La natation est une discipline riche, dont l’histoire remonte au moins au IVe millénaire avant J.-C., et qui a connu une évolution constante sous l’impulsion de la quête de performance et de l'adaptation des règlements. Des premières pratiques utilitaires de l’Antiquité aux techniques de pointe observées lors des récents Jeux Olympiques, chaque nage possède sa propre trajectoire historique et ses spécificités biomécaniques.
Les Fondements Historiques de la Natation Sportive
Le premier grand tournant dans la natation moderne a eu lieu dans les pays anglo-saxons. C’est à partir de 1837, en Angleterre, que les premières compétitions de natation sportive ont eu lieu, organisées par la National Swimming Association. On peut dire que l’Angleterre est devenue le pays natal de la natation moderne. La pratique de la natation y était très développée et il existait déjà à Londres plusieurs piscines couvertes et chauffées. Les premières compétitions organisées furent des compétitions de brasse. Cette mode de construire des bassins chauffés et couverts s’est vite répandue dans les colonies britanniques, notamment en Australie. C’est d’ailleurs en Australie, précisément à Sydney en 1846, qu’eut lieu le premier championnat de natation moderne. Il fut remporté par W. Redman qui nagea le 440 yards en 8 minutes 43 secondes. Quelques années plus tard, c’est encore et toujours en Australie, en 1858 dans la province de Melbourne, qu’eut lieu la première course de caractère international, appelée le championnat du monde de natation. Cette discipline continue d’évoluer jusqu’à sa reconnaissance officielle en 1869 en Grande-Bretagne. La première fédération des clubs de natation est née le 7 janvier 1869, à Londres, avec pour but, la création d'une association qui établirait les règles de la natation.
La Brasse : Entre Tradition et Évolution Technique
La Brasse est une nage occidentale et son origine remonte à l'Antiquité. Certains témoignages persistent de cette période. Elle émane d'une visée utilitaire, inspiré avant tout par l'instinct de conservation. L’évolution des nages se fait d’abord dans un souci de sécurité, de façon à conserver la tête hors de l’eau. Puis les nages évoluent dans un but de performance. A la fin du XIXe siècle, la Brasse était la seule technique réellement pratiquée. Le 25 août 1875, le capitaine anglais Matthew Webb participe largement à construire la réputation de la brasse comme nage d’endurance en traversant le premier le chenal de la Manche à la nage, en 21 heures et 45 minutes.
La brasse est indéniablement la nage la plus largement pratiquée, notamment grâce au fait que c'est l'une des nages les plus simples à apprendre. Première technique de nage apprise pendant l'apprentissage de la natation, elle est recommandée pour débuter doucement car elle ne nécessite pas de mettre la tête sous l'eau. S'il s'agit d'une des nages les plus simples à comprendre, elle n'en reste pas pour autant la plus facile à maîtriser. Réussir à synchroniser ses mouvements demande beaucoup de travail et d'apprentissage. Il s'agit d'une des seules techniques où les mouvements sont symétriques des deux côtés du corps. Dans les années 1930, la française Cartonnet ramène les mains hors de l’eau dans le but de limiter les résistances. Aux JO de Rome, les chronos de l’américaine Jastremski descendent grâce à une technique coudes hauts, genoux serrés. On passe alors d’un coup de pied qui ne propulse guère qu’avec la plante de pied, à un véritable ciseau avec les jambes en « W ». À Munich, en 1972, les nageurs de l’ex-URSS introduisent un style ondulé en brasse. L’immersion totale de la tête est finalement autorisée en 1986.
Le Crawl : La Quête de la Vitesse Maximale
Le crawl est la nage la plus rapide, c'est pour cette raison qu'elle est très largement pratiquée en compétition. Le corps est totalement immergé dans l'eau, y compris la tête, ce qui demande une bonne maîtrise des techniques de respiration. Il s'agit d'une nage qui fait particulièrement travailler les bras grâce à ses mouvements rotatifs qui permettent au corps d'être propulsé dans l'eau. Au XIXe siècle, les marins reviennent des Antilles, de Somalie, des Îles Pacifique, avec de nouvelles techniques empruntées aux populations indigènes. La technique du « trudgeon » est adoptée vers 1880, car bien plus rapide que « l’over arm stroke ». En 1902, Richard Cavill bat le record du monde du 100 yards en nageant l'épreuve de bout en bout en crawl.
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Le crawl n’a jamais été codifié, ce qui explique que sa technique est en perpétuelle mutation. En 1922, Johnny Weissmuller confirme la suprématie du crawl. Gertrude Ederle devient la première femme à traverser la Manche en 1926 en utilisant le crawl. Dans les années 1960, les coordinations se différencient entre le sprint et le demi-fond. En 1963, c’est la fin de l’obligation de toucher le mur avec la main qui provoque la chute des records, notamment grâce à la culbute. Ian Thorpe sera plus tard le précurseur d’une coordination en semi-rattrapé avec un battement 6 temps. Parallèlement, le corps ne doit plus rester à plat mais osciller autour de l’axe horizontal pour permettre l’augmentation de la longueur des trajets. Récemment, le traditionnel « S » du trajet du bras sous-marin est parfois abandonné.
Le Dos Crawlé : Confort et Hydrodynamisme
L'origine du dos est probablement lointaine. Au départ, l’atout principal de cette nage était sa capacité à maintenir le visage émergé. En 1907, la première épreuve de dos apparaît aux championnats de France sous forme de « dos brassé ». Aux JO de Stockholm en 1912, le nageur américain Hebner utilise une technique fortement inspirée du « trudgeon ». Le battement de jambes arrive au cours des années 20, sous l'influence des nageurs japonais, pour donner le « dos crawlé » connu actuellement.
Pratiquer le dos crawlé est souvent un moment relaxant pour les nageurs. Contrairement aux nages sur le ventre, le dos crawlé est particulièrement recommandé aux personnes souffrant de maux de dos. Nager sur le dos permet à la colonne vertébrale de garder un bon alignement du bassin jusqu’à la nuque, ce qui limite les éventuels traumatismes. Les évolutions techniques ont porté sur les oscillations des épaules et les virages. La culbute actuelle, le « roll over turn », a été rendue possible après 1994, date à laquelle on autorise le passage sur le ventre avant le déclenchement de la rotation.
Le Papillon : La Puissance et l'Ondulation
Le papillon est, avec la brasse, la seule nage où le mouvement des bras et des jambes est synchronisé des deux côtés. C’est au niveau de la difficulté que les deux nages diffèrent : le papillon est une des nages les plus physiques et éprouvantes. Les jambes restent jointes et effectuent des mouvements d'ondulation de haut en bas, pendant que les bras poussent l'eau vers l'arrière.
Il est apparu grâce au manque de précision du règlement de la brasse. En 1926, Erich Rademacher termine une course de brasse en ramenant ses bras au-dessus de l'eau. Myers systématise ensuite cette technique de « brasse-papillon ». En 1953, on sépare nettement la brasse et le papillon. Aux JO de Rome en 1960, Counsilman introduira des ondulations spécifiques. La technique a évolué vers des coulées sous-marines prolongées, une pratique illustrée magistralement par le Russe Pankratov lors des JO d'Atlanta en 1996.
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