La genèse d’une passion aquatique
L’histoire de Cléo Renou avec la natation a débuté il y a onze ans, portée par une volonté simple et déterminée : faire comme sa grande sœur Zoé. À l’âge de neuf ans, elle entre pour la première fois dans un bassin, sans se poser la question de savoir si elle le pouvait. Elle commence par dix cours individuels avec un maître-nageur, puis, animée par le désir de poursuivre, elle intègre un cours collectif. Très vite, la jeune fille, atteinte de trisomie 21, commence à se mesurer aux nageurs ordinaires. Ses débuts sont marqués par une réalité compétitive où elle arrive souvent dernière, mais cela ne la décourage pas. « Surtout de bons chronos ! C’est vraiment mon objectif : faire des temps et être qualifiée pour continuer à participer à des compétitions internationales », précise aujourd’hui la multiple championne du monde qui habite Rieux. Ce qui n’était qu’un désir d’imitation s’est transformé, au fil des années, en une véritable vocation de haute performance.
Le quotidien d’une athlète de haut niveau
La vie de Cléo Renou est structurée autour d’un planning de ministre, géré par sa maman Alexandra. Licenciée au Cercle des nageurs du pays de Redon, elle s’entraîne à raison de six séances par semaine, consacrant entre 1h30 et 2h à chaque session dans le bassin. Son engagement ne s’arrête pas à la natation : elle complète sa préparation physique par trois heures de musculation hebdomadaire, incluant gainage, abdos, travail du dos et des épaules.
Sur le plan professionnel, Cléo a suivi un parcours d'insertion rigoureux. Après avoir obtenu son CAP Employé de commerce, elle a multiplié les stages, notamment chez Décathlon au rayon natation, où elle espère être embauchée. En parallèle de son activité à l’ESAT Talent’ea à Saint-Jacut-Les-Pins, elle s'investit dans la transmission de son savoir-faire. Elle entraîne le groupe Dauphin, dédié à l’apprentissage de la nage pour les enfants de 7 ans, et encadre également des séances de sport adapté. Cette double casquette d’athlète et d’éducatrice démontre son désir d'autonomie et son intégration totale dans le tissu social et sportif.
L’ascension vers les sommets mondiaux
Le tournant de sa carrière s’opère en 2014, lorsqu’elle est repérée lors des championnats de France de sport adapté. Intégrée au Pôle France aux côtés d’autres jeunes porteurs de trisomie 21, elle gravit les échelons avec une rapidité fulgurante. Dès le mois de novembre de cette même année, l’équipe féminine devient vice-championne du Monde au Mexique.
Cléo participe régulièrement aux compétitions de la DSISO (Down Syndrome International Swimming Organisation), dédiées exclusivement aux nageurs porteurs de trisomie 21, et aux événements de Virtus, la confédération internationale du sport adapté. Ses performances sont spectaculaires : championne du Monde et détentrice de records, elle vit chaque course avec intensité. Ses parents, pour soutenir cet itinéraire international qui l’a menée de l’Australie au Canada, ont créé l’association « Le chromosome du bonheur ». Cette structure permet de financer son accompagnement et de garantir que la famille puisse l’entourer lors de ses déplacements, créant ainsi une dynamique collective où Cléo entraîne ses proches dans son sillage.
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Les défis de la reconnaissance et de l’inclusion
Malgré un palmarès impressionnant - incluant huit médailles lors des championnats en Australie - le statut de Cléo Renou fait face à une réalité administrative complexe. Le handicap intellectuel, dans le cadre des Jeux paralympiques, impose des règles spécifiques : les catégories sont souvent mélangées, ce qui rend difficile l’atteinte des minima de qualification pour les athlètes porteurs de trisomie 21. C’est pour cette raison que Cléo ne pourra pas participer aux Jeux paralympiques, une situation que sa mère explique par l’absence d’une catégorie adaptée.
Pourtant, son statut est reconnu au plus haut niveau. « Sur les listes ministérielles des athlètes de haut niveau, elle a le statut identique à celui de Florent Manaudou ou Teddy Riner avec la même mention : Élite », souligne son entraîneur Bertrand Sébire. Cette reconnaissance témoigne du changement de regard que Cléo a su imposer grâce à sa détermination. Quand on la voit nager, glisser dans l’eau avec des mouvements sûrs et efficaces, ou lorsqu’on revoit ses finales internationales jouées à un centième près, le handicap s’efface derrière la performance pure. Pour Cléo, l’eau est un espace d’égalité : « Quand je suis dans l’eau, je me sens comme tout le monde. Comme les gens ordinaires. »
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