Le Jeanneau Symphonie, un nom qui résonne dans l'histoire de la plaisance française, incarne une passerelle entre deux générations de voiliers et marque un tournant significatif pour le chantier Jeanneau. Conçu à la fin des années 1970 par l'architecte naval Philippe Briand, ce modèle a vu le jour dans un contexte où le chantier Jeanneau souhaitait renouveler sa gamme. Les années 1970 ont permis l'éclosion des voiliers en polyester, et le début des années 80 a été l'avènement d'une nouvelle idée de la plaisance, plus orientée croisière et confort. Le Symphonie, de Jeanneau, a été, pour le chantier, une passerelle entre ces deux époques, symbolisant cette évolution positive.
Le Symphonie représente une transition marquante dans l'histoire de la marque, intégrant des caractéristiques de confort et de performance qui répondaient aux nouvelles attentes des plaisanciers. À la fin des années 70, la gamme de voiliers du chantier Jeanneau, constituée des Poker, Brin de Folie, Sangria et autres Love Love, avait pris un coup de vieux. Le constructeur sort alors quelques nouveautés qui rencontrent un succès incontestable comme le Mélody, un excellent plan Mauric, et l’Aquila. Pour ce nouveau voilier de 9 mètres, Jeanneau décide de faire appel à Philippe Briand. Le Symphonie sera le premier voilier de série du jeune architecte français, le premier d’une longue carrière, ponctuée de nombreux succès, avant qu’il s’oriente vers le yachting. Bien que son succès commercial ait été limité, avec environ 367 unités vendues entre 1978 et 1984, il a su s'imposer comme un voilier d'occasion accessible, offrant une belle alternative pour les amateurs de navigation. Ce plan Briand ne trouvera pas le succès escompté. Si plus de 300 exemplaires sortent du chantier Jeanneau, ce score reste modeste par rapport à d’autres voiliers. Il se retrouve un peu coincé, dans le catalogue du chantier, entre le Mélody, encore produit, et le fameux Rush. Le Rush, de Ron Holland, arrive 1 an plus tard et sera construit, lui à près de 600 exemplaires. Le Symphonie a néanmoins ouvert la voie à des designs plus modernes et adaptés à la croisière, tout en conservant l'esprit de la navigation traditionnelle, attirant ainsi un large public en quête d'aventure et de sécurité en mer.
Caractéristiques Générales et Dimensions Principales du Symphonie
Le Jeanneau Symphonie est un voilier de croisière monocoque, un modèle polyvalent qui offre une combinaison de confort et de performances. Sa construction en polyester et fibres de verre (GRP) assure une coque monolithique robuste et un pont en sandwich balsa fibres de verre polyester, garantissant à la fois solidité et isolation. Produit par Jeanneau (France) en 367 exemplaires entre 1978 et 1984, il s'est établi comme un choix fiable pour la navigation.
Ses dimensions sont celles d'un voilier bien proportionné pour la croisière. La longueur de coque atteint 9,5 mètres (31’ 2”), tandis que la longueur à la flottaison est de 8 mètres (26’ 2”). Le bau (largeur) du bateau est de 3,26 mètres (10’ 8”), et le bau à la flottaison est de 2,7 mètres (8’ 11”). Ces dimensions contribuent à sa stabilité et à son volume intérieur.
Le tirant d'eau varie selon les versions. La version Grand Tirant d'Eau (GTE) offre un tirant d'eau de 1,88 mètre (6’ 2”), avec une quille trapézoïdale plus profonde, ce qui lui confère un supplément de performance, spécialement au près. Le Symphonie est aussi disponible en version Petit Tirant d'Eau (PTE) et Dériveur lesté, offrant ainsi une flexibilité pour différents plans d'eau et préférences de navigation. Le tirant d'air depuis la ligne de flottaison (DWL) est de 14,1 mètres (46’ 4”).
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En termes de franc-bord, le Symphonie présente un franc-bord avant de 1,08 mètre (3’ 6”) et un franc-bord milieu de 1,02 mètre (3’ 4”), des mesures qui contribuent à sa sécurité et à la protection de son pont contre les vagues. Le déplacement lège, ou masse à vide, est de 4460 kg (9833 livres), et le déplacement pleine charge (masse maximum - MLDC) est de 5135 kg (11321 livres). Le lest en fonte pèse 2000 kg (4409 livres), ce qui représente un rapport de lest de 45 %, un indicateur de sa stabilité. La jauge est de 9,46 Tx. Le bateau est conçu avec une barre franche et un simple safran suspendu, et il n'est ni insubmersible ni transportable, se classant en catégorie de navigation 2 en France.
Gréement et Voilure : Optimisation des Performances
Le gréement du Symphonie est de type Sloop Marconi en tête, avec un mât posé sur le pont et un seul étage de barres de flèche, ayant un angle de 0°. Le mât et la bôme sont en aluminium, et le gréement dormant est de type continu, assurant robustesse et fiabilité.
La surface de voile au près est de 61,09 m² (658 pied²), tandis que la surface de voile au portant est de 109,66 m² (1180 pied²). La grand-voile mesure 19,66 m² (212 pied²), le génois 41,43 m² (446 pied²), et le foc 25,46 m² (274 pied²). Un spi symétrique de 90 m² (969 pied²) apporte une polyvalence appréciable pour les allures portantes.
Les mesures spécifiques du gréement incluent :
- I (mesure la hauteur du triangle avant) : 12,85 mètres (42’ 2”)
- J (mesure de la base du triangle avant) : 4,1 mètres (13’ 6”)
- P (mesure du guindant de la grand-voile) : 11,15 mètres (36’ 7”)
- E (mesure de la bordure de la grand-voile) : 3,25 mètres (10’ 8”)
Performances en Navigation : Maniabilité et Comportement Marin
Connu pour son équilibre entre confort et performances, le Jeanneau Symphonie brille particulièrement en mer grâce à sa maniabilité dans des conditions légères. Avec une voilure généreuse, il assure une navigation agréable, permettant d'atteindre des vitesses honorables, même dans un petit temps. Son cockpit bien pensé et sa barre équilibrée ajoutent à l'expérience de navigation, offrant une sensation de sécurité aux marins. Toutefois, ses limites se manifestent lorsqu'il s'agit de remonter au près, où il peut montrer moins d'efficacité par rapport à ses concurrents. Cette caractéristique, bien que notable, n'enlève rien au fait que le Symphonie demeure un excellent compagnon pour les croisières, offrant une croisière confortable pour les équipages, tout en restant un modèle apprécié des amateurs de navigation. Sans être une bête de près comme le Rush, le Symphonie est un voilier performant et au comportement sain en mer. Il passe bien dans les vagues et supporte bien les coups de vent. Il apprécie tous les types de temps.
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Les données de rating et de ratio de performance confirment son profil de croiseur robuste :
- Rating IOR : 24.2 (La jauge IOR, ou International Offshore Rule, est une ancienne jauge de course pratiquée internationalement pour la course au large à la voile. Elle permet de faire courir ensemble et de manière équitable des bateaux de tailles et de conceptions différentes. En comparant les valeurs, on a donc une indication de la vitesse relative de 2 bateaux).
- Rating HN : 17.5 (HN ou Handicap National est une jauge empirique utilisée en France permettant à des monocoques, de tailles et de conceptions différentes, de courir ensemble et de manière équitable. Elle se prête particulièrement au bateau de croisière et course-croisière. En comparant les valeurs, on a donc une indication de la vitesse relative de 2 bateaux).
- Surface de voile au près / déplacement : 22,55 m²/T (243 pied²/T). Un rapport entre 18 et 25 indique un voilier avec un bon compromis entre croisière et performances, plutôt agréable dans le vent léger.
- Surface de voile au portant / déplacement : 40,47 m²/T (436 pied²/T).
- Rapport Déplacement Longueur (DLR) : 247. Le DLR permet de comparer le poids de différents bateaux quelles que soient leur taille. Un DLR de 247 indique un voilier de poids modéré, offrant un bon équilibre entre confort et capacité à bien se comporter en mer.
- Surface mouillée : 22,39 m² (241 pied²).
- Surface du maître couple : 1,36 m² (15 pied²).
- Vitesse critique : 6,87 nœuds. La vitesse critique est obtenue en multipliant la racine carrée de la longueur de flottaison en pieds par 1,34. C'est un seuil au-delà duquel la résistance des vagues augmente de manière significative.
Pour sa propulsion auxiliaire, le Symphonie est équipé d'un moteur in-bord diesel. Il dispose d'un seul moteur dont la puissance varie de 16 Cv à 22 Cv. La capacité de carburant est de 66 litres (17,4 gallons).
Aménagements Intérieurs et Confort à Bord
Avec une longueur de 9,5 mètres et une largeur de 3,25 mètres, ce voilier est conçu pour offrir un espace intérieur agréable et fonctionnel. Les aménagements intérieurs, bien que simples, sont pensés pour maximiser l'espace et le rangement, garantissant une vie à bord agréable même lors de longues traversées. Le Symphonie a représenté une évolution positive de ce que proposait Jeanneau à l’époque. Il faut bien avouer que la finition n’était pas le fort du chantier, à l’époque, l’Aquila en est un bon exemple. Mais sur le Symphonie, les aménagements ont été mieux travaillés. Il en ressort un intérieur plutôt cosy et confortable.
Le cockpit est un cockpit arrière fermé. Le bateau compte une cabine et offre entre 6 et 8 couchages, idéal pour les escapades familiales ou entre amis. Le confort à bord est servi par un design intemporel, les performances sont atteintes sans effort, et surtout, la sécurité en mer est garantie, parfait pour les croisières en famille. La hauteur sous barrot maximale à l'intérieur est de 1,87 mètre (6’ 1”), offrant un espace confortable pour se tenir debout. Hauteur sous capot dans le triangle avant : 1,70 m. Hauteur sous barrots dans le cabinet de toilette : 1,75 m (5’ 8”).
L'aménagement intérieur se compose d'une petite cabine à l'avant, idéale pour l'intimité, avec une hauteur sous barrot maximale de 1,72 mètre (5’ 7”). Le carré est lumineux et spacieux avec des banquettes confortables et une grande table convertible en couchage. La table du carré mesure 86 x 73 cm, sans compter l’abattant de 70 cm. La partie située à bâbord se transforme en couchette double. Si le Symphonie n’a pas de cabine arrière, il propose un volume très agréable dans le carré, qui est très volumineux, confortable et libère une coursive pour aller vers l’avant. Au pied de la descente, on retrouve un coin cuisine en U, très spacieux, faisant face à une vaste table à cartes. Derrière cette dernière, la couchette cercueil est fonctionnelle. La table à cartes mesure 98 x 64 cm. La cuisine en L est bien équipée avec deux éviers, une gazinière et un réfrigérateur, tandis qu'un espace de rangement généreux permet d'organiser facilement les affaires. La soute bâbord est immense. Notez l’état de surface des parois, plus flatteur que sur bien des bateaux neufs. Derrière l’épaule de Pierre, la toile ouverte sur la cuisine est la huche à pain, une illustration d'un certain art de vivre à la française.
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Pour l'eau douce, le Symphonie dispose d'une capacité de 120 litres (31,7 gallons). Pierre n’a pas lésiné sur l’eau douce avec 100 litres dans le réservoir inox du bateau rénové. La douche pourra servir. Le voilier comprend un cabinet de toilette. La cuve à eaux noires installée par Philippe Achard a une capacité de 30 litres.
L'Entretien et la Durabilité du Symphonie
Pour maintenir un Jeanneau Symphonie en bon état, il est essentiel de prêter attention à plusieurs aspects d'entretien régulier. Tout d'abord, un contrôle visuel de la coque et du pont doit être effectué après chaque sortie en mer pour détecter d'éventuels dégâts ou signes d'usure. L'entretien du gréement est crucial : il est conseillé d'inspecter les câbles et les poulies afin de s'assurer qu'ils sont en bon état, et de procéder à un nettoyage et un huilage des winches pour garantir leur bon fonctionnement. De plus, il est recommandé de vérifier régulièrement le système de antibrouillard et de dessalage, car ces éléments peuvent être négligés. Enfin, un bon hivernage, incluant la vidange du moteur et la protection de la voilure, permettra de protéger le bateau des intempéries. En suivant ces conseils, les propriétaires maximiseront la durabilité et le plaisir de leur Jeanneau Symphonie.
Une Histoire de Famille et de Renaissance : Le Refit du Symphonie Comby
Au-delà de l’épatant refit d’un classique des années quatre-vingt, cette histoire est celle d’une fratrie cabossée par le deuil. D’un bateau de famille perdu de vue et retrouvé, sorti des limbes de l’oubli. Puis restauré, réparé comme on répare la vie. Les bateaux de famille ne sont pas comme les autres. Si l’histoire du Symphonie de la famille Comby est particulièrement poignante, c’est sans doute parce que la fratrie est attachante.
Été 1982. Pour cette croisière, Bertrand Comby, le père, avait embarqué trois ados sur le voilier familial - qui était alors un Evasion 32. Parti de Marennes, son port d’attache, le joyeux équipage a fait route vers la Vendée, puis la Bretagne. Avec ses nouvelles voiles, Saint-Grégoire, l'Evasion 32, faisait merveille dans la brise. Dire qu’ils se plaignent serait exagéré, disons qu’ils ont pris l’habitude de déplorer son poids, son fardage et son manque d’allant au près. Le père encaisse, stoïque. La bouée couronne était celle du précédent Saint-Grégoire, un Evasion 32, et elle a voyagé dans le temps jusqu’au Symphonie 2023.
C’est alors que Bertrand Comby a acquis un fringant Symphonie, produit par le chantier Jeanneau depuis quelques années sur un plan signé par un tout jeune architecte qui commençait à se faire un nom, Philippe Briand. Toujours est-il qu’il avait signé pour ce bateau immédiatement disponible et pour la reprise de l’Evasion en question. Et c’est ainsi que tout a commencé cet été-là, y compris l’idylle entre Anne, la grande sœur, et l’ami invité qui est aujourd’hui son mari.
Revenons à l’histoire du Symphonie, et elle est moins légère, hélas. Car un triste jour de mai 1989, Bertrand Comby disparaît brutalement dans un accident de voiture. Malgré la tragédie et peut-être justement pour ne pas rompre le dernier fil qui les rattache à leur père, les enfants veulent garder le bateau. Mais c’est un crève-cœur, un de plus, et il faut vendre. Le Symphonie familial est vendu.
Bien des années plus tard, la passion pour la mer et le souvenir du père ramènent le Symphonie au cœur de la fratrie. Pierre Comby est impulsif. Au vendeur qui lui vante les qualités du bateau, il coupe le sifflet et ne demande qu’une chose : le nom du premier propriétaire mentionné sur le carnet de francisation. C’est bien Bertrand Comby. C’est un coup de chance incroyable, considérant que 367 Symphonie sont sortis de l’usine des Herbiers. Si on veut. Il est grand temps que quelqu’un s’en occupe. Lors de l’achat, le Symphonie était dans un état pitoyable, mais son Yanmar était neuf ! Le Symphonie dans son jus, lest rouillé, dérive bloquée, lors de sa livraison à Aigues-Mortes.
Détails du Refit : Une Rénovation Méticuleuse
Pierre se retrousse les manches avec l’aide précieuse de Philippe Achard, technicien aux mains d’or et formateur à l’Institut nautique de Méditerranée. De la tête de mât au lest, tout est neuf ! Le gel-coat des œuvres vives a été entièrement pelé pour un traitement osmose. Après un long séchage, un tissu a été stratifié à l’époxy avant peinture, et laque quasi miroir sur les œuvres mortes, réalisée sans trucage et en plein air.
La dérive, oxydée à cœur et bloquée dans le saumon, était bonne pour la ferraille. Lors du remontage du lest, on distingue la tête de la nouvelle dérive. Le lest a été sablé, ce qui n’était pas un luxe. Dans le cockpit, Philippe se fait plaisir avec des lattes de teck travaillées une à une, collées et jointées avec amour. Les lames de teck ont été façonnées une à une pour le cockpit, du fait main. Les opérations de ré-accastillage annoncent joyeusement la fin du chantier, avec un nouveau panneau de pont et un nouvel accastillage (les winches à self-tailing, c’est quand même bien pratique…). Il y a aussi un nouveau gréement dormant et courant, et de nouvelles voiles évidemment.
A l’intérieur, même application quasi maniaque dans le calage des nouveaux planchers aux rainures parfaitement alignées. Quitte à refaire la plomberie, Philippe réussit même à intégrer un receveur dans le plancher du cabinet de toilette qui devient une douche, avec sa pompe de vidange. À l’image de ce tableau électrique tout neuf, la totalité de l’électricité a été refaite avec un soin quasi maniaque par Philippe Achard. Il n’y a plus un câble, plus une cosse d’origine. Dans le carré, à l’heure du casse-croûte, on pourrait se croire dans un bateau neuf. Pierre, tout sourire au milieu de ses frères, a tenu son pari.
Le Symphonie Aujourd'hui : Un Héritage Continu
Pierre Comby, confortablement installé dans les selleries neuves du carré avec son frère Grégoire et l’ami Philippe Achard, les mains d’or du Symphonie, avait une idée claire : que le bateau reparte sur des bases saines et solides « pour les vingt prochaines années ». Autrement dit, qu’il reste un bateau de famille et embarque son fils Gauthier comme Pierre et ses frères ont été embarqués. De ce côté-là, c’est plutôt bien parti à en juger par la banane qu’affiche le jeune Gauthier en question, à la barre sous la houlette souriante de son père. Avec Gauthier, une nouvelle génération de Comby découvre les joies du Symphonie. Grégoire, l’aîné des frères Comby, retrouve à la barre des souvenirs de jeunesse. Grégoire, l’aîné, a envoyé la grand-voile en vitesse avant de se mettre à l’écoute de génois, et voilà le Symphonie qui allonge la foulée dans une fin de tramontane fraîche mais maniable.
Par passion pour ce sympathique croiseur des années quatre-vingt ? Pour revivre une tranche d’enfance, raviver le souvenir de son père ? La réponse, Pierre la laisse tomber après un temps d’introspection : ce qu’il voulait, c’est « remettre les choses à leur place ». En circulant à bord, on découvre rapidement le seul point faible de ce Symphonie fantastique : un antidérapant un peu juste… Il faudra plus de billes de verre la prochaine fois !