Alexis Sanchez : L'ingénieur-athlète qui a conquis l'aviron paralympique

Concilier rééducation, études et sport de très haut niveau : c’est le défi fou qu’a relevé Alexis Sanchez, dont le parcours exceptionnel force l'admiration et l'inspiration. Ingénieur diplômé de CESI en 2023, privé de ses jambes suite à un grave accident, il a non seulement retrouvé son autonomie, mais a également brillé sur la scène mondiale, participant aux Jeux paralympiques de Paris en aviron. Son histoire est celle d'une volonté inébranlable, d'une capacité à transformer l'adversité en une force motrice, et d'une passion dévorante pour la compétition et le dépassement de soi.

Un destin bousculé, une renaissance aquatique

La vie d'Alexis Sanchez a connu un tournant dramatique à l'été 2019. Un très grave accident de scooter a nécessité une amputation de ses deux jambes juste au-dessus des genoux. Cet événement a plongé le jeune homme, alors âgé de 25 ans, dans une période de rééducation intense. Il est resté un an en centre de rééducation, où il a subi de multiples opérations. Malgré l'ampleur de l'épreuve, un sentiment de gratitude prédominait : "J’étais si heureux d’être encore en vie," se souvient-il. Cette conscience aiguë de la valeur de la vie a été le point de départ d'une détermination nouvelle. Très vite, il a voulu se relever pour sa famille, rebondir pour faire quelque chose de fort.

Dans sa quête d'un moyen de se reconstruire physiquement et mentalement, Alexis s'est mis en quête d'un sport qui lui serait accessible. Il lui fallait un sport qu'il pouvait pratiquer sans les membres inférieurs, car il n'avait pas à l'époque l'autonomie qu'il a aujourd'hui. C'est dans ce contexte de recherche et de réinvention que l'aviron est entré dans sa vie. Sa rencontre avec cette discipline, via l'association l'Avi-Sourire, fut un véritable coup de cœur. Dès les premiers coups de rame, il a immédiatement accroché. La sensation de glisse, la recherche du coup parfait, de la respiration parfaite, qui s'apparentait presque à de la méditation, la beauté des paysages naturels qui défilent, et l'osmose ressentie avec le bateau, tout cela a créé une connexion profonde et immédiate. L'aviron offrait un cadre pour son énergie retrouvée et une voie pour canaliser sa volonté de se dépasser.

L'aspect humain a également été fondamental dans cette découverte. Les échanges avec Dominique Guende, la présidente de l'Avi-Sourire, ont été déterminants. Elle a cru en lui et en son projet, lui offrant le soutien nécessaire pour envisager une trajectoire ambitieuse. Alexis ne se rendait pas compte du niveau d’exigence que demande le paralympisme à ses débuts. Cependant, ensemble, ils se sont entourés de meilleures compétences et ont monté un schéma de performance, pour lui permettre de se professionnaliser et d'atteindre les sommets de cette discipline exigeante. Cette phase initiale, marquée par la découverte et l'établissement d'objectifs clairs, a jeté les bases de son incroyable parcours.

Le triple projet : Rééducation, études et haute performance sportive

Le chemin d'Alexis Sanchez se distingue par la simultanéité et l'excellence qu'il a su maintenir dans trois domaines exigeants : sa rééducation, ses études d'ingénieur et sa carrière sportive de haut niveau. Ce triple projet, mené de front avec une détermination exemplaire, illustre sa philosophie selon laquelle "on ne peut pas battre quelqu’un qui n’abandonne jamais".

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La première étape de cette reconstruction a été la réappropriation de son corps et de son autonomie. Réapprendre à marcher a été un processus ardu, mais Alexis s'y est attelé avec une ferveur inébranlable. Cela lui a demandé six mois d'efforts très intenses, mais il est parvenu à retrouver son autonomie grâce à des prothèses électroniques. Cette victoire personnelle a été la fondation sur laquelle il a bâti le reste de ses ambitions.

Parallèlement à sa rééducation, Alexis n'a pas délaissé son parcours académique. Diplômé de l'école d'ingénieurs CESI en 2023, il a vite repris ses études dès 2021 et validé son diplôme. Le choix initial de ce cursus après un bac scientifique était motivé par l'assurance d'un bagage et d'une situation financière solides. Son parcours d'ingénieur lui a d'ailleurs fourni une méthodologie précieuse, très utile dans sa préparation de sportif de haut niveau, ainsi qu'une formation scientifique très complète qui lui servira pour la suite de sa carrière professionnelle et personnelle.

Le groupe Equans (anciennement ENGIE), avec lequel il avait réalisé son alternance en première année, a joué un rôle crucial en continuant de l’accompagner pendant et après son accident. Ils lui ont proposé une nouvelle alternance dans une autre de leurs filiales pour qu'il puisse rester sur Marseille, où avaient lieu ses entraînements d'aviron. Cette flexibilité et ce soutien professionnel ont été essentiels pour lui permettre de concilier ses impératifs académiques et sportifs. Grâce à cet aménagement de la part de son employeur, il a pu se concentrer pleinement sur son objectif : les Jeux de Paris 2024. Le sport, pour lui, n'a pas seulement été une activité physique, mais une véritable voie de reconstruction, et l'aviron lui a fourni le cadre nécessaire pour transformer une difficulté majeure en une force motrice inépuisable. C'est ce don de soi, mélange d'efforts, d'adversité et d'abnégation, qui est récompensé et qu'il apprécie profondément.

L'ascension vers l'élite mondiale : La quête des Jeux Paralympiques de Paris

La route vers les Jeux Paralympiques est jalonnée de sacrifices, d'efforts intenses et d'une détermination sans faille. Alexis Sanchez, athlète paralympique en skiff, un bateau d’aviron à un rameur, a embrassé cette voie avec un objectif clair : participer aux Jeux de Paris 2024. Ce fut l'objectif qu'il s'était fixé après l'été 2019, symbolisant son désir de rebondir et de prouver à lui-même et à sa famille que rien n'est impossible.

Son parcours au sein de l'équipe de France de para-aviron a été rapide et couronné de succès, même si la qualification pour Paris 2024 a réservé son lot de défis. En 2023, il a intégré l'équipe de France de para-aviron, une étape significative dans sa progression. Quelques mois avant les Jeux, il n'était toujours pas qualifié, ce qui a rendu la course à la qualification encore plus intense.

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Il a disputé les championnats du monde en septembre 2023, un moment particulièrement exigeant car cela coïncidait pile avec la période où il passait son diplôme de fin d'études. Concilier la pression académique des examens finaux avec l'exigence d'une compétition mondiale de para-aviron n'a pas été simple. Il a terminé 9ème, un très bon score pour une première participation à ce niveau, mais pas suffisant pour obtenir une qualification directe pour les Jeux. Cette contre-performance relative n'a pas freiné son élan.

L'ingénieur-athlète a donc dû courir une régate supplémentaire en mai 2024, une dernière chance de décrocher son ticket pour Paris. Cette régate, tenue à Lucerne, fut un moment charnière. Il l'a remportée, atteignant ainsi son premier objectif, qui était de participer aux Jeux Paralympiques. Cette victoire a non seulement ouvert les portes de Paris, mais a également révélé son immense potentiel, lui faisant prendre conscience de sa capacité à aller plus loin, plus haut.

Une fois la qualification en poche, Alexis Sanchez ne s'est pas reposé sur ses lauriers. Au contraire, il voulait plus, y aller pour gagner, un challenge d'autant plus difficile qu'il ne disposait plus que de trois mois pour se préparer intensément. Avec son équipe, ils ont mis les bouchées doubles, adoptant un rythme d'entraînement effréné, avec trois entraînements par jour. La recette de cette phase ultime était claire : du travail, du travail et encore du travail ! Le sport qu'il pratique, un long sprint de quasiment dix minutes sur deux kilomètres, demande énormément d’investissement personnel, d’entraînement et de ressources physiques et mentales. C'est cette abnégation qui caractérise les athlètes de son calibre, et Alexis Sanchez en est un parfait exemple.

L'expérience des Jeux Paralympiques : Une source d'inspiration et de fierté

2024 restera une très grande année pour Alexis Sanchez, car il a eu la chance extraordinaire de disputer ses premiers Jeux Paralympiques à Paris, en France. Participer aux Jeux Paralympiques a été une expérience incroyable, un véritable rêve devenu réalité pour cet athlète dont le parcours est marqué par la résilience. Dès sa qualification en mai, il a mis tout en œuvre pour être prêt à relever ce défi majeur sur la scène internationale.

L'atmosphère des Jeux a été l'un des aspects les plus marquants de son expérience. Ce qui l'a le plus impressionné, c'est l’ambiance au village olympique : être entouré des meilleurs athlètes du monde et sentir le soutien fervent du public français a été inoubliable. C'est une compétition qui dépasse largement le cadre sportif ; elle véhicule des valeurs humaines profondes et représente une source d'inspiration pour des millions de personnes à travers le globe.

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Lors de ces Jeux, Alexis Sanchez a brillé en para-aviron. Il a atteint la finale en skiff, terminant à une surprenante 5ème place sur le stade nautique de Vaires-sur-Marne. Finir en finale pour une première participation est une grande satisfaction et le signe d'un potentiel immense. Il a appris énormément de cette expérience, notamment à gérer le stress, les attentes et les enjeux d'une compétition d'une telle ampleur. Ces enseignements lui serviront indéniablement pour la suite de sa carrière sportive.

Au-delà de sa performance individuelle, Alexis a également participé aux Championnats du monde, où il a montré toute l'étendue de son talent. Dans l'épreuve de deux de couple mixte PR2, en équipe avec Perle Bouge, le Marseillais Alexis Sanchez a terminé à une belle 4ème place. Cette course a été un modèle de stratégie et de cohésion. Placés en sixième position après 500 mètres, les Français ont progressivement construit leur épreuve. Ils ont d'abord dépassé l’équipage brésilien à mi-parcours, avant de revenir sur l’Ukraine dans le troisième 500. Dans le dernier quart de course, ils ont maintenu leur rythme pour couper la ligne en quatrième position. "C’était une belle course, on finit en beauté ces championnats du monde," racontait Alexis à l’arrivée. Il soulignait que cette quatrième place était loin d’être gagnée sur le papier, ajoutant : "On est partis dans notre rythme, sans surjouer, au coup par coup. On a essayé de ramer l’un pour l’autre. Moi, j’ai essayé de travailler pour que Perle soit le mieux possible. On savait que les Brésiliens étaient partis forts, je voyais qu’ils étaient devant mais on sentait que ça n’allait pas forcément tenir. Et les Ukrainiens, à force de lancer des attaques bien saignantes, on les a eus aussi ! Même dans la douleur, on a pu en profiter. Ce que je retiens, c’est qu’on s’est donné l’un pour l’autre, jusqu’au bout." Perle Bouge insistait également sur l’état d’esprit partagé : "L’objectif, c’était de donner du plaisir à Alex, de lui montrer une autre vitesse de coque. On avait déjà fait une bonne série, on avait le sixième temps. L’objectif, c’était de rentrer en finale A donc on avait déjà rempli le contrat. Après, quand on s’aligne en finale, c’est pour gagner évidemment, mais on savait que certains étaient plus forts. On est restés au contact des Ukrainiens, je pense qu’on les a eus au mental. Moi, sur les 150 derniers mètres, il n’y avait plus grand-chose dans le moteur. Mais on s’est saigné, on a tout donné l’un pour l’autre, et cette quatrième place, elle fait plaisir."

La visibilité acquise grâce à ses performances et à sa participation aux Jeux a également apporté une grande fierté à son village natal. Alexis Sanchez est déjà devenu la petite star de Sausset-les-Pins, le village de ses parents. "Ils (les habitants) ont beaucoup suivi. Il y avait des banderoles etc… Donc quand je vais là-bas, souvent, on me reconnaît. C'est sympa, c'est marrant. Je suis content d'avoir rendu fier un paquet de monde," confie-t-il, témoignant de l'impact local de son succès.

Au-delà de la performance individuelle : L'impact sociétal et l'évolution du regard sur le handicap

L'aventure d'Alexis Sanchez ne se limite pas à ses exploits sportifs ; elle résonne bien au-delà, contribuant à un changement de perception et à une meilleure inclusion des personnes en situation de handicap. Il a été une figure emblématique de l'esprit des Jeux Paralympiques, qui sont non seulement une célébration de la performance sportive, mais aussi une plateforme puissante pour faire évoluer les mentalités.

L’image de ces para-sportifs, de ces para-champions, et leur médiatisation pendant les Jeux ont créé un véritable élan. Alexis Sanchez aimerait être fier, aussi, de la caisse de résonance de la médiatisation des Jeux et de leur succès populaire, pour les personnes atteintes de handicap. Il juge "positif" le message sur les personnes atteintes de handicap, mais pense que "l'on pourrait faire encore mieux. On pourrait encore plus faire perdurer cet héritage-là." Il fait référence à des faits de société et à des actes politiques, reconnaissant que, pour lui, le chemin est encore long.

Il a observé des améliorations concrètes : "J'ai vu par exemple que c'était bon pour les fauteuils pris en charge, etc… Il y a pas mal de choses. Même sur l'accessibilité. Il y a du mieux. Après, tout n'est pas parfait. Il y a encore beaucoup à faire. Mais cela va dans le bon sens. Il faut espérer que cela puisse se poursuivre pour améliorer les conditions de vie des personnes en situation de handicap ou autour de la valorisation du sport dans la société." Son témoignage met en lumière une avancée notable, tout en soulignant la nécessité de poursuivre les efforts pour une inclusion pleine et entière.

Les retombées de l'image positive véhiculée par les athlètes paralympiques se manifestent également au niveau local, dans les clubs sportifs. À La Vie Sourire, le club marseillais d’Alexis Sanchez, à L'Estaque, on compte déjà de nouvelles recrues. Deux jeunes malvoyants d'une vingtaine d'années ont pris une licence après l'avoir vu aux Jeux. Ils souhaitaient reprendre l’aviron après l’arrêt de leur section dans un autre club. Dominique Guende, fondatrice et présidente de l’association La Vie Sourire, raconte leur motivation : "Ils étaient dégoûtés car ils ne pouvaient plus faire d'aviron. Et avec l'image d'Alexis, ce qu'il a fait, ils sont venus au club et m'ont dit : "on veut faire comme Alexis". Je leur ai répondu : oui, mais il y a beaucoup de travail (sourire)." Ce sont ces belles histoires, ces exemples concrets, qui démontrent l'impact profond de la médiatisation et de l'exemplarité des para-champions comme Alexis Sanchez.

La surprise de le voir si près d'une médaille en septembre dernier a révélé à Alexis Sanchez son potentiel et son envie d'aller toujours plus loin, plus haut. Les Jeux lui ont ouvert des portes professionnelles, changeant un peu de statut pour cet ancien joueur de football amateur. "C'est sûr qu'il y a plus d'opportunités d'un point de vue professionnel, etc… Il y a beaucoup plus de potentiels sponsors et d'aides. Ce qui nous aide dans notre sport et nos performances," explique-t-il. Cette reconnaissance et ces nouvelles opportunités confortent ses choix et l'encouragent à poursuivre son chemin dans le monde du para-sport et au-delà, avec l'espoir que le regard de la société française sur les personnes handicapées continue d'évoluer positivement.

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