La genèse d'un chef-d'œuvre opératique
Serge Prokofiev compose L’Ange de Feu (Огненный ангел, Ognenny Angel) entre 1922 et 1927. Son opéra, achevé dans le calme des Alpes bavaroises, naît de son propre livret tiré du roman de Valeri Brioussov, chef de file de l’Ecole symboliste russe. Un délai qui s’explique sans doute par la complexité du sujet, par la tension demandée aux rôles principaux, très présents sur scène et nécessitant d’importantes capacités vocales. L’histoire, qui a pour toile de fond l’Allemagne du XVIème siècle, demande donc une traduction scénique élaborée et une attention particulière de la part du spectateur tant le réel et le fantasmé se confondent.
Enfant déjà, Renata voit apparaître un mystérieux ange de feu, Madiel, qui lui prédit martyre et sainteté. Parce qu’elle a cru reconnaître cet ange dans le comte Heinrich, elle se lance à sa recherche avec l’aide du chevalier Ruprecht qui s’est épris d’elle. Après un voyage tourmenté, réel ou fantasmé, Renata, réfugiée dans un couvent pour y trouver la rédemption, est finalement rejointe par Faust et Méphisto. La scène se déroule au Moyen Âge. Dans une auberge, le chevalier Ruprecht rencontre Renata qui se dit poursuivie par un démon, alors que dans sa jeunesse l'ange Madiel lui a prédit le destin d'une sainte. Elle raconte qu’elle a reconnu plus tard cet ange sous les traits du comte Heinrich qui fut son amant mais qui l’abandonna. Pour l'aubergiste et son domestique, Renata serait une sorcière qui a essayé d'ensorceler le comte. Mais Ruprecht est déjà lui-même épris de la jeune femme.
L’errance mystique et la quête de l’Absolu
Parvenue à Cologne en compagnie de Ruprecht, Renata poursuit sa quête d'Heinrich sans qui elle ne peut vivre. Grâce aux recettes d'un certain Jakob Glock, elle s'adonne à des pratiques de sorcellerie visant à faire revenir l'être aimé. De son côté, Ruprecht souffre de si peu compter pour elle. Face à ses échecs, il demande l'aide du magicien et philosophe Agrippa von Nöttingen. Renata est désespérée car Heinrich l'a rejetée comme une possédée. Quand Ruprecht la rejoint, elle lui déclare s’être trompée, qu’elle n’aime plus Heinrich qui, en fait, n’était pas une incarnation de l’ange Madiel. Si Ruprecht tue cet imposteur, elle sera sienne.
Ruprecht a provoqué Heinrich en duel. Renata, apercevant son ancien amant, est bouleversée et voit à nouveau en lui la figure angélique. Plus tard, on retrouve Ruprecht blessé. Renata le soigne et lui déclare qu’elle l’aime. S'il meurt, elle se retirera dans un couvent. Renata annonce au convalescent qu'elle va entrer au couvent pour sauver son âme. Ruprecht lui ayant déclaré sa flamme, elle veut alors mettre fin à ses jours mais le chevalier veut l'en empêcher. Elle retourne l'arme contre lui et part. Ruprecht entre dans une auberge où se trouvent Méphistophélès et Faust. Renata est désormais novice mais depuis son arrivée, tout le couvent semble possédé. Tandis que l'Inquisiteur tente d'exorciser Renata qui lui a livré ses visions maléfiques, les nonnes, en proie à l’hystérie, se jettent sur lui. Mephisto et Faust apparaissent.
L’éveil du champion dans l’arène tahitienne
Par un glissement temporel et géographique, le destin de Renata rencontre une autre forme de sacré, celle des éléments déchaînés. Compétiteur né, bourré de talent, le Français Kauli Vaast s'apprête cet été à défier l'une des vagues les plus dangereuses du monde chez lui à Teahupoo (Tahiti), pour glaner l'or olympique face aux meilleurs surfeurs de la planète. "Il peut ramener l’or, pour Tahiti d’abord, et la France après, on va être chauvin !", espère dans un éclat de rire Pascal Luciani, l’ancien président de la fédération tahitienne de surf. "Teahupoo, c’est son jardin", ajoute-t-il.
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Le petit Kauli a déménagé à dix ans face à la vague de la Presqu'île tahitienne, rendue célèbre dans le monde entier au début des années 2000 après la diffusion d'une photo de la légende du surf Laird Hamilton dans l'un de ses tubes translucides. Et à 22 ans, le jeune Tahitien au physique de mannequin (1,76m pour 78 kg) arbore encore un large sourire enfantin accroché à son visage d'ange lorsqu'il va affronter le monstre, appelé "la mâchoire de Hava'e" par les Polynésiens. "Il aime danser, faire l’âne en dehors des compétitions, mais il a tout pour gagner", explique son entraîneur olympique, également tahitien, Hira Teriinatoofa.
Maîtrise technique et communion avec l’océan
S'il est capable de battre les meilleurs surfeurs du circuit élite sur ce spot ; comme en 2022 où, bénéficiaire d'une wild-card, il a atteint les finales de l'étape tahitienne de la World Surf League, c'est qu'il le connaît "parfaitement". "Qu’elle soit petite, moyenne, grosse ou très grosse, il est dans la vague, il la connaît parfaitement", expliqué Moana David, un surfeur respecté de la Presqu’île. En 2021, le jeune champion a même affronté une vague estimée 15 mètres à Teahupoo. "Sa combinaison a été en partie arrachée, il y avait des morceaux de coraux à l’intérieur, ils avaient été cassés par la vague, il est passé dans la machine à laver", décrit sa mère Natou Thupalua.
Kauli a grandi à Mahina, au nord de Tahiti, avant de s'installer avec ses deux parents véliplanchistes face à la vague. Dès lors, il a partagé son enfance entre surf et pêche au pupuhi (fusil-harpon) dans les eaux turquoises environnantes. Il peut descendre chasser en apnée à vingt mètres sous la surface, là où son ami d'enfance Mauri Ebb avoue ne plus pouvoir le suivre. "On pêche, on surfe et on court ensemble et même en footing il va beaucoup plus vite que n’importe qui, mais il m’attend et moi je galère", s’amuse-t-il.
L’esprit de conquête comme moteur existentiel
Dès son enfance, Kauli Vaast a fait preuve d'un redoutable esprit de compétition, y compris loin des vagues. "Il fallait toujours qu’il soit premier, même pour arriver au portail, dans la voiture, ou au frigo", sourit sa mère. A l'adolescence, il a remporté plusieurs compétitions locales sur les tatamis de judo ou encore des cross organisés à l'école. Et Kauli n’a que 15 ans quand il commence à remporter des compétitions d'envergure sur sa planche: champion d’Europe junior en 2017, puis à nouveau en 2019 et 2020.
Raimana Van Bastolaer est surnommé "le boss" de Teahupoo, mais Kauli, lui, l’appelle "Tonton". C'est grâce à Van Bastolaer qu'il a décroché ses premiers sponsors et fait la rencontre de ses idoles, comme la légende Kelly Slater. "C'était mon petit garçon, mon protégé", explique "le boss" avec tendresse. Le petit garçon, qui dès ses 11 ans partait seul vivre un mois à Hawaï avec d'autres surfeurs, a désormais bien grandi : "il a une grande maturité : il sait surfer gros ou petit, faire des aerials, toutes les manoeuvres, il est très stratégique", détaille son mentor.
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