Controverse autour des Projets de Surf Parks : Enjeux Environnementaux, Sociaux et Démocratiques en France

En France, et particulièrement dans l'Ouest, plusieurs projets de surf parks, ces complexes de piscines à vagues artificielles, suscitent un vif débat. Promettant des vagues sur mesure et toute l'année, ces infrastructures d'envergure se heurtent à une opposition citoyenne et associative grandissante, qui dénonce leur impact environnemental, leur pertinence sociale et l'opacité entourant leur développement. Deux cas emblématiques, ceux de Talmont-Saint-Hilaire en Vendée et de Canéjan en Gironde, illustrent les tensions et les préoccupations soulevées par ces méga-projets.

Le Projet de Surf Park de Talmont-Saint-Hilaire : Une Vague d'Indignation en Vendée

À Talmont-Saint-Hilaire, en Vendée, un projet de surf park, qui pourrait ouvrir ses portes en 2027, fait débat. À quelques centaines de mètres de l’Atlantique, cette infrastructure de surf artificiel d’envergure devrait voir le jour à seulement 250 mètres de l’océan Atlantique. Le complexe, porté par la société « Les Frangines », prévoit deux bassins extérieurs de 120 mètres de long avec un système générant des vagues en continu. Ce complexe promet déjà d'être gourmand en eau et en électricité, se présentant comme une immense piscine à vagues, l'équivalent de 4 bassins olympiques. Une zone sur pilotis avec des restaurants, des magasins et des espaces bien-être, ainsi qu’un parking de deux étages surmonté de panneaux photovoltaïques, complèteront l'ensemble. Le projet - initialement présenté comme une simple « extension et restructuration de l’aquarium existant » - couvrira 4,26 hectares et doublera la consommation électrique du site actuel.

Des Impacts Environnementaux Multiples et Contestés

Les opposants dénoncent un complexe très gourmand en énergie. L'eau devra être dessalée et le sel rejeté en mer, sans précision sur les conséquences environnementales. Ce complexe utilisera de l'eau de mer dessalée sans que soient précisés le volume d'eau concerné ni la technique utilisée, une opération énergivore et créatrice de déchets. En cas de fuite des bassins, il y a un risque de salinisation des sols du bois de La Mine situé en aval du projet. Dans un contexte d’urgence climatique et de pénurie d’eau, accepter un tel projet est jugé irresponsable.

Le projet est également critiqué pour l'artificialisation et l'imperméabilisation des sols. Ce surf park bétonnerait 7 380 m² de terres naturelles pour un complexe inutile, énergivore et opaque. Les opposants refusent l'artificialisation ou imperméabilisation de 7380 m² pour la construction d'une piscine à vagues de surf de technologie Wavegarden Cove complétée d'espaces commerciaux et de restauration en plus de la surface déjà occupée par l'aquarium. Cette artificialisation nuit à la biodiversité, empêche l’infiltration de l’eau dans le sol pour reconstituer la nappe phréatique et accentue les risques d’inondation.

De plus, l'ensemble jouxte une zone Natura 2000, un environnement déjà fragilisé et voisin immédiat d’une zone Natura 2000, qui risque d'être mise en danger par le bruit et les vibrations des pompes et moteurs (capables de générer de 300 à 600 vagues par heure), la fréquentation importante, l'organisation d'événements et la circulation routière augmentée. David Moineau, membre de l’association AC de Vagues, regrette que ce soit aux citoyens de devoir justifier le fait que l'État doit protéger ce site qui héberge des espèces protégées, notamment des oiseaux comme le bruant des roseaux ou le pipit farlouse.

Lire aussi: Affiches de surf originales pour enfants

Absence de Débat Public et d'Études d'Impact Adéquates

L’opposition municipale déplore l'absence de débats et d'études d'impact sur l'environnement. Le chantier n’excédant pas les 10 ha, l’étude d’impact environnementale n’est pas obligatoire. Cependant, Stéphane Heron, représentant du collectif citoyen AC de Vagues, fustige le fait que « L’évaluation des incidences Natura 2000 n’a pas été faite, alors que ça, par contre, c’est obligatoire ». Il dénonce également l'opacité entourant le projet : « Tout a été fait pour que ce projet-là ne fasse pas de vagues et ne soit pas connu trop de la population ». Le signalement du permis de construire, par exemple, n'a été connu que trois mois après, laissant les deux mois de délai autorisés pour le recours contentieux largement passés.

Le permis de construire présente de nombreuses approximations, notamment sur le traitement des eaux (présence de désinfectants ou pas), le volume de pompage existant jugé insuffisant, l'évacuation des vidanges et des trop-pleins dues aux fortes pluies inexistantes, la consommation énergétique, et l'évaluation des incidences Natura 2000 ignorée, pourtant obligatoire pour garantir la préservation de la biodiversité de ces zones protégées.

Face à la polémique, le maire, Maxence de Rugy, soutient ce projet privé et préfère souligner la création de 80 emplois. Il a déclaré : "Je comprends les interrogations. J'y suis extrêmement sensible et je suis extrêmement vigilant. On est effectivement dans une zone de loisir sur un sol qui est déjà artificialisé, qui est en dehors des espaces naturels à 2 000." Cependant, il a également précisé dans Ouest-France : "Je ne décrie pas le projet et je ne le soutiens pas particulièrement."

Une Pratique du Surf Dénaturée et Un Conflit d'Usage

Pour les surfeurs vendéens, l'océan leur semble largement suffisant. "Ce n'est pas vraiment l'essence du surf", affirment les opposants. David Moineau souligne que ce projet est "mercantile, bassement touristique, pour 500 touristes par jour, surdimensionné par rapport aux routes et l’espace d’accueil dont nous disposons. On n'est pas du tout dans la dimension sportive, c'est uniquement de l'accueil touristique surdimensionné par rapport aux possibilités de l'espace. Cela va surtout détruire l'environnement alors que ce sport a pour objectif initialement d'être en harmonie avec l'environnement." La Fédération française de surf ne soutient pas le projet. Le projet est qualifié d'illégitime et indécent moralement, socialement et écologiquement. Il va à l’encontre des engagements climatiques du territoire, dénature le cadre de vie, accentue la bétonisation et la surpopulation côtière.

Les citoyens s'organisent pour refuser ce projet destructeur, déconnecté des réalités écologiques et sociales. Le collectif AC de Vagues a lancé une pétition qui a déjà réuni plus de 10 000 signatures. Après les pétitions et manifestations, les opposants ont saisi la justice, portant l'affaire devant le tribunal administratif de Nantes. Ils contestent la légalité de ce projet et dénoncent l'absence d'études complémentaires dans une zone qui abrite des espèces protégées. Leur demande d’étude d’impact envoyée au préfet est restée sans réponse.

Lire aussi: Chanel et l'Art du Surf

Le Cas de Canéjan : Une "Aberration Écologique" en Région Bordelaise

Le projet de "surf park" à Canéjan en Gironde, au sud de la Métropole bordelaise, consiste en une immense piscine à vagues artificielles couvrant 3,6 hectares et équipée de deux bassins totalisant 20 000 m³ d’eau. Ce projet, inédit en France, serait implanté sur une ancienne friche industrielle mais en grande partie boisée et impacterait partiellement une zone naturelle. Les promoteurs Philippe Algayon et son fils Edouard Algayon projettent la création d’un complexe sportif avec ces deux méga-piscines pour surfeurs à Canéjan, commune de l’agglomération bordelaise située à 50 km de l'océan. Les Écologistes alertent sur les importantes ressources en eau nécessaires.

Un Gaspillage d'Eau Potable dans un Contexte de Pénurie Accrue

L'un des points centraux de la controverse à Canéjan concerne la consommation excessive d'eau. Le gaspillage de 147 000 à 280 000 m3 d’eau par an par deux méga-piscines pour surfeurs, soit l’équivalent de 59 à 112 piscines olympiques, est un argument majeur des opposants. L’eau de pluie collectée sur les toits de bâtiments industriels voisins ne représentera qu’un apport marginal. Cela obligera l’exploitant à utiliser l'eau du réseau d'eau potable public, pompée dans les nappes souterraines à 100 mètres de profondeur. Ces nappes mettent plus de 1000 ans à se renouveler et risquent l’épuisement et la salinisation. Il s’agit là d’un accaparement privatif excessif d’une ressource commune vitale, dans un contexte de déficit croissant en eau de la région. Les calculs des besoins annuels en eau (147 000 m3 à 280 000 m3) sont basés sur des études d'impact de projets similaires croisées avec des données de compteurs de piscines municipales. Cette consommation d’eau représenterait 46% à 88% de la consommation actuelle de la commune (354 426 m3 prélevés en 2021), pour un volume annuel maximal autorisé par la préfecture de 430 000 m3. Ainsi, pour faire fonctionner les piscines, la commune serait obligée de demander à la préfecture un dépassement du plafond de prélèvement de 100 000 à >200 000 m3.

La pression croissante sur la ressource en eau est une préoccupation majeure. Selon Le Plan d'Adaptation au Changement Climatique d'Adour Garonne, le déficit en eau de la région Nouvelle-Aquitaine pourrait s’élever à 1,2 milliard de m3 d'ici à 2050. Les rapports d’AcclimaTerra, le Comité Scientifique Régional sur le Changement Climatique, indiquent qu’il y aura en Région Nouvelle Aquitaine « 30 à 50% d'apport hydrique en moins dans les prochaines années ». Tous les résultats des expertises hydro-climatiques « convergent vers le diagnostic d’une tension sur la disponibilité des eaux superficielles et des eaux souterraines dans la région Nouvelle-Aquitaine ». La commune de Canéjan a d'ailleurs été reconnue en état de catastrophe naturelle pour cause de sécheresse des sols en 2022.

Le premier remplissage des deux bassins sera assuré pour l’essentiel par de l’eau potable du réseau public, captée dans les nappes profondes qui sont déjà sous tension. Il faut aussi tenir compte de l’évaporation en phase de fonctionnement, de probables fuites au fil du temps et de la consommation en eau des douches de l’installation hôtelière annexe. Les vidanges complètes des bassins, qui sont obligatoires en cas de problème sanitaire ou technique, n'ont pas été anticipées. Les porteurs de projet n’apportent pas de réponse claire sur l’utilisation de l’eau de pluie et de l’eau du réseau pour le fonctionnement du surf park.

Risques Sanitaires et Impacts sur l'Environnement Local

La mise en danger de la santé des surfeurs est une autre source d'inquiétude. Dans le document soumis à l’Agence Régionale de Santé (ARS) par les porteurs du projet, les activités prévues dans les méga-piscines sont classées comme « activités nautiques » et non comme « baignades artificielles ». Or un tel classement interdit la baignade en raison des risques sanitaires encourus. L'ARS de Gironde (33) a confirmé qu'après échange avec le ministère de la santé, il a été décidé de considérer les deux méga-piscines à vagues de Canéjan comme une activité nautique et non une baignade artificielle. Elle se heurte à l'absence de dispositif réglementaire leur permettant d'imposer un classement en baignades artificielles. L'ARS confirme qu'il n'est pas possible de se baigner avec ce type de classement "activité nautique" pour des raisons de risque sanitaire.

Lire aussi: Un regard sur l'affiche du bateau à voile

La question se pose alors : comment est-il possible d'interdire, en raison de risque sanitaire, une baignade dans un bassin, mais d'y autoriser la pratique du surf ? Le risque est identique, les surfeurs en piscines à vagues étant exposés aux mêmes risques sanitaires qu'en activité de baignade, la plupart des surfeurs étant immergés au moment de leur pratique sportive. Le ministère des sports a mandaté en 2020 l'association AFNOR pour développer un projet de normalisation sur les vagues artificielles. Les Normes expérimentales Afnor XPS52-900, publiées en août 2022, stipulent à l'article 3.7 : « La qualité de l’eau d’une vague dynamique en bassin fermé doit appliquer la réglementation nationale des baignades artificielles ». Selon l’article D. 1332-49, la baignade artificielle en système fermé doit satisfaire à des exigences de renouvellement d'eau importantes (la totalité du volume de la zone de baignade doit être renouvelée en moins de 12 heures). Si la piscine à vagues est ouverte 12h sur une journée de 24h, il faudrait filtrer deux fois par 24 heures la totalité des deux bassins, soit 40 000 m3 d'eau par jour.

L’eau de pluie, si elle était utilisée, est de nature instable et propice au développement d’algues, d’agents biologiques pathogènes divers susceptibles de provoquer une crise sanitaire. Les toitures où seraient récupérées les eaux de pluies reçoivent des déjections animales (fientes d’oiseaux), des dépouilles en décomposition et des microparticules polluantes, avec la proximité de l’autoroute A63.

Le risque environnemental encouru par la rivière Eau Bourde, située à moins de 250 m en contrebas et inscrite comme site d'intérêt pittoresque, est également soulevé. La rivière, la forêt et les zones humides voisines hébergent une biodiversité importante et sont appréciées par un public nombreux. La vallée de l’Eau Bourde a été partiellement inscrite comme site d'intérêt pittoresque. Une vidange complète des deux piscines (20 000 m3) représenterait le volume d’eau s’écoulant durant deux à trois jours dans l’Eau Bourde. La proximité de la rivière soulève en outre des risques de rejets d’eaux usées ou de trop-pleins vers les zones humides, sans aucune étude éco-toxicologique pour en mesurer les conséquences. La vidange annuelle de 37 000 m3 d'eau du bassin de surf rejoindrait le réseau communal et serait dirigée vers le centre d'épuration Archilua.

Manque de Transparence et Coût Social Élevé

Les Écologistes dénoncent une absence de concertation démocratique : ni le journal municipal, ni les structures de transition n’ont été impliqués, et aucune enquête d’utilité publique n’a été jusqu'ici menée. Les promoteurs ont envoyé aux élus du conseil municipal de Canéjan une lettre répondant aux arguments de leurs opposants, un procédé dénoncé comme destiné à influencer les élus. Le maire a accordé le permis de construire le 27 février 2023 car selon lui, il n’existait aucun élément réglementaire pour qu’il s’y oppose.

Sur le plan social, les tarifs annoncés sont jugés inaccessibles pour la majorité, favoriseraient une clientèle haut de gamme, et génèreraient des emplois précaires. Le projet vise plus des surfeurs professionnels et une clientèle « haut de gamme ». Katheline Schubert, économiste de l’environnement à l’université Panthéon-Sorbonne, rappelle que « l’excuse du maintien des industries polluantes a toujours été l’emploi. » Ce projet est qualifié d'illégitime et indécent moralement, socialement et écologiquement. Il est perçu comme aberrant et anachronique à l'heure où l'urgence climatique, la préservation des ressources et de la biodiversité sont au centre des préoccupations mondiales. Les Écologistes considèrent que ce projet dénature l’essence même du surf : loin d’entrer en connexion avec un environnement naturel vivant, le surf en piscine artificielle banalise la pratique alors que l’océan, lieu authentique et accessible, se situe à seulement 50 km.

Mobilisation Contre le Projet

Le collectif Rame pour ta planète, en collaboration avec Surfrider, a organisé une réunion publique pour expliquer son positionnement et clarifier les points de désaccord. Le Groupe local EELV Pessac-Gradignan soutient les associations mobilisées. Tous les projets de méga-piscines à vagues équivalents ont été abandonnés en France (Magescq, Lacanau, Saint-Jean-de-Luz, Sevran, Saint-Père-en-Retz, Castets), les maires des communes concernées ayant finalement eu la sagesse de renoncer ou y ayant été contraints par des mouvements citoyens. Un investisseur privé souhaite implanter un surf park sur 3,6 ha avec deux bassins de 20 000 m3 d’eau au total où seront créées des vagues uniquement destinées aux surfeurs. Il s’agirait d’une première en France car tous les précédents projets ont été abandonnés par les maires soit par sagesse soit sous la pression citoyenne. Les associations, après un recours gracieux rejeté par le maire, déposent maintenant un recours contentieux. Elles demandent à M. le Maire de Canéjan, M. Bernard Garrigou, de retirer le permis de construire de ces méga-piscines à vagues, et à M. le Préfet de la Gironde et de la région Nouvelle-Aquitaine, de prendre position.

Les Enjeux Transversaux de la Contestation des Surf Parks

Les débats autour des surf parks, qu'ils soient en Vendée, en Gironde ou dans d'autres régions, mettent en lumière des enjeux fondamentaux pour l'aménagement du territoire et la gestion des ressources.

La Sobriété, l'Artificialisation et les Conséquences du Changement Climatique

Ces projets de surf park, par leur nature même, sont perçus comme allant à l'encontre des objectifs de sobriété énergétique et hydrique, du respect des sols naturels et de la lutte contre l’artificialisation, des enjeux centraux dans la transition écologique. Les scientifiques du monde entier le martèlent : il faut diminuer fortement notre pression sur l'environnement et donc s'interdire tout nouveau projet non-essentiel qui émet des gaz à effet de serre, consomme de l'eau et de l'énergie en grande quantité et bétonne la Terre.

L’État français vient de mettre en place un plan d’action pour une gestion concertée de l’eau afin de garantir de l’eau pour tous et la préservation des écosystèmes. Il préconise une sobriété des usages pouvant aller jusqu’à des restrictions pour remplir sa piscine, arroser son jardin, laver sa voiture, voire se doucher. Dans ce contexte, la consommation d'eau massive pour des activités de loisir est difficilement justifiable. La communauté de communes Vendée Grand Littoral a par ailleurs mis en place un Plan Climat Air Énergie Territorial dont l'objectif 5.1 est de « limiter l'artificialisation des sols sur le long terme, dans une logique d'économie circulaire et de solidarité territoriale ». Un projet qui artificialise des « terres agricoles et des espaces naturels (prairies et forêts) » est en contradiction avec ces objectifs.

L’autonomie énergétique des surf parks est également un point de discorde. Aucun surf park ne peut prétendre être autonome en énergie et en eau. Pour le projet de Canéjan, l’autonomie énergétique est encore moins démontrée, avec le recours à deux générateurs pour créer des vagues de 1m80, d’autant que les données de consommation des structures similaires existant à l'étranger restent inconnues.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *