L'Ère des Vagues Artificielles : Enjeux et Débats Autour des Surf Parks en Date du 24 Février

L'univers du surf, traditionnellement ancré dans la symbiose avec les éléments naturels, connaît une mutation profonde avec l'avènement et la prolifération des surf parks, ces bassins à vagues artificielles. Si l'idée de dompter un déferlement parfait a longtemps fasciné, offrant une vision d'une pratique illimitée, le déploiement de ces infrastructures soulève aujourd'hui une multitude de questions cruciales, allant des impacts environnementaux aux considérations sociales et économiques, en passant par une redéfinition de l'essence même de ce sport. Ce mouvement, jadis perçu comme une utopie technologique, est désormais au cœur d'un débat houleux, exacerbé par la prise de conscience des urgences climatiques et écologiques mondiales.

Les paradis artificiels ont le mérite de nous faire monter au ciel, mais quand on revient sur terre, on déchante. Le surf connaît bien cette histoire pour avoir largement payé son tribut à la drogue, toutes les drogues, avec des envolées cosmiques permettant de redoubler de voyage en tout genre dans les 70’s ou sinon avec des poussées énergétiques transformant, durant les décennies suivantes, les vagues en véritables champs d’assaut pour surfeurs warriors insatiables. De quoi alimenter l’artifice médiatique de tous les spectacles, mais en laissant dans l’ombre le retour sur terre corporel. Aujourd’hui, après avoir écumé tous les beachbreaks, les pointbreaks, les reef, les slabs… de la terre, le surf semble se shooter à la vague artificielle. Pas un mois sans l’annonce d’un surfpark dans le monde, comme en témoigne wavepoolmag.com. Il y a une dizaine d’années, la création de vagues artificielles nous a, pour grand nombre d’entre nous, fascinés et fait rêver par la vision offerte d’un déferlement parfait, un fantasme que chacun a eu envie de surfer. Mais depuis, le monde a changé.

L'Évolution du Surf : Des Origines Naturelles aux Prémices de l'Artifice

L'histoire du surf est intrinsèquement liée à son environnement naturel. Décrit à la fin du XVIème siècle par l’anthropologue espagnol Fray José de Acosta dans son ouvrage Histoire naturelle et morale des Indiens [3], comme un support à l’activité de pêche des peuples indigènes du Pérou, le surf arbore au 18ème siècle un caractère divin permettant une ascension sociale au sein des communautés hawaïennes et polynésiennes. Nageur médaillé olympique, ce surfeur hawaïen est considéré comme le père du surf moderne. Il est devenu une célébrité hollywoodienne, réussissant à rendre le sport universellement populaire. Les années 60 voient naître une identité forte autour du surf, mêlant musique, cinéma et culture. Les planches en bois initialement endémiques disparaissent au profit de planches en polyuréthane, dérivé du pétrole, marquant une première étape vers une forme d'artificialisation de la pratique, du moins dans ses outils.

Face à cette popularité grandissante, le surf a cherché à se développer aussi loin des côtes, en milieu artificiel, avec l'émergence de la première génération de piscines dédiées aux États-Unis, au Japon et aussi en France, à Étampes. Les années 2000 ont vu l’arrivée des piscines à vagues dites statiques ou flowriders [5]. Dans ces bassins de petites dimensions (15 mètres sur 10 mètres pour un volume de 160m3), l’eau est projetée à forte puissance sur un plan incliné, créant ainsi une vague statique permettant au pratiquant d’évoluer sur un bodyboard ou flowboard. Fun, ludique et accessible, l’activité procure des sensations issues du surf, snowboard, skateboard et wakeboard, démocratisant l'accès aux sensations de glisse.

La Révolution des Surf Parks Modernes : Technologie et Expansion

Le véritable tournant pour les vagues artificielles dynamiques, celles que l'on appelle aujourd'hui surf-parks, est arrivé en 2015. Il a fallu attendre cette date pour voir surgir, après 10 ans de recherches, la première construction offrant des vagues artificielles dynamiques. Imaginée par Kelly Slater, il s’agit d’une gigantesque structure, bâtie dans le désert californien et s’étendant sur un terrain de 10 hectares. Des investissements financiers de l’ordre de 30 millions sont mobilisés pour concevoir, développer et construire cette piscine. « Jusqu’à la vague de Kelly Slater, ce type de structure était considérée comme fictive, inimaginable. » Malgré sa démesure et un impact environnemental évident, la construction du multiple champion du monde séduit l’écosystème du surf : pratiquants, industrie, médias. Impensable il y a encore une décennie, il est désormais envisageable de surfer au milieu du désert californien ou sur une île artificielle des Émirats Arabes unis. Le multiple champion du monde de surf n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il est l’un des principaux précurseurs des piscines à vagues dynamiques depuis 2015. Ces nouveaux bassins sont capables de reproduire la formation et le déroulement d’une vague offrant ainsi la possibilité à un surfeur d’enchaîner ses manœuvres sur une longue distance.

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L'ambitieux projet d’Abu Dhabi symbolise l’ambivalence de l’évolution du surf moderne par rapport à ses origines ancestrales. Le Surf Abu Dhabi, ouvert depuis octobre 2024 sur l’île Hudayriyat, est le plus grand parc de surf artificiel au monde. Février 2025, l’élite du surf se retrouvera pour une compétition inédite, organisée dans le cadre du championnat du monde de surf professionnel à Abu Dhabi. La destination choisie par la World Surf League et le cadre peuvent dérouter et surprendre puisque les surfeurs vont concourir aux Émirats arabes unis dans un tout nouveau complexe de piscines à vagues d’eau [1]. Le Global Footprint Network [12] mesure une empreinte écologique par habitant de 8,7 hag (hectare global) en 2022 pour les Émirats, qui les positionne ainsi au 3ème rang des pays les plus pollueurs. Ce classement se confirme par leur croissance démesurée du PIB de +7,9% en 2022 et +3,4% en 2023 (Vs +2,5% en 2022 et +0,7% en 2023 pour la France) selon les données de la Banque mondiale [13].

La technologie Wavegarden est particulièrement présente sur le marché. Comptant avec un bassin de surf de 150 m de long, le premier Wavegarden Cove d’Europe ouvert au public offre une expérience de surf unique loin de la mer, pour tous les visiteurs. De nombreux surf parks à travers le monde s'appuient sur cette technologie. Le parc olympique de Sydney, haut lieu du sport olympique en Australie, accueille désormais le premier parc de surf Wavegarden de Nouvelle-Galles du Sud, grâce à un investissement de plus de 75 millions de dollars australiens. Ce parc de surf devrait ouvrir au public en mai et fonctionnera 16 heures par jour, 7 jours sur 7. Surfland Brasil est le premier surf resort en copropriété doté d’un Wavegarden Cove, permettant aux résidents de Praia da Grama à Fazenda, au Brésil, de profiter d’un Wavegarden Cove situé à seulement 45 minutes de Sao Paulo dès l'été 2021. Le plus grand parc de surf d’Asie est l’attraction principale d’un nouveau complexe marin de luxe. Le plus grand Wavegarden Cove est située à seulement 30 minutes de l’aéroport international. Situé à quelques minutes de l’aéroport Tullamarine de Melbourne, URBNSURF est le premier parc de surf d’Australie et le premier public Wavegarden Cove dans l’hémisphère sud. Soigneusement conçue et élaborée par Desert Wave Ventures à Palm Desert, DSRT SURF sera la première destination surf en son genre de Californie. El Nido comptera bientôt un Wavegarden Cove de 52 modules, entouré d’une plage magnifique, de restaurants, d’un club de plage, de plusieurs bars, d’un club et d’une académie de surf, d’un spa et de près de 400 terrains résidentiels. Situé sur la côte sud-ouest de Bahreïn, le premier parc de surf de la région comprendra un Wavegarden Cove de 52 modules, offrant une expérience inégalée de surf et de plage. Madrid accueillera bientôt le plus grand parc de surf et la plus grande plage urbaine d’Europe. Pièce maîtresse de l’innovant resort 4 étoiles situé à Óbidos, à proximité de Peniche et Nazaré, « SURFERS COVE » accueillera le tout premier Wavegarden Cove du Portugal, équipé de 46 modules. Ce complexe proposera jusqu’à 56 hébergements, un restaurant, une boutique de surf, une école de surf, un skatepark, des espaces wellness, ainsi que des pistes de padel et de beach tennis. City Surf Park, situé au cœur de l'OL Vallée, propose des vagues qui s'adaptent instantanément en hauteur en fonction du niveau, offrant une expérience fun, sûre et adaptée pour tous, novices ou expérimentés. Au-delà du surf, certains projets s'intègrent dans des complexes mixtes. C'est le cas du projet Atlantic Park prévu en 2025 à Virginia Beach aux États-Unis avec le slogan aguicheur : “Each new business, each new project or new development is a chance for the people to set a vision…” soutenu par la star internationale Pharrell Williams. Doté d’un Wavegarden Cove de 46 modules comme élément central, ce complexe à usage mixte n’est pas seulement une destination de surf, mais aussi un lieu d’intérêt culturel et de divertissement. Il comprend un large éventail de boutiques, de restaurants, d’hébergements de type boutique et de biens immobiliers. Il abrite également The Dome, un grand espace culturel et de musique live intégré à l’installation, dirigé par la superstar mondiale originaire de Virginia Beach, Pharrell Williams. Beyond The Club est le premier club privé de surf, sports et club social au monde.

Le Coût Caché de l'Artifice : Impacts Environnementaux des Surf Parks

Les conséquences du réchauffement climatique se manifestent désormais partout chaque jour (fonte de glaciers, incendies, sécheresse…). Outre cela, les scientifiques nous interpellent urgemment sur la perte dramatique de la biodiversité : 68% de la faune mondiale a disparu en 50 ans ! Il n’y a plus d’excuse à notre insouciance à surfer. Dans ce contexte, les surf parks apparaissent pour beaucoup comme un non-sens face aux priorités écologiques d’aujourd’hui.

Les piscines à vagues : une solution pour réduire les impacts environnementaux liés à la mondialisation du surf ? Les estimations les plus récentes de l’International Surfing Association [14] dénombrent près de 35 millions de surfeurs dans le monde avec un éparpillement des meilleures vagues dans le Pacifique (Hawaii, Tahiti, Fidji…), l’Atlantique (France, Portugal, Espagne, Irlande…) et l’Océan Indien (Australie, Indonésie…). L’accessibilité des transports aériens offre au surfeur amateur la possibilité de réaliser ses rêves : voyager à l’autre bout de la planète à la recherche de nouvelles vagues, facilement et rapidement. Toutefois, rappelons que seulement le vol aller-retour Paris / Bali représente 4,45 tCO2 eq (source : simulateur Goodplanet [15]). Face à ces impacts liés à la pratique naturelle de la discipline, les surf-parks sont parfois présentés comme une solution pour réduire l’empreinte carbone évidente du surfer-voyageur tout en offrant aux pratiquants vivant loin de l’océan, la possibilité de glisser. Michael Mohr, cofondateur du surf-park Surftown [16], qui a ouvert ses portes près de l’aéroport de Munich l’été dernier, défend cette accessibilité au surf : « Nous tablons sur 200.000 visiteurs par an, qui pourront ici s’entraîner toute l’année près de la maison. » Cependant, en 10 ans, seulement une vingtaine de surf-parks se sont implantés dans le monde [17], ce qui paraît peu au regard du nombre de pratiquants. Cela s’explique, entre autres, par des investissements conséquents.

Les coûts liés à la consommation d’eau et d’énergie sont également des points de friction majeurs. Une piscine à vagues artificielle consomme de l’électricité et de l’eau, c'est indéniable. Sur le plan énergétique, le bilan est extrêmement énergivore. Se revendiquant comme la solution la plus frugale du marché grâce à un haut rendement énergétique couplé à du photovoltaïque, Wavegarden annonce une consommation de 455 kWh pour une session d’1h. Si l'on s'interroge sur ce que l'on peut faire avec 1 kWh [23], cette consommation horaire met en perspective l'échelle de l'énergie requise. Les solutions avancées vantent l’utilisation de sources vertes et renouvelables. Surftown présente ainsi une installation autosuffisante à 80% en énergie, en s’appuyant sur des énergies renouvelables telles que le solaire et l’éolien. Dans son argumentaire, l’entrepreneur bavarois ajoute que l’énergie géothermique est utilisée pour le refroidissement et le chauffage. Néanmoins, on maîtrise assez bien la consommation électrique de la technologie et on peut anticiper la production électrique sur site.

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Le sujet de l’eau est bien entendu au cœur de la communication des concepteurs. Si l’exploitation en circuit fermé de l’eau est un argument commun, la provenance et le traitement de l’eau restent néanmoins deux facteurs de différenciation. La solution de Wavegarden pour alimenter ses piscines est la récupération d’eaux de pluie et naturelles (puits, lacs, rivières). Sur leur site, il est indiqué qu’« aucune vidange ou remplissage n’est nécessaire, sauf pour compenser les pertes par évaporation. Comme l’eau n’a pas besoin d’être renouvelée, l’eau n’est pas perdue. » Cependant, en France, la réglementation de la baignade artificielle en bassin fermé est plus stricte et devrait s’appliquer, à savoir une à deux vidanges sanitaires par an selon les agences régionales de la santé [21]. Et c’est sans tenir compte d’une accélération de l’évaporation qui amènerait à quadrupler le volume d’eau annuel, ce qui représenterait, selon le Sispea (Observatoire national des services d’eau et assainissement) [22], l’équivalent de la consommation annuelle en eau domestique de 4500 personnes. Au Texas, un décès a été constaté en 2018 à la suite d’une intoxication à l’amibe mortelle dans une piscine de surf, soulignant les enjeux sanitaires potentiels.

L’artificialisation des sols est un autre élément clé. La politique d’artificialisation des sols, menée par le binôme concepteur/promoteur, est également fortement critiquable : sur l’intégralité des sites opérationnels du fabricant espagnol, seulement 15% ont fait l’objet d’une réhabilitation de sites inutilisés, comme Sydney avec la réutilisation d’équipements sportifs olympiques, ou la réutilisation d’anciens sites en Écosse (ancienne carrière) et au Pays de Galles (ancienne aciérie). Les études d’impact prévues en 2025 et 2026 sur le lac de Créteil et au Futuroscope devraient éclairer sur les réels impacts d’un tel concept où cohabitent écosystèmes naturels et activités commerciales.

Enfin, dans le périlleux exercice consistant à comparer l’émission de GES entre les deux pratiques dans des milieux artificiels et naturels, le leader s’octroie de nombreuses hypothèses et omissions sur le scope 3, permettant finalement d’optimiser le résultat de son bilan carbone : non prises en compte des GES émis pour la conception et la fabrication de la piscine, omission des émissions liées aux déplacements de ces utilisateurs… Cette opération évidente de green-washing de l’industriel est parfaitement assumée sur son site internet [24], ce qui accentue la méfiance des détracteurs.

Controverses et Résistances : Le Débat Autour des Projets en France

De nombreux projets de surf parks en France ont suscité de vives oppositions, forçant souvent à des réévaluations, voire à des abandons. Les surfparks sont tout simplement un non-sens face aux priorités écologiques d’aujourd’hui. Le surf, qui nous éveille à la nature, a autre chose à faire que de la bétonner ! Finis les paradis artificiels ! Finie la vague artificielle ! Revenons sur terre.

Un exemple frappant est le projet de construction à St Jean de Luz d’un surfpark de 7 hectares, sur une zone agricole et boisée, incluant piscine à vague, hôtels et zone commerciale, actuellement en cours. Ce projet de surfpark, émis par Quiksilver sur une zone adjacente à ses bâtiments, va engendrer la déforestation d’un bois de plusieurs siècles, abritant une faune variée et rare, sans parler de la surconsommation d’eau et d’électricité inhérente à l’exploitation de la piscine à vagues. Le surf est plaisir individuel. La nature est un bien commun. Celle-ci, bien que vitale à notre existence, ne cesse d’être attaquée et détruite de toutes parts. Sur les 7 hectares de ce projet de surfpark, 4 appartiennent à la ville de St Jean de Luz et sont le bien commun de ses citoyens. La responsabilité des élus est de le préserver. Tristement, Quiksilver fait le chantage à l’emploi, argumentant qu’un tel surfpark serait nécessaire au maintien de l’entreprise dans la commune basque.

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En Gironde, le projet de Canéjan est un autre point névralgique du débat. L’analyse critique du fonctionnement démocratique et des impacts environnementaux du projet de surfpark à Canéjan a fait l'objet d'une lettre envoyée à Bordeaux Métropole. Lors du conseil de Métropole du 11 Juillet, le sujet de la gestion de l'eau et du surfpark a été évoqué. Une lettre a été envoyée suite à des inquiétudes pour la rivière de l'Eau Bourde. Le permis de construire du surfpark, délivré en février 2023 par la Ville de Canéjan, a été attaqué au tribunal administratif par la Sepanso et Surfrider Foundation. La place des concertations nationales se voit renforcée par la loi Climat et Résilience de 2021 visant un objectif de zéro artificialisation nette d’ici 2025 [30] ; mais aussi par les règles sanitaires des Agences Régionales de Santé et le plan de sobriété énergétique du sport dévoilé en octobre 2022 {31], dont l’objectif est de réduire de 10 % la consommation d’énergie du secteur sportif pour 2024, et de 40% d’ici 2050. L’artificialisation du sol sera limitée puisque les deux bassins du surfpark seront construits sur une friche industrielle de 3,6 hectares qui était goudronnée depuis des années. Le projet respecte toutes les réglementations en vigueur et va même plus loin par souci d’être le plus vertueux possible, selon les promoteurs. Des études de sol approfondies devraient être menées à partir de janvier 2026. La phase de préparation et de construction s’étalera sur un à un an et demi, avec une ouverture prévue en juin 2027. Ce projet est financé par les fonds propres des quatre associés, complétés par une première levée de fonds en 2024. Les promoteurs ont envoyé aux élus du conseil municipal de Canéjan une lettre répondant aux arguments de leurs opposants, un procédé dénoncé par certains comme étant destiné à influencer les élus. Le projet qui visait à réhabiliter une friche industrielle en partie artificialisée de 3,6 hectares pour y créer un surf park [28], a été stoppé après l’annulation en recours du permis de construire par le tribunal administratif de Bordeaux. En effet, le terrain sur lequel devait s’installer le surf park girondin est répertorié dans la base de données des sites et sols pollués BASOL [29] en raison de la présence de nombreuses substances chimiques : arsenic, chrome, cuivre, nickel, plomb, zinc et hydrocarbures.

À Sevran [25], un projet a été abandonné en 2021 à la suite d’une consultation citoyenne, considéré comme trop gourmand en eau et énergie, au profit de la création d’un corridor écologique et d’un espace dédié à l’agriculture urbaine. L’association Environnement 93, en tête de la mobilisation à Sevran, a déclaré : « Ce projet de piscine à vagues est une ineptie. Il se basait sur la réutilisation d’eau pluviale. Sauf que les études montrent qu’il faudrait pomper dans la nappe phréatique et utiliser de l’eau potable pour l’alimenter. »

De nombreux autres projets de complexes sportifs de piscines à vagues, comme à Lacanau (Wavegarden), Libourne (Okahina), Poitiers-Futuroscope (Okanina), Castets (Wavelandes) sont au point mort ou ont été définitivement abandonnés. Les promoteurs de ces infrastructures se tournent parfois vers l'argument des Jeux Olympiques pour justifier leur développement. Quant à ceux qui argumentent qu’un surfpark est nécessaire pour espérer une médaille olympique, rappelons qu’à Tokyo, Paris (Teahupoo) et Los Angeles, les trois prochaines olympiades, les épreuves auront lieu dans l’océan. Par ailleurs, ces mêmes pro-surfpark sont les premiers à rêver de surfer un jour avec des dauphins. Et à titre d’information, signalons que le gouvernement français a annoncé sa volonté de légiférer pour interdire dauphins et baleines des parcs d’attraction.

C’est hors des frontières françaises que les surf-parks réussissent à voir le jour, dans des contrées où les intérêts écologiques sont minimisés : États-Unis, Émirats arabes unis, Corée du Sud, Brésil… L’Australie, réputée comme une nation forte du surf mondial, s’est munie de plusieurs installations (Queensland, Melbourne et Sydney). La promotion réalisée par les surfeurs professionnels australiens peut laisser perplexe sur la bonne compréhension des enjeux climatiques et environnementaux. Cette position s’explique par la place prépondérante de l’exploitation du charbon, du gaz naturel et des mines dans l’économie du pays.

Surf Parks : Accessibilité, Élitism et Questions Olympiques

Sur l’aspect social, les surf-parks divisent également. Destinées initialement à rendre accessible le sport à un plus grand nombre, les tarifs d’entrée de l’ordre de 60 €/heure représentent un frein indiscutable à l’accessibilité. Quelle que soit la durée passée dans l’eau, surfer dans l’océan n’engendre aucun coût supplémentaire à celui du matériel et son déplacement. Or, une session dans une piscine à vagues transforme le surf en une pratique élitiste. Kelly Slater privilégie d’ailleurs un positionnement premium en ne réservant l’accès à son ‘Ranch’ qu’à des surfeurs soigneusement sélectionnés, aux marques et à la WSL pour l’organisation de compétitions ou évènements prisés. On entend ici par surfeur, cet amoureux inconditionnel de l’océan dont la vie est rythmée par la présence ou l’absence de vagues. Introduit au cœur de cette démesure, le surf devient lui-même un objet de consommation, très éloigné de son ADN originel.

Le champion olympique de surf français, Kauli Vaast, s’entraîne dans le centre de recherche et développement Wavegarden du Pays-Basque espagnol. Il est fort probable que la médaille d’or de Kauli Vaast aux JO 2024 de Paris va raviver le débat autour de la construction du premier surf park en France. Placardés en 4x3 dans le métro parisien, les exploits du prodige tahitien sur le magnifique spot de Teahupoo vont donner l’envie à des milliers de jeunes de s’initier au surf. Les soutiens aux surf parks affirment que l'avenir du surf français passera par des installations comme celles de Canéjan. Ils souhaitent offrir à nos athlètes et aux surfeurs amateurs, un lieu où ils pourront s’entraîner sans devoir prendre l’avion pour partir à l’autre bout du monde. Si on se lance dans un projet de vagues artificielles, il vaut mieux être sûr de son coup. De nombreux projets ont échoué dans le monde parce que le cahier des charges est complexe. Il faut une technologie capable de produire différentes vagues qui se rapprochent des conditions naturelles. La technologie Wavegarden, leader mondial de la production de vagues artificielles, a été éprouvée sur une dizaine de projets dans le monde.

Cependant, la question demeure : peut-on accepter ce désir d’artificialiser certaines pratiques au détriment de la planète ? L’ultime question à se poser est la suivante : un surfeur est-il vraiment « au paradis » lorsqu’il surfe une vague artificielle, entouré d’immeubles, de voitures et de commerces ? Si comme nous, tu aimes l’océan, tu sais qu’une piscine à vagues ne remplacera jamais une bonne session au coucher de soleil ! Si tu ne surfes pas, on t’explique rapidement que de bonnes conditions de surf dépendent d’une équation qui doit réunir tous ces éléments : vague + houle + direction du vent + coefficient de marée. Et on ne va pas se mentir, il n’est pas rare de se taper des allers-retours en voiture pour rien dans la région. D’ailleurs, même des surfeurs amateurs prennent l’avion pour se rendre sur des spots connus à l’étranger et espèrent glisser sur la vague parfaite.

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