Le Forban : Patrimoine Maritime et Renaissance au Cœur du Golfe du Morbihan

Le Golfe du Morbihan, avec ses eaux calmes et ses paysages pittoresques, est un véritable joyau de la Bretagne Sud. Au cœur de cette région emblématique, des histoires de marins et de bateaux se transmettent, incarnant l'identité maritime locale. Parmi ces symboles flottants, le forban, chaloupe robuste et distinctive, occupe une place prépondérante, particulièrement pour la commune du Bono. Ce type de voilier traditionnel a profondément marqué l'histoire de cette région, et sa préservation est aujourd'hui une mission portée par une communauté passionnée. Bien que le nom "Le Forban" puisse désigner différentes embarcations au fil du temps, c'est principalement le forban du Bono, tel que représenté par le Notre-Dame de Béquerel, qui continue de faire vivre ce patrimoine. Actuellement, cet emblématique bateau est en pleine phase de rénovation, assurant ainsi la pérennité de son héritage et sa future présence sur les flots.

Le Forban du Bono : Une Empreinte Historique dans le Paysage Maritime

Dans le Golfe du Morbihan, deux ports ont forgé leur identité autour d’un bateau : Séné avec le sinagot, et Le Bono avec le forban. Le forban se définit comme une chaloupe robuste à deux mâts, non pontée, construite en chêne avec des voiles rougies à l’ocre. Ce type de navire a dominé la pêche au chalut dans la petite mer intérieure pendant plus d’un siècle. La première description connue du forban date de 1847, et figure dans les archives départementales du Morbihan. Le dictionnaire d’Ogée les décrit alors comme des chaloupes « construites sur un gabarit particulier qui ne se rencontre que dans cette localité ». Concrètement, le forban se distingue par sa poupe arrondie, contrairement au sinagot qui est pointu aux deux bouts. Sa carcasse est en chêne, ses mâts sont en sapin, et ses voiles sont traditionnellement rougies à l’ocre ou à l’écorce de pin. Deux mâts portent un foc, une misaine et une grande voile quadrangulaire, conférant à ces bateaux une silhouette reconnaissable et une efficacité adaptée aux conditions de navigation et de pêche locales.

L’histoire de la construction des forbans au Bono est intrinsèquement liée à l’installation d’un premier charpentier de marine, Vincent Hervé, à la fin du XVIIIe siècle. Dès 1794, la flottille locale comptait déjà 18 unités, témoignant de l'adoption rapide de ce type de bateau. Par la suite, le chantier Le Blévec assura la production jusqu’en 1878, contribuant significativement à l'expansion de cette flotte. Une ère nouvelle s'ouvrit alors avec les forbans concarnois : pendant trois décennies, Concarneau fournit plus de 180 bateaux neufs aux pêcheurs du Bono, assurant un renouvellement constant de la flotte.

Initialement utilisés pour la pêche à la traîne, connue sous le nom de "stokenn", entre Quiberon et les Glénan, les forbans se sont tournés vers le chalut à perche à partir de 1877. Cette évolution technique a permis aux pêcheurs de descendre chaluter entre Le Croisic et l’île d’Yeu, tirant parti des nouvelles criées qui étaient alors reliées au réseau ferroviaire. Ce développement fut tel qu’en 1882, le port du Bono dut se doter d’un môle afin d’abriter l'ensemble de sa flotte croissante. En été, ces forbans prenaient leurs quartiers dans des ports comme Le Croisic, Le Pouliguen et Belle-Île, illustrant l'étendue de leur activité et leur capacité à s'adapter aux saisons de pêche. En 1906, on dénombrait 93 forbans et plus de 400 marins au Bono, soulignant l'importance économique et sociale de cette activité pour la commune.

Le nom même de "forban" est porteur d'une histoire singulière. En français, un forban désigne un pirate, c’est-à-dire quelqu’un qui entreprend une expédition armée en mer sans autorisation. La question se pose alors : pourquoi ce nom pour une simple chaloupe de pêche ? Les pêcheurs de Séné et les autres riverains du Golfe considéraient en effet les Bonovistes comme des gens peu fréquentables, des « durs », réputés pour le dragage frauduleux des bancs d’huîtres et quelques larcins sur les parcs ostréicoles. Le surnom de « forban » leur a donc été donné, puis s’est étendu à leurs bateaux. Par la suite, les pêcheurs du Bono ont repris ce sobriquet à leur compte, transformant une appellation péjorative en un signe distinctif et, avec le temps, en un symbole d'une identité maritime audacieuse.

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Cependant, les années 1930 marquèrent le début du déclin pour le port du Bono et sa flotte de forbans. La crise économique de l'époque, associée à l’échec de la motorisation de ces navires traditionnels, accéléra ce processus. Les pêcheurs locaux commencèrent alors à se tourner vers les chalutiers plus modernes de Lorient, Concarneau ou La Rochelle, marquant la fin d'une ère pour le forban traditionnel.

La Renaissance d'une Légende : Le Notre-Dame de Béquerel

Face à la disparition progressive de ces emblématiques embarcations, l’association Le Forban du Bono a vu le jour en 1989 avec un objectif précis : reconstruire un forban, et par la même occasion, préserver un pan essentiel du patrimoine maritime local. Ce projet ambitieux s’inscrivait dans le cadre du concours des « Bateaux des Côtes de France », lancé par la revue Chasse-Marée en vue du grand rassemblement de Brest 92. L'absence de plans d’origine a contraint les fondateurs de l'association à s’appuyer sur des ressources précieuses et rares. Ils se sont ainsi basés sur une esquisse de Firmin Brizard, un ancien charpentier de marine, ainsi que sur le certificat de jauge du Quatorze Août (A 186), qui était le dernier forban construit en 1918.

La construction du nouveau forban, baptisé Notre-Dame de Béquerel, s'est déroulée de novembre 1990 à juin 1991 à Saint-Goustan. Ce chantier a été l'œuvre des stagiaires charpentiers de marine de l’AFPA d’Auray, travaillant sous la supervision experte du chantier du Guip, situé sur l’île aux Moines. Les ferrures, éléments essentiels de la structure du bateau, ont quant à elles été fabriquées par les élèves du lycée professionnel Du Guesclin d’Auray, témoignant d'une collaboration pédagogique et artisanale remarquable.

Le Notre-Dame de Béquerel est une réplique fidèle de ces voiliers traditionnels, arborant des dimensions significatives pour un bateau de travail de son époque. Il mesure 15,50 mètres de longueur hors tout, avec une coque de 10,08 mètres. Sa largeur est de 3,40 mètres et son tirant d’eau atteint 1,64 mètre. Avec un déplacement de 9 tonnes et une surface de voilure de 103 m², il offre une expérience de navigation authentique. En reconnaissance de sa valeur historique et culturelle, le Notre-Dame de Béquerel a obtenu le prestigieux label BIP (Bateau d’intérêt patrimonial) de la Fondation du patrimoine maritime et fluvial, attestant de son rôle crucial dans la conservation du patrimoine flottant français.

L'association « Le Forban du Bono » joue un rôle central dans la vie de ce voilier et la diffusion de son héritage. Les membres partagent un amour profond pour la mer, pour la navigation et pour l’histoire de la région. En tant que membre, il est possible d'avoir l’opportunité unique de naviguer sur le « Notre-Dame de Béquerel » et de découvrir le Golfe du Morbihan sous un angle nouveau, à bord de ce voilier traditionnel. L’association organise des sorties en mer pour ses adhérents dans le Golfe du Morbihan et en baie de Quiberon, offrant des aventures inoubliables. Le Notre-Dame de Béquerel participe également à de nombreux événements maritimes tout au long de l’année, y compris la « Semaine du Golfe » et d’autres fêtes maritimes d'envergure, comme les fêtes de Brest et Douarnenez, contribuant ainsi à la visibilité et à la vitalité du patrimoine naval. Le bateau mouille habituellement dans la rivière du Bono, un affluent de la rivière d’Auray, le Bono se situant au confluent de ces deux cours d'eau, à l’entrée nord du Golfe du Morbihan. Pour toute information, l'Association Le Forban du Bono est joignable à la Mairie du Bono, 56400 Le Bono.

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Il est important de noter la différence entre les forbans et les sinagots, deux types de chaloupes traditionnelles du Golfe du Morbihan. Si les deux partagent les mêmes eaux, leurs caractéristiques diffèrent nettement. Le forban est plus grand et plus puissant que le sinagot, et se distingue par sa poupe arrondie, là où le sinagot est pointu aux deux bouts. Leurs zones de pêche divergeaient également : tandis que les sinagots restaient essentiellement dans la petite mer intérieure et ses abords, les forbans, eux, sortaient en grande mer (Morvraz en breton), explorant la baie de Quiberon, les parages de Houat et Hoëdic, et même au-delà, jusqu’à la baie de la Vilaine. Une autre différence notable est que les sinagots n’ont jamais totalement disparu, et quelques exemplaires ont été restaurés et naviguent encore. Les forbans, en revanche, avaient complètement disparu à la fin du XXe siècle, ce qui rend la reconstruction et la préservation du Notre-Dame de Béquerel d'autant plus significatives pour la mémoire collective et le patrimoine maritime. Le Notre-Dame de Béquerel est souvent admiré sur des photos, notamment celle de Jean-Marie Liot, déclinée en poster et souvenirs de Bretagne, le présentant sous son meilleur jour dans le goulet de Port-Navalo, à la sortie du Golfe du Morbihan.

Une Rénovation Cruciale pour l'Avenir du Notre-Dame de Béquerel

Mis hors de l’eau en septembre 2023, le Forban, en l'occurrence le Notre-Dame de Béquerel, bateau emblématique de la commune du Bono, est actuellement en pleine phase de rénovation. Cette initiative est cruciale pour que le navire puisse retrouver bientôt les flots et continuer à faire vivre l'esprit des vieux gréements. Pour résoudre d’importants problèmes structurels, le Forban du Bono avait été mis au sec en septembre dernier. Il a pris la direction du chantier de François Blatrix, situé au port du Parun à Baden, où il refait peau neuve grâce à un travail minutieux et passionné.

Les bénévoles de l’association Le Forban du Bono sont nombreux à venir travailler sur ce traditionnel navire, leur engagement étant la pierre angulaire de ce projet de restauration. Benoit Piquemal, pinceau en main lors du dernier chantier bénévole, explique que le devis des travaux a plus que doublé en quelques mois, passant de 24 000 € à plus de 60 000 €. Cette augmentation met en lumière l'ampleur des défis financiers associés à la restauration d'un tel patrimoine. Cependant, l'effort collectif a été significatif : « Nous avons été beaucoup aidés, puisque la rénovation du Forban a été subventionnée par les conseils régional et départemental et par Golfe du Morbihan Vannes Agglomération, sans oublier les dons que nous avons reçus », précise Benoit Piquemal.

L'implication des bénévoles est essentielle, notamment pour les finitions qui sont nombreuses et délicates, même si le plus gros des travaux structurels est accompli. Sur les deux dernières semaines de janvier, l’association Le Forban du Bono a organisé un chantier bénévole intensif. Une dizaine de volontaires étaient ainsi présents les week-ends du 20 et 27 janvier pour donner un coup de main, partageant également des moments de convivialité autour d’un barbecue. « Il y a pas mal de boulot avec entre autres le ponçage, la peinture », explique un bénévole, soulignant la diversité des tâches à accomplir. Étant donné l’ampleur des travaux et le coût élevé de la restauration, l’association est toujours en recherche active de donateurs, d’adhérents, mais aussi de futurs membres du bureau. Un besoin particulier est celui de quelqu’un qui pourrait s’occuper du site internet, essentiel pour la communication et la pérennisation des actions de l'association.

La Fête du Tannage des Voiles : Une Célébration du Patrimoine Vivant

Chaque année, la communauté du Bono et les passionnés de patrimoine maritime se réunissent pour un événement traditionnel et haut en couleur : la fête du tannage des voiles du Forban, bateau emblématique de la commune. Cet événement revêt une dimension particulière en tant que célébration du patrimoine vivant et de l'artisanat ancestral.

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Pour la première édition de l'événement « Du vin dans les Voiles », le Forban (le Notre-Dame de Béquerel) accueillera au port un autre vieux gréement tout aussi remarquable : La Belle de Vilaine, un bateau billiotin chargé de caisses de vin bio. Ce vin est produit à Billiers par Antoine Rullière, un viticulteur local. Dès 15 heures, le viticulteur sera présent dans le port pour rencontrer les visiteurs. Chloe Lenormand, membre de l’association, explique l'intention derrière cette initiative : « L’idée est de mettre en valeur notre patrimoine à travers nos vieux gréements et nos viticulteurs ». Cette alliance entre tradition maritime et production viticole locale promet une expérience unique. Les visiteurs auront l'opportunité de déguster les vins de sept producteurs locaux, disponibles au verre et également à la bouteille, favorisant ainsi la découverte des saveurs du terroir.

L'événement s'annonce comme un rendez-vous mémorable au port, promettant une ambiance festive et enrichissante. Outre le Forban et La Belle de Vilaine, d'autres navires traditionnels participeront à cette célébration, contribuant à créer un spectacle maritime vivant. Parmi eux figureront le Grand Norven, venant de Piriac (Loire-Atlantique), le Kuz Eol, originaire de Locmariaquer, et l’Indomptable, représentant Saint Goustan. La présence de ces divers vieux gréements enrichira l'expérience des visiteurs, leur permettant d'admirer la diversité et la beauté des bateaux d'antan.

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