Actualités des Arrivées, Skippers et l'Esprit du Rhum : Une Saga Océanique

La Route du Rhum, transatlantique en solitaire contre le temps et les éléments, est un monument de la course au large, profondément ancrée dans l'imaginaire collectif. Cette épreuve mythique à la voile, reine des transats, fascine par son exigence et les récits humains qu'elle génère. Celles et ceux qui vont tenter de boucler la traversée entre Saint-Malo et la Guadeloupe expriment une admiration sans borne pour cette compétition inégalable, souvent surnommée "la transat de la liberté". Chaque édition est une démonstration de détermination, de courage et d'innovation technologique, faisant de la course au large une véritable spécialité française.

Les Racines d'une Passion Française pour la Course au Large

Historiquement, la voile française a démontré sa suprématie dans la discipline de la course au large, avec de nombreux records à la clé et des marins tricolores excellant au détriment des navigateurs étrangers. Ce phénomène s'explique par une culture maritime riche, un écosystème de formation et de soutien performant, ainsi qu'une passion inébranlable pour l'océan. Avant même le départ, la ferveur est palpable. Saint-Malo vit à l'heure de la Route du Rhum, attirant une foule immense de curieux qui se bousculent pour voir les voiliers. La parade des écluses de Saint-Malo, où la foule salue les concurrents avant qu'ils ne lèvent l'ancre, est un moment fort en émotions, marquant le début d'une aventure épique. Pour les novices comme pour les initiés, un petit vademecum des termes utilisés dans le jargon nautique, incluant des mots comme drisse, foil ou winch, permet de mieux appréhender la complexité technique de ces bateaux de course. La Route du Rhum - Destination Guadeloupe est une épreuve d’une rare exigence, une compétition extrêmement difficile qui teste les limites des hommes et de leurs machines.

Les Défis Météorologiques et les Repoussantes Frontières de la Course

Les conditions météorologiques jouent un rôle prépondérant dans le déroulement de la Route du Rhum, dictant souvent le rythme et les décisions stratégiques des skippers. Le départ de la 12e édition de la mythique Route du Rhum, initialement prévu le 6 novembre, fut reporté à mardi ou mercredi en raison de prévisions météorologiques défavorables. Des rafales allant jusqu'à 92 km/h et des creux de 7 mètres étaient en effet attendus dans la Manche dès le lundi, rendant la navigation périlleuse. Ce report soulignait l'importance de la sécurité dans cette transatlantique en solitaire. Le départ fut finalement donné ce mercredi à 14h15, lançant les concurrents dans une traversée pleine d'incertitudes.

Les premières heures en mer, d'autant plus quand la météo fait des siennes, présagent souvent du résultat à l'arrivée. "Il ne faut pas se faire larguer ni tout exploser", une maxime qui illustre bien la tension initiale. Les récapitulatifs quotidiens de la course ont souvent mis en lumière les conditions musclées, avec le gros de la flotte secoué par les conditions météos qui sévissent notamment dans le golfe de Gascogne. Dès les premiers milles, la Route du Rhum 2018 avait été animée, avec un avis de tempête et des avaries en série. Malgré un départ retardé de trois jours, la ligne d’arrivée n’avait pourtant pas été déplacée. Mais la météo difficile n’a pas facilité la progression des concurrents de la route du Rhum et finalement, la direction de course a décidé de déplacer la fermeture de la ligne d’arrivée de trois jours, offrant ainsi un peu de répit aux marins encore en mer.

Arrivées et Exploits de la 12e Édition de la Route du Rhum

La 12e édition de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, qui s’achève, a été riche en rebondissements et en performances. Romain Pillard, dernier Ultime encore en course, approche de la ligne d’arrivée à bord de son « Use it Again ! ». Du côté des Class40, après la victoire de Yoann Richomme, les arrivées se sont succédé avec Ambrogio Beccaria et Corentin Douguet, suivis de Simon Koster. Xavier Macaire, Antoine Carpentier et Luke Berry sont quant à eux arrivés ce jeudi. Dans la catégorie Rhum Multi, après le chavirage de Gilles Buekenhout, c’est Roland Jourdain qui se trouve en tête, suivi de Loïc Escoffier et Marc Guillemot, chacun démontrant une résilience exemplaire face aux défis de l'océan.

Lire aussi: Le récit du dernier concurrent de la GGR

Le parcours de Ian Lipinski, skipper de Crédit Mutuel, illustre parfaitement la complexité et la ténacité requises dans cette course. Il a pris la 13e place de la 12e édition de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, franchissant la ligne d’arrivée à Pointe-à-Pitre à 04h23 ce 26 novembre, après 16 jours 14 heures 8 minutes et 46 secondes de course. Son temps était à 2 jours 11 heures et 06 secondes du brillant vainqueur, Yoann Richomme (Paprec-Arkéa). Sur la distance théorique de 3510 milles (6500 kilomètres), Crédit Mutuel a progressé à la vitesse de 8,9 nœuds. Pénalisé par des incidents techniques survenus au plus mauvais moment, Ian Lipinski a tout donné pour aller au bout de sa première Route du Rhum, sans pouvoir atteindre ses objectifs initiaux. Cinq jours après le départ, le skipper du Class40 a connu une avarie de gréement, le contraignant à changer de cap pour pouvoir monter au mât et réparer ces incidents en cascade. Trois jours plus tard, alors qu'il avait retrouvé un bon rythme de croisière, il subissait alors un choc avec un objet flottant non identifié, causant la déformation du profil du voile de quille, ce qui portait atteinte aux performances du bateau. Ian Lipinski a témoigné de ces épreuves : « Pendant trois jours, j'ai réussi à faire la course, puis j'ai eu un problème technique qui m'a sorti du jeu. Après l’avoir accepté et digéré, alors que ça allait être intéressant, dans des conditions parfaites pour mon bateau, j'ai tapé quelque chose aux Açores. La quille était touchée et pendant huit jours, j'ai couru moins vite que prévu. Situation étrange, j'étais enfin dans les alizés après une semaine difficile, c'était plutôt agréable sous le soleil et sous spi au portant… et en même temps hyper frustrant parce que la vitesse n’était pas celle espérée. Je n'ai donc pas pu batailler devant alors que c’était mon objectif initial. »

Malgré ces obstacles, Ian Lipinski a fait preuve d’une combativité sans faille et d’un engagement exceptionnel. Habitué des podiums depuis la mise à l’eau du Class40 Crédit Mutuel en août 2019, il se projette rapidement vers la suite. Les études se poursuivent pour la construction d’un nouveau Class40, fer de lance de la reconduction du partenariat de quatre ans avec Crédit Mutuel Alliance Fédérale annoncé en septembre dernier. The Transat CIC en mai 2024 constituera un premier objectif ; en 2026, la Route du Rhum conclura le deuxième programme sportif de Crédit Mutuel et de son skipper. Riche d’enseignements, cette 12e édition a permis à Ian Lipinski et à l’architecte David Raison d’étudier la concurrence et les moyens à déployer pour lui répondre. Les élus et collaborateurs de Crédit Mutuel Alliance Fédérale sont fiers de cette performance et saluent l’implication et la détermination de Ian Lipinski, affirmant que l’aventure humaine et technologique qu'ils vivent avec lui depuis quatre ans n’en est qu’à ses débuts. Ian y a gagné en expérience, qui sera utile pour les prochaines épreuves, consolidant ainsi sa place dans le monde de la course au large.

D'autres skippers ont également marqué cette édition par leurs récits et leurs défis. Samantha Davies, à bord de son nouvel Imoca Initiatives-Cœur, a tenu un carnet de bord pour TF1info afin de faire vivre sa Route du Rhum, se livrant sur ses premiers jours de course depuis le départ de Saint-Malo, un appel de la mer qui résonne profondément. Le skipper Fabrice Amedeo a été contraint ce lundi d'abandonner son bateau qui a sombré au large des côtes portugaises. Après plusieurs heures en pleine mer, le navigateur a finalement pu être récupéré sain et sauf par un cargo, un témoignage de la solidarité et des risques inhérents à la course au large. Jérémie Beyou, à bord de son Charal 2, a été l'un des principaux animateurs de la 12e édition. Son fils, Achille Beyou, a livré son regard sur la course en solitaire de son père, rappelant qu'"il y a toujours la pression de la première nuit", une réalité partagée par tous les marins. L'histoire de Fabrice Payen, amputé d’une jambe, qui a disputé la Route du Rhum, est un exemple inspirant. Il a fait de son handicap une "force", prouvant notamment à tous les employeurs qu'un handicap, quel qu'il soit, peut être un avantage dans le monde du travail, portant ainsi la voix des travailleurs handicapés à l'occasion de la Semaine européenne de l’emploi pour les personnes handicapées.

Souvenirs d'Éditions Passées et Hommages aux Légendes de la Voile

L'histoire de la Route du Rhum est jalonnée de moments mémorables et de performances légendaires, dont le duel incroyable de 2018 entre François Gabart et Francis Joyon. Après sept jours et demi de course, Francis Joyon finit avec sept minutes et huit secondes d'avance sur le grand favori François Gabart, remportant ainsi la Route du Rhum 2018. Dans la nuit du 11 au 12 novembre 2018, Francis Joyon a signé sa première victoire sur la Route du Rhum. Avec François Gabart, ils ont écrit l'une des plus belles pages de l'histoire de cette course. Joyon s'impose sur le fil devant François Gabart grâce à un temps record de 7 jours 14 heures et 21 minutes, un sacre pour cet homme de 62 ans. Ce titre couronnait une vie de succès et d'engagement pour une certaine idée de la voile, faisant de Francis Joyon, bricoleur, écolo et recordman en série, un flamboyant vainqueur.

Le suspense avait été palpable jusqu'à la ligne d'arrivée. François Gabart avait toujours été aux avant-postes depuis le départ, cavale, creuse l'écart, survolant la course pendant plusieurs jours. Mais à 24 heures de la fin, le skipper ralentissait à cause d'un problème technique. Le point du vendredi 9 novembre montrait Gabart s'échappant, tandis que Joyon faisait de la résistance. Distancé par François Gabart, solide leader après cinq jours sur la Route du Rhum, Francis Joyon donnait malgré tout du fil à retordre à son cadet. Derrière, la bataille s'organisait dans la catégorie des Imoca, avec Alex Thomson en tête de la flotte des monocoques, voyant la concurrence fondre sur lui à vitesse grand V. Le jeudi 8 novembre, Gabart poursuivait son cavalier seul en tête, chassé par Francis Joyon, tandis que le gros de la flotte, déjà largement réduite, était toujours secoué par les conditions météos qui sévissaient dans le golfe de Gascogne. Le mystère était de mise quant à savoir qui de Francis Joyon ou François Gabart arriverait en tête en Guadeloupe, et ils étaient attendus pour dimanche matin à la Tête à l'Anglais. Les vitesses s'étaient aussi accélérées, remarquablement depuis cette nuit, avec Gabart toujours en tête. La bouée de Basse-Terre est parfois difficile à contourner, tellement le vent est instable. C’est un passage qui peut aller de deux heures, à trois heures ou quatre heures. François Gabart occupait toujours la tête de la flotte et se trouvait vendredi soir à 1.100 milles de l’arrivée au dernier pointage à 18h45 (heure de Paris). Les deux skippers avaient franchi le Tropique du Cancer vendredi matin, et avaient mis le cap vers la Guadeloupe, poussés par les alizés.

Lire aussi: Plongez dans le récit du Maxi Banque Populaire

L'édition 2018 fut également marquée par des avaries significatives. À mi-course, trois jours après le départ, François Gabart chez les Ultim et Alex Thomson chez les Imoca s'envolaient en tête de la flotte. Le vainqueur du Vendée Globe 2013, à l'instar du Britannique, pouvait voir venir. Mais Samantha Davies, elle, avait été contrainte de renoncer, victime d'une avarie majeure. Il ne faisait pas bon être un favori sur la Route du Rhum cette année-là. Deux jours après le départ, trois d'entre eux dans la catégorie des Ultim étaient déjà sur le flanc. Après Josse et Coville le lundi, c'était au tour d'Armel Le Cléac'h le mardi d'avoir subi une importante avarie. Le maxi-trimaran d'Armel Le Cléac'h avait chaviré au large des Açores. Contraint à l'abandon, le marin y attendait l'arrivée des secours, un épisode dramatique. Au dernier pointage, François Gabart (Macif) tenait la barre en tête de la course malgré tout. Les prochaines 24 heures s'annonçaient mouvementées. Sébastien Josse et Thomas Coville, deux des favoris, avaient subi d'importantes avaries sur leurs maxi trimarans dès les premiers jours. Un portrait d'Armel Le Cléac'h, un des favoris, avait été réalisé le 3 novembre 2018, la veille du départ pour les skippers de la Route du Rhum qui s'élanceraient de Saint-Malo pour une mythique course en solitaire à destination de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe.

L'arrivée d'Alex Thomson fut également mouvementée : il fut privé de la victoire après avoir percuté une falaise cette nuit en Guadeloupe. Malgré un bateau très abîmé, Alex Thomson avait réussi à conserver la tête de la classe Imoca (les monocoques de 18m). Mais pour avoir utilisé son moteur lors de l'accident, il avait écopé d'une pénalité de 24 heures, soulignant la rigueur des règles de la course.

Ces récits s'inscrivent dans une histoire plus vaste de la voile et de ses héros. Le Canadien Mike Birch, premier vainqueur de la Route du Rhum, est décédé le mercredi 26 octobre, à l'âge de 90 ans, durant son sommeil dans sa maison de Brec'h, dans le Morbihan. Sa victoire spectaculaire en Guadeloupe avait lancé la vogue des multicoques dans la course au large, marquant un tournant pour la discipline. Un autre hommage est rendu au skipper breton Hervé Laurent, décédé en mer un jeudi, au large du Morbihan. Arrivé troisième du Vendée Globe en 1996, il avait participé à plus de 40 courses transatlantiques et deux tours du monde, laissant un héritage considérable dans le monde de la voile. L'histoire du skipper français Laurent Camprubi, resté coincé sous la coque de son bateau pendant seize heures, est un témoignage miraculé des dangers et de la force de survie des marins. Il a raconté, en exclusivité, les événements à l'équipe du 20H de TF1.

#

Lire aussi: conseils pratiques pour votre aventure nautique à Cazals

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *