteurs géologiques dans la survie de ces œuvres.
Dans le reste du monde, de nouveaux sites ont également été découverts, souvent des sites d’art rupestre, presque à ciel ouvert. Les nouvelles découvertes de grottes ornées sont de plus en plus rares en Europe, mais dans le reste du monde, et particulièrement en Asie, il est probable que la recherche et donc les découvertes vont s’accélérer. La Cueva de los Manos, en Argentine, par exemple, offre un spectacle impressionnant où, il y a 11 000 ans, des paléolithiques ont dessiné des centaines de mains négatives, créant un héritage visuel puissant. Ces découvertes continues enrichissent notre compréhension globale de l'art préhistorique.