L’ascension fulgurante des Surfs : l’odyssée de « Reviens vite et oublie »

L’histoire de la musique francophone des années 60 est indissociable de l’émergence de groupes dont la fraîcheur et le talent ont marqué les esprits. Parmi ces formations, les Surfs occupent une place singulière. Groupe malgache originaire d’Antananarivo, les Surfs furent l’un des très rares groupes d’adolescents à accéder à la postérité dans le milieu de la musique francophone des années 60. Ils ont joué devant Mobutu et Rainier III de Monaco, caracolé en tête des hit-parades en France, au Canada et, bien sûr, dans leur pays natal, Madagascar, au cours des quelques années de leur brève carrière.

Les origines : des Béryls aux Surfs

Composés de six enfants nés dans une famille de douze, les Surfs voient le jour en tant que groupe en 1959, sous le nom de Rabaraona Frères et Sœurs, puis celui des Béryls. Les six membres initiaux du groupe sont frères et sœurs, issus de la même famille Rabaraona. Monique, Coco, Pat, Dave, Rocky et Nicole Rabaraona commencent leur carrière très jeunes, en s’inspirant du style des Platters… version CM1. Formation tenant à la fois du chœur de gospel et des chanteurs de jazz, les Béryls voient leur carrière débuter véritablement avec l’indépendance de l’île de Madagascar en 1960. Sous le nom de Les Béryls, la fratrie Rabaraona sort leur premier 45 tours, comportant trois chansons en langues françaises.

À l’occasion des célébrations fêtant l’autonomie de l’île, ils entament une grande tournée au côté d’autres vedettes locales comme Henry Ratsimbazafy. Mignons, bien éduqués et souriants, ces six enfants touchent le cœur du public malgache car ils représentent la nouvelle génération, porteuse des espoirs d’un pays désormais décolonisé.

Le sacre parisien et la naissance d’un tube

En 1963, c’est avec deux reprises des deux grands tubes des Platters, « Only You » et « The Great Pretender » qu’ils remportent un concours de chanson organisé par une radio locale, ce qui leur permet de représenter leur pays à Paris, en septembre de la même année, lors du concert d’inauguration de la deuxième chaîne de l’ORTF, future Antenne 2. La date du 8 septembre 1963 marque le grand tournant de l’histoire du groupe, lorsque les six Rabaraona se produisent devant des milliers de spectateurs français.

Applaudis par le public français, ils sont contactés par Roger Marouani, du label Festival, qui décide de les produire. Mais le nom de Béryls n’étant pas assez vendeur, il décide de rebaptiser le sextet qui deviennent ainsi les Surfs. Le groupe change alors de nom pour s’appeler Les Surfs et sortent leur premier disque en décembre de la même année. « Reviens vite et oublie », une reprise du titre « Be My Baby » des Ronettes, devient leur premier tube à travers l’Hexagone et l’Europe. Le tube « Reviens vite et oublie », une adaptation française de « Be my baby » des Ronettes, se classe en tête des hit-parades français, espagnol et mexicain, pendant plus de trois mois.

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Une renommée internationale et une stratégie de production

Coachés par Marouani, les Surfs entament une tournée en première partie de Sheila, puis sur le reste du Vieux Continent où les prestations de ces six ados propres sur eux attirent le public et les bravos. Si l’Europe occidentale accueille les Surfs à bras ouverts, c’est aussi très vite le cas de sa sœur ennemie derrière le rideau de fer, qui craque pour ces jeunes Malgaches, ainsi que, très vite, du continent sans lequel il est impossible de bâtir une carrière internationale : l’Amérique du Nord. Une tournée dans les grandes villes américaines leur vaut un triomphe et leur permet d’aligner quelques « duos » intéressants avec les artistes en vogue de la scène US comme Stevie Wonder, Tom Jones ou les Rolling Stones.

Dans l’année 1964, Les Surfs se produisent à l’Olympia de Paris et sont proclamés Révélation française de l’année. Les Surfs sont alors présents dans tous les grands festivals de l’époque, à l’instar du Festival International de Sanremo et du Festival de Montreux. En raison de leur popularité internationale, le groupe revisite la plupart de ses tubes en anglais, en allemand, en italien et en espagnol. Côté français, on se souviendra surtout de leurs prestations aux côtés d’Enrico Macias ou de Jacques Brel. Leur popularité est d’ailleurs si grande en France que dès 1963, année même de leur arrivée, on les voit jouer dans Cherchez l’idole, de Michel Boisrond, avec Dany Saval et Franck Fernandel ou dans Le Dernier Tiercé, de Richard Pottier, en 1964, avec Raymond Souplex et Dario Moreno, toujours dans leurs propres rôles et généralement juste le temps de pousser la chansonnette.

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