La nuit en mer est une expérience à part entière : le silence du cockpit, le ciel étoilé, les feux des autres navires qui clignotent à l'horizon. Pourtant, naviguer de nuit exige une préparation rigoureuse et la maîtrise de règles précises. Chaque année, de nombreux accidents se produisent faute d'éclairage adéquat ou d'une mauvaise lecture de la situation. La nuit modifie radicalement la perception de l'espace maritime. Les repères visuels familiers - côtes, bouées, autres navires - disparaissent ou se transforment en simples points lumineux. La vision n’est pas la même et les côtes et les distances ne sont pas perçues de la même manière. Notre perception de l’environnement étant modifiée, des incidents peuvent survenir rapidement. Ils n’ont pas le même impact de jour et de nuit et s’avèrent bien plus graves et fréquents en pleine nuit. Les risques principaux lors d’une navigation de nuit sont la chute à l’eau et un abordage. Naviguer de nuit implique donc une bonne préparation et de bonnes connaissances, essentielles pour la sécurité de tous les plaisanciers, et en particulier des kayakistes dont la petite taille les rend encore plus vulnérables.
Le RIPAM et l'Impératif de Visibilité : Voir et Être Vu
Pour garantir la sécurité maritime, le Règlement International pour Prévenir les Abordages en Mer (RIPAM) définit précisément les feux que chaque navire doit afficher entre le coucher et le lever du soleil - et également par mauvaise visibilité de jour. L’éclairage d’un bateau est obligatoire, que vous fassiez route ou que vous soyez au mouillage. L’utilisation correcte des feux représente une condition essentielle de sécurité à la navigation. Cette réglementation est issue du RIPAM (Règles 22, 23 et 25) qui régit la bonne conduite des bateaux sur les voies navigables. La nuit, les feux de navigation permettent d’apercevoir de loin la présence d’un navire ou de communiquer votre position en cas de détresse. En effet, chaque année les collisions entre embarcations sont assez fréquentes, surtout lorsque la visibilité est réduite ou lors de navigation de nuit. La nuit les lumières doivent être déchiffrées. Le but est de voir et d’être vu !
Décrypter le Langage des Feux de Navigation
Comprendre et interpréter les feux de navigation est un exercice fondamental pour prévenir les abordages. La logique des feux de navigation est simple et mnémotechnique : rouge à gauche (bâbord), vert à droite (tribord). Ces deux feux dits "de côté" couvrent chacun un secteur de 112,5° vers l'avant. Le feu de poupe, quant à lui, s'installe à poupe et projette une lumière blanche ininterrompue. Récapitulatif des feux de navigation obligatoires selon le type de navire : rouge = bâbord, vert = tribord, blanc = arrière ou mât.
En plaisance, on distingue 2 catégories de bateau : les bateaux à moteur et les voiliers qui naviguent à la voile. Lors d’une navigation de nuit, les bateaux doivent se rendre visibles par des feux spécifiques à chaque type d’embarcation pour pouvoir être identifié par les autres. Il est donc possible de savoir s’il s’agit d’une embarcation, à voile, à moteur ou s’il s’agit d’un bateau au mouillage. La couleur de la lumière aperçue sur l’autre embarcation rencontrée aide à déterminer laquelle est prioritaire.
Feux de côté : Un feu vert placé à tribord et un feu rouge placé à bâbord, projetant chacun une lumière ininterrompue et disposée de manière à projeter cette lumière vers l’avant, permettent de savoir si l’embarcation qui se dirige vers vous provient de votre droite ou de votre gauche.
Lire aussi: Conseils de sécurité pour la navigation de nuit
Voiliers : Un voilier qui fait route doit montrer des feux de côté bâbord-tribord rouge et vert qui éclairent vers l’avant du bateau ainsi qu’un feu de poupe blanc qui éclaire vers l’arrière du bateau. À titre d'option, un voilier peut montrer au haut du mât ou à proximité deux feux visibles sur tout l'horizon, sur une ligne verticale, celui du dessus étant rouge et celui du dessous, vert.
Embarcations à propulsion humaine et petits voiliers : L'opérateur d'une embarcation de plaisance à propulsion humaine (canoe, kayak) ou d'un navire à voile de moins de 7 mètres qui fait route du coucher au lever du soleil doit montrer, si possible, des feux de côté et un feu de poupe. Les voiliers d’une longueur inférieure à 7 mètres peuvent se passer de feux, mais doivent être prêts à montrer immédiatement une lampe électrique ou un feu blanc allumé pour prévenir un abordage. Cette dernière disposition est cruciale pour les kayakistes, qui doivent activement compenser leur faible visibilité.
Navires au mouillage : Un navire au mouillage (ancre jetée) doit afficher un feu blanc tout horizon visible à 2 milles.
Navires en pêche : Un navire en train de pêcher doit montrer deux feux superposés visibles sur tout l’horizon, le feu supérieur étant rouge et le feu inférieur blanc. Un chalutier (navire transportant une cage métallique) en train de pêcher doit montrer deux feux superposés visibles sur tout l’horizon, le feu supérieur étant vert et le feu inférieur blanc. Attention aux navires de pêche en train de chaluter : ils ne sont pas très manœuvrants et ils sont prioritaires. En principe, s’il n’avait pas d’erre, il n’aurait pas de feu de côté. S’il mesure plus de 50 mètres, il doit avoir un feu de tête de mât visible sur tout l’horizon, plus haut que le feu vert visible sur tout l’horizon, et en arrière de ce feu. Un chalutier en train de chaluter ne montre pas toujours des feux de côté ni de poupe (seulement s’il a de l’erre), en revanche il doit avoir un feu blanc et un feu vert superposés (le vert au-dessus), les deux visibles sur tout l’horizon.
Navires remorqués ou poussés : Si la longueur du train de remorquage dépasse 200 m, le remorqueur doit avoir trois feux de tête de mât superposés. Un navire remorqué doit montrer des feux de côté et un feu de poupe. Le navire poussé en avant, ne faisant pas partie d’une unité composite doit montrer à son extrémité avant des feux de côté.
Lire aussi: Plongez dans l'univers des Nageurs de la Nuit
Interpréter les Scénarios d'Abordage et Agir en Conséquence
Reconnaître la situation d'un navire à partir de ses seuls feux est un exercice fondamental. La première chose à faire, de nuit, quand on repère les feux d’un autre navire, consiste à essayer de se représenter ledit navire visuellement : où est l’avant, où est l’arrière, le côté tribord, le côté bâbord. Une fois que l’on est bien certain d’avoir compris dans quel sens l’autre bateau se meut, on a fait le plus gros du travail. Pour cela, il faut peut-être réviser les feux des navires, dans votre ouvrage de référence préféré (le RIPAM, à télécharger directement sur le site du SHOM, mais il est aussi repris dans L’almanach du marin breton ou dans Le bloc marin).
Situations courantes et réactions selon le RIPAM :
- Approche frontale : Si vous apercevez à la fois le feu rouge et le feu vert d'un navire (plus éventuellement un feu blanc de mât au-dessus), ce navire arrive face à vous. La règle RIPAM est claire : chaque navire doit abattre sur tribord (virer à droite) pour dégager. Si vous voyez tous ces feux, vous savez que le navire vient droit sur vous. Dès le moment où il n’est plus de face, on ne voit plus qu’un seul feu de côté.
- Feu rouge visible : Si vous ne voyez que le feu rouge d'un navire, il se trouve sur votre gauche et il a priorité - vous êtes en position de navire "donnant" et devez vous écarter.
- Feu vert visible : Si vous voyez le feu vert d'un navire, cela signifie qu'il se trouve sur votre tribord et qu'il est en situation de traversée. Dans ce cas, vous êtes le navire qui doit manœuvrer pour l'éviter.
- Feu vert sur votre feu rouge : Cette expression simplifiée signifie qu'un navire vous approche de votre bâbord, vous montrant son feu vert, tandis que vous lui montrez votre feu rouge. Si la trajectoire ne change pas, il y a un risque de collision.
Il est aussi possible de ne voir que le feu de poupe d’un navire si l’on se trouve dans son secteur arrière (67,5 degrés sur chaque bord, soit 135 degrés au total), auquel cas les feux de côté ne seront pas visibles puisqu’on n’est plus dans leur secteur (112,5 degrés sur chaque bord). Voilà exactement à quoi ressemble un cargo de nuit, vu par le travers, de bâbord. On ne voit pas le feu de poupe (on n’est pas dans son secteur, qui est de 67,5 degrés sur chaque bord, 135 degrés au total). Cargo vu de trois quarts avant, de tribord. On voit les mêmes feux que si le navire était vu de côté : feu de côté tribord (vert) et les deux feux de tête de mât. Pas le feu de poupe : on n’est pas dans son secteur (67,5 degrés sur chaque bord).
La vigilance est capitale. Pour surveiller les routes de collision, on gardera pour commencer un compas de relèvement : si le relèvement de l’autre navire ne bouge pas, une collision est à craindre. Ne faites pas confiance aux navires de commerce. Un cargo de 300 mètres à 20 nœuds est quasi-silencieux mais irrépressible. Sa veille radar peut ne pas vous détecter si votre réflecteur radar est insuffisant. La prudence recommande une veille visuelle constante, même avec l'aide d'outils technologiques. Il arrive que, guidé par les bouées et les balisages, on doive maintenir notre cap et notre vitesse, par exemple car on voit le feu vert d'une bouée tribord indiquant un chenal sûr. Mais il faut toujours rester vigilant face aux autres embarcations.
Préparer Votre Expédition Nocturne : L'Anticipation est Clé
Une bonne navigation nocturne se prépare de jour. Anticiper, sur un bateau, c’est important. C’est encore plus vrai la nuit. Il s’agit en priorité d’en faire le maximum tant qu’il fait encore jour, dans des conditions plus faciles.
Vérifications et équipement :* Opération non indispensable, mais rassurante : cocher une à une les cases d’une liste de vérifications. Prenez bien garde aux choses devenant beaucoup plus difficiles à faire une fois que la nuit est tombée, tout simplement parce qu’on voit moins bien.
- Assurez-vous que tous vos équipements électroniques et vos feux de navigation fonctionnent correctement avant de partir. Vérifiez tous les équipements de sécurité, assurez-vous que chacun possède un gilet de sauvetage ou un vêtement de flottaison individuel (VFI) bien ajusté et en bon état. Mieux encore, assurez-vous que tout le monde porte son VFI. Indiquez à toutes les personnes à bord où se trouve l’équipement de sécurité.
- Assurez-vous d’avoir suffisamment d’essence pour vous rendre à votre destination et rentrer chez vous avec un peu de réserve. La règle empirique est la suivante : 1/3 pour l’aller, 1/3 pour le retour et 1/3 en réserve. Pour un kayakiste, cela se traduit par une estimation précise des forces et des distances, ainsi qu'une réserve d'énergie et de vivres suffisante.
Navigation et environnement :* Réfléchissez à l’endroit où vous allez et à la manière dont vous allez revenir. Vérifiez que vos cartes marines soient bien à jour. Notez les dangers potentiels et les aides à la navigation, en particulier celles qui seront clairement visibles la nuit.
- La nuit, toutes les lumières se ressemblent souvent. Essayez donc de trouver des moyens de les identifier. Soyez également attentif à la direction prise par les autres bateaux en fonction des feux de navigation que vous pouvez apercevoir.
- Circulez à une vitesse plus lente qui reflète les conditions réelles. Doublez les précautions à l'approche d'une côte. La nuit, une côte rocheuse bien identifiée sur la carte peut sembler très proche et très loin à la fois selon les conditions lumineuses.
- L'expérience du kayakiste en Galice illustre parfaitement ces défis : naviguer le long d'une côte basse et très rocheuse avec des écueils détachés, où la grosse houle s'y fracasse en blanchissant largement, devient très impressionnant la nuit. Quand l'obscurité est si profonde que c'est au fracas intermittent que les oreilles discernent les déferlantes un peu tard, la prudence est de mise. Repérer une bouée clignotante est un soulagement, mais la complexité des chenaux, comme un chenal perpendiculaire à l'axe initial, peut rapidement désorienter. Une rencontre inattendue avec un autre bateau, non entendu ni senti, souligne la vulnérabilité des petites embarcations. J'allume ma torche et fais des signes, j'éclaire ma carène, ma pagaie, mon visage. Ce geste simple mais vital peut faire ralentir un navire de plusieurs tonnes.
Formation :* Apprenez-en plus sur les techniques de navigation et la navigation de plaisance en suivant un cours de navigation de CanBoat/NautiSavoir.
Gestion de l'Équipage et Combat Contre la Fatigue
Par ailleurs, la fatigue joue un rôle crucial. L'être humain n'est pas naturellement programmé pour être vigilant entre 2h et 5h du matin. La fatigue est l'ennemi numéro un de la navigation nocturne. Un équipier assoupi au quart est plus dangereux qu'un équipier absent.
Lire aussi: Genève : Exploration des Bains des Pâquis
Organisation des quarts :* Plusieurs rotations ont fait leurs preuves. Le système des quarts de 3 heures est le plus courant sur les croisières côtières : chaque équipier assure 3 heures de veille, puis dort 6 heures (avec deux équipiers en alternance).
- L'équipier de quart est responsable de la sécurité du navire.
- C’est à négocier au sein de l’équipage. La durée la plus communément admise est de 3 ou 4 heures, mais rien n’interdit de faire 2 heures ou 6 heures. Avec un équipage plus nombreux, il peut être judicieux de faire des quarts qui se chevauchent, de manière que chacun ait deux compagnons de quart successifs.
- En course, si l’effectif de l’équipage le permet, on organise souvent deux quarts de plusieurs équipiers, chacun des deux formant un petit équipage complet capable de faire la majorité des manœuvres et de prendre la plupart des décisions.
Rôle du chef de bord et gestion des risques :* La fatigue déforme le jugement. Si vous n'êtes plus certain d'une situation, réveillez quelqu'un. C'est la règle d'or.
- Il est important que le chef de bord précise assez clairement dans quels cas de figure on doit nécessairement le réveiller. Généralement cela se formulera de la manière suivante : si le vent forcit à plus de « X » nœuds ou mollit à moins de « X », si le vent bascule de plus de 20 degrés à gauche ou 10 degrés à droite… et dans tous les cas, si on a le moindre doute quant à un risque de collision.
Impacts physiologiques et pièges à éviter :* Physiologiquement, à la nuit tombante, notre corps va naturellement prendre des dispositions. Il va ainsi sécréter davantage de mélatonine, la fameuse hormone du sommeil, pour nous inciter au repos. La baisse de la production de plusieurs autres hormones va nous rendre moins attentifs, moins vigilants. Et notre champ visuel va se rétrécir, ce qui va réduire notre potentiel de mise en alerte. Il faut ajouter la baisse naturelle de notre température corporelle : elle est à son minimum vers 3 ou 4 heures du matin. Les statistiques le prouvent. À cela il faut ajouter que de nuit, les douleurs inflammatoires, tendinites ou autres, augmentent naturellement.
- Malheureusement, nous entendons trop souvent parler d’accidents de bateau qui se produisent la nuit. Ces incidents surviennent souvent après que des groupes de plaisanciers se sont rassemblés pour assister à un concert ou à un feu d’artifice au bord d’un lac. Souvent, ces événements commencent pendant la journée et se terminent bien après la tombée de la nuit. Les plaisanciers, leurs amis et leurs familles sont arrivés à un moment où il est facile de voir ce qui se passe autour d’eux et de se situer par rapport aux autres plaisanciers et à leur environnement immédiat. Une fois le spectacle terminé, il fait souvent très sombre. On ne distingue plus les points de repère, les aides à la navigation et même les autres bateaux. Parfois, vous avez oublié de vérifier vos feux de navigation avant de partir. Lorsque vous en avez besoin, ils ne fonctionnent pas correctement. La vitesse et l’alcool peuvent également jouer un rôle. Pendant que vous regardez le spectacle, vous pouvez être tenté de boire une ou deux boissons alcoolisées.
Confort et équipement personnel :* Par temps froid, il ne faut trop lésiner, quitte à devoir enlever quelques couches pour les manœuvres. Le bonnet, très important, fait une énorme différence. L’idéal, c’est l’ensemble salopette et veste polaire avec doublure extérieure imper-respirante. Pour les lampes frontales, on trouve une offre assez vaste chez la plupart des shipchandlers. Petzl, réputé aussi dans les secteurs de l’alpinisme et du travail en hauteur, est la référence dans ce domaine. Il existe assez peu de modèles étanches, mais les modèles non étanches résistent bien.
Technologies au Service de la Sécurité Nocturne
Les aides électroniques sont des atouts majeurs pour la navigation nocturne, mais elles ne remplacent jamais la veille visuelle et l'expérience.
Radar et AIS :* Radar ou AIS : le radar détecte tous les objets, l'AIS identifie les navires équipés. L'idéal est d'avoir les deux.
- Pour cela, il y a bien sûr l’AIS et le radar, avec leur fonction ARPA permettant de calculer, pour chaque cible, un « CPA » (Closest Point of Approach, autrement dit le segment reliant les deux navires quand ils seront les plus proches) et un TCPA (Time to Closest Point of Approach, le temps pour y arriver). Un CPA trop petit doit alerter, a fortiori si le TCPA est court, mais il doit être pris au sérieux dans tous les cas. On peut généralement paramétrer des alertes sur un traceur ou sur un ordinateur. Il ne faut donc pas se priver de cet outil !
- L'application YachtMate intègre une vue AIS en temps réel qui affiche les navires environnants avec leur cap et leur vitesse. Avec YachtMate, activez les alertes de proximité : l'application calcule en temps réel le point de rapprochement maximal (CPA) et vous avertit si un navire risque de passer trop près. AIS sur Weather 4D, les petits cercles indiquent les positions CPA des deux navires.
- Quoi qu’il en soit, rien ne remplace la veille visuelle.
Logiciels de navigation et affichage :* YachtMate propose un mode nuit adapté à la navigation : fond sombre, carte marine lisible sans éblouissement, et toutes les informations critiques (cap, vitesse, profondeur, ETA) regroupées sur un seul écran.
Systèmes d'Homme à la Mer (MOB) :* Repérer un homme à la mer de jour n’est déjà pas simple, alors de nuit… Un des moyens les plus efficaces est la lampe flash : il est bon que chacun porte toujours la sienne (c’est aussi valable de jour). Par ailleurs, on peut s’équiper d’une balise personnelle faisant à la fois Salsa (alerte par satellite) et AIS (alerte diffusée aux autres navires alentour). Homme à la mer. L’interface d’Adrena pour la fonction MOB associée au GPS ou l’interface de Sailgrib pour la balise AIS homme à la mer sont des outils précieux.
Réglage des voiles et instruments :* Électronique. Pour le réglage des voiles de nuit, des instruments bien étalonnés sont utiles. Jeter un œil régulièrement sur la trajectoire permet aussi de garder des repères en mémoire. C’est évidemment plus difficile la nuit puisqu’on ne voit pas, ou pas bien, la forme de la voile dans son ensemble. D’un autre côté, le réglage des voiles reste toujours un exercice intéressant et gratifiant - on peut souvent voir l’effet immédiat sur le speedomètre. Et puis on a le temps… Attention toutefois : il faut vraiment se méfier des écrans des instruments, souvent très mal étalonnés et pouvant induire en erreur. De jour comme de nuit, les meilleurs instruments sont vos joues et vos oreilles (direction et vitesse du vent), la girouette (prévoir un éclairage !) et les penons. Alors bien sûr, on ne peut pas éclairer les penons en permanence, mais on peut au moins les éclairer de temps en temps. Et avec une bonne lampe frontale, on peut même les garder à l’œil en continu. Mieux encore, on peut installer un petit éclairage ad hoc dans le pont, ou, nec plus ultra, utiliser les penons électroniques que le professeur Desjoyeaux développe depuis quelques années avec son équipe de Mer Agitée.
Démystifier la Météorologie Nocturne
De nuit, l’écume phosphorescente et l’obscurité font paraître les vagues plus grosses. On a aussi toujours l’impression que le vent est plus fort, pour différentes raisons, y compris psychologiques. Mais qu’en est-il vraiment ? Christian Dumard, météorologue officiel de nombreuses courses océaniques, affirme : « C’est complètement faux ! À part les phénomènes de vents thermiques, le long des côtes, qui s’inversent entre le jour et la nuit parce que la terre se réchauffe plus vite que la mer de jour et se refroidit plus vite la nuit, les vents du large ne sont pas influencés par le coucher du Soleil. Au contraire, statistiquement toujours, les thermiques sont souvent plus forts de jour que de nuit. De jour, il est vrai qu’on voit plus facilement des grains progresser sur l’eau, par exemple. » Effectivement, le soir, on aperçoit souvent des barres de nuages sombres à l’horizon, vers l’Ouest. Cette connaissance permet de ne pas se laisser submerger par des perceptions erronées.