Nages, une localité dont l'histoire s'étend sur plus de 2800 ans, offre un fascinant et profond voyage à travers le temps, depuis les premières implantations humaines jusqu'à son développement contemporain. Au cœur de cette riche histoire, se trouve la Fontaine du Ranquet, un site emblématique souvent désigné comme la Fontaine Romaine. Cette source permanente n'a pas seulement été un point vital d'approvisionnement en eau, mais elle a également joué un rôle fondamental dans le façonnement du développement urbain et social de la région, depuis la période gauloise jusqu'à l'ère chrétienne et au-delà. La Fontaine Romaine est une zone de fontaine ancienne qui se situe sur la Rue de la Fontaine Romaine, une rue qui, partant du centre, mène vers le nord et monte sur le côté est de l'Oppidum de Nages. Ce site, au carrefour des époques et des civilisations, est un témoin silencieux de la persistance de l'activité humaine et de l'ingéniosité dont ont fait preuve les habitants de Nages au fil des siècles.
Aux Origines Gauloises de la Source et de l'Oppidum de Nages
L'histoire de Nages et de sa fontaine remonte à une époque lointaine, bien avant l'influence romaine. Dès la période gauloise, qui s'étendit du IVe au Ier siècle avant J.-C., cette source permanente a d'abord été le lieu crucial d’approvisionnement en eau pour les habitants de l’oppidum de Roque de Viou à Saint Dionisy. Par la suite, elle devint la ressource essentielle pour l'oppidum de Nages lui-même. L'Oppidum de Nages, également connu sous le nom d'Oppidum des Castels, est un site défensif préromain, vaste et complexe, remarquablement établi sur la colline qui jouxte Nages-et-Solorgues. Il constitue l'un des sites préromains les plus importants de la région du Languedoc central, ayant connu une occupation continue du IIIe siècle avant J.-C. jusqu'à 10 après J.-C.
L'histoire de Nages commence véritablement au VIIe siècle avant J-C. À cette période, les premières communautés humaines s'installent sur des hauteurs qui dominent la plaine de la Vaunage, offrant une position stratégique indéniable. La base de cet oppidum est d'ailleurs creusée directement dans le rocher calcaire, témoignant d'une implantation pensée pour la défense et l'intégration au paysage naturel. Un vestige particulièrement révélateur de cette période ancienne a été retrouvé en contrebas de la source : un linteau préromain figurant des têtes coupées. Cette iconographie, représentant des têtes coupées, est une symbolique guerrière fréquente chez les Gaulois, soulignant l'importance des rituels et des pratiques martiales de ces peuples. Ce précieux artefact est aujourd'hui exposé au musée de la Romanité à Nîmes, où il continue d'éclairer notre compréhension des cultures gauloises.
Les fortifications de l'oppidum étaient élaborées. Des remparts, comportant des tourelles semi-ovales tous les quinze mètres, témoignent de l'ingéniosité défensive de ces premières communautés. Ces remparts étaient construits avec deux parements, l'un tourné vers l'intérieur de l'enceinte et l'autre vers l'extérieur, avec entre les deux un blocage de pierraille. Cette structure robuste offrait une protection efficace. De plus, de cette tour principale de guet, les habitants pouvaient apercevoir tout le pied de la colline, ce qui leur permettait ainsi de prévoir d'éventuelles attaques et d'organiser leur défense en conséquence. C'était un ensemble construit, avec un quartier suivant une enceinte et des remparts.
Le premier habitat de la région, pour assurer leur sécurité, a été appelé Veo, ou Veia, ou Viou. Il s'agissait d'un précédent groupement de cabanes. Néanmoins, la ville de Roque de Viou ne sera occupée moins d'un siècle. L'oppidum de Nages fut, à un certain moment de son histoire, complètement déserté durant près de 200 ans, avant de connaître une réoccupation particulière et isolée autour de 50 après J-C. Il ne fut plus habité de manière permanente par la suite, et il sera en partie cultivé durant tout le Moyen-Age, souvent à proximité de l’ancienne forteresse et de l’oppidum protohistorique.
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L'Empreinte Romaine : Urbanisation et Maîtrise de l'Eau
Avec l'avènement de la période romaine, qui se situe aux Ier et IIe siècles de notre ère, le paysage et l'organisation sociale de Nages connurent une transformation profonde. L’oppidum, avec ses structures défensives gauloises, fut progressivement abandonné. Parallèlement, une agglomération dense et florissante, s'étendant sur une superficie estimée entre 10 et 12 hectares, commença à se développer de manière significative au pied de la source permanente.
Les mœurs et les besoins des habitants ayant considérablement changé sous l'influence romaine, l'eau ne servait plus seulement à étancher la soif des hommes et des animaux. Elle devait également répondre aux besoins croissants du confort urbain, caractéristique des villes romaines. C’est à cette période d'intense romanisation que l’on peut, de manière tout à fait vraisemblable, rattacher la construction d’un bâtiment quadrangulaire sophistiqué, conçu avec une double voûte spécifiquement pour protéger la précieuse source. Son eau, d'une pureté reconnue, était ensuite recueillie dans un bassin quadrangulaire, dont on peut encore aujourd'hui voir les fondations distinctement en façade et sur les côtés, offrant un aperçu tangible de l'ingénierie hydraulique de l'époque.
Des murs originaux de cette structure, il ne reste aujourd'hui que le noyau central, un vestige solide en mortier de tuileau, les pierres de parement ayant été récupérées au fil du temps, probablement pour de nouvelles constructions. De là, avec une efficacité remarquable, les eaux se dirigeaient par un canal souterrain, une prouesse technique de l'époque, vers deux citernes spécialement aménagées. Dans ces vastes réservoirs, l’eau était stockée avant d’être distribuée méthodiquement dans le vicus, la bourgade romaine qui prospérait autour de la source, desservant ainsi les habitations et les espaces publics. Les Romains pratiquaient alors de nouvelles constructions. Ces nouvelles constructions incluaient des magasins, et un temple d'un type bien connu : le Fanum. Les habitations étaient souvent divisées en 2 ou 3 pièces, et un quartier était construit, suivi d'une enceinte, signe d'une urbanisation planifiée et organisée.
Ces siècles furent une période de fructueux échanges, qui durèrent probablement plusieurs siècles, contribuant alors au grand rayonnement de cette communauté humaine dans nos régions. L'importance de l'eau était capitale, et le système romain pour la gérer était sophistiqué.
Les Cisternes et le Réseau Hydraulique Romain : Une Ingénierie Avancée
L'ingénierie romaine en matière de gestion de l'eau est particulièrement bien illustrée par les vestiges des citernes et le réseau hydraulique qui accompagnait la Fontaine du Ranquet. En face de la source, à une distance d'environ 15 mètres de l'autre côté de la Rue de la Fontaine Romaine, se trouvent les vestiges imposants de deux citernes jumelles. Ces structures colossales, construites "à la romaine" avec la robustesse et la précision caractéristiques de cette civilisation, mesurent chacune une longueur remarquable de 24,30 mètres et une largeur de 4,60 mètres, des dimensions qui témoignent de l'ampleur des travaux entrepris pour assurer l'approvisionnement en eau de l'agglomération.
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Malgré leur grandeur passée, ces citernes portent les marques du temps. La citerne qui longe la rue est aujourd'hui partiellement obstruée par l’effondrement de sa voûte, un témoignage des forces naturelles et de l'usure des siècles. La seconde citerne est, quant à elle, entièrement comblée, préservant ses secrets sous la terre et attendant peut-être de futures explorations. La profondeur supposée de ces citernes, estimée avec une grande probabilité entre 6 et 8 mètres, révèle la capacité de stockage considérable que ces installations devaient offrir, essentielle pour subvenir aux besoins d'une population croissante.
Des documents historiques viennent enrichir notre compréhension de ce système. En 1626, Anne de Rulman fit allusion à la présence de plus d’une tonne de plomb à cet endroit. Cette observation est d'une importance capitale, car elle fait penser très fortement à une distribution de l’eau vers les habitations par des tuyaux de plomb, un système couramment et efficacement utilisé par les Romains dans leurs villes et agglomérations pour acheminer l'eau potable directement aux domiciles. Cette hypothèse est d'autant plus crédible que, en 1842, A. Pelet remarqua que : « Plusieurs aqueducs, dans des directions différentes, partent de cette piscine qui recevait elle-même ces eaux de l'abondante source ». Ces aqueducs suggèrent un réseau complexe et ramifié, démontrant la maîtrise des Romains en matière de transport et de distribution de l'eau.
Aujourd'hui encore, l'eau de la fontaine dite "romaine" est réputée pour être très fraîche même en plein été, une qualité qui, sans aucun doute, a contribué à son importance et à sa pérennité à travers les millénaires. La source, située à 5 m de la fontaine au bord de la route, a toujours été une ressource précieuse.
Dénominations et Perpétuation : La Fontaine à Travers les Siècles
L'histoire de la Fontaine du Ranquet ne s'arrête pas à la période romaine ; elle se prolonge à travers les siècles, marquée par diverses dénominations qui reflètent l'évolution de la perception de son rôle et de son origine. À la période moderne, cet ensemble hydrologique, d'une importance capitale pour la communauté, est méticuleusement attesté dans les registres cadastraux de Nages. Dès l'année 1548, un document significatif le nomme explicitement "bains antiques". Cette appellation précoce témoigne non seulement de l'ancienneté reconnue du site, mais également de la persistance de sa fonction d'approvisionnement en eau ou, potentiellement, de sa réputation comme lieu de cure ou de baignade, même si cela reste à explorer.
C'est un siècle plus tard, en 1659, que son nom actuel, "fontaine romaine du Ranquet", apparaît pour la première fois. Cette nouvelle dénomination marque une reconnaissance plus précise, et sans doute plus historiquement fondée, de son origine et de son héritage romain, soulignant l'importance croissante des vestiges antiques dans la conscience collective. Cette appellation se retrouve ainsi, de manière officielle et pérenne, en 1835 sur le cadastre napoléonien, un document de référence pour l'organisation territoriale. La présence de ce nom sur un tel cadastre confirme son importance locale et sa place établie dans le patrimoine de Nages.
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Plus qu'un simple vestige, la fontaine a laissé une empreinte indélébile dans la topographie du village : la rue qui y conduit porte d'ailleurs son nom, la Rue de la Fontaine Romaine. Cette rue est précisément celle qui monte sur le côté est de l'Oppidum de Nages, ancrant ce site historique non seulement dans la mémoire collective mais aussi dans l'organisation physique de Nages.
Nages : Un Carrefour Historique et Stratégique
Nages, bien qu'aujourd'hui perçue comme une petite ville que l'on pourrait juger somnolente par un observateur extérieur, révèle en réalité un passé d'une richesse et d'une complexité remarquables. En dépit de son grand âge, la localité est très à jour, mais elle offre également d'anciennes rues où il fait bon se promener, des témoins silencieux et émouvants de son histoire millénaire. Au centre du village, en face de la mairie, se dresse une charmante et haute fontaine, majestueusement ombragée par de vieux platanes, un lieu de vie et de rassemblement, véritable cœur battant de la communauté.
L'importance historique de Nages ne se limite pas à sa seule fontaine. Ce site a connu une longue période de fructueux échanges, qui ont probablement duré plusieurs siècles. Ces échanges ont contribué au grand rayonnement de cette communauté humaine dans nos régions, faisant de Nages un point névralgique à l'époque. La situation géographique de Nages est également stratégique, notamment à travers Nîmes et le Rhony, entre Nîmes et Sommières. La présence d'une voie qui reliait ROME à l'ESPAGNE, avant d'arriver à NÎMES, souligne l'importance stratégique de Nages et de ses environs dans le vaste réseau routier romain, facilitant le commerce, la communication et la diffusion des cultures. Cette voie fut cruciale.
L'histoire de l'oppidum protohistorique de Nages montre également des périodes de désertion. Il fut complètement déserté durant près de 200 ans à un moment donné de son histoire. Toutefois, il connut une réoccupation particulière et isolée autour de 50 après J-C, ce qui suggère des événements spécifiques ou des mouvements de population. Cependant, il ne fut plus habité de manière permanente par la suite. Au cours du Moyen-Age, il sera en partie cultivé, souvent à proximité de l'ancienne forteresse et de l'oppidum protohistorique, démontrant une réutilisation agricole de ces terres autrefois densément peuplées et fortifiées. Des bâtiments publics seront construits en dehors de l'enceinte du IVe siècle. Des objets comme des outils, des bornes kilométriques, ou encore des pierres d'origines mais rénovée en janvier 1989, témoignent de la continuité de l'occupation et des activités humaines sur le site. Une structure bien conservée, comme la fontaine dite "romaine", rappelle la fraîcheur de son eau même en plein été, invitant à la contemplation et à la promenade sur les collines environnantes par de petits sentiers qui mènent vers le haut du village.