La Plongée Sous-Marine Face à Ses Risques : Leçons Tirées des Incidents à Bellegarde-sur-Valserine et Chêne-en-Semine

La plongée sous-marine, qu'elle soit bouteille ou en apnée, est une activité fascinante qui permet d'explorer les profondeurs marines et aquatiques. Cependant, elle n'est pas exempte de risques, pouvant parfois mener à des accidents graves, voire mortels. L’accident de plongée est, au total, une urgence médicale vraie qui regroupe un nombre important de pathologies spécifiques et souvent méconnues, requérant une prise en charge rapide et spécialisée. Des événements récents, comme ceux survenus dans la région de Chêne-en-Semine, soulignent la nécessité d'une vigilance constante et d'une connaissance approfondie des dangers et des protocoles de secours.

Tragédie au Complexe de Chêne-en-Semine : Le Décès de Jann Faraone

La communauté de la plongée a été profondément marquée par la disparition de Jann Faraone, gérant et fondateur de Go & Sea, un complexe de plongée situé à Chêne-en-Semine. C’est un des membres de l’équipe de ce centre de plongée privé qui a donné l’alerte, découvrant le plongeur inanimé dans le fond de cette fosse. Hier matin, peu avant 9 heures, les secours sont intervenus dans la fosse semi-enterrée de 20 mètres de profondeur, spécialement conçue pour l’entraînement et connue des plongeurs, où l'homme de 38 ans a été retrouvé en arrêt cardio-respiratoire. Malgré tous les efforts déployés, les équipes de secours n’ont rien pu faire pour le ramener à la vie. Cet incident tragique rappelle la vulnérabilité intrinsèque à l'environnement subaquatique, même pour les professionnels expérimentés et dans des installations dédiées à la sécurité.

Le complexe, fruit du rêve d’enfant de Jann Faraone, avait été inauguré en septembre 2014. Depuis cette date, plus de 1 000 baptêmes y ont été effectués, menant à la délivrance d'autant de diplômes. Le centre Go and Sea jouait un rôle essentiel dans la formation des plongeurs, avec 84 % des diplômés poursuivant leur apprentissage après l'obtention de leur premier niveau. Il offrait également la possibilité de réaliser un premier baptême dès l'âge de 8 ans et d'entamer la formation Open Water Diver à partir de 10 ans. Pour ces initiations et formations, l’ensemble de l’équipement et du matériel était fourni et inclus dans le tarif, à l’exception des fournitures pédagogiques, rendant la plongée accessible à un large public. L’initiation à l’apnée y était également proposée, avec des baptêmes dès 12 ans et la formation complète à partir de 16 ans. Au-delà de la plongée, le complexe offrait des cours de natation pour enfants et adultes dès 5 ans, ainsi que des formations au permis de navigation côtier et des sessions de secourisme. Son engagement s'étendait même à l’entretien du matériel de plongée des sapeurs-pompiers de l’Ain et de la Haute-Savoie, et un service après-vente était disponible pour entretenir tout le matériel nécessaire, garantissant ainsi l'exercice de la passion de la plongée en toute sécurité.

Les Risques Physiologiques et Toxicologiques Spécifiques à la Plongée

La plongée sous-marine expose le corps humain à des contraintes environnementales uniques, modifiant profondément les équilibres physiologiques. Lorsque la pression hydrostatique augmente avec la profondeur, la pression partielle des gaz ventilés se majore dans les mêmes proportions et chaque gaz peut ainsi devenir toxique. Cette modification des pressions partielles est à l’origine de plusieurs risques spécifiques.

L’excès d’oxygène, par exemple, modifie le seuil épileptogène et peut déclencher une crise convulsive hyperoxique chez un sujet à risque. Cette toxicité à l'oxygène est une préoccupation majeure, particulièrement lors de plongées profondes ou avec des mélanges enrichis.

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L’azote, autre composant de l'air, génère une narcose, encore appelée ivresse des profondeurs, dès 30 mètres de profondeur. Cette narcose, dont les effets s'apparentent à ceux d'une consommation excessive d'alcool, peut entraîner une réaction inappropriée, une altération du jugement ou une attaque de panique. Ces comportements peuvent avoir des conséquences désastreuses, étant souvent à l’origine d’une noyade ou d’une remontée rapide non contrôlée, deux situations potentiellement fatales.

L’effort intense à grande profondeur est également une source de danger. Il génère une production excessive de dioxyde de carbone (CO2), ce qui peut provoquer un essoufflement marqué, augmentant le risque de noyade. L’utilisation de recycleurs ou de mélanges gazeux autres que l’air, bien que permettant des plongées plus longues ou plus profondes, majore ce risque de manière significative. Ces systèmes peuvent également entraîner une syncope hypoxique, une perte de conscience due au manque d'oxygène.

Chez l’apnéiste, la syncope est l’une des causes les plus fréquentes d’accident grave. Elle survient généralement lors des derniers mètres de la remontée ou en surface. Elle se traduit par une perte de conscience, le plus souvent sans signe annonciateur, ce qui la rend particulièrement dangereuse. Heureusement, elle cède très rapidement après quelques stimulations. Cependant, en l’absence d’assistance immédiate et efficace, la syncope peut se compliquer d’une noyade potentiellement mortelle. Un autre phénomène lié à l’hypoxie est la « samba », caractérisée par des mouvements incontrôlés et une désorientation avant la perte de conscience, également dangereuse si elle n'est pas prise en charge.

En apnée, un mécanisme physiologique particulier est à l'œuvre : la diminution du volume pulmonaire lors de la descente facilite la redistribution des volumes sanguins périphériques vers le thorax. Ce mécanisme, connu sous le nom de "blood shift", s’associe aux phénomènes précédemment décrits et provoque une augmentation de la pression transmurale, adaptant le corps à la pression ambiante mais soulignant la complexité des adaptations physiologiques requises pour cette discipline.

La Recrudescence des Accidents et la Nécessité d'une Alerte Précoce

En cette fin d’été, les autorités maritimes, notamment la préfecture maritime de la Méditerranée et le CROSS Med, ont constaté une recrudescence des accidents de plongée. Cette augmentation du nombre d'incidents met en lumière l'importance cruciale d'une préparation adéquate, d'une surveillance mutuelle et d'une réaction rapide en cas de problème. Des exemples récents en Méditerranée illustrent cette réalité.

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Le 13 septembre, vers 9h30, le Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage (CROSS Med) a été alerté d’un accident de plongée impliquant un homme de 65 ans. La victime, remontée en surface par trois plongeurs de sa palanquée, était en arrêt cardio-respiratoire. En parallèle, le CROSS Med, en lien avec le SAMU de coordination médicale maritime (SCMM), a demandé au support de faire route vers Port-Cros pour permettre une prise en charge rapide de la victime par l’hélicoptère médicalisé du SAMU, Spinal 83. Immédiatement, le CROSS Med a également engagé l’hélicoptère Dauphin « Guepard Victor » de la Marine nationale pour procéder à l'évacuation, soulignant la coordination nécessaire entre les différentes entités de secours. Un peu avant 14h30 le même jour, le CROSS Med a été alerté d’une suspicion d’accident de plongée sur une femme de 61 ans. Rapidement, la victime a été prise en charge à terre au port de la Tour Fondue par une équipe SMUR du SAMU 83 et un VSAV des sapeurs-pompiers du Var.

Ces situations confirment que la rapidité de l'alerte est un facteur déterminant pour l'issue d'un accident de plongée. L’alerte doit être précoce et adressée au Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage (CROSS) en mer, via VHF canal 16 ou GSM au 196. À terre, les numéros d'urgence sont le 15, le 18 ou le 112. Pour faciliter la transmission des informations essentielles aux secours, l’utilisation d’une fiche d’alerte, disponible sur le site de Medsubhyp, est fortement recommandée. Cette fiche permet de structurer les données et d'assurer une communication claire et complète aux services d'urgence.

Prise en Charge Initiale et Médicalisation Préhospitalière des Accidents de Plongée

La prise en charge initiale d’un accident de plongée est complexe et nécessite des gestes précis et rapides, souvent dans des conditions difficiles. La prise en charge initiale d’un accident de plongée survenant en mer fait l’objet d’un consensus publié dans le Référentiel « Aide médicale en Mer » de la Société Française de Médecine d’Urgence (SFMU) et de SAMU Urgences de France (10). Ce référentiel a été réalisé en partenariat avec la Société Française de Médecine Maritime (SFMM) et la Société de Physiologie et de Médecine Subaquatiques et Hyperbares de Langue Française (Medsubhyp), garantissant l'expertise des recommandations. Des données complémentaires concernant les spécificités de la prise en charge d’un accident en eaux intérieures ont été présentées lors des Journées thématiques de la SFMU de Brest en 2012 (11), adaptant les protocoles aux particularités de ces environnements. Une fiche d’aide à la prise en charge initiale est également disponible sur le site de Medsubhyp (12), offrant un guide pratique aux intervenants.

Dès les premiers instants, l’oxygénation doit être débutée sans délai à 15 L/min, quelle que soit la saturation en oxygène de l’hémoglobine. Cette administration précoce d'oxygène est cruciale et doit être associée à une réhydratation prudente, de l'ordre de 0,5 à 1 litre par heure. La réhydratation doit être menée avec attention pour éviter toute complication. La prise d’aspirine est optionnelle, mais si elle est administrée, elle doit l'être précocement à une dose inférieure à 500 mg, sous réserve de l'absence de trouble de la conscience, de saignement ou d’allergie. Son administration peut être validée par le médecin régulateur lors du message d’alerte, garantissant une décision médicale éclairée.

En cas d’arrêt cardiaque, la réanimation cardio-pulmonaire (RCP) doit être débutée immédiatement. Le protocole commence par une série de cinq insufflations, suivie d’une séquence de 30 compressions thoraciques pour deux insufflations, avec un rythme de 100 compressions par minute. Le défibrillateur automatisé externe (DAE) doit être mis en place le plus précocement possible. Avant son utilisation, l’accidenté doit être allongé sur une surface sèche et non métallique, ou être isolé du sol par deux serviettes ou une planchette afin d'assurer la sécurité du choc. Le torse doit être séché méticuleusement, en particulier entre les deux électrodes, pour garantir une bonne conduction électrique. Idéalement, le moteur du bateau devrait être coupé pour faciliter l’analyse du tracé cardiaque par le DAE. Le choc peut alors être délivré si l’appareil l’indique et que les conditions sont favorables, en veillant à la sécurité de l'opérateur et de l'environnement.

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La médicalisation préhospitalière, bien que vitale, doit rester limitée aux détresses vitales, aux signes thoraciques manifestes et aux situations d’éloignement des structures médicales. Par exemple, un pneumothorax compressif, une urgence absolue, doit être immédiatement exsufflé.

Préparation et Matériel de Secours : Des Éléments Indispensables

La préparation préalable d’un plan de secours adapté aux spécificités de terrain, conformément à la réglementation en vigueur, est un élément essentiel et non négociable. Ce plan doit préciser les modalités d’alerte, les coordonnées des services de secours locaux et les procédures d’urgence spécifiques à appliquer en fonction du site de plongée.

Un lot de secours doit être en permanence disponible et facilement accessible. Ce kit doit comprendre un ensemble d'équipements indispensables pour faire face aux situations d'urgence. Il inclut au minimum un moyen de communication fiable, de l’eau douce potable pour la réhydratation, un ballon de ventilation auto-remplisseur à valve unidirectionnelle avec un sac de réserve d’oxygène, trois masques de tailles différentes pour s'adapter à divers morphologies, un masque à haute concentration pour une oxygénation optimale, un ensemble d’oxygénothérapie normobare médicale complet avec un manodétendeur, un débitmètre et un tuyau de raccordement pour administrer l'oxygène. Une couverture isotherme est également nécessaire pour prévenir l'hypothermie, fréquente chez les accidentés de plongée, et une fiche d’évacuation pour organiser le transfert. La bouteille d’oxygène contenue dans ce lot doit avoir une capacité suffisante pour permettre une prise en charge adaptée jusqu’à l’arrivée des secours spécialisés, ce qui peut varier considérablement selon l'éloignement et les conditions logistiques. Malgré l'existence de ces protocoles et matériels, cette prise en charge reste une tâche complexe, exigeant formation et sang-froid.

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