Les Animaux Qui Ne Savent Pas Nager

Dans l'imaginaire collectif, on associe souvent la nage à la vie aquatique. On suppose que tous les animaux vivant dans l'eau savent nager. Cependant, la réalité est bien plus nuancée. Certaines espèces, qu'il s'agisse de poissons ou de mammifères, se déplacent dans l'eau grâce à des adaptations spécifiques, sans véritablement « nager ». Cet article explore ces créatures étonnantes qui défient nos attentes.

L'Homme : Un Nageur Appris

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'être humain n'est pas un nageur instinctif. Certes, le bébé humain possède un réflexe de nage. Mis à l'eau, il bat des jambes et des bras et se met en apnée. Mais il ne sort pas spontanément la tête et n'oriente pas ses mouvements. En devenant bipède, ses poumons se gonflent et il flotte à la verticale. Les quadrupèdes, qui flottent, eux, à l'horizontale, se propulsent dans l'eau en utilisant le modèle de la marche. Un modèle efficace à l'horizontale. Chez nous bipèdes, le même réflexe est beaucoup moins efficace car la résistance frontale de l'eau est plus forte. Pour nager, l'homme doit donc se mettre à l'horizontale et maintenir un équilibre instable en basculant la tête vers l'eau. Or, notre premier réflexe est de maintenir la tête hors de l'eau, ce qui ramène à la position verticale. Ainsi, l'homme doit apprendre à nager, contrairement à de nombreux animaux qui possèdent cette capacité instinctivement.

L'Hippopotame : Un Marcheur Aquatique

L'hippopotame, dont le nom signifie littéralement "cheval du fleuve", est un autre exemple surprenant. Bien qu'il passe une grande partie de sa vie dans l'eau, il est incapable de nager. En réalité, il se sert de ses pattes imposantes pour donner des impulsions sur le sol et faire des bonds. Si vous voyez le dos ainsi que la tête d'un hippopotame dépasser de l'eau, ce n'est pas qu'il nage pour rester à la surface, ni qu'il flotte (il pèse aux alentours des 4 tonnes tout de même !), mais plutôt parce qu'il a pied ! Ou du moins, il garde au moins un appui au sol. Il peut tout à fait faire des siestes sous l'eau, entièrement immergé, mais pour remonter à la surface s'il n'a pas pied, il donne des impulsions avec deux pattes en même temps et marche jusqu'à ce qu'il puisse sortir de l'eau. Il peut maintenir son équilibre grâce à son corps dense, mais aussi avec l'air qu'il emprisonne dans ses poumons. Pour faire simple, il évolue dans l'eau comme un astronaute en apesanteur. Et parce qu'il est capable de retenir sa respiration pendant 30 minutes sous l'eau, cela lui laisse le temps de remonter calmement.

Les hippopotames sont des animaux génétiquement proches des cétacés (mammifères aquatiques), des suidés (porcs) et des ruminantia (ruminants). Aujourd'hui, sur la surface de la planète, il ne reste que deux types d'hippopotames : les amphibies et les pygmées. Les hippopotames ont une peau très dure, mais aussi très fragile. Pour se protéger du soleil, ils sécrètent ce que l'on appelle la "sueur de sang", une substance rosée qui fait office de crème solaire pour les protéger du soleil, mais qui n'est ni de la sueur, ni du sang. Dès que le soleil se lève, les hippopotames se réfugient soit dans les forêts, soit dans l'eau. En d'autres termes, s'ils se cachent dans l'eau, c'est uniquement pour protéger leur peau. Ils en sortent au crépuscule pour aller paître dans les prairies, voire dans les cultures, occasionnant ainsi de très gros dégâts. Puisqu'ils vivent dans et sous l'eau, les hippopotames ont la faculté de pouvoir boucher leur conduit auditif naturellement et de fermer leurs narines par contraction lorsqu'ils s'immergent.

Les Poissons Qui "Marchent"

Certains poissons ont développé des techniques de déplacement étonnantes, préférant "marcher" ou "ramper" sur le fond marin plutôt que de nager.

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Le Poisson-Grenouille Strié (Antennarius striatus)

Ce poisson fascinant change de couleur en fonction de son environnement, variant principalement du jaune au rouge orangé. Il récolte et charrie sur son dos les algues du sol marin pour se camoufler. Souvent calé entre les rochers, il attend ses proies. Quand il en voit une, il étend son illicium (épine dorsale) au bout de laquelle il agite un leurre, qui a l’apparence d’un ver. Quand il doit se déplacer, il agite ses nageoires pelviennes et pectorales, qui sont coudées, dans le sol. Il se déplace par petits à-coups, avec des mouvements limités et lents.

L'Hippocampe

L’hippocampe est l’un des plus mauvais nageurs des océans. C’est pourquoi il utilise, dès qu’il le peut, d’autres façons de se déplacer. La plupart du temps, il s’accroche grâce à sa queue au corail, aux algues ou aux fonds marins. Grâce à ses nageoires pectorales, il émet ensuite des vibrations qui lui permettent de se mouvoir. On représente généralement l’hippocampe en position droite pourtant il est régulièrement étalé sur le sable, enroulé. Une raison à cela ? La nage de l’hippocampe est vibratile. Les nageoires pectorales situées en arrière des ouïes lui permettent d’effectuer de petits déplacements dans les algues en vibrant. Seulement cette nage est épuisante pour les hippocampes. C’est donc uniquement en l’absence de support que la nage est utilisée chez les hippocampes.

Le Poisson Aux Mains Tachetées (Brachionychthys hirsutus)

Ce poisson ne peut pas nager : vous le verrez toujours se déplacer sur ses deux « pattes » (en réalité des nageoires pectorales), « marchant » littéralement sur les fonds marins. Ce poisson est présent dans l’océan Pacifique, autour de la Tasmanie, mais il est désormais placé sur la liste rouge de l’UICN car il est menacé d’extinction. Ses œufs sont mangés par une étoile de mer introduite accidentellement dans la région. Il est considéré comme l’un des poissons les plus rares. Il vit principalement sur les fonds marins sablonneux, vaseux ou près des récifs dans les estuaires et les baies, où il peut se camoufler efficacement. Ce poisson est relativement petit, mesurant généralement entre 6 et 15 cm de long. Son corps présente des motifs de taches brunâtres ou jaunâtres qui lui permettent de se fondre dans son environnement sablonneux et de se cacher des prédateurs.

L'Antennaire Des Sargasses (Histrio histrio)

Ce poisson jaune aux taches blanches et noires vit dans la zone épipélagique (couche superficielle de mer), au milieu d’algues appelées « sargasses ». Comme il est parfaitement incapable de nager, ce poisson demeure toute sa vie caché dans les sargasses, palmes de palmiers, branches, sacs plastiques qui stagnent à la surface. Il mesure entre 5 et 20 cm. Leur corps présente des motifs qui imitent parfaitement les algues qui lui servent de refuge. Mon corps imite la forme des algues. Je suis massif, globuleux et de couleur jaune. Je vis au gré des courants et je suis incapable de nager. Je m’appelle « antennaire des sargasses » et je peux rester des mois au même endroit. Pour manger, je dois attendre que les proies viennent à moi. Je me camoufle, me réfugie au cœur des algues et saisis ma proie lorsqu’elle n’est qu’à quelques centimètres de moi. Vorace, je reste à l’affût du moindre crustacé ou poisson. Il faut être patient. Je peux parfois attendre des semaines sans manger.

Le Périophtalme

Le périophtalme tient son nom du grec peri (autour de) et ophtalmo (œil). Il est en effet capable de voir à 360° autour de lui, aussi bien dans l’eau que sur terre… où il est capable de vivre pendant deux jours et demi sans eau ! Ce poisson sait donc marcher, et sait même effectuer des bonds impressionnants, mais il ne sait pas nager. Il possède une ventouse lui permettant de s’accrocher à une paroi, un arbre, un rocher.

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L'Histiophryne Psychedelica

Ce poisson compense des déplacements peu rapides par sa capacité à se camoufler. Il a une forme inhabituelle. Son corps est compressé latéralement, mais pas autant que celui des raies. Il doit son nom à ses nageoires pectorales très altérées qui lui donnent une allure de chauve-souris. Ses nageoires, pectorales mais aussi pelviennes, lui permettent de se déplacer en marchant sur le fond. Il avance en rebondissant sur les coraux qui l’entourent. Ted Pietsch, spécialiste des antennaires a eu l’honneur de baptiser ce poisson d’une précieuse rareté. Son nom ? Histiophryne psychelidica, provenant du mot psychédélique à cause de ses rayures rouges et blanches ! Instable dans ses mouvements, Histiophryne psychelidica possède également une queue courbée sur le côté et appartient à la famille des poissons-grenouilles. Sauts en série, rebonds sur les coraux, lorsque l’on regarde ce spécimen avancer, on devient le témoin d’un spectacle assez atypique.

Stratégies de Survie Alternatives

L'incapacité à nager peut sembler être un handicap dans le monde sous-marin. Elle reflète en réalité un choix évolutif visant à économiser de l’énergie. La majorité de ces poissons se déplacent en utilisant leurs nageoires modifiées pour "marcher" sur le fond marin plutôt que de nager activement. De plus, certains poissons comme l'Histiophryne psychedelica adoptent des mouvements encore plus inhabituels, se propulsant par bonds ou en roulant sur le fond.

En contrepartie de leur incapacité à nager rapidement pour échapper aux prédateurs ou poursuivre activement leurs proies, ces poissons ont développé des capacités de camouflage sophistiquées. Leurs couleurs, motifs et textures se fondent parfaitement dans leur environnement, qu'il s'agisse de coraux, de sargasses flottantes ou de substrats rocheux. En plus du camouflage, certains de ces poissons utilisent des stratégies défensives supplémentaires pour compenser leur vulnérabilité. Les poissons-globes, par exemple, se gonflent en boule lorsqu'ils se sentent menacés, rendant difficile leur ingestion par les prédateurs.

Les Animaux Terrestres et la Nage

Dans leur grande majorité, les animaux savent nager. Même ceux qui n’aiment pas l’eau bénéficient de poumons faisant office de bouées. En clair, ils flottent. Les oiseaux sont avantagés par leur os creux et leurs plumes hydrofuges qui piègent l’air. En cas de chute accidentelle, une poule peut se tirer d’affaire et nager jusqu’à la rive si celle si n’est pas trop éloignée. Les dons de nageur des autres animaux terrestres dépendent de leur habitat naturel. Quand nager est une nécessité. Ceux qui fréquentent des zones humides n’hésitent pas à nager et se mouiller poils ou écailles. On le sait, les tigres et les jaguars adorent l’eau. Le lion, en revanche, rechigne à se mouiller les pattes. L’élément aquatique n’effraie guère les grands herbivores : vaches, éléphants, chèvres, girafes et même rhinocéros d’Asie. Serpents et lézards sont quasiment des champions de la nage. Seule exception : la plupart des singes. Les moins doués sont les grands anthropoïdes, désavantagés par une lourde musculature et de longs bras. Pour un orang-outan ou un gorille, tomber à l’eau signifie se noyer.

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