Alan Roura : Le Marin Genevois, de Superbigou à La Fabrique, au Cœur des Océans

Alan Roura, skipper suisse d'exception, s'est imposé comme une figure incontournable de la course au large. Son parcours est une odyssée maritime, débutant sur les eaux calmes du Léman pour le mener aux défis les plus extrêmes des océans du monde. Bercé dès son plus jeune âge sur le lac Léman, c'est sur les océans du monde qu’Alan Roura grandit et mûrit ses rêves de course au large.

Une Vocation Précoce : Des Eaux Douces aux Vastes Étendues Salées

Dès son plus jeune âge, Alan Roura navigue, imprégné par l'appel du grand large. Après 11 ans de voyage sur le voilier familial, le jeune Genevois a développé une relation intime et profonde avec la mer. L'ambition et la détermination le guident très tôt : à 13 ans, il choisit d’arrêter sa scolarité pour poursuivre son apprentissage à l’école de la vie et s’acheter son premier bateau. Cette décision audacieuse marque le début d'une carrière dédiée à l'océan. Il s’est rapidement tourné vers la course au large, une discipline où l'homme et la machine ne font qu'un face aux éléments.

L'Ascension du Compétiteur : Des Premières Armes aux Transats emblématiques

La trajectoire d'Alan Roura dans la course au large est jalonnée de participations aux épreuves les plus exigeantes. Mini Transat, Route du Rhum, Transat Jacques Vabre… Alan Roura a tout (ou presque) couru, forgeant son expérience et sa réputation. À tout juste 20 ans, en 2013, il « passe » sa Mini Transat, sa première course en solitaire, une traversée de l’Atlantique à bord d’un voilier de 6.50m. L’année suivante, il récidive au chapitre du solo sur le parcours légendaire de la Route du Rhum. En 2015, il part en double sur la Transat Jacques Vabre. Ces trois chemins riches d’enseignements le mèneront ensuite vers l'Everest des mers, le Vendée Globe, où la valeur n’a jamais attendu le nombre d’années.

Le Baptême du Feu : Le Premier Vendée Globe (2016-2017) à bord de Superbigou

En 2016, Alan Roura réalise un rêve de longue date en participant pour la première fois au Vendée Globe. À seulement 23 ans, il devient le plus jeune participant de l’histoire de cette course mythique. Depuis sa première Mini-Transat, son premier objectif était déjà de participer au Vendée Globe. À l’issue de la Transat Jacques Vabre en 2015, il avait déjà un bateau en tête pour le Vendée Globe, mais pas le budget. Finalement, le propriétaire du bateau lui dit : « Écoute Alan, le bateau tu l’as gratuit, je te le laisse pour faire le Vendée », mais il devait encore trouver le reste du budget.

Son bateau pour cette édition est Superbigou, un IMOCA 60 imaginé et construit par son compatriote Bernard Stamm en 1997, lequel avait déjà signé deux victoires dans le tour du monde en solitaire avec escales. Le jour du départ est empreint d'émotions intenses. En effet, quand on part sur le Vendée Globe, on sait quand on part mais on ne sait pas vraiment quand on va revenir et surtout si on va revenir. C’est une course longue, dure, en solitaire, donc tout peut arriver. Le skipper de La Fabrique (son sponsor principal), se souvient de sa descente du chenal, avec sa « tenue de capitaine » et ses larmes, un moment gravé dans les mémoires. « C’est vraiment un moment à vivre. De toutes les courses auxquelles j’ai pu participer, le départ du Vendée Globe, c’est l’événement le plus magique qu’un marin puisse vivre. » Quand on dit au revoir à ses proches, c’est vraiment un au-revoir. Il y a cette boule au ventre de « je ne sais pas si je vais rentrer vivant de cette aventure ».

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Après les fortes émotions du départ, Alan Roura est entré dans la compétition au sein de l’arrière-garde de la flotte. Lors de la descente de l’Atlantique, malgré les moments stressants à cause des nombreux cargos, le marin suisse a choisi une option payante à l’ouest des Canaries. Cavalant au portant à une moyenne de 16 nœuds, il s’offre le plaisir de doubler Rich Wilson (Great American IV), Kojiro Shiraishi (Spirit of Yukoh) et Romain Attanasio (Famille Mary - Étamine du Lys) lors du passage du cap Vert. Le classement, au début, ne le préoccupait pas outre mesure : « La classement au début je n’y pensais pas, je ne me posais en fait pas trop de questions sur le classement. »

Le passage du Pot au noir fut une première épreuve significative : La Fabrique (le bateau, Superbigou, sous les couleurs du sponsor La Fabrique) subit une avarie de l’antenne Fleet. Durant plusieurs jours, il ne dispose alors plus de tous les fichiers météo. Il doit se rapprocher des côtes brésiliennes, afin de télécharger les indispensables logiciels nécessaires à la réparation du système. Un détour qui lui vaudra une importante perte de terrain sur ses concurrents.

Le grand Sud se révèle à Alan Roura avec des conditions musclées, des vents atteignant les 50 nœuds et une houle imposante. C'est dans ces circonstances extrêmes qu'il doit faire face à un problème concernant la fixation de son safran tribord. Après une nouvelle séance de réparation, le jeune homme accélère pour revenir dans le peloton. Le 20 décembre, le skipper de La Fabrique en termine avec l’océan Indien et, lorsqu’il franchit la longitude du cap Leeuwin à Noël, il entre dans le Pacifique en douzième position.

La nouvelle année 2017 apporte son lot d'incidents. Le 2 janvier, alors qu’il navigue dans un petit groupe de cinq bateaux, le marin informe son équipe qu’il a heurté un OFNI et que son safran tribord est cassé. L’incident a provoqué une voie d’eau à l’arrière du bateau qu’il faut colmater avant de changer le safran. Dans tous les cas, dès qu’on est sur l’eau, peu importe les conditions c’est difficile. Là, les conditions étaient extrêmes, il y avait beaucoup de vent, beaucoup de mer. L’adrénaline, la peur, l’envie de sauver le bateau ont fait que tous ça ensemble, il ne s'est pas trop posé de questions et il est allé réparer ce safran. Pareil, ça a été un nouvel an dont il se rappellera toute sa vie ! Arnaud Boissières (La Mie Câline) et Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut) s’échappent devant le jeune suisse ralenti par son avarie. Le marin ayant également perdu son rasoir dans la bagarre, on le découvre sur les images avec une barbe qui s’allonge au fil des milles !

Le 16 janvier, après 71 jours de course, Alan double le Cap Horn, un moment mythique pour tout navigateur. Il a eu la chance de le voir, ce qui n’est pas donné à tout le monde. « On se dit en soit que c’est fini, ça y est c’est la fin du Vendée Globe, il n’y a plus qu’à remonter l’Atlantique. » En fait, ce n’était pas vraiment le cas derrière. « Ça a été très difficile, les conditions météo n’étaient vraiment pas très agréables. Mais, le Cap Horn c’est un moment où quand on vient de se faire les trois quarts d’un tour du monde en solitaire, et qu’on voit ce fameux rocher, c’est inoubliable. On se rend compte du chemin parcouru. »

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Les dernières épreuves n'épargnent pas le skipper. Le 29 janvier, lors d’une manœuvre sur La Fabrique, un winch s’est détaché de sa base, nécessitant encore une grosse session de bricolage. À l’équateur, au 3 février, après 89 jours de course, Alan Roura rentre dans l’hémisphère nord pour un finish dans l’Atlantique qui met ses nerfs à rude épreuve, car les prévisions évoluant constamment, les choix de route sont difficiles. Il décide de faire un crochet à l’ouest pour contourner les conditions anticycloniques. Les tous derniers jours, Alan Roura est très ralenti dans une zone de hautes pressions. « Se retrouver bloqué, si proche du but, c’est vraiment atroce. Je n’avance pas, j’ai eu jusqu’à 24 cargos autour de moi dans la nuit, ils passent à 200 mètres de moi, c’est horrible ! » se désole Alan, peu avant de terminer la boucle.

Finalement, Alan Roura franchit la ligne d’arrivée aux Sables d’Olonne le lundi 20 février 2017 à 9 heures 12 minutes et 32 secondes (heure française). Il prend la douzième place de ce Vendée Globe, son tour du monde qu’il boucle pour la première fois, à l’aube de son 24ème anniversaire. Son temps de course est de 105 jours 20 heures 10 minutes 32 secondes. Le skipper de La Fabrique a parcouru 28 359 milles sur l’eau, à la vitesse moyenne de 11,16 nœuds. « Clairement, c’est un peu la libération. C’est le moment où on se dit : « j’ai fais le tour du monde ! ». » La pression retombe rapidement parce que le bateau est arrivé sain et sauf, le bonhomme aussi. Il y a aussi la joie de revoir ses proches. De plus, il boucle le tour du monde, il est classé et il n’est pas si mal classé que ça par rapport aux autres. Il y a une joie qui est indescriptible. Quand on vit une course exceptionnelle comme celle-ci, on a envie que l’aventure se prolonge pour plusieurs raisons. Pour lui, à l’arrivée du Vendée Globe, il repartait de zéro. Il rendait le bateau, l’équipe retournait travailler ailleurs. On recommençait la vie d’avant. Donc, c’était un peu le projet, le rêve d’une vie qui se terminait. Et, du coup, cette inconnue de se dire « je fais quoi demain ? ».

Une Nouvelle Monture, De Nouvelles Ambitions : La Fabrique (deuxième du nom) et le Record de l'Atlantique Nord

Le skipper de La Fabrique, qui a achevé son premier Vendée Globe avec une détermination sans faille, est résolument tourné vers l'avenir. Il est déterminé à revenir en 2020 avec un bateau plus performant. À seulement 24 ans, Alan Roura, qui avait terminé 12ème du Vendée Globe à bord de l’un des plus vieux bateaux de la flotte, peut en effet, enfin, ouvrir le nouveau chapitre de sa carrière de coureur au large. L’IMOCA 60 d’Alan Roura La Fabrique - deuxième du nom - a été remis à l’eau un jeudi d'août dans le port de Lorient La Base. C’est un moment fort dans la vie de tout marin, encore plus lors d’un lancement de nouveau projet. En remettant son nouvel IMOCA à l’eau après deux mois de chantier, Alan Roura n’a pas caché son émotion de voir son rêve se poursuivre. « Cela fait maintenant deux mois que La Fabrique a renouvelé sa confiance en moi et que je dispose d’un nouveau bateau, plus récent que mon fidèle Superbigou, mais dans un hangar, il est difficile de prendre vraiment la mesure de ce qu’il m’arrive. Là, ma nouvelle monture à l’eau, je réalise enfin que ça y est, c’est reparti ! » Hilare, le jeune Suisse a pleinement profité de l’événement aux côtés de son équipe, au complet pour la première fois depuis l’acquisition de son nouveau bateau. « On ne me changera pas, j’aime participer aux travaux et aux manutentions, pour moi ça fait partie intégrante de mon métier de skipper, a-t-il expliqué. Et c’était génial d’être tous ensemble pour cette occasion. »

Entre son premier Vendée Globe en 2016 où il finit douzième, et le record de la traversée de l’Atlantique Nord à la voile (sur un monocoque) en solitaire, Alan Roura, skipper suisse de 27 ans, a déjà un palmarès bien fourni que nombreux envient. Le record de l’Atlantique nord en solitaire est en poche, établi en 2019. L'IMOCA 60 "La Fabrique II" est désormais armé en vue des prochaines compétitions. Après avoir réinstallé la bôme, il a fallu remettre tout l’accastillage et le gréement courant (poulies, bouts…) afin d’armer le bateau. Rapidement, les voiles ont été à poste, permettant les premières navigations avec son co-skipper.

A 32 ans, triple finisher de l’Everest des mers et détenteur du record de l’Atlantique Nord, le Genevois se fixe des objectifs encore plus élevés. Fort de son expérience, d’une nouvelle maturité et animé par l’envie de travailler en équipe, le marin suisse aspire à fonder l’équipe nationale suisse de course au large, avec l’ambition de jouer parmi les favoris à la barre d’un bateau toujours plus performant.

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Immersion dans la Course : Regards sur le Vendée Globe (seconde participation)

Lors de sa seconde participation au Vendée Globe, Alan Roura partage des moments intenses et des réflexions profondes sur la vie à bord et la compétition. « Je suis super heureux de cette course, de la régate au contact, des pertes de classement, puis des remontada à la Roura. J’ai mis mes tripes pour garder la pêche, le moral et ne rien lâcher. » La machine, comme l'homme, est poussée à ses limites. « Aujourd’hui, je sens que mon bateau est au bout de ce qu’il peut faire. Énergie, voiles, safran, quille, cordages et j’en passe : il est temps d’arriver ! » L'intensité de la course est palpable : « Le match est complètement dingue ! Ça met du piment jusqu’à la fin, ça va être un beau finish. On a tous envie de nous battre pour cette 15e place. »

Les conditions météorologiques dictent le rythme, et le marin doit s'adapter constamment. « A partir de demain, le vent va forcir, ça va être un peu sport. Je suis très content d’être revenu dans ce groupe. Là, ça marche fort, je suis à plus de 100% de mes polaires. On va voir qui peut tirer son épingle du jeu, ça s’annonce super intense jusqu’au bout ! » Les signes du retour à la civilisation se font sentir : « Là normalement il me reste cinq jours de course. Et j’ai remis des chaussettes, ça veut dire qu’il fait frais et qu’on se rapproche de la maison ! » Le groupe est juste devant lui, ce qui est « cool ». L'approche de l'arrivée galvanise : « Là, c’est la toute dernière ligne droite, et je peux vous dire que je suis remonté comme un coucou (suisse). »

Les nuits en mer sont souvent sans repos, entre la gestion du bateau et les pensées qui tourbillonnent. « Je n’ai pas dormi de la nuit, je ne trouvais pas de position avec tous les mouvements du bateau et j’avais la tête pleine de questions… Bref, je suis un peu cramé, mais je n’arrive toujours pas à dormir. » Les zones de calme plat peuvent être aussi éprouvantes que les tempêtes. « Devant ça s’annonce calme pour un petit moment, on va tous s’arrêter d’ici ce soir normalement. Ça va faire un nouveau départ, n’est-ce pas ? Il faut y voir le positif. » Alan Roura jongle avec les options stratégiques : « J’ai une option qui me taquine depuis plusieurs jours, c’est de partir dans l’Est et de contourner toute cette zone sans vent qui nous bloque la route. Mais pour une fois, j’ai décidé de faire simple, de rester avec mon groupe et de ne pas tenter un truc tout seul dans mon coin. Ce doit être la sagesse ! »

La compétition est rude, et chaque mille gagné ou perdu compte. « On dit toujours : « Plus on est de fous, plus on rit ! », et donc que ce n’est pas bien grave que le groupe de derrière revienne. Mais si, si c’est « grave » ! J’avais quasiment 1 000 milles d’avance sur Benjamin (Ferré), je peux vous dire que j’ai un peu les boules là… Sans parler de mes deux amis du Sud, Isa (Joschke) et Giancarlo (Pedote). »

Les avaries, même mineures, sont une source constante d'inquiétude. « J’ai mon safran qui me parle derrière et me dit « Grouaack ! » Une sorte de langue de crapaud que je comprends très bien, qui veut dire : « Mec, si tu tires plus, je ne vais pas finir le tour alors attends d’en finir avec le portant pour pouvoir ré-accélérer stp ! » Blague à part, là ça fait vraiment du bruit. C’est flippant, mais ça va tenir ! » La météo reste une préoccupation majeure : « On a une belle dépression aux fesses là. Celle-ci, elle va envoyer du bois ! J’ai tout bien préparé normalement, rien n’a été laissé au hasard sur le pont et à l’intérieur. » L'état du bateau reflète la vie à bord : « Ma « chambre » n'est pas très bien rangée : j'ai perdu mes crocs… » L'hygiène est un combat, mais certaines odeurs sont tenaces : « Clairement, ça fait du bien de faire des empannages et de se remettre dans le bain. J’ai à nouveau à l’intérieur du bateau une hideuse odeur de crustacés, c’est infect et je pense que c’est un truc bloqué dans le puits de quille… Pour ceux qui pensent que ce sont mes chaussettes, ça ne risque pas car j’ai utilisé qu'une paire que j’ai ensuite lavée ! »

Malgré les difficultés, il y a des moments de pure joie en mer. « Il y a des moments dans la journée où c’est un régal : la mer est bien plate, le vent monte à 14 nœuds et le bateau est lancé à 22 nœuds. Puis quelqu’un appuie sur bouton off et tout s’arrête. » La camaraderie, même à distance, est un moteur : « Au loin derrière, je vois une petite voile qui, petit à petit, devient floue à l’horizon. C’est drôle de se retrouver à vue, au beau milieu de l’Atlantique ! C’est assez motivant car tous ces bateaux étaient devant il y a quelques jours. » La faune marine est une compagnie constante : « Sinon, le pont est un cimetière à poissons volants, j’en ai partout ! J’ai hâte de retrouver mes copains les albatros dans le Sud. Ah ça, vivement le Sud ! » La stratégie à long terme est cruciale : « Le vent ne va pas être très fort jusqu’au cap de Bonne Espérance, mais c’est une route assez directe et surtout qui, à en croire les fichiers, pourrait faire que nous coupions le fromage en deux. C’est dans tellement longtemps que c’est difficile de se projeter, mais c’est important de choisir dès maintenant la meilleure route pour l’entrée dans le grand Sud. » Le soutien mutuel entre compétiteurs est précieux : « Je suis toujours à côté de Giancarlo, on va réciproquement se tirer vers le haut pour recoller au groupe de devant, on est toujours plus rapide quand on est plusieurs. »

Le Pot-au-Noir, cette zone équatoriale redoutée, est une expérience marquante. « Me voilà dans le Pot-au-Noir depuis la fin de la nuit : orages, éclairs et foudre qui tombe à côté du bateau… Mais on est sorti de la première bande de grains. La mer est croisée, liée aux différents vents que l’on rencontre dans le coin. Je passe de près serré à portant, donc il faut être sur les changements de voiles. » Il n'est jamais très loin de ses concurrents : « Je ne suis plus très loin de Giancarlo (Pedote) et du groupe légèrement plus dans l’Ouest. Ça va jouer sous chaque nuage pour faire avancer les bateaux. À en croire la carte satellite, ça semble passer pas trop mal, j’attends de voir ça. Le Pot-au-Noir, tu peux y rester pendant des jours ou y passer « facilement ». »

Les moments de performance apportent une immense satisfaction. « On était 2e ce matin tôt, c’est super, c’est même ouf. J’aurais direct signé pour ça après 7 jours de course. Après, je n’aurais pas forcément signé pour la molle… » L'isolement est parfois compensé par des exutoires personnels. « Musique à fond dans le bateau, on dirait une boîte de nuit ! Mais ça fait du bien de rigoler seul sur son bateau et de regarder tout le chemin parcouru jusque-là. » Les positions éphémères au classement procurent une joie intense. « Ça pour rigoler, ça rigole mon Alan ! Ce n’est pas tous les jours qu’on prend la 4e place d’un Vendée Globe ! Je suis tellement heureux à cet instant précis, on peut arrêter le temps s’il-vous-plaît ? Aussi brève soit-elle, cette place fait chaud au cœur. »

La stratégie et la gestion de la course sont constantes. « Pour le moment, mon positionnement plus dans l’Est est favorable au classement, au niveau du vent en revanche, ça risque d’être un peu la roulette russe. On ne lâche rien à bord, ce matin c’est café, musique, et on règle le bateau sans arrêt. » Le repos est une denrée rare et précieuse. « J’ai réussi à me reposer cette nuit, mon oreiller sent la bave et mon réveil n’a pas réussi à me réveiller, c’est bon signe. » Les caprices du vent tiennent le marin en alerte. « J’ai l’impression que ma fille a joué avec l’interrupteur du vent toute la nuit. Jour-nuit-jour-nuit… Vent-pas de vent ! Du on/off tout le temps, entre 10 noeuds et 30 noeuds. Je me suis fait plusieurs départs au tas bien comme il faut, mais pas de bobo. »

Des instants magiques ponctuent les journées en mer. « Cette nuit, ça a été assez magique (…) Et au lever du jour, voilà que Madère se laissait découvrir sous son gros nuage. Cette île me fait rêver, je n’y ai jamais mis les pieds mais ce petit caillou aussi haut et vert donne envie d’aller y manger des pastel de nata. Mais ce ne sera pas pour tout de suite ! » La satisfaction de maintenir le matériel en parfait état est une victoire en soi : « J’ai toutes mes voiles intactes et un bateau à 100%. Je vais tenter de me reposer un peu aussi, dès que possible, pour reprendre de l’énergie. »

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