Le monde du voyage se réinvente constamment, mêlant l'audace des explorateurs solitaires aux élans solidaires des communautés. Des expéditions écologiques hors du commun aux rassemblements chaleureux de passionnés, l'appel de l'ailleurs et le désir de partage animent de nombreux esprits. Cet article explore diverses facettes de ces odyssées modernes, qu'elles prennent la forme d'un canoë ingénieux fait de déchets, d'un périple hybride entre fleuves et routes, d'une immersion autonome dans la nature scandinave, ou de simples soirées où les récits d'évasion tissent des liens indéfectibles.
L'Expédition "Plastiqu'Adour" : Quand l'Aventure Rime avec Conscience Écologique
L'automne dernier, une modeste expédition, baptisée « Plastiqu’Adour », a défié les conventions pour porter un message puissant. Menée par le photographe Joffrey Maluski et son ami Loïc Forques, vidéaste, cette aventure a concrétisé une idée simple mais percutante : représenter le trajet des déchets plastiques, des sommets des montagnes arrivant jusqu’à l’océan. Avec peu de moyens et peu de temps, en seulement deux semaines, ils ont entrepris de récupérer 1000 bouteilles en plastique, de quoi bricoler un canoë un peu spécial, au cœur de leur opération.
Le fruit de leur ingéniosité fut un étrange canoë de 90 kg, composé de 1000 bouteilles en plastique ajustées sur une structure de bambou. Ce prototype s’est avéré « flotter mieux que prévu », même s'il était tout de même « lourd et pas très maniable », comme le confie l’un des deux aventuriers. Leur périple de 440 km a débuté entre montagne et océan, traçant une voie de Biarritz au Pic du Midi sur 240 km et 3000 m de dénivelé positif. Pendant quatre jours, ils ont tracté le canoë derrière leur vélo, chacun à son tour. Puis, le canoë a été mis à l’eau à la source de l’Adour pour la deuxième étape de l’aventure, consistant en 200 km de rame. Cette section fut bouclée en une semaine, les menant au bord de l’océan, à Anglet, le vendredi 12 novembre 2021.
« Plastiqu’Adour » n’avait pas la prétention des voyages au bout du monde, mais cette modeste expédition a eu le mérite de toucher localement les enfants des Pyrénées. L'objectif était clair : sensibiliser sur l’utilisation du plastique, sa consommation excessive et la nécessité de le recycler. Ce schéma n'était pas nouveau pour Joffrey et Loïc. En effet, en 2020, les deux amis de 27 et 29 ans avaient déjà traversé les Pyrénées à vélo sur près de 900 km en un mois et demi. Surtout, cette même année, le duo avait voyagé en Afrique pendant quatre semaines à bord d'un boutre à voile entièrement construit à partir de vieilles tongs en plastique (flip flop en anglais). Ils avaient alors accompagné l’équipage pour traverser le lac Victoria et atteindre le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda, rencontrant des écoliers, des personnalités politiques et des médias pour les sensibiliser à la problématique du plastique.
Pour « Plastiqu’Adour », la méthode fut similaire : ramasser les déchets croisés en chemin et s’inviter dans des centres de loisirs pour enfants afin de discuter avec eux de leur aventure. C'était l'occasion de reproduire le trajet des déchets jetés en haut des montagnes et qui arrivent à l’océan, tout en démontrant que l’aventure peut se vivre près de chez soi. L'ensemble de cette expérience singulière s'est traduite par la réalisation d'un film documentaire de 24 minutes, qui offre une perspective détaillée sur ce voyage engagé.
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"Canovélo : À la recherche de l’instant parfait" : L'Odyssée Fluvo-Cycliste au Cœur de la France
Dans la quête de liberté et d'originalité, certains aventuriers choisissent de combiner leurs passions pour créer des expéditions inédites. C'est le cas de Paul Villecourt, photographe et journaliste spécialiste du sport aventure et du tourisme de plein air, qui, avec Christian Barbier, a réalisé le film « Canovélo : à la recherche de l’instant parfait ». Ce documentaire relate un périple de 900 km parcouru en canoë et en vélo au printemps 2021, une véritable odyssée de 26 jours en autonomie.
L'aventure a vu Christian Barbier et Paul Villecourt relier quatre rivières et fleuves au départ de la maison : la Drôme, la Loire, l’Ain et le Rhône. Le concept du Canovélo est aussi simple qu'ingénieux : sur la route, le vélo tire le canoë posé sur une remorque. Au-delà de ce mode de transport original, ce film très personnel dévoile la quête de liberté de son auteur, particulièrement ressentie à la sortie du troisième confinement. L'expérience fut presque thérapeutique, où des images à fleur de peau alternent avec de jolis « pétages de plomb », illustrant la nature parfois imprévisible de l'aventure. Le film aurait pu s’appeler aussi « Une si belle galère ! », reflétant les défis rencontrés. Ce projet est également une sorte de suite à « La Grande Traversée » de 2017, où Paul Villecourt, avec Philippe Bouvat, avait relié Genève à l’Atlantique en canoë, couvrant 1500 km en deux mois.
La genèse du Canovélo est fascinante. Après son retour de la Grande Traversée, Paul Villecourt s’est initié au « vélo voyage » et a enchaîné les missions photos professionnelles pour différents offices du tourisme, agences de voyage et pistes cyclables célèbres. C'est alors que l'idée a germé : il devait y avoir un moyen de relier ces deux passions, le canoë et le vélo, afin d’être deux fois plus libre ! Bien qu'une équipe d’Allemands ait déjà réalisé plusieurs voyages en kayak + vélo (Bike2boat), le vélo ne pouvant rentrer dans le kayak, le voyage n’était pas continu. Deux années de recherches intensives ont suivi pour trouver la meilleure solution : un canoë ultra léger tracté par un vélo classique ? Un vélo pliant ? Un canoë gonflable ?
Christian Barbier, 53 ans, marié et père de trois enfants, surveillant pénitentiaire et initiateur kayak, escalade et spéléo, s'est alors intéressé au projet. Grand voyageur à vélo, en France et à l’étranger, collectionneur de vélos et un « mec passe partout en VTT ! », il est le vrai cycliste du duo. Il a d'ailleurs déjà effectué pas mal de voyages avec ses enfants dans une remorque. Pendant longtemps, le débat entre le vélo électrique et le vélo musculaire a animé les discussions, car les 70 kg de chargement (canoë : 25 kg, matériel canoë : 5 kg, matériel camping : 20 kg, électronique / photo / vidéo : 10 kg, nourriture : 5 kg, remorque : 10 kg) dépassaient la limite raisonnable des 40 kg à tracter en vélo. Pendant six mois, l’option électrique semblait l'emporter, mais après de nombreux essais, la décision fut prise : ce serait un vélo classique, sans assistance. Cette décision impliquait d'être prêt à « en baver parfois », mais garantissait de ne pas être dépendant d’une prise électrique, nécessitant par conséquent de voyager très léger.
Le parcours s'est décliné en plusieurs phases méticuleuses :
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- Phase 1 : 25 km en canoë sur la Drôme jusqu’au Rhône, réalisée en 1 jour.
- Phase 2 : 123 km à vélo de la Voulte à Retournac sur la Loire, empruntant la Dolce Via, l’une des voies vertes les plus célèbres d’Europe, sur 3 jours.
- Phase 3 : 215 km en canoë sur la Loire jusqu’à Digoin, une étape de 7 jours.
- Phase 4 : 200 km en vélo pour rejoindre l’Ain, entre Digoin et Pont-de-Poite, couvrant 5 jours.
- Phase 5 : 130 km en canoë sur l’Ain, une descente de 4 jours.
- Phase 6 : 165 km sur le Rhône jusqu’à La Voulte, s'étendant sur 5 jours.
- Phase 7 : Remontée de la Drôme à vélo sur 28 km, marquant la fin du périple.
L’itinérance à vélo est l’un des secteurs du plein air qui connaît le développement le plus important, et le projet Canovélo est sans doute une première originale, sans être un exploit sportif, quoique… De nombreux aventuriers se lancent dans des périples similaires sur la planète, en quête de sens, de beauté, de découverte de soi et des autres. Pour Paul et Christian, après avoir couru le monde, le choix de leur propre pays comme terrain d’aventures était délibéré, avec la volonté de montrer la beauté des paysages traversés, mais aussi de raconter cette expérience de A à Z, sa genèse, ses anecdotes, ses difficultés, ses joies, avec un maximum de détails sur les aspects pratiques de la vie en pleine nature. Cette aventure a ainsi pu bénéficier d'une visibilité médiatique en raison de son originalité, le film et le journalisme étant au cœur du métier de Paul.
Le Canoë Trip en Suède : L'Immersion Sauvage en Autonomie Organisée
Au-delà des expéditions conçues individuellement, il existe des expériences de voyage organisées qui proposent une immersion profonde dans des environnements sauvages. L'une de ces offres est le Canoë Trip, un concept de voyage proposé par l’agence Belge Travelbase. Créée en 2010, cette agence se présente comme une créatrice d’expériences hors du commun, ayant déjà mis en place plusieurs voyages originaux, tels que du kayak en Norvège, des circuits en bateau ou encore des explorations en Vespa en Italie. Le Canoë Trip, en particulier, invite à un retour à la nature, sans technologie ni électricité, durant sept jours en totale autonomie.
L'été 2021 a vu un couple de voyageurs, Betty et Guillaume, passionnés de voyage et de nature, expérimenter cette aventure en Suède. Leur voyage a commencé avec une belle aventure sur les grands lacs du sud du pays : sept jours en autonomie en canoë bivouac, à vivre au rythme de l’eau et du soleil, à prendre le temps et se déconnecter. Ce couple, qui privilégie les grands espaces sauvages et est en quête perpétuelle de beaux paysages, a partagé son retour d'expérience.
Après deux jours et demi de route depuis le sud de la France, ils sont arrivés au camp de base, situé au sud de la Suède. Le Canoë Trip organise ses départs à deux camps différents : l’un sur le lac Immeln, l’autre à Olofström. Arrivés au petit matin, ils ont découvert un endroit ressemblant à une base de loisirs, où de nombreux locaux viennent louer des canoës et partent à l’aventure pour le week-end. Le camp de base à Immeln est organisé avec un espace pour planter sa tente, des douches et des sanitaires, offrant une certaine rusticité. Le camp situé à l’opposé, à Olofström, offre quant à lui plus de commodités car il se situe juste à côté de la ville.
Plusieurs options sont offertes pour se rendre au camp de base du Canoë Trip :
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- En bus : Le Canoë Trip propose d’office des départs en bus depuis Paris ou la Belgique. Le trajet dure environ 20 heures, soit une nuit plus une demi-journée, et permet d'arriver directement au camp de base.
- En avion : Pour ceux qui préfèrent le transport aérien, il est nécessaire de prendre un vol jusqu’à l’aéroport de Copenhague Kastrup, situé non loin du sud de la Suède.
- En voiture : Cette option est à privilégier pour ceux qui ne souhaitent pas avoir de contrainte horaire, qui habitent dans le nord de la France, ou qui comptent prolonger le voyage en Suède. Dans le cas de Betty et Guillaume, cette option fut choisie car ils avaient prévu 15 jours de road-trip après leur canoë trip. Pour atteindre le sud de la Suède et le camp de base, il faut compter deux jours et demi depuis le sud de la France, et un jour et demi depuis le nord de la France.
Concernant l'approvisionnement, il est possible de choisir d’apporter sa propre nourriture ou de prendre l’option « Food Pack » au moment de la réservation du séjour. Cette dernière est fortement recommandée, car son contenu est généralement bien étudié et complet. Une fois arrivés au camp de base, l’équipe accueille les participants et donne un maximum d’explications sur l’organisation du séjour. Le Food Pack est remis, ainsi que le kit de cuisine. Après toutes les explications nécessaires, les participants préparent leurs sacs et chargent leur canoë, en essayant d’optimiser au mieux la disposition des différents éléments et de garder le matériel photo accessible.
Les premiers coups de pagaie sont souvent inoubliables. On quitte le chahut de la rive et des préparations des canoës des autres aventuriers, pour se retrouver en quelques secondes à flotter sur l’eau en silence, les yeux rivés sur ce qui nous entoure. L'aventure se vit en totale autonomie durant sept jours, comme mentionné, sans technologie ni électricité. Pour l'orientation, une carte est fournie ; les zones de bivouac n’y sont pas précisées explicitement, mais on y trouvera les shelters, qui sont des abris en bois aménagés d’un foyer. Certains de ces abris disposent de toilettes sèches non loin. Pour la sécurité, l’équipe remet un tracker GPS par embarcation. Chaque soir, une fois installé pour la nuit, il sert à indiquer à l’équipe la position des voyageurs. Ce système est très pratique pour partager les bons moments, mais aussi pour s’entraider et demander conseil. De plus, depuis juin 2017, les frais d’itinérances entre pays européens sont supprimés, permettant d'utiliser son forfait habituel (appels et data) en Suède sans surcoût. Concernant l'eau, plusieurs points de ravitaillement sont indiqués sur la carte. Cependant, certains sont parfois à sec, il est donc recommandé de partir avec des filtres et des pastilles pour purifier l'eau.
Durant cette aventure en canoë bivouac, le rythme est assez rapidement pris. L’embarcation est imposante, mais plutôt bien maniable sur l’eau. Chacun a son rôle à jouer, et les journées s’organisent de manière fluide : on pagaie quelques heures le matin, avec une pause grignotage. La plus grande surprise, cependant, fut la difficulté de certains passages sur la terre ferme, lorsqu’il s'agit de rejoindre le prochain lac. C’est toute une aventure : vider l’embarcation, installer les roulettes, parcourir les distances plus ou moins longues en faisant rouler son canoë, les sacs sur le dos. Les premiers jours, il est vite constaté que les zones où il est possible de camper sont celles où l'on peut accoster, et finalement il n’y en a pas tant que ça car les rives sont assez sauvages, et les plus beaux spots sont vite pris d’assaut.
Lorsqu’on choisit de partir en Canoë Trip, c’est aussi pour ce genre de moment : le plaisir de chercher un endroit où se poser, installer son petit camp. On peut trouver de chouettes endroits sur la rive, ou mieux encore, s’installer sur l’une des 200 petites îles que comptent les lacs. Dénicher sa petite île privée est une expérience très appréciée. Au bivouac, les activités sont simples et revigorantes : cueillette de myrtilles sauvages, moments de détente dans le hamac, baignade, balades dans la forêt environnante… des moments idylliques que l’on a l’impression de ne pouvoir vivre qu’ici. Enfin, sauf quand la pluie s’invite ! C’est le risque lorsqu’on voyage en Scandinavie, mieux vaut être prévenu. Heureusement, lors de ce séjour, il s’agissait de pluies diluviennes mais relativement courtes, ne durant qu'une heure ou deux grand maximum. Arrive ensuite la préparation du repas, avec en guise de dessert les marshmallows grillés au feu de bois, qui finissent généralement en S’more, un délice.
L’option des shelters est également disponible : ces abris en bois que l’on trouve un peu partout en Suède sont assez rudimentaires mais sont bien plus confortables en cas de pluie. Ils sont généralement accompagnés de foyers pour le feu, parfois de tables de pique-nique et de toilettes sèches. L’organisation du bivouac inclut une zone tente d’un côté et une zone tarp de l’autre pour protéger une partie du matériel en cas de pluie, ou pour s’abriter sans forcément s’enfermer dans la tente. Il est important de noter qu’en Europe du Nord, il existe un droit d’accès à la nature. En Suède, on le nomme Allemansrätt, ce droit donne la possibilité à toute personne de profiter librement des espaces naturels et sauvages. La nature est considérée comme un patrimoine commun qui doit rester accessible à tous. Les Suédois sont d’ailleurs très respectueux de cet environnement, et il est rare de voir des déchets flotter sur le lac.
Pour le matériel, un matelas gonflable, un sac de couchage et un oreiller gonflable sont recommandés. Les modèles Ibex de chez Snowleader sont cités, le matelas et l’oreiller étant super faciles à gonfler et peu encombrants. Le sac de couchage avec une température confort de 2°C est parfait dans cette région où les nuits peuvent devenir fraîches. Une gourde filtrante ou tout autre système de filtration de l’eau est également indispensable. Le tarif de cette aventure commence à partir de 490€ par personne, transport en bus depuis Paris inclus. Le niveau requis pour faire le Canoë Trip est très accessible, chacun allant au rythme qu’il souhaite. La question de l'assurance est également soulevée, suggérant l'importance de s'en munir. Enfin, les chiens sont autorisés au Canoë Trip, mais sont interdits lors du transport en bus organisé par l’agence.