Une œuvre à la croisée des chemins temporels
La relecture de l’œuvre de Makoto Shinkai, « 5 centimètres par seconde » en magnifie la beauté et la mélancolie. Ce projet cinématographique, réalisé par Yoshiyuki Okuyama et écrit par Ayako Suzuki, se présente comme une adaptation en prises de vues réelles du moyen-métrage culte de Makoto Shinkai, sorti initialement en 2007. Si l'animation a disparu pour laisser place aux prises de vues réelles, la photographie tente malgré tout de restituer le sentiment rêveur laissé par l’œuvre originelle. La saturation parfois appuyée des couleurs et des contrastes pourrait faire douter, mais elle participe pleinement aux retrouvailles avec ces sensations enfantines, plus innocentes, propres au film de Makoto Shinkai - une légèreté que l’animation permettait grâce à la distance qu’elle instaurait entre le réel et son univers graphique.
L’histoire se déroule en 2008. Takaki, interprété par Hokuto Matsumura, est un jeune informaticien bientôt trentenaire qui vit une existence banale et monotone à Tokyo. Le personnage principal subit son passé comme une cage. Car Takaki et Akari se sont fait la promesse de se retrouver à une date précise. Tout le reste n’a plus de poids car ce sera probablement l’apothéose de son existence. Comment trouver de la saveur à sa vie quand un seul objectif nous emprisonne l’esprit ? Ce long-métrage nous montre en effet un personnage qui se souvient notamment de l’année 1991 et de sa rencontre à l’école avec celle qui devient très vite son alter ego, Akari, jouée par Mitsuki Takahata.
La dualité entre le passé et le présent
Dans l’œuvre de Makoto Shinkai, le temps est une fatalité que se doivent d’affronter ceux qu’il observe. Le film de 2026, d’une durée de 2h03 contre 1h03 pour l’animé, en suit fidèlement la trame tout en adoptant une structure différente, beaucoup moins linéaire. Le film est en effet bardé de flash-back, permettant de faire contraster la vie monotone du personnage en 2008-2009, avec celle de son adolescence à l’été 1991, où l’aspect fusionnel avec Akari allait crescendo. À l’inverse, dans les flashbacks de 1991, la fougue de la jeunesse s’empare du film. L’objectif saute, court, virevolte avec les enfants et saisit la vie dans le plus beau de ses éclats.
Cette nouvelle mouture de 5 centimètres par seconde prolonge l’univers dessiné par Makoto Shinkai. Le passage au live-action semble avoir été pensé pour rendre les moments de romance plus tangibles. De la neige à la lumière, certains effets de particules traversent l’écran et ajoutent du poids à des séquences a priori trop simples en apparence. C’est sans doute en cela que 5 centimètres par seconde mérite le visionnage : la distance y prend forme aussi bien dans l’espace que dans le temps, rappelant que cet éloignement n’est en rien un obstacle à la mémoire des jours heureux. Yoshiyuki Okuyama filme souvent ces instants avec un filtre évanescent, leur insufflant un côté presque fantasmatique. Comme s’ils étaient trop beaux pour être vrais. Trop parfaits.
L’évolution de la narration et le développement des personnages
L’adaptation de 2026, portée par le scénario d’Ayako Suzuki, va plus loin que l’œuvre de jeunesse de Shinkai dans les liens entre les personnages. La Japonaise a donné plus de consistance à certains, comme à la professeure jouée par la solaire Aoi Miyazaki. En étoffant le récit, le film se penche davantage sur l’âge adulte de ses personnages, ce qui lui accorde un nouveau souffle. Le passage de l’animation au live action attire un public plus adulte. Avec justesse, Yoshiyuki Okuyama brosse un portrait mélancolique du salaryman. Tout en douceur, des couleurs patinées à la figure tranquille de Takaki, il questionne notre rapport - souvent difficile - au travail.
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Le réalisateur de l’original, Makoto Shinkai, a déclaré : "Le film d’animation que j’ai réalisé il y a près de vingt ans était une œuvre immature et inachevée." C’est la première fois que Makoto Shinkai donne son accord plein et enthousiaste à l’adaptation en prises de vue réelles d’une de ses œuvres. Pour autant, cette nouvelle recette pâtit de quelques erreurs de dosage. Les séquences de la première partie, celle composée majoritairement d’ajouts, s’étirent effroyablement. Bien qu’il aborde des sujets intéressants, il ne trouve pas toujours le bon angle, le bon élan, pour garder son auditoire captivé. Le film est alors presque coupé en deux.
La symbolique de l’astronomie et la quête de l’invisible
Le rêveur Takaki et la pensive Akari partagent une passion pour l’astronomie. Visitant une exposition au planétarium en 2008, Takaki se retrouve à devoir, sur un post-it, résumer sa vie en un seul mot, ce qu’il est incapable de faire. Sur la thématique de la rencontre miraculeuse, de la communion de deux êtres et du lien invisible qui peut persister entre eux, le film se meut en drame poignant où la croyance en des « signes » prend une bonne place. Les environnements calmes de la bibliothèque et du planétarium laissent rêveur ; quoi de plus reposant que de se plonger dans un bon bouquin ou de regarder les étoiles ? La caméra s’y pose, tranquille, rien ne presse. Elle laisse les acteurs converser de leurs vies, qui résonnent avec la nôtre.
Tissant au fil de l’intrigue, un lien persistant entre les deux personnages, que les hasards font se croiser sans jamais vraiment se voir ou réaliser qu’ils sont à nouveau proches - elle travaille dans une librairie à Tokyo - le récit souligne la difficulté de grandir. Ce que l’œuvre perd en onirisme, elle le retrouve dans sa romance, mais aussi dans la fabrication des souvenirs. Ces moments du passé commun des enfants sont pleins de poésie. C’est cette innocence toute espiègle qui donne à ces scènes un charme touchant. La clôture du film sur une fin ouverte illustre cette tension permanente entre ce que nous voulons et la réalité des choses, en ce raffinement nippon si singulier et merveilleux.
La portée existentielle d’un titre évocateur
Le titre, 5 centimètres par seconde, évoque la vitesse à laquelle tombent les pétales de fleurs de cerisier. Ce chiffre est devenu le symbole de l’éloignement progressif, de l’amour inabouti et de l’oubli. Cette adaptation en prises de vues réelles propose une relecture sensible et résolument contemporaine de l’œuvre fondatrice de Makoto Shinkai. Le film nous plonge dans l’histoire de Takaki, à l’aube de la trentaine, incapable de se détacher d’un amour d’enfance. À force de déménagements, il n’a jamais su tisser de liens durables, et cette rencontre semble être la seule qui ait réellement compté.
L’exercice du remake, souvent taxé de péjoratif, trouve ici une légitimité par son refus de reproduire exactement l’existant. Yoshiyuki Okuyama ne réinterprète pas, mais prolonge le plus fidèlement possible le métrage animé de 2007. Si l’on s’attache à établir un parallèle entre les deux œuvres, la volonté du réalisateur paraît limpide : ne pas reproduire, mais y voir l’occasion de prolonger une narration déjà appréciée. 5 centimètres par seconde est une œuvre mélancolique, poétique et pleine d’espoir qui nous invite à aller de l’avant. À accepter que le bonheur d’antan ne sera jamais un obstacle au bonheur futur. À cesser les « Et si… » qui nous bloquent parfois. Avec beaucoup de délicatesse et de métaphores, la mise en scène sait souligner les sentiments de ses personnages.
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L’héritage de l’animation japonaise et sa transition vers le réel
La vie de l’animation japonaise sur grand écran devient extraordinaire. Il n’y a, au fond, rien d’étonnant à ce que le cinéma japonais ait lui aussi adopté cette fâcheuse manie de la redite, son catalogue d’animation étant d’une profondeur quasi incommensurable. Parmi cette avalanche de propositions figurent des succès désormais entrés dans le panthéon de l’animation japonaise. Le petit événement que fut « Your Name » va ainsi « bénéficier » d’une transposition en prises de vues réelles. Le classique « Ghost in the Shell » en a déjà fait l’expérience. Et, forcément, « 5 centimètres par seconde », film phénomène des années 2000, voit à son tour son adaptation live-action émerger sur les écrans.
Ce qui fait de cette nouvelle itération de l’œuvre de Makoto Shinkai une proposition relativement en marge de l’original, c’est - sans ironie - sa fidélité au film de 2007 autant que ses infidélités, ses ajouts, ses quelques transgressions. La réalisation de Yoshiyuki Okuyama, tout en restant parfois fidèle au plan près à celle de son grand frère, elle sait aussi se démarquer quand on lui redonne sa liberté. Esthétique et inspirée, elle nous berce en effet entre élans nostalgiques et brises réconfortantes. Ce qui est remarquable, c’est cette capacité à conserver la thématique de la jeunesse en proie à la séparation, aux non-dits et aux contradictions de ses sentiments.
Le portrait d’une jeunesse en mutation
Le film réussit le pari de s’adresser aux enfants qui ont vu le film en 2007 et sont aujourd’hui devenus adultes. Cette fresque à cheval entre le présent et le passé, entre l’enfance et l’âge mûr, délivre un message introspectif et nécessaire sur la difficulté de nos relations avec l’Autre. Sur les choses que l’on aurait voulu dire, mais qui n’ont pas eu la force d’être prononcées. Sur les choses que l’on a faites, mais qui n’ont pas trouvé de résonance dans le temps. Le récit traite de cette amitié évaporée, réduite à quelques artefacts poussiéreux gisant au fond d’un carton abîmé.
Malgré quelques longueurs inhérentes à la volonté de dilater le temps, le film parvient à recréer sa thématique de l’amour inabouti, de l’oubli et de la difficulté de grandir. À partir du moment où le film raccroche les wagons en adaptant fidèlement l’animé de 2007, comme par magie, le rythme s’accélère, en se montrant plus soutenu, fluide et prenant. Là seulement est atteint le meilleur de la rencontre des deux cinéastes. Le spectateur est alors immergé dans un voyage au cœur des sentiments, du temps et de ce lien persistant qui définit le bonheur. Entre nostalgie et poésie, cette adaptation parvient à son but : capturer l’indicible.
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