La natation, aujourd'hui perçue comme un sport de performance et un loisir populaire, possède une histoire captivante, ancrée dans la relation étroite entre l'homme et l'eau. De ses modestes débuts en tant que compétence de survie à son institutionnalisation sportive, cette discipline a traversé les âges, façonnée par les besoins militaires, les impératifs hygiénistes et les évolutions pédagogiques.
Les racines de la natation : Une nécessité humaine
L'histoire de la natation trouve ses racines dans l'histoire même de l'humanité, dans cette relation indéniable entre l'homme et l'eau. Dès les premiers jours de notre existence, les humains ont été attirés par les étendues d'eau, qu'il s'agisse de rivières, de lacs ou d'océans. Il est fort possible que les êtres humains aient su nager dès la Préhistoire. Bien sûr, les nages n’étaient pas codifiées comme elles le sont aujourd’hui. Mais Granat et Heim dressent un portrait réaliste de ce que devait être le sport aux temps préhistoriques. « Toute l’évolution du genre Homo s’est faite en milieu plus ou moins découvert, à la lisière des forêts et proche des points d’eau. (…) Pour survivre, [ces hommes] devaient être avant tout bons marcheurs, bons coureurs, bons grimpeurs, peut-être nageurs, être capables de ramper et de transporter de lourds fardeaux. »
Dans l'Antiquité, les Égyptiens, les Romains, les Assyriens et les Grecs développèrent la natation vers 2500 avant Jésus-Christ. À Rome, la natation était symbole de savoir et faisait partie de l’éducation du bon gentilhomme. On l'enseignait aux citoyens dès leur enfance. Dans la Rome antique ne disait-on pas d’un homme manquant de culture qu’il « ne savait ni lire ni nager » ? Les premiers thermes publics pensés pour accueillir un large public apparaissent au Ier siècle av. J.-C. Peu à peu, les thermes se répandent dans toutes les provinces de l’Empire, devenant caractéristiques de la culture romaine.
L'éveil de la natation moderne en terre anglo-saxonne
Le premier grand tournant dans la natation moderne a eu lieu dans les pays anglo-saxons. C’est à partir de 1837, en Angleterre, que les premières compétitions de natation sportive ont eu lieu, organisées par la National Swimming Association. On peut dire que l’Angleterre est devenue le pays natal de la natation moderne. La pratique de la natation y était très développée et il existait déjà à Londres plusieurs piscines couvertes et chauffées.
C’est d’ailleurs en Australie, précisément à Sydney en 1846, qu’eut lieu le premier championnat de natation moderne. Quelques années plus tard, c’est encore et toujours en Australie, en 1858 dans la province de Melbourne, qu’eut lieu la première course de caractère international, appelée le championnat du monde de natation. Cette discipline continue d’évoluer jusqu’à sa reconnaissance officielle en 1869 en Grande-Bretagne. La première fédération des clubs de natation est née le 7 janvier 1869, à Londres, avec pour but la création d'une association qui établirait les règles de la natation.
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Méthodes d'apprentissage : L'innovation par la contrainte
À la fin du XIXe siècle, la natation devient une compétence scolaire obligatoire en France. Le problème ? La France ne compte alors qu’une quinzaine de piscines sur tout le territoire. Impossible d’immerger des milliers d’enfants pour qu’ils apprennent à nager. Les enseignants font alors preuve d’une créativité surprenante. Dans les cours de récréation, les élèves s’alignent et miment les mouvements de la brasse : debout pour les bras, assis pour les jambes. Puis, pour coordonner les gestes simultanément, un tabouret entre en scène. Allongés sur le ventre, les enfants reproduisent la nage horizontale… à sec. On peut donc apprendre à nager sans eau !
La natation ne concerne pas que les écoliers. Quelques années après la guerre de 1870, l’armée française cherche à préparer ses soldats à traverser le Rhin à la nage. Pour cela, une machine étrange est inventée : une sorte de manège où les militaires, allongés sur le ventre, imitent la brasse tout en ayant l’impression d’avancer. Si le but est bien d’assurer la sécurité en évitant les noyades, côté efficacité on repassera : à cette époque, on compte entre 3 000 et 5 000 décès par an. Preuve qu’aucun tabouret ne remplacera jamais l’eau !
L'institutionnalisation et la recherche scientifique
Après cinq siècles de théorisation, certaines réponses ont pu être apportées, notamment sur les compétences à enseigner pour améliorer la sécurité des jeunes nageuses et nageurs. Le projet ALFAC (Aquatic Literacy for All Children), co-financé depuis 2022 par l’Union européenne, a pour objectif d’identifier les points forts et faibles des curriculums de formation aquatique de 7 pays en mesurant le niveau de littératie aquatique des enfants de 6 à 12 ans.
Les méthodes d'enseignement ont évolué au gré des contextes historiques. La méthode « gymnique » (1882-1914) reposait sur la répétition collective d’exercices issus d’un découpage analytique du mouvement de la brasse, à sec. La méthode « utilitaire » (1914-1959) privilégiait la maîtrise du milieu pour la survie, avec des nages comme la brasse ou le dos, le corps en position oblique et la tête émergée. Enfin, la méthode « sportive » (à partir de 1960) a intégré les savoirs fondamentaux issus de l’analyse des champions : équilibre, respiration et propulsion, donnant accès aux quatre nages sportives.
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