Le Musée Subaquatique de Marseille (MSM) représente une fusion innovante entre l'art, la protection de l'environnement marin et l'éducation, offrant une expérience singulière au large de la côte méditerranéenne. En permettant de nager tout en observant des œuvres d'art immergées, ce site transforme la plage des Catalans en une galerie sous-marine, alliant le plaisir de la baignade à une démarche culturelle et écologique. Inauguré en tant que premier musée totalement immergé en Méditerranée dans le cadre de "Marseille Provence Capitale européenne du sport 2017", le MSM s'est rapidement imposé comme un espace dédié à la valorisation de l'univers sous-marin et à la sensibilisation à sa préservation. Il propose de découvrir 11 sculptures, toutes immergées à cinq mètres de profondeur, à une centaine de mètres de la plage des Catalans, dans une zone soigneusement choisie pour sa sécurité et sa pertinence environnementale.
Genèse d'un Projet Ambitieux : De l'Idée aux Premiers Obstacles
L'initiative de créer un musée subaquatique à Marseille a germé dans l'esprit d'un restaurateur marseillais, qui, après avoir déménagé quelques années au Brésil, est revenu avec cette idée novatrice. L'inspiration première est venue des œuvres de l'artiste britannique Jason deCaires Taylor. En voyant ses sculptures sous-marines, il lui a semblé qu'une ville comme Marseille, avec son riche patrimoine maritime et son engagement envers la mer, était idéale pour accueillir une telle installation artistique. Cette conviction a mené à une rencontre avec l'artiste sur l'île espagnole de Lanzarote, où son accord a été obtenu pour la concrétisation du projet.
Les premières étapes de cette aventure ont impliqué la soumission d'un dossier initial, nécessitant l'obtention de nombreuses autorisations. Parmi celles-ci figuraient l'occupation domaniale, essentielle pour l'utilisation de l'espace maritime public, et une autre émanant de la police des eaux, garantissant le respect des régulations nautiques et environnementales. Le cabinet d'études Otéis a apporté son expertise technique pour étayer cette proposition initiale. Cependant, cette première mouture du projet a rencontré un obstacle majeur et a finalement été rejetée. L'emplacement envisagé, à 400 mètres de la plage et à quinze mètres de profondeur, présentait des risques jugés trop importants. La distance de la plage soulevait la préoccupation d'un essoufflement potentiel des nageurs se rendant aux sculptures, tandis que la profondeur et la localisation laissaient craindre une zone traversée par des engins à moteur, posant des problèmes de sécurité pour les visiteurs et de conservation pour les œuvres. Cette proposition initiale était déjà conçue comme un récif artificiel à vocation ludique et pédagogique, avec l'intention de servir de support de médiation auprès des publics scolaires.
Face à cette première péripétie et au désistement de l'artiste d'origine, Jason deCaires Taylor - dont les œuvres sont pourtant internationalement reconnues et dont certaines sont classées au patrimoine mondial de l'UNESCO, et qui est par ailleurs à l'initiative de quatre musées sous-marins classés parmi les Merveilles du monde par le magazine National Geographic - le projet a dû se réinventer. Suite aux retards accumulés et à des divergences financières, l'artiste britannique a finalement réalisé son projet français sur la Côte d'Azur, à Cannes, en 2020. Bien qu'une future collaboration ne soit pas exclue, ce tournant a marqué le début d'une nouvelle phase pour le musée marseillais. Le projet a été labellisé « Diamant » dans le cadre de Marseille Provence Capitale Européenne du Sport 2017, avec une vision affirmée de faire de Marseille la capitale mondiale de l’univers sous-marin. Le musée aurait initialement dû être inauguré le 8 juin 2017, à l'occasion de la Journée des océans, mais les nombreuses démarches administratives pour l'utilisation du domaine public maritime ont repoussé ces débuts, d'abord à 2019, puis au-delà.
Un Positionnement Stratégique et des Adaptations Cruciales
Après les ajustements nécessaires suite aux premières difficultés, le projet a évolué vers un positionnement plus adapté et des choix techniques affinés. Le nouvel emplacement choisi pour l'immersion des sculptures est désormais situé à une centaine de mètres de la plage des Catalans, une distance bien plus accessible pour les nageurs, et à une profondeur moindre, de moins de cinq mètres. Cette décision stratégique répondait directement aux préoccupations soulevées par la première proposition. Ce site privilégié se trouve également au sein d'une Zone Interdite aux Engins à Moteur (ZIEM), garantissant ainsi la sécurité des baigneurs et la tranquillité de l'environnement marin autour des œuvres. La Mairie de Marseille a activement participé à la sélection de l'Anse des Catalans, un choix qui a été validé par la direction départementale des territoires et de la mer, soulignant l'implication des autorités locales et régionales dans la concrétisation du musée.
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Un point essentiel dans l'élaboration de ce nouveau positionnement a été la confirmation que le site choisi se situait en dehors de zones écologiquement sensibles, telles que le Parc National des Calanques et les zones Natura 2000. Cette précaution est capitale pour minimiser l'impact environnemental du musée et assurer une intégration harmonieuse des sculptures dans l'écosystème local. La zone des Catalans est une zone surveillée, ce qui renforce la sécurité des nageurs et protège le site contre les intrusions non désirées.
Parallèlement à la révision de l'emplacement, un aspect crucial de la construction a été le repensage de la matière première des sculptures. Le type de béton initialement envisagé par Jason deCaires Taylor contenait des fibres plastiques, dont il a été jugé qu'elles pouvaient être nuisibles à l'environnement marin sur le long terme. Cette prise de conscience a mené à l'adoption d'une approche plus respectueuse de l'écosystème. La matière première utilisée pour les sculptures marseillaises est désormais un béton bas-carbone au pH neutre. Plus précisément, les créateurs du musée utilisent des ciments marins de haute résistance, certifiés écologiques, avec des rajouts de pouzzolane et de sable lavé. Ces matériaux ont été sélectionnés pour leur inertie et leur capacité à ne pas altérer la chimie de l'eau, fournissant un substrat idéal pour la colonisation par la flore marine et, par extension, l'attraction de la faune. L'étude des courants marins et la colonisation des bétons marins ont démontré la nécessité que les surfaces des sculptures ne soient pas tout à fait lissées, afin de permettre aux substrats de mieux se développer et d'encourager la biodiversité. Cette attention portée aux matériaux et à leur interaction avec l'environnement marin souligne l'engagement du projet en faveur de la protection et de la régénération de la vie sous-marine, partant du principe que « il n’y a jamais « rien » sur un banc de sable, la vie est partout ».
Les Œuvres et leur Immersion : Un Récif Artistique en Devenir
L'abandon du projet par Jason deCaires Taylor a ouvert la voie à une nouvelle dynamique artistique pour le Musée Subaquatique de Marseille. L'équipe derrière le projet a alors activement recherché des artistes locaux, profondément connectés à la mer et à son univers. Ces collaborations ont abouti à des propositions de sculptures figuratives, conçues pour être accessibles et engageantes pour le grand public. Le Musée Subaquatique de Marseille est aujourd'hui une installation « multi-artistes » qui propose de découvrir 11 œuvres uniques, formant un « récif artificiel artistique et sportif hors du commun ».
Parmi les sculptures qui composent cette galerie sous-marine, dont neuf sont déjà installées depuis septembre 2020, on trouve des créations originales ainsi que des reproductions d'œuvres pré-existantes. La production de ces œuvres incombe directement à l'association des Amis du Musée Subaquatique de Marseille, ce qui a parfois nécessité la création de nouveaux moules pour garantir la fidélité et la qualité des reproductions. Les sculptures sont immergées après la saison estivale par l’équipe de Seven Seas, des spécialistes reconnus des travaux sous-marins, assurant une installation professionnelle et sécurisée. Chaque statue mesure environ deux mètres au maximum, facilitant leur immersion et leur observation.
La collection s'est enrichie au fil du temps. Depuis début juin, une nouvelle sculpture est venue compléter l'ensemble : « Octo-Cérébrum », créée par l’artiste Floriane Lisowski, une œuvre fascinante représentant un être mi-pieuvre mi-cerveau. D'autres sculptures emblématiques parsèment ce parcours sous-marin, permettant aux visiteurs de nager en observant des créations comme "Poséidon", un oursin géant, ou encore un ours polaire. Le 5 septembre 2022, le musée a également immergé « Le Voyageur », une dixième sculpture, œuvre de l'artiste marseillais Bruno Catalano.
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Un aspect distinctif de plusieurs de ces sculptures est leur conception visant à favoriser la biodiversité marine. Certaines, à l'instar de l'Oursin de Daniel Zanca ou de l'arbre conçu par Herrel pour Coexistence, sont creuses et alvéolées. Cette particularité architecturale sous-marine a pour objectif d'offrir des abris et des habitats propices à la vie marine, renforçant ainsi la fonction de récif artificiel du musée. L'une des sculptures les plus récentes intègre une borne connectée, dont la mission est de récolter des informations précieuses sur les fonds marins. Ce dispositif technologique est supervisé par Centrale Marseille, marquant une synergie entre l'art, la science et l'environnement.
À la différence d'autres musées sous-marins de renommée mondiale, tels que le Museo Subacuatico de Arte de Cancún au Mexique ou celui de Lanzarote aux Canaries, le Musée Subaquatique de Marseille se distingue par une installation originale. Il se veut une immersion d'œuvres vivantes, en constante interaction avec la faune et la flore sous-marines. Par cette approche, le MSM a également pour vocation de préserver et de redonner vie à l'environnement marin. Les créateurs du projet sont convaincus que cette galerie garantira la survie de l'environnement marin sur plus de 300 ans, initiant ainsi toute une nouvelle vie sous-marine autour des œuvres.
Défis Administratifs et Juridiques : Une Trajectoire Parsemée d'Embûches
La construction d'un musée sous-marin, par sa nature même et son implantation dans le domaine public maritime, est intrinsèquement liée à un parcours administratif et juridique complexe et souvent semé d'embûches. Le Musée Subaquatique de Marseille n'a pas fait exception à cette règle, et son histoire est jalonnée de recours, de contestations et de batailles juridiques qui ont mis à l'épreuve la persévérance de ses instigateurs.
Le projet, initialement prévu pour une inauguration en juin 2017, a vu ses débuts reportés en raison de très nombreuses démarches administratives requises pour l'utilisation du domaine public maritime. Cette complexité administrative est inhérente à tout projet impactant l'environnement côtier et sous-marin, exigeant une multitude d'autorisations auprès de diverses instances. Au-delà des autorisations initiales pour l'occupation domaniale et de la police des eaux, chaque modification de l'implantation ou des spécifications techniques entraînait un nouveau cycle d'examen et de validation.
Un épisode marquant de cette trajectoire a été la contestation de l'autorisation préfectorale pour l'emplacement définitif, à 100 mètres de la plage des Catalans. Une association de défense du littoral a maintenu que le béton utilisé n’était pas aux normes environnementales requises et que le dossier n’avait pas été traité avec la rigueur nécessaire par les services de l’État. Cette opposition a mis en lumière les tensions potentielles entre les projets culturels et les impératifs de protection environnementale, un débat qui se fait parfois jour, comme on l'a vu avec l'affaire du Mont-Saint-Michel ou avec les éoliennes, où les défenseurs du patrimoine s'estiment "agressés" par des installations qui défigurent un site. Pour le MSM, la controverse autour des matériaux et des procédures a été un frein significatif. Après consultation du Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative française, l'arrêt préfectoral initial a finalement été restitué, permettant de procéder à l'immersion des sculptures. Cette décision a validé la conformité du projet après un examen approfondi des éléments contestés.
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Cependant, cette contestation n'était pas la seule. Une précédente annulation d'autorisation préfectorale avait déjà eu lieu. Dans une décision rendue le 10 mai, le tribunal administratif de Marseille avait annulé une autorisation préfectorale antérieure, datée du 19 novembre, concernant la nouvelle implantation. La raison invoquée était double : une « publicité insuffisante » sur l’arrêté et un dossier d’enquête publique jugé incomplet. Cette décision soulignait l'importance cruciale de la transparence et de l'exhaustivité des documents soumis aux autorités et au public, éléments fondamentaux dans le droit administratif français.
En mars 2019, c'est l'association de défense du littoral 13 qui avait déposé un recours devant le tribunal administratif, cherchant à stopper le projet. Ces recours successifs ont illustré la complexité et les sensibilités inhérentes à un projet d'une telle envergure dans un environnement aussi précieux que le littoral marseillais. Malgré ces obstacles juridiques et les retards qu'ils ont engendrés, un « coup de théâtre » est survenu début 2020 : un accord a été trouvé entre les instigateurs du projet et l’association qui avait précédemment mis un coup d’arrêt au Musée. Cet accord a permis de débloquer la situation et de relancer définitivement le projet. Les contradictions qui peuvent parfois se faire jour entre environnement et culture sont emblématiques de ce dossier, mais l'issue favorable témoigne d'une volonté de trouver un équilibre entre ces enjeux.
Un Double Objectif : Art, Éducation et Protection de l'Environnement Marin
Au-delà de sa dimension artistique et de son statut de galerie d'art sous-marine, le Musée Subaquatique de Marseille est intrinsèquement conçu autour d'un double objectif fondamental : promouvoir la protection de l'environnement et la culture. Cet espace se veut une plateforme dédiée à l'art, mais également à la protection de l'environnement et de la biodiversité marine. Son rôle s'étend à la transmission de connaissances sur les mers et les océans, et à la sensibilisation du public à leur protection, en faisant ainsi un outil pédagogique inestimable.
Le projet est résolument conçu comme un récif artificiel, à la fois ludique et pédagogique. Cette approche multifonctionnelle vise à créer un environnement où l'interaction avec l'art se double d'une prise de conscience écologique. Les statues ne sont pas de simples éléments décoratifs ; elles sont pensées pour œuvrer activement pour l'environnement. En effet, elles sont construites en ciment marin inerte, avec un pH neutre et du substrat intégré, favorisant ainsi la fixation progressive de la flore marine. Cette colonisation végétale attire ensuite la faune marine, transformant les œuvres en véritables écosystèmes miniatures qui enrichissent la biodiversité locale. Les créateurs du projet sont convaincus que cette galerie garantit une survie de l’environnement marin sur plus de 300 ans et initie ainsi toute une nouvelle vie sous-marine autour des œuvres.
Pour atteindre ces objectifs pédagogiques et de sensibilisation, le Musée Subaquatique de Marseille a établi de solides partenariats, notamment avec des établissements scolaires volontaires, tels que le Lycée des Calanques et le collège Gaston Defferre. Un programme pédagogique spécifique est en cours d'élaboration, destiné aux élèves, avec l'ambition de renforcer les liens entre la jeunesse marseillaise et les enjeux cruciaux de l'environnement sous-marin. Ces programmes permettent aux jeunes d'appréhender concrètement les défis de la protection des océans et d'envisager des solutions.
Au-delà du cadre scolaire, le musée collabore également avec des entités comme le club de plongée Grasm, offrant des opportunités de découvertes immersives encadrées. Cette partie de la médiation, essentielle pour toucher un public plus large et diversifié, est co-financée avec la Ville de Marseille, soulignant l'engagement des pouvoirs publics dans cette initiative. D'autres types d'animations sont prévues, notamment avec des comités d'entreprise, élargissant encore la portée du message de conservation marine et de l'accès à la culture sous-marine. L'étude des courants marins et de la colonisation des bétons marins fait partie intégrante de cette démarche scientifique et éducative, garantissant que les infrastructures du musée contribuent positivement à l'écosystème.