Ancrée au cœur du Pays Basque, la Société Nautique de Bayonne se distingue comme une institution sportive dont la longévité et le rayonnement sont exceptionnels. C'est le plus ancien club du Pays Basque, une véritable pépinière où ses licenciés ont ramené des places olympiques et des titres mondiaux au club, témoignant d'une quête d'excellence perpétuelle. Cette année, le club fête ses 150 ans d'existence, marquant un jalon historique dans son parcours, depuis sa fondation en des temps où la France connaissait des bouleversements profonds.
Les Racines Profondes d'une Institution Basco-Pyrénéenne
Le plus ancien club sportif du Pays Basque nord a été créé en 1875 sous la IIIe République, une période marquée par la consolidation des institutions républicaines en France. À cette époque, Mac Mahon était alors président de la République, un contexte politique et social bien distinct de celui que nous connaissons aujourd'hui. La Société Nautique a d'abord été créée comme un club de rame, reflétant l'engouement de la bonne société pour les sports nautiques de matériel, souvent onéreux. En effet, comme le décortique Jean-Michel Bourgeois, « Ce sont des sports de matériel, ça coûte cher ». Un groupe de jeunes Bayonnais bien nés s'est regroupé pour pratiquer, d'abord au bord de la Nive, où un premier local a accueilli cet entre-soi à partir de 1891.
Sous la présidence de Luis Oyarzun, qui a exercé de 1890 à 1901, l'aviron a connu un développement significatif, entraînant une croissance notable du nombre de sociétaires. Cependant, malgré cette expansion, l'accès au club demeurait sélectif, reflétant les normes sociales de l'époque. La Société Nautique a ensuite migré vers Mousserolles et l’Adour en 1894, marquant une nouvelle étape dans son développement. Pour l'inauguration de ce premier bâtiment, un événement d'importance, la princesse de Serbie était présente, soulignant le prestige croissant de l'institution. Ce n'était pas encore le bel ensemble Art déco que nous connaissons aujourd'hui, conçu plus tard par les frères Jean et Joseph Soupre, dont l'un, Jean, croisait déjà le fer au sein de la section escrime, une autre discipline pratiquée alors à La Nautique, aux côtés de la gymnastique.
Un Patrimoine Architectural et Historique Vivant sur les Bords de l'Adour
Aujourd'hui, sur les bords de l'Adour, le bâtiment Art déco classé abrite toujours un garage à bateaux, une impressionnante collection de trophées, et une salle de conseil au plancher ciré qui a impressionné des générations de licenciés. Valérie Chanteux, dont le témoignage enrichit la mémoire du club, se souvient avec émotion : "les bâtiments sont fabuleux, la salle en haut est magnifique avec ce plancher en bois. À mon époque, on y entrait, mais alors vraiment… woaoh ! On n'avait pas droit d'y entrer en fait". Cette histoire est partout, non seulement dans ce bâtiment Art déco, mais aussi dans les trophées qui s'alignent sur les murs, chacun racontant une page de gloire et de persévérance.
La construction de ce nouvel ensemble fut une entreprise d'envergure, initiée par Pierre Simonet, figure emblématique du club. Ce dernier fut maire de Bayonne un mandat durant (1935-1941) et fut également, pendant trois décennies, patron de la Société nautique, de 1911 à 1944. Une période particulièrement éprouvante où, comme le rappelle Jean-Michel Bourgeois, « Il s’est tapé les deux guerres ». Simonet eut la lourde tâche de reconstruire une association décimée après la « Der des Der », la Première Guerre mondiale, car la mobilisation générale avait ratissé les hommes du club. Une plaque située dans les locaux entretient le souvenir des morts pour la France. Jean-Michel Bourgeois souligne l'ampleur des pertes : « Vous pouvez y lire une quarantaine de noms et nous n’étions pas 600 comme aujourd’hui ».
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L'entre-deux-guerres fut une période de renouveau, et en août 1929, le nouveau siège de La Nautique fut inauguré, grâce à l'intervention d'un improbable mécène : Ricardo Soriano de Ivanrey. Ce drôle de personnage, marquis espagnol carburant à l'adrénaline, était un fou de sports à moteur, ayant « failli se tuer plusieurs fois à moto et en voiture ». Il s’est tourné à la fin de sa vie vers le motonautisme et, après un premier projet sur l’étang de Bachefores, il a voulu amarrer ses bateaux aux pontons de la Société nautique. Le bonhomme a proposé de payer une bonne part des nouveaux locaux, en échange de la création, au sein du futur ensemble, de sa section autonome de « navigation automobile ». C’est entendu : le mécène assuma une moitié de l'investissement, tandis que le couturier Jean Patou contribua pour l'autre. Le Canot Club vit ainsi le jour, devenant un repère chic d’une aristocratie flottante et vrombissante. Ses membres côtoyaient ceux de La Nautique, sans pour autant se mélanger initialement.
L'Ouverture et la Diversification Sportive : De l'Élite à la Grande Famille
À côté de cette sorte de « country club » sur l’Adour, la Société Nautique a connu une transformation majeure en s’ouvrant en grand à de nouveaux pratiquants. En 1942, toujours sous le règne de Pierre Simonet, elle a absorbé l’Association Sportive Côte basque, marquant un tournant décisif dans son histoire. Jean-Michel Bourgeois explique l'impact de cette fusion : « Nous étions 500 licenciés et eux près de 700. Nous voilà 1 200 membres. » Cette absorption a non seulement accru le nombre de membres, mais elle a également introduit une nouvelle sociologie au sein de l'institution, brisant les barrières de l'exclusivité. De nouvelles disciplines ont décorseté le club, l'ouvrant à la pratique du rugby, du basket, de la boxe, du handball, du cyclisme et de la pelote.
Cette période marque le passage d'un club élitiste à une structure plus populaire et accessible. Fini « la haute », le club s'est transformé pour embrasser une mission plus large. Aujourd’hui, nous sommes reconnus comme club formateur, porteur de valeurs sociales et d’inclusion. La philosophie du club met en avant le développement humain : « la performance vient si elle doit venir, mais nous formons d’abord des personnes ». Cet esprit n'a pas changé en 150 ans, le mot est unanime et revient dans toutes les bouches pour décrire le club : « c'est une famille ». Parmi les figures marquantes qui ont perpétué cette œuvre, on compte des présidents tels que Robert Caillou (1978-1991), illustre joueur de rugby à XIII et capitaine de l'équipe de France, la première à avoir battu les Australiens chez eux en 1951. Pierre Pommiez (1991-2003) a également contribué à l'évolution du club, poursuivant la vision d'un club devenu populaire au tournant du siècle dernier, œuvrant à accompagner les jeunes pour devenir adultes.
La Quête d'Excellence et les Champions qui ont Façonné la Légende
Au fil des décennies, la Société Nautique de Bayonne a forgé une réputation enviable dans le monde sportif, accumulant un palmarès impressionnant. Chaque année, la Nautique ramenait un titre de champion de France, un exploit qui a rendu les couleurs rouges et verts du SNB reconnaissables sur tous les plans d'eau de France. Valérie Chanteux, dont l'arrivée à la Nautique se fit à 13 ans en 1973, en est une parfaite illustration. Elle déroule modestement un « palmarès assez sympa », avec le titre de championne de France en skiff et une médaille d'argent en double. Son engagement s'est étendu sur la scène internationale, puisqu'elle a été trois ans en équipe de France, contribuant au rayonnement du club.
L'empreinte du club ne se limite pas aux titres nationaux. Des athlètes de la Société Nautique ont atteint les sommets de la compétition mondiale, participant aux Jeux Olympiques. En 1984, Lydie Dubedat et Hélène Ledoux ont ainsi qualifié la France pour la finale olympique du 4 barré à Los Angeles, une performance mémorable qui a inscrit leurs noms et celui de leur club dans l'histoire olympique. Ces succès, qu'ils soient nationaux ou internationaux, sont le fruit d'un engagement constant et d'une formation de qualité, confirmant le statut du club comme véritable terreau de champions. Aujourd'hui, il reste la rame, qui représente la moitié des licenciés, et la pelote, perpétuant cette tradition d'excellence.
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La Pelote Basque : Un Pilier Ancien et Toujours Vibrante
« Très importante, la pelote. Elle reste un de nos piliers. » La pelote basque constitue en effet la deuxième section en nombre de licenciés au sein de la Société Nautique de Bayonne, jouant un rôle essentiel dans l'identité du club. Cette discipline est profondément enracinée dans l'histoire locale, et le club a joué un rôle clé dans sa préservation et son développement. En 1946, le club récupéra à un ordre religieux la gestion du trinquet Saint-André, un lieu chargé d'histoire. Ce trinquet, au creux du Petit Bayonne, « existait avant 1 600, on y pratiquait le jeu de paume à l’origine », comme le précise Jean-Michel Bourgeois. Le lieu, tout juste rafraîchi, appartient aujourd’hui à la Ville de Bayonne, tout comme l’immeuble Soupre, assurant ainsi la pérennité de ce patrimoine.
La section pelote s'est spécialisée dans les instruments, baline et paleta cuir, témoignant de la richesse des pratiques au sein de cette discipline. Le club est fier de compter parmi ses membres des talents de premier plan, tels qu'Ema Domingo et Patxi Moros, qui font partie de l'équipe de France de pelote, portant haut les couleurs du club sur la scène nationale et internationale. La vitalité de cette section se manifeste également par son activité associative intense : chaque année, plus de 500 pilotari participent au tournoi organisé par le club, soulignant l'engouement local pour ce sport traditionnel. Le fronton bayonnais de Saint-Léon accueille également des événements majeurs, comme la première journée de la 103ᵉ Grande semaine de pelote basque, le dimanche 10 août, avec au programme rebot, grand chistera et finales féminines, avant huit jours de compétitions répartis dans douze villes. La pelote culminera en apothéose avec une finale de Master des 150 ans en décembre, clôturant les festivités de l'année anniversaire.
Célébrations des 150 Ans : Un Anniversaire Mémorable
L'année en cours est placée sous le signe d'une célébration grandiose pour la Société Nautique de Bayonne, qui commémore son siècle et demi d'existence. Le club fête ses 150 ans d'existence avec un programme riche et varié. Pour l'occasion, un logo spécial et une ligne de vêtements ont été créés, permettant aux membres et supporters d'afficher leur fierté d'appartenance. Les festivités s'étaleront sur toute l'année, offrant de multiples occasions de se rassembler et de célébrer l'histoire et l'avenir du club.
Parmi les moments forts prévus, le 12 juillet, le club organise la régate des fêtes, un événement nautique traditionnel qui attire chaque année de nombreux participants et spectateurs. Puis, le 15 août, un grand repas anniversaire rassemblera la famille de la Nautique pour un moment de convivialité et de partage. Le lendemain, le 16 août, une grande journée nautique sera organisée, mettant en lumière les activités phares du club et son lien indéfectible avec l'eau. Impossible de tout détailler, tant les événements vont s'étaler sur toute l'année, avec notamment une grande partie de pelote en décembre qui viendra clôturer en beauté cette année jubilaire.
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