Arrêtés Préfectoraux et Réglementation du Kayak : Entre Impératifs Environnementaux et Usages Récréatifs

La navigation sur les cours d'eau, en particulier la pratique du canoë-kayak, est soumise à une série de réglementations préfectorales visant à concilier les loisirs nautiques avec la protection des milieux aquatiques et la sécurité des usagers. Ces dispositions, souvent complexes et évolutives, reflètent une tension croissante entre l'accès aux activités de pleine nature et les exigences de préservation d'écosystèmes fragilisés. L'examen des arrêtés préfectoraux et de leur application, ou de leur contestation, révèle les multiples facettes de cette problématique, depuis les enjeux juridiques de leur justification jusqu'aux impacts concrets sur les pratiquants et les milieux.

Le Cadre Juridique en Haute-Loire : Un Arrêté Contesté et Annulé

La régulation de la navigation sur les cours d'eau est un domaine où l'équilibre entre la nécessité et la proportionnalité des mesures est constamment évalué. Un exemple significatif de cette complexité est l'instance n°142104 concernant un arrêté pris par le préfet de la Haute-Loire. Dans cette affaire, les articles 2 et 3 de l'arrêté du 28 août 2014, par lequel le préfet de la Haute-Loire avait fixé la réglementation de la navigation sur les cours d'eau dudit département autres que l'Allier et ses affluents, ont été annulés.

L'annulation de ces articles spécifiques par la justice a été motivée par l'accueil favorable des moyens soulevés par les requérants. Ceux-ci contestaient la légitimité de ces dispositions, en avançant que la nécessité de ces mesures n'était pas justifiée. Cette décision souligne l'importance pour les autorités préfectorales de pouvoir étayer leurs réglementations par des arguments solides et des preuves concrètes de leur indispensabilité pour la protection de l'environnement ou la sécurité publique.

Parallèlement à cette annulation partielle, il convient de noter le rejet au fond du surplus des conclusions présentées par la FEDERATION FRANCAISE DE CANOE KAYAK ET DISCIPLINES ASSOCIEES ET AUTRE. Cette partie de la décision indique que si certains aspects de l'arrêté ont été jugés non fondés, d'autres éléments de la réglementation préfectorale ont résisté à la contestation, démontrant ainsi la capacité des autorités à maintenir certaines de leurs prérogatives réglementaires face aux recours des associations de pratiquants. La particularité de ce dossier en Haute-Loire met en lumière la rigueur attendue dans la formulation des arrêtés préfectoraux, chaque disposition devant reposer sur une justification claire et démontrable. La contestation et l'annulation de certaines de ces dispositions créent un précédent juridique qui peut influencer la rédaction future des réglementations dans ce département et ailleurs, incitant à une prudence accrue dans l'établissement des interdictions ou des restrictions sans une nécessité impérieuse dûment prouvée.

Les Défis Climatiques et la Pression Récréative : Un Contexte de Réglementation Accrue

Au-delà des spécificités juridiques de chaque département, la nécessité d'une réglementation de la navigation sur les cours d'eau est de plus en plus prégnante face à des défis environnementaux généralisés. Des étés de plus en plus chauds entraînent une souffrance accrue des rivières, dont les niveaux d'eau baissent de manière significative. Parallèlement, les pratiquants de canoë-kayak sont constamment en quête de lieux où s’adonner à leur passion, ce qui accentue la pression sur ces milieux aquatiques déjà fragilisés. Ce triptyque - étés chauds, rivières en souffrance, et forte fréquentation - commençait à poser un problème aigu dans des régions comme le pays de Maîche, rendant l'intervention réglementaire inévitable.

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L'absence antérieure de mesures de restriction de la pratique du canoë-kayak dans certains secteurs a permis d'observer les conséquences d'une surfréquentation non encadrée. Cette situation a révélé la vulnérabilité des écosystèmes fluviaux face à l'augmentation des activités humaines, particulièrement lorsque les conditions climatiques exacerbent cette fragilité. La prise de conscience de ces déséquilibres conduit naturellement les autorités préfectorales à envisager et à mettre en œuvre des mesures restrictives, non pas dans un but d'interdiction systématique, mais bien dans une optique de gestion durable des ressources et de protection des espèces. L'évolution du climat et l'intensification des pratiques récréatives imposent une réévaluation constante des cadres réglementaires existants, poussant à l'adoption d'arrêtés plus adaptatifs et réactifs aux variations des conditions environnementales des cours d'eau.

L'Exemple du Doubs : Une Réglementation Proactive Face aux Basses Eaux

Face à la sécheresse et à une surfréquentation des cours d'eau, la préfecture du Doubs a mis en place des mesures concrètes pour limiter les impacts négatifs sur l'environnement. Depuis juillet 2025, un arrêté préfectoral est entré en vigueur, interdisant la navigation des canoës et kayaks sur deux tronçons spécifiques de la rivière lorsque le niveau d'eau est insuffisant. Cette décision a été prise pour protéger des rivières de plus en plus en souffrance, une conséquence directe des étés de plus en plus chauds.

Cette mesure, très attendue par les pêcheurs, répondait à une situation devenue critique. Jean-Louis Noris, vice-président de la fédération de pêche du Doubs, a illustré la problématique en expliquant que "au-dessus du pont, les Suisses pouvaient naviguer jusqu'à 6 mètres cube seconde, et en dessous c'était libre. Donc ce qui se passait, dès que l'eau descendait plus bas que 6 mètres cubes seconde au-dessus du pont, tout le monde rappliquait ici. On avait une surpopulation de bateaux, ça commençait à ressembler un peu à l'Ardèche. C'était dramatique". Cette description met en évidence la concentration excessive de pratiquants sur des sections de rivière à débit suffisant, engendrant une pression intenable sur le milieu. Erwann Le Barbu, responsable prévention des risques et ouvrages hydrauliques à la DDT (direction départementale des territoires), a complété cette analyse en affirmant que "cela induisait effectivement une fréquentation très importante de la Rivière du Doubs ce qui n’est pas souhaité et souhaitable pour les milieux et les poissons".

Dans un but de protection générale du milieu, toute navigation et nage en eau vive est désormais interdite dans des conditions précises :

  • Entre le pont de la RD 437c à Bremoncourt sur la commune de Montancy et le point de débarquement de Glère-les Chezeaux, lorsque le débit mesuré à la station hydrologique de Glère est inférieur à 6 m³/s.
  • Entre 50 mètres à l'aval du barrage de Grosbois sur la commune de Soulce-Cernay et le pont de la RD 437c sur la commune de Saint Hippolyte, lorsque le débit mesuré à la station hydrologique de Glère est inférieur à 3,5 m³/s.La mesure du débit à la station de Glère, à laquelle il faut se référer pour l'application de ces restrictions, correspond à celle effectuée à 16 heures. Ce point de référence horaire permet d'établir une règle claire et uniforme pour tous les usagers et les gestionnaires.

Côté tourisme, la communauté de communes n’est pas trop inquiète de ces restrictions lorsque le niveau du Doubs baissera. Franck Villemain, président de la communauté de communes de pays de Maîche, a précisé que "le but n'est pas d'interdire, mais bien de réglementer, puisqu'on doit faire face également aujourd'hui, on le sait, avec moins d'eau dans nos cours d'eau". Cette approche met en lumière la volonté de trouver un équilibre entre la protection de l'environnement et la pérennité des activités touristiques et de loisirs. Il a également précisé que la navigation resterait possible aux alentours des barrages EDF. La réglementation a été assouplie en amont des barrages, que ce soit celui du Grosbois ou le Beaufré. Franck Villemain a ajouté : "Sur les plans d'eau bien entendu, on doit rester au moins à 300 mètres du barrage mais ça n'empêche que les personnes qui souhaitent naviguer pourront le faire sans aucun problème, sans réglementation puisque la profondeur n'est pas plus importante que sur le cours d'eau". Cette distinction entre les sections de rivière et les plans d'eau des barrages offre des alternatives aux pratiquants, assurant que la navigation des canoës et kayaks ne sera pas totalement interdite dans ce secteur du Haut-Doubs, mais gérée de manière différenciée. L’ensemble des réglementations, restrictions et autorisations est affiché sur le terrain. Il est donc impératif, avant de monter dans son kayak cet été, de bien ouvrir l’œil pour prendre connaissance des dispositions en vigueur. Il est par ailleurs rappelé que toutes activités nautiques non prévues au règlement de navigation susvisé sont interdites, renforçant ainsi la nécessité de se conformer scrupuleusement aux arrêtés préfectoraux.

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La Gestion Spécifique de la Retenue de Grangent (Loire) : Entre Restrictions et Dérogations Temporaires

La gestion des retenues d'eau et des plans d'eau artificiels présente des défis spécifiques, nécessitant des arrêtés préfectoraux adaptés à leur nature particulière. C'est le cas pour la retenue de Grangent, où des réglementations ont été mises en place concernant à la fois la consommation de produits de la pêche et la navigation, parfois avec des dérogations pour des activités encadrées. Ces mesures illustrent la complexité de l'approche réglementaire, qui doit jongler avec les questions de santé publique, de protection environnementale et d'accès aux loisirs.

En ce qui concerne la consommation des produits de la pêche, il est rappelé que la consommation humaine ou animale ainsi que la commercialisation de tous les poissons pêchés dans la retenue de Grangent est interdite. Cette interdiction est établie par l'arrêté préfectoral n°2023-131 du 10 juillet 2023 susvisé et par l’arrêté inter-préfectoral du 10 juillet 2009 susvisé pour certaines espèces. Cette réglementation est cruciale pour la protection de la santé publique, potentiellement en raison de la présence de contaminants dans les poissons ou de mesures de gestion des populations piscicoles.

Parallèlement, la navigation sur certaines zones de la retenue de Grangent a également fait l'objet de régulations temporaires. Un arrêté préfectoral spécifique, applicable jusqu’au 22 septembre 2023 inclus, a abrogé l’arrêté préfectoral n° DT-23-0592 du 4 août 2023. Ce dernier portait une interdiction temporaire de navigation sur la retenue du barrage de Grangent, concernant les communes de Saint-Maurice-en-Gourgois, Saint-Paul-en-Cornillon, Çaloire et Unieux. L'abrogation d'un arrêté par un autre indique une adaptation continue des mesures aux conditions changeantes ou aux nouvelles évaluations des risques et des besoins.

Cependant, des dérogations sont parfois accordées pour des activités spécifiques et encadrées, reconnaissant l'intérêt de certaines pratiques malgré les restrictions générales. Ainsi, les embarcations du Centre nautique de Saint-Etienne, utilisées pour la pratique encadrée du canoë ou kayak, sont autorisées par dérogation aux dispositions de l’arrêté préfectoral n°DT-23-0709 du 8 septembre 2023 susvisé à naviguer dans des zones définies avec précision. Ces zones, spécifiées au d) et e) de l’article 5 de l’arrêté interpréfectoral n° DT-16-0509 du 20 juin 2016, sont les suivantes :

  • d) Zone comprise entre le lieu-dit Mousset et la pointe de Chamousset ;
  • e) Zone de la plage et du port de St Victor.

La présente autorisation pour le Centre nautique de Saint-Etienne était valable au lendemain de sa publication jusqu’au 22 septembre 2023 inclus. La nature temporaire de ces autorisations et dérogations souligne la flexibilité des arrêtés préfectoraux, permettant une gestion réactive et adaptée aux périodes spécifiques de l'année ou à des événements particuliers. Ces exemples de régulations complexes à Grangent démontrent comment les autorités cherchent à équilibrer les impératifs de protection avec les besoins des acteurs locaux et des pratiquants, en instaurant des cadres précis pour des situations données. La coexistence de restrictions générales avec des dérogations ciblées reflète une approche nuancée de la gouvernance des activités nautiques sur les plans d'eau.

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