À quel âge peut-on porter le voile islamique? Examen des perspectives juridiques, sociales et religieuses

Le port du voile islamique est un sujet complexe et débattu, en particulier en ce qui concerne les jeunes filles. De nombreux facteurs doivent être pris en compte, notamment les aspects religieux, sociaux, juridiques et développementaux. Cet article vise à explorer les différentes perspectives sur l'âge auquel une jeune fille peut porter le voile islamique, en tenant compte des arguments pour et contre.

Importance du voile dans l'Islam

Nombreuses et variées sont les adorations que nous pouvons vouer à notre Seigneur. Parmi elles, certaines sont réservées à une catégorie restreinte de la communauté, comme l’est le hijab qui est spécifique aux femmes. Le voile, ou hijab, est considéré par beaucoup comme une obligation religieuse pour les femmes musulmanes. Il est perçu comme un signe de modestie, de pudeur et d'identité musulmane. Le Coran et la Sunna contiennent des versets et des hadiths qui sont interprétés comme encourageant les femmes à se couvrir.

Appuyant cela, un hadith nous est venu dans lequel notre noble prophète ﷺ lorsqu’il vu la sœur d'Aisha Siddiqa, qu’Allah l’agrée, alors qu’elle portait des vêtements légers, le prophète ﷺ lui dit : « Ô Asma lorsqu’une fille devient pubère, il n’est pas convenable pour elle qu’elle montre, excepté son visage et ses mains, quoi que ce soit aux hommes étrangers. »

Perspectives religieuses sur l'âge du port du voile

Il n'y a pas de consensus clair parmi les érudits islamiques sur l'âge exact auquel une femme doit commencer à porter le voile. Certains estiment que c'est à la puberté, lorsque la jeune fille devient responsable de ses actes devant Dieu. D'autres pensent que cela dépend de la maturité de la jeune fille et de sa compréhension des principes islamiques. Certains parents choisissent d'encourager leurs filles à porter le voile dès le plus jeune âge, tandis que d'autres préfèrent attendre que leurs filles soient plus âgées et puissent prendre leur propre décision.

En effet, l’éducation requiert du temps. De ce fait, quel âge pour porter le voile n’est pas nécessairement la bonne question que doivent se poser les parents.

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Arguments pour et contre le port du voile par les jeunes filles

Arguments pour

  • Respect de la tradition religieuse: Pour certains, le port du voile est une façon d'honorer la tradition islamique et de se conformer aux enseignements religieux.
  • Protection et modestie: Le voile est perçu comme une protection contre le harcèlement et les regards indésirables, et comme un moyen d'exprimer sa modestie et sa pudeur.
  • Affirmation de l'identité musulmane: Le voile peut être un symbole fort de l'identité musulmane, en particulier dans les sociétés occidentales où les musulmans sont minoritaires.

Arguments contre

  • Liberté de choix: Certains estiment que le port du voile doit être un choix personnel et éclairé, et qu'il ne doit pas être imposé aux jeunes filles qui ne sont pas en mesure de comprendre pleinement sa signification.
  • Risque de pression sociale: Les jeunes filles peuvent subir des pressions sociales de leur famille ou de leur communauté pour porter le voile, même si elles ne le souhaitent pas.
  • Entrave à l'épanouissement: Le voile peut être perçu comme une entrave à l'épanouissement personnel et à la liberté de mouvement, en particulier dans les contextes où il est associé à des restrictions plus larges sur les droits des femmes.
  • Symbolique d'infériorisation: Certains critiques soutiennent que le voile est un symbole de la domination patriarcale et de l'oppression des femmes, et qu'il ne devrait pas être porté par les jeunes filles.

Outre le fait qu'il est un symbole de la domination patriarcale et de l'oppression des femmes par les hommes, le voile dans toutes les religions et spiritualités renvoie à la notion d'impureté du corps féminin. Il évoque la tentation du péché charnel et fait reposer sur les femmes la responsabilité de la chasteté masculine.

Le cadre légal en France

En France, la question du port du voile est encadrée par les principes de la laïcité. La laïcité de l'État est prévue par l'article premier de la Constitution de 1958 : "La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances." Ce principe implique une neutralité stricte de l'État vis-à-vis de toutes les religions, sans les interdire.

La loi de 2004 sur les signes religieux à l'école

La loi du 15 mars 2004 encadre le port de signes religieux dans les écoles publiques. "Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit", dispose l'article L. 141-5-1 du Code de l'éducation. Le port d'une kippa juive, d'une croix chrétienne de taille imposante ou du voile musulman est proscrit par ce texte. Mais il reste possible de porter des signes religieux discrets comme un pendentif dissimulé sous un tee-shirt ou des vêtements couvrants, comme des robes longues, des tee-shirts à manches longues ou des pantalons sont autorisés.

Cette loi interdit le port de signes religieux ostensibles dans les écoles publiques, collèges et lycées. Elle a été adoptée pour protéger la liberté de conscience des élèves et préserver la neutralité de l'enseignement public.

Le port du voile dans l'espace public

Le port du voile traditionnel, celui qui ne recouvre pas le visage, est autorisé dans l'espace public. Une femme musulmane peut porter le voile dans un jardin public ou à la plage «dans la limite du respect de l'ordre public». De même, dans le métro ou lors de démarches administratives à la mairie, elle peut se couvrir la tête : elle est considérée comme une usagère. Détail qui a son importance : selon la loi du 11 octobre 2010 qui interdit la dissimulation du visage dans l'espace public, le port du voile intégral est interdit. La loi du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public ne s'applique pas au voile islamique qui couvre les cheveux et l'ensemble du corps des femmes, à l'exception du visage et des mains.

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À l'instant T, aucune limite d'âge n'est fixée pour porter le voile dans l'espace public en France.

Propositions d'interdiction du voile pour les mineures

Récemment, la question de l'interdiction du voile pour les mineures a été soulevée en France. Le député des Hauts-de-Seine prévoit de soumettre l'idée d'interdire le port du voile aux mineurs de moins de 15 ans dans l'ensemble des espaces publics à l'Assemblée nationale, selon les informations du Parisien. Gabriel Attal, alors Premier ministre, a proposé d'interdire le voile dans l'espace public pour les mineurs de moins de 15 ans. Il a justifié cette proposition en affirmant que le port du voile par les jeunes filles n'est pas une décision libre et éclairée.

Mais quelle est la liberté d'une fillette qui le porte à 5 ou 6 ans? On ne va quand même pas dire qu'elle a pris cette décision de façon libre et éclairée", a encore expliqué l'ancien Premier ministre.

Une proposition visant à interdire le port du voile aux jeunes femmes musulmanes de moins de 15 ans pourrait être présentée à l'Assemblée nationale. Cette proposition de Gabriel Attal va mettre le feu aux poudres.

Arguments contre l'interdiction

L'extension de ces interdictions à tous les espaces publics sous prétexte de l'âge comme proposé par Gabriel Attal contreviendrait directement au principe de laïcité. Cela constituerait même une forme de discrimination puisque l'interdiction ne porterait que sur les signes religieux musulmans et non catholiques, juifs ou autres. Preuve en est, plusieurs critiques en séparatisme ont été formulées contre le député et ancien Premier ministre.

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Certains estiment qu'une telle interdiction serait contraire aux principes de la laïcité et de la liberté religieuse. Ils soutiennent que cela constituerait une discrimination à l'égard des musulmans et que cela porterait atteinte à la liberté de conscience des jeunes filles.

Autres mesures proposées

À l'annonce du rapport sur les Frères musulmans, le député des Hauts-de-Seine a également proposé la création d'un délit de contrainte du port du voile contre les parents qui forceraient leur fille. La mesure existe cependant depuis 2010.

Le Sénat a adopté cette nuit un amendement au projet de loi contre le séparatisme. Présenté par les membres du groupe RDSE (à majorité radicale), il vise à interdire le port de signes religieux ostensibles par les mineurs dans l’espace public. L’amendement au texte luttant contre le séparatisme ne parle pas seulement de signes ou tenues ostensibles, il interdit également « le port par les mineurs de tout habit ou vêtement qui signifierait l’infériorisation de la femme sur l’homme. » Le voile en ferait partie.

Le voile et l'égalité des sexes

L'arrêt Dhalab du 25 mai 1993 rendu par la Cour européenne des droits de l'homme a statué que « le port du foulard est difficilement conciliable avec le principe de l'égalité de traitement des sexes ». Alors, qu'attendons-nous pour faire cesser cette maltraitance infantile et stopper cette expression d'inégalité entre hommes et femmes ? Qu'attendons-nous pour chérir la promesse républicaine d'égalité des chances entre tous les enfants de Marianne, quels que soient leur sexe ou les convictions religieuses de leurs parents ?

Il y a lieu ici de s'interroger sur la symbolique de ce voile islamique et de faire respecter l'intérêt supérieur de l'enfant conformément à la Convention de l'ONU relative aux droits de l'enfant que la France a ratifiée il y a trente ans.

Il est urgent de légiférer. Nous exhortons le législateur à prévoir dans le projet de loi sur le séparatisme une disposition interdisant le port du voile par des enfants et de justifier cela au nom « des risques pour l'épanouissement physique, mental, moral et social des enfants », sur le même fondement que celle interdisant les concours de mini-Miss. Rappelons que la seule liberté fondamentale absolue est la liberté de conscience. Les autres libertés, comme la liberté d'expression, de circulation ou de culte, sont limitées par le respect d'autres principes fondamentaux, comme le droit à la vie, l'égalité entre hommes et femmes, l'accès à l'éducation et le maintien de l'ordre public. Aussi, la liberté de culte garantie par la Constitution ne doit en aucun cas justifier des atteintes graves aux droits de l'enfant.

Le port du voile : une pratique minoritaire mais en augmentation

Selon la dernière étude de référence de l’Ined, 17 % des descendantes d’immigrées âgées de 18 à 60 ans se couvrent la tête. Un chiffre plus élevé (36 %) chez les femmes immigrées.

Suspecté d’envahir l’espace public, le voile demeure une pratique minoritaire chez les femmes musulmanes qui vivent en France, d’après la vaste étude Trajectoires et Origines (TeO2) de l’Institut national d’études démographiques (Ined) sur les parcours des populations immigrées, publiée l’année dernière. 17 % des descendantes d’immigrés, âgées de 18 à 60 ans, portent le voile. Parmi celles-ci, la tranche d’âge des 25-34 ans est la plus concernée : 21 % de ces jeunes femmes se couvrent la tête. En revanche, la proportion tombe à 12 % chez celles âgées de 45 à 60 ans.

Concernant cette pratique religieuse, la différence est notable, selon l’étude TeO2, entre les femmes immigrées (les primo-arrivantes, installées en France en provenance de l’étranger) et les descendantes d’immigrées. Le port du voile est nettement plus répandu parmi les premières. Elles sont, en effet, 36 % à y être assidues. Contrairement aux descendantes d’immigrées, ce sont les plus jeunes qui se conforment le moins à cette pratique religieuse, 30 % chez les 18-24 ans et 29 % chez les 25-34 ans. La proportion monte à 42 % chez les 35-44 ans pour redescendre ensuite à 38 % chez les 45-60 ans.

Les différences sont également notables en fonction des pays d’origine. Ainsi 46 % des femmes immigrées en provenance de la Turquie et du Moyen-Orient portent le voile, 37 % de celles qui arrivent du Maghreb et 28 % de celles originaires de l’Afrique subsaharienne. Il est à noter que, selon l’étude de l’Ined, les femmes en couple portent plus souvent le voile. C’est le cas, pour les immigrées, de 42 % d’entre elles contre 24 % de celles qui sont célibataires. La proportion est également très forte chez les femmes musulmanes qui n’ont pas d’activité professionnelle : 56 % parmi les immigrées inactives et 39 % chez les descendantes d’immigrées.

Cette pratique religieuse a connu une augmentation significative en dix ans, selon le comparatif qui peut être fait entre l’étude TeO1 réalisée en 2008-2009 et TeO2, menée en 2019-2020 et publiée l’année dernière. L’augmentation la plus forte concerne les femmes immigrées. En 2009, 22 % d’entre elles portaient le voile et 37 % en 2019. Selon les responsables de l’étude, ce chiffre reflète la progression de cette pratique religieuse dans les pays d’origine. L’augmentation est moins importante chez les descendantes d’immigrées mais significative, passant de 13 % à 17 %.

Cette progression non négligeable est de nature à alimenter les discours identitaires et ceux des tenants d’une interdiction renforcée du port du voile. Pour expliquer ce phénomène, le chercheur Patrick Simon, l’un des pilotes de l’étude TeO2, cite un effet de réaction parmi les jeunes femmes musulmanes face au débat très crispé sur la visibilité de l’islam en France, comme une sorte de défi face aux velléités de prohibition. «Le champ religieux musulman est dominé par un tropisme conservateur tandis que les discours libéraux demeurent minoritaires, estime, pour sa part, le politiste Haoues Seniguer. Chez les conservateurs, le port du voile est considéré comme obligatoire.

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