Depuis ses débuts, la bande dessinée Kid Paddle captive des générations de lecteurs grâce à l'humour décalé et l'imagination débordante de son jeune héros. Cependant, une question récurrente a souvent plané sur l'univers de ce personnage emblématique : celle de la mère de Kid Paddle. Son absence, un fait notable dans une bande dessinée jeunesse, a suscité de nombreuses interrogations et alimenté les théories. Mais que s'est-il réellement passé, et quelles sont les raisons artistiques et pratiques derrière cette décision ? Les interviews du créateur, Midam, offrent un éclairage précieux sur ce qui n'était pas un choix délibéré au départ, mais qui est devenu, au fil du temps, une signature de la série.
L'Énigme Initiale : Une Voix et Puis le Silence
L'une des premières manifestations de cette énigme apparaît très tôt dans l'histoire de Kid Paddle. Dans le premier album, à la page 6, on peut en effet remarquer dans la dernière case qu'un personnage prononce une phrase qui a marqué les esprits des lecteurs : « Dépêche-toi, chéri ! Tu vas arriver en retard à ton ministère ! ». Tout porte à croire qu'il s'agit de la mère de Kid, une figure que l'on s'attendrait à voir au sein d'une famille classique. Cependant, après cette unique intervention vocale, ce personnage n'apparaît plus physiquement dans les albums. Cette absence soudaine et prolongée a naturellement conduit les fans à se poser des questions fondamentales : est-elle décédée ou a-t-elle divorcé ? Cette interrogation a nourri l'imaginaire des lecteurs, cherchant une explication à un élément narratif laissé en suspens.
Les Révélations de Midam : La Genèse d'une Absence Créative
Midam, le père de Kid Paddle, a apporté des réponses claires à cette persistante interrogation au fil de diverses interviews. Il explique que cette situation n'était pas son intention première. Au départ, il pensait à une famille on ne peut plus classique, pour ne pas choquer. L'une des raisons principales de cette absence est d'ordre purement graphique : « Sa mère n’a jamais trouvé sa constitution graphique. J’ai longtemps cherché un dessin, un physique qui m’aurait plu mais en vain. » Midam confie également ne pas être très bon en personnages féminins, ce qui a rendu la tâche ardue. Cette difficulté à trouver un design satisfaisant pour la mère a eu des conséquences directes sur sa présence dans la bande dessinée.
En effet, lors des premières étapes de la création de la série, la question de l'apparition de la mère était constamment repoussée. Dans les premières pages, il se disait : « Bon, la mère n’est pas là, mais ce n’est pas grave, je la dessinerais la semaine prochaine ». Or, l'auteur était alors contraint par un rythme de production soutenu, devant fournir une page par semaine. Ce manque de temps a joué un rôle crucial. Midam a attendu et hésité tellement longtemps qu’elle n’est pas apparue dans le premier tome. Après quelques mois, la mère n’était toujours pas là. Cette situation posait un problème supplémentaire : non seulement il devait lui trouver un physique qui lui convenait, mais en plus il devait justifier son absence du premier tome ! Face à ce double défi, Midam a pris la décision de laisser ce problème en suspens, préférant y renoncer pour la suite des albums. Il a finalement "laissé tomber", transformant une difficulté initiale en une particularité de la série.
Le Choix Artistique et la Famille Monoparentale
Ce qui était au départ une contrainte est devenu, avec le temps, un choix assumé. Midam l'indique clairement : « J’ai changé d’avis et j’ai décidé qu’elle n’apparaîtra jamais, la composition actuelle de la famille (père, fils, fille) me convenant entièrement ». Cette décision a modelé l'environnement familial de Kid Paddle, le faisant évoluer dans une famille monoparentale avec sa sœur et son père, une configuration assez rare dans la bande dessinée. Ce cadre singulier permet d'explorer des dynamiques familiales différentes, où le père, souvent surnommé « docteur No » par Kid, et la sœur, « Blorkfinger », jouent des rôles centraux et parfois antagonistes.
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Cependant, Midam envisage une possible exception à cette règle dans d'autres formats. Il estime aujourd'hui qu'il est très content d'avoir laissé cette porte ouverte, car il pourrait se servir de cela à un moment ou à un autre. Peut-être pas dans la bande dessinée, mais si, par exemple, il voulait faire un long métrage, on pourrait très bien imaginer de faire apparaître la mère et d’expliquer pourquoi elle n’est plus là. Cela renverrait à la BD tout en apportant une vision différente. En outre, il est probable que la mère apparaisse dans la version animée de Kid Paddle, les contraintes de standardisation pouvant imposer une structure familiale plus conventionnelle pour certains marchés ou types de production.
L'Univers de Kid Paddle : Une Constance dans le Changement
Au-delà de la question familiale, l'univers de Kid Paddle est riche et cohérent, forgé par les passions et les particularités de son créateur. Kid Paddle est un petit garçon d’aujourd’hui, de l’âge de l’école primaire, et surtout, fou, ainsi que ses copains, de jeux vidéo et de monstres. Il est d’ailleurs très fort pour les premiers et en ce qui concerne les seconds, aucun monstre n’est trop terrifiant ou répugnant pour lui. L’innocence de l’enfance lui permet même de se délecter sans aucune arrière-pensée attristante des pires photos médicales. Il passe sa vie à dégommer des monstres gluants et terrifiants. Non, Kid Paddle n'est pas un agent spécial intergalactique mais juste un gamin, véritable pro des jeux vidéo ! Et il craint bien moins les horribles Blorks que Mirador, le surveillant de City Game, la salle d'arcade, qui n'aime pas trop qu'on secoue ses machines. Kid a un faible pour tout ce qui est gore, gluant et répugnant… Ce qui lui donne sans cesse mille et une idées de blagues qu'il va vous présenter dans son tout nouvel album !
Sa sœur Carole, première de classe désespérément raisonnable, risque encore d'avoir quelques petits soucis, tout comme son père fonctionnaire aussi cravaté que flegmatique. Entre la maison des Paddle et l'école, il y a City Game. Salle d'arcade immense, avec un nombre infini de jeux, toujours plus fous et développés. Un vrai paradis pour Kid, qui pourrait passer ses journées à jouer avec ses amis sur les bornes. Les monstres en tous genres peuplent son quotidien. Attraper les schmolls, exterminer les plutoniens ou traverser un champ de mines, voilà ses activités préférées. Kid Paddle et sa bande maîtrisent à fond le sujet, qu'il s'agisse de savoir quel mot faire au scrabble avec un X, W, Z et Q, avec quoi les vaches se font-elles des taches, si le monstre des dunes dévore vraiment les petits enfants, ou comment vaincre les logarithmes népériens avec un phaser multiplié.
L'auteur Midam a développé une méthode de travail qui privilégie la flexibilité plutôt que la rigidité des décors. Il confie avoir horreur de dessiner une marche, un couloir, une porte, c'est pourquoi il en a dessiné très peu. On ne voit pas grand-chose de la salle d’arcade, même si une fois, Kid est allé aux toilettes de la salle d’arcade, mais c’est tout. De même, la localisation des pièces dans la maison de Kid est fluide, parfois sa chambre est à gauche, parfois à droite, parce que, dans le récit, c’est plus facile de mettre à droite qu’à gauche et peu importe. Cette approche permet de maintenir une agilité narrative et visuelle, évitant de figer l'univers dans des détails qui pourraient entraver la dynamique des gags.
Midam est également conscient de la nécessité d'une certaine intemporalité pour sa série. Il a très vite essayé de "botter en touche" en évitant les références trop spécifiques aux jeux vidéo ou aux technologies de l'époque. Par exemple, parler de jeux vidéo précis donne une date, une référence dans le temps et c’est toujours très mauvais. Quand il doit dessiner Kid qui téléphone, il trouve une solution pour que le modèle ne date pas la BD, en expliquant par exemple que c'est un téléphone du grand-père. Cela permet d’avoir une tolérance dans le temps, s'assurant que la BD reste pertinente pour un public nouveau. Il y a beaucoup de choses dont le lecteur ne se rend pas compte, comme la volonté de ne pas dessiner des plans précis de la maison, car le scénario prime sur la cohérence architecturale.
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L'Esprit Créatif de Midam : De la BD aux Nouvelles Expérimentations
Le parcours de Midam est celui d'un autodidacte persévérant. Né en 1963 à Etterbeek, il a suivi des études variées (sciences économiques, architecture d'intérieur, photographie, illustration) avant de se retrouver au chômage pendant six ans. Il a dû réapprendre le dessin en autodidacte, contactant lui-même des journaux. Ses débuts chez Spirou ont été marqués par une critique : « Ce que tu fais, c’est beaucoup trop pompé sur Calvin et Hobbes, de Bill Watterson ! ». Il a retravaillé son style et a finalement trouvé sa place en réalisant des petits dessins pour une rubrique sur les jeux vidéo. C'est en saisissant ce créneau, car « On a un créneau, c’est dans le jeu vidéo. Ça t’intéresse ? », que Kid Paddle a pris directement son envol. Paradoxalement, Midam n'est pas un fervent joueur de jeux vidéo. Il reconnaît même que c’est une drogue et qu'il s'est très vite rendu compte que c’était antinomique avec le travail qu'on lui demandait. Il préfère s'inspirer de l'univers des jeux sans y plonger lui-même, afin de toucher un public plus large que les seuls « gamers ».
La création de gags est un véritable métier, chronophage. Midam a travaillé pendant des années 12h par jour, samedi et dimanche compris, partant rarement en vacances. À un moment, cette surcharge de travail est devenue ingérable, conduisant à une absence de vie personnelle. Plus la série fonctionne, plus l’éditeur veut des albums, et avec deux séries (Kid Paddle et Game Over), le travail est doublé. C'est pourquoi il a décidé d'augmenter sa qualité de vie, quitte à fermer les yeux sur certaines imperfections du dessin ou du scénario. Il soupçonne le public de ne pas vraiment faire la différence, et les réactions lors des dédicaces (où certains adorent des gags qu'il pensait faibles) le confortent dans cette idée. Il ne voit pas que c'est un peu moins bien dessiné (ou plutôt moins fidèle à sa main), que c'est un peu moins bien scénarisé.
Aujourd'hui, Midam continue d'explorer de nouvelles voies artistiques, au-delà de la bande dessinée. Il se consacre à la peinture, des choses qui sortent de l'ordinaire et qui l'amusent. Ces œuvres, très différentes de son travail en BD, ne conviennent pas à son éditeur, qui ne sait rien en faire. Il traîne alors ses peintures dans des galeries, rencontrant un public qui ne connaît pas forcément Midam l'auteur de BD mais apprécie son travail d'artiste. Il exprime une liberté totale dans cette démarche. Il s'intéresse également aux NFT, les dessins numériques, apprenant à travailler sur tablette et explorant les possibilités de variantes infinies qu'offre ce médium. Midam, qui n’a plus d’amis dans le milieu de la BD, s’est détaché de cela, préférant les projets qui le stimulent personnellement.
Son processus de création pour les gags s'appuie sur une équipe de 5 ou 6 scénaristes et deux dessinateurs pour Game Over et Kid Paddle. Il ne travaille qu'avec les meilleurs, filtrant les idées dès le pitch en trois phrases pour gagner du temps. Il partage un exemple de pitch qu'il a imaginé, celui de Kid Paddle vieillissant et devenant directeur de l'Organisation Mondiale de la Santé pour classifier le chocolat comme légume, un gag qui serait le premier à montrer Kid vieillir. Cette idée, bien que complexe à intégrer dans la série principale, témoigne de la constante effervescence créative de Midam.
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