L’Ebihen 18 et les défis de la navigation moderne : entre artisanat d’exception et réalité des risques maritimes

Le chantier naval Vent d’Ouest, installé à Carnoux-en-Provence, a franchi un cap majeur avec la construction de son premier bateau neuf, l’Ebihen 18, imaginé par l’architecte François Vivier. Ce voilier de 18 pieds, alliant esthétique traditionnelle et techniques modernes, a été réalisé pour Guido, un client italien passionné d’aventure maritime, qui souhaitait un bateau capable de naviguer en cabotage sur les côtes italiennes. Si la construction navale représente un idéal de maîtrise technique et de passion, elle se confronte aussi, en mer, à la réalité brute des éléments, où la sécurité reste l’ultime priorité.

Une collaboration fluide avec l’architecte François Vivier

L’histoire commence avec une rencontre naturelle : François Vivier, déjà en lien avec l’équipe de Vent d’Ouest pour ses plans destinés à la construction amateur et professionnelle, recommande le chantier à Guido. Séduit par l’approche artisanale et le sérieux de l’équipe, Guido leur confie la réalisation de son bateau. Ce projet représentait également une première pour l’architecte : jamais encore l’Ebihen 18 n’avait été construit par des professionnels. Jusque-là, deux exemplaires avaient été réalisés par des amateurs. La construction, entièrement menée par Vent d’Ouest, s’est achevée en sept mois, de la pose de la première latte à la mise à l’eau. Pendant toute cette période, Damien Buon, charpentier et cofondateur du chantier, a assuré la direction, la lecture des plans et la coordination entre le client et l’architecte.

Des matériaux modernes pour un bateau à l’esprit classique

L’Ebihen 18 incarne un équilibre subtil entre tradition et modernité. Le bateau a été construit avec les techniques les plus actuelles de la charpente marine : contre-plaqué marine, stratification époxy, et strip planking (collage de fines lattes bord à bord puis stratification). Cette méthode, sans vis ni boulons, évite tout risque de corrosion ou de pourrissement dans le temps. Les lattes de coque sont en Pin d’Orégon, un bois résineux à la fois léger, robuste et parfaitement adapté à la navigation. Malgré ces matériaux contemporains, les formes générales de l’Ebihen 18 rappellent les bateaux de travail des années 1930-1940, avec une belle flottabilité et un volume de carène généreux. Le bateau est un dériveur lesté, conforme au plan d’origine de François Vivier.

Découpe numérique et assemblage époxy : précision et efficacité

L’un des points forts de cette construction est l’utilisation de machines à commande numérique (CNC). Cette technologie a permis de découper avec une précision millimétrique la quasi-totalité des éléments du bateau : les cloisons, le pont, les couples, le cockpit et les bancs. L’assemblage a été réalisé entièrement à l’époxy, à l’aide de joints congés, garantissant une structure légère et rigide. L’absence quasi totale de vis ou de boulons (hormis pour l’accastillage) a permis un rendu d’une grande pureté, tout en accélérant la fabrication. Cette approche technologique, loin de dénaturer le métier de charpentier, permet d’optimiser la structure tout en conservant l’âme du projet.

Des finitions soignées et un charme intemporel

La technique du strip planking ne permettant pas de laisser le bois brut, la coque et le pont ont reçu un cycle de peinture polyuréthane de haute performance, assurant une parfaite étanchéité. Pour préserver l’aspect traditionnel du bateau, certaines parties ont été laissées en bois apparent : les listons, les hiloires du cockpit, les taquets et les accastillages. Cette alliance entre le confort visuel du bois verni et la robustesse des peintures modernes témoigne d’une maîtrise totale des matériaux. L’Ebihen 18 devient alors un objet autant qu’un outil de navigation, capable de traverser les époques tout en offrant des performances contemporaines.

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La réalité du milieu marin : quand survient l’aléa

Si la construction d’un voilier comme l’Ebihen 18 est un processus maîtrisé, la navigation réserve parfois des imprévus où la fragilité humaine face à l’océan reprend ses droits. Les plaisanciers ont été hélitreuillés tandis que leur voilier était en train de couler. Lundi 9 septembre, au petit matin, la SNSM et la Marine nationale sont intervenues pour venir en aide à deux plaisanciers dont le voilier venait de s’échouer à la pointe d’Andati (Cap Lardier, dans le Var). Le bateau victime d’une voie d’eau est allé se fracasser sur les rochers. Cet événement tragique rappelle que, quelle que soit la qualité de la construction ou l’expertise du chantier, la mer exige une vigilance constante et une connaissance aiguë des conditions météorologiques et côtières.

L’intervention des secours : une chaîne de solidarité vitale

Face à une situation de détresse en mer, la coordination entre les sauveteurs est cruciale. Des sauveteurs de la SNSM montent à bord du voilier et aident le couple à embarquer dans le radeau de survie qui sera hissé en sécurité sur des rochers. Les conditions météo ne permettent pas à la vedette de la SNSM de Cavalaire-sur-Mer de s’approcher. C’est donc par les airs que les plaisanciers seront évacués. L’hélicoptère H160 de la Marine nationale arrive sur place et lance une première tentative de récupération, mais les rafales sont très violentes et en bord de falaise. Finalement, le pilote parvient à poser son plongeur sur ce bout de rocher. Les deux naufragés sont hélitreuillés et ramenées à terre en bonne santé. Ces opérations démontrent l’importance cruciale des protocoles de sauvetage en mer et du courage des équipes mobilisées.

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