L'Arpège, Voilier d'Occasion : Une Légende Accessible et Ses Promesses Nautiques

Le marché de l'occasion regorge de pépites intemporelles, et parmi elles, le Dufour Arpège occupe une place de choix, incarnant une véritable icône de la plaisance. Vendu à plus de 1 500 exemplaires entre 1967 et 1978, l’Arpège a marqué son époque tant par sa construction d’avant-garde en composite que par ses excellentes qualités nautiques. Ce voilier, réputé increvable, continue de séduire les passionnés par sa robustesse et sa capacité à affronter des croisières engagées, des caractéristiques qui n'ont fait que confirmer ses aptitudes marines au fil des décennies. En tant que modèle largement diffusé, il offre une opportunité unique d'acquérir un bateau avec une histoire riche et une réputation solide.

Nous avons récemment eu l'occasion d'examiner de près une unité de 1973, surnommée "Asteraki", dans un état presque impeccable, témoignant de l'attention que ses propriétaires successifs ont portée à son entretien. Cet exemplaire offre un aperçu éloquent de ce que l'on peut attendre d'un Arpège bien conservé. Parallèlement, "Le Catharina", un autre voilier de marque Dufour et de type Arpège, construit en 1972 avec une coque en polyester, met en lumière la diversité des équipements et des niveaux de soin que l'on peut trouver sur le marché. Ces deux exemples illustrent parfaitement pourquoi l'Arpège demeure un choix prisé pour les marins à la recherche d'un voilier fiable et performant.

Un Design Extérieur Intemporel et une Coque Éprouvée

L'apparence extérieure d'un Arpège d'occasion révèle souvent l'histoire de ses navigations. À première vue, "Asteraki" présente bien avec sa peinture bleu marine - dans la pure tradition de la série - toujours vaillante malgré quelques éclats au niveau de l’étrave. Cette peinture bicomposante a été appliquée assez soigneusement, ce qui souligne une attention particulière aux détails esthétiques. Le liston en bois restauré, même s’il a tendance à se décoller à certains endroits, ajoute une touche d'authenticité. L'antifouling en époxy-cuivre, de bonne facture, suggère un entretien régulier et de qualité pour les œuvres vives du bateau. Quelques chocs sont néanmoins à noter à l’étrave et sur le tableau arrière, et la bande blanche de flottaison n’est pas toujours propre, des détails qu'il est bon d'observer lors d'une inspection.

Un aspect particulièrement rassurant et positif, à la suite du tapping de la coque, est l'absence de toute trace ou sensation de délaminage. La construction en composite, d’avant-garde pour l’époque, a prouvé sa durabilité. Le taux d’humidité des œuvres vives reste dans une fourchette raisonnable, à l'exception du safran, qui pourrait nécessiter une attention. La quille est en place, malgré la présence de traces de corrosion au niveau de la semelle. Il est essentiel de noter qu'aucune trace de choc ou de fissure n'a été relevée au niveau du puits de quille et sur les varangues. Les boulons ne présentent pas de corrosion, bien que cet examen visuel ait été limité par la présence de peinture. Ce niveau d'intégrité structurelle confirme la robustesse inhérente au design de l'Arpège.

Le pont, et notamment le grand panneau, est un point à surveiller. Sur "Asteraki", nous relevons en avançant vers la proue que le grand panneau de pont est ceinturé de scotch, ce qui indique qu'il a pu y avoir des infiltrations par le passé ou que des réparations sont nécessaires. Pour "Le Catharina", le bateau est doté de divers équipements de pont, notamment des ancres, une capote, des chaises de chaire et de poupe, une échelle de bain, une table de cockpit, des coussins d'extérieur, une rambarde de mer, des défenses et des amarres, attestant d'une grande polyvalence pour la croisière.

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Gréement, Voiles et Équipements de Pont

Le gréement est un élément central de tout voilier, et sur l'Arpège, il est conçu pour la performance et la fiabilité. Sur l'unité de 1973, le gréement est en tête et le génois présente un fort recouvrement, des caractéristiques propices à une bonne tenue à la mer. Le mât, la bôme et le gréement dormant ont été changés en 2016, ce qui est un atout majeur pour la sécurité et la longévité de l'ensemble. Cependant, des traces de corrosion sont présentes au niveau du vît-de-mulet, un point à surveiller lors des inspections. Pour "Le Catharina", le gréement se compose d'un mât en aluminium et de trois voiles : la grand-voile, le génois et le spinnaker. La voile d'avant est équipée d'un système d'enroulement, un ajout pratique pour la facilité de manœuvre. Toutefois, il y a un défaut connu où le tambour du système d'enroulement s'est bloqué et doit être rattaché, ce qui représente un travail à prévoir.

Le jeu de voiles joue un rôle crucial dans les performances d'un voilier. Sur l'Arpège de 1973, le jeu de voiles, grand-voile et génois, date de 2016. Malgré cette date relativement récente, les voiles paraissent un peu fatiguées par les nombreuses navigations effectuées par le propriétaire précédent. De plus, le génois est resté à poste plusieurs hivers, ce qui a verdi la toile anti-UV. Pour autant, nous ne constatons pas de trace de ragage ni de déchirures. Idem pour le grand spi de descente, qui est en bon état tout comme les écoutes et bras. Cela indique que, malgré l'usure, les voiles sont toujours fonctionnelles mais pourraient nécessiter un remplacement à terme pour optimiser les performances.

Le cockpit, à l'image de cet Arpège, est propre, bien équipé et fonctionnel. Il offre un espace de vie extérieur agréable et sécurisé. La présence d’un guindeau électrique, d’une ancre Rocna avec 40 mètres de chaîne et d’un davier basculant, comme observé sur "Asteraki", dénote un souci du confort et de l'autonomie lors des mouillages. Ces équipements modernes sont un plus indéniable pour la manipulation de l'ancre.

Aménagements Intérieurs : Confort et Ingéniosité

L'intérieur d'un Arpège, bien que rustique par certains aspects, est conçu pour l'efficacité et le confort en mer. Avec une longueur de 9,2 mètres, une largeur de 3 mètres et un tirant d'eau de 140 centimètres, le bateau offre beaucoup d'espace et de stabilité en navigation. La hauteur sous barrot à l'intérieur est de 1,8 mètre, ce qui permet de se déplacer confortablement dans les emménagements, un atout non négligeable pour un voilier de cette taille.

Le carré, pièce maîtresse de l'habitacle, propose des banquettes qui peuvent servir de couchettes de mer grâce à des bâches antiroulis. La sellerie est certes passée de mode mais le confort à la mer est indéniable, avec la présence de bâches antiroulis sous les banquettes et des couchettes supérieures inclinables. Ces aménagements sont pensés pour la vie à bord en navigation, garantissant un repos optimal même par mer formée. "Le Catharina" peut d'ailleurs accueillir cinq personnes dans des couchettes fixes, offrant une capacité d'hébergement généreuse pour des croisières en famille ou entre amis. La table du carré est amovible, elle est stockée dans la couchette cercueil tribord le long du plafond et peut aussi être installée dans le cockpit, offrant une flexibilité précieuse pour l'utilisation de l'espace. La possibilité de rajouter une table amovible est un avantage pour moduler l'espace de vie.

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Le coin cambuse, situé à bâbord, est étonnamment ergonomique pour un voilier de cette génération. Il se compose d’un petit évier, de plusieurs rangements et d’une gazinière deux feux, le tout assurant une fonctionnalité appréciable pour la préparation des repas. La plomberie dans la cuisine est en bon état, un signe positif de l'entretien général du navire. Les aménagements du "Catharina" incluent également un four, une dînette et une cuisinière, complétant les possibilités culinaires à bord.

En face de la cambuse, la table à cartes est un espace de travail dont les dimensions sont généreuses : 1,06 m de large pour 0,60 m de long. Elle est surmontée d’un tableau électrique à l’ancienne et de plusieurs appareils électroniques (VHF, répétiteur, GPS, radio et Navtex…). Ce poste de navigation propose un siège confortable et quelques espaces de stockage le long du bordé. Si la table à cartes fait l’âge du bateau, elle n’en demeure pas moins très confortable avec son siège incurvé, essentiel pour de longues heures de veille.

Les couchettes cercueils de l’Arpège sont réputées pour l’assurance de bien dormir à la gîte et de se projeter rapidement vers le cockpit, une caractéristique appréciée des marins. La pointe avant offre un bel espace de stockage, en plus de la penderie, permettant d'organiser efficacement les effets personnels. De nombreux équipets sont accessibles un peu partout (sous et au-dessus des banquettes), optimisant chaque recoin pour le rangement.

Le coin toilette et évier, bien que minimaliste, est toujours fonctionnel. Les aménagements du "Catharina" incluent des toilettes manuelles avec une évacuation directe vers l'eau libre, un système simple et éprouvé. La lumière, peu présente naturellement dans un voilier de cette conception, est assurée par des rubans de LED aussi discrets qu’efficaces, offrant une ambiance agréable et une visibilité suffisante à l'intérieur.

Performance Nautique et Motorisation

L'Arpège est unanimement reconnu pour ses qualités nautiques. À la barre, nous sentons un voilier plutôt ardent malgré les douces conditions du jour, qui s’anime à la première risée. Ces caractéristiques procurent un réel plaisir de navigation, même pour les marins expérimentés. Les croisières engagées n'ont fait que confirmer les qualités marines de ce voilier, qui se montre stable et sécurisant. Attentifs aux hauts-fonds qui bordent la plage de Port-Navalo par basse mer et fort coefficient de marée, nous allons régulièrement faire le point à la table à cartes, ce qui met en évidence la nécessité d'une navigation attentive, mais aussi l'efficacité de l'Arpège dans des conditions variées.

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La motorisation est un point crucial pour la sécurité et la maniabilité. Sur l'Arpège de 1973, le moteur, affichant 500 heures aux dires du propriétaire, est bien entretenu. Les niveaux sont corrects et l’huile est propre, avec peu de résidus dans la gatte moteur. Régulièrement révisé - les factures sont accessibles sur demande -, il démarre au quart de tour, crache bien et ronronne de manière rassurante, indiquant une fiabilité mécanique. Pour "Le Catharina", le bateau est propulsé par un moteur Volvo Penta MD7A en état de marche d'une puissance de 13 CV. Le moteur est démarré électriquement et fonctionne au diesel, un choix classique et robuste. La vitesse maximale du bateau est d'environ 12 km/h, suffisante pour les manœuvres au port et les traversées sans vent. Le réservoir de carburant a une capacité de 90 litres et la consommation de carburant est d'environ 1 litre par heure, offrant une autonomie respectable.

Électronique, Navigation et Sécurité

L'équipement électronique est un facteur déterminant pour la navigation moderne et la sécurité. Côté électronique, nous apprécions la quantité comme la qualité des équipements proposés au-dessus de la descente sur l'Arpège de 1973. La table à cartes est surmontée d'un tableau électrique à l'ancienne, mais toujours fonctionnel, et de plusieurs appareils électroniques, incluant VHF, répétiteur, GPS, radio et Navtex. Un monitoring batterie, visible à droite, a été rajouté pour suivre la consommation du bord, un ajout pratique pour la gestion de l'énergie. Le courant est fonctionnel et l’électronique, bien fournie et moderne par ses ajouts, est opérationnelle. Cependant, le passage des fils électriques au pied de mât est à revoir, un point qui mérite une attention particulière pour prévenir d'éventuels problèmes.

En ce qui concerne l'électronique et la navigation plus globalement, "Le Catharina" est équipé de divers appareils, dont un compas, un sondeur, un pilote automatique, un radar, une radio VHF, un compteur de vitesse et un GPS. Des cartes marines d'Europe occidentale sont également fournies, complétant l'équipement de navigation. Cette panoplie d'outils est essentielle pour une navigation sereine et sécurisée, que ce soit en côtier ou en croisière plus lointaine.

La sécurité à bord est primordiale. En matière de sécurité, des bouées de sauvetage, un extincteur, un cockpit autovideur et des gilets de sauvetage sont fournis sur "Le Catharina". La pompe de cale électrique se charge d'évacuer l'eau de la cale du bateau. Sur "Asteraki", la pompe de cale est opérationnelle même si un peu d’eau douce stagne dans le puisard, ce qui nécessite une vérification du système. La révision du radeau de survie est à faire cette année sur ce même exemplaire, un coût à anticiper pour le futur propriétaire. L'ensemble de ces équipements contribue à la tranquillité d'esprit des occupants en mer.

État Général et Points d'Amélioration

Dans l'ensemble, le Dufour Arpège d'occasion est souvent en très bon état, avec seulement quelques défauts mineurs, surtout s'il a bénéficié d'un entretien régulier. "Rustique sûrement l’Arpège, mais tellement authentique", cette phrase résume bien le charme de ce voilier. Avec ce niveau d’équipement et ce récent refit de qualité dont certains exemplaires ont bénéficié, l’Arpège présente un excellent compromis entre authenticité et modernité. "Cet Arpège a été entretenu avec soin et équipé régulièrement jusqu’à ces dernières années. Il sera vite remis en route après un rafraîchissement," une affirmation qui reflète bien le potentiel de ces voiliers.

Il est néanmoins important de considérer les points qui pourraient nécessiter une attention ou des travaux. Les éclats au niveau de l’étrave et sur le tableau arrière, ainsi que le liston en bois qui a tendance à se décoller, sont des éléments cosmétiques à surveiller. Le grand panneau de pont ceinturé de scotch suggère une potentielle faiblesse structurelle ou d'étanchéité à long terme. Les traces de corrosion au niveau du vît-de-mulet et de la semelle de quille, bien que la quille soit en place, méritent une inspection approfondie. Le passage des fils électriques au pied de mât à revoir est une question de sécurité électrique. Le taux d’humidité élevé du safran est également un signal d'alerte. Enfin, le jeu de voiles, bien que datant de 2016, montre des signes de fatigue et le génois a verdi par l'exposition hivernale, ce qui pourrait impacter ses performances. Pour "Le Catharina", le défaut du tambour du système d'enroulement qui s'est bloqué est un travail de réparation à envisager.

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