Depuis son introduction aux Jeux olympiques modernes en 1896 à Athènes, la natation a connu des transformations remarquables. Cet article explore l'histoire du 100 mètres nage libre aux Jeux olympiques, en mettant en lumière ses évolutions et moments clés.
Les débuts de la natation olympique
Athènes 1896
La natation est intégrée aux Jeux olympiques dès leur renaissance en 1896 à Athènes. Lors de cette édition inaugurale, les épreuves se déroulaient en pleine mer, dans la baie de Zéa au Pirée. Les nageurs étaient transportés en bateau au large et devaient regagner la côte le plus rapidement possible, souvent dans des conditions difficiles. Alfred Hajos, un Hongrois, remporta la médaille d'or du 1200 mètres nage libre, déclarant que "le désir de survivre était plus fort que celui de gagner". L'épreuve comprenait également un 100 mètres réservé aux marins grecs, avec des bouées fabriquées à partir de citrouilles évidées. Le Hongrois Alfréd Hajós remporte le 100 mètres aux Jeux d'Athènes. Le 11 avril 1896, le jour du premier 100 mètres olympique, la température de l'eau est de treize degrés et la légende raconte qu'Alfréd Hajós s'enduit le corps d'une épaisse couche de graisse pour supporter le froid.
Paris 1900
Aux Jeux olympiques de Paris en 1900, les compétitions de natation se sont déroulées dans la Seine. Une épreuve insolite de nage sous l'eau sur 200 mètres était également au programme.
Londres 1908
Les Jeux de Londres en 1908 marquent un tournant avec l'introduction de la piscine pour les épreuves de natation. Une piscine de 100 mètres de long fut construite sur la pelouse du White City Stadium, apportant ainsi une régulation technique plus stricte à la discipline.
Stockholm 1912
Les Jeux de Stockholm en 1912 voient l'apparition des femmes dans les compétitions de natation, marquant une étape importante vers l'égalité des sexes dans ce sport. C'est l'Australienne Fanny Durack qui remporte le 100 mètres en Suède. Ardente défenseuse du droit des femmes, elle est considérée comme une pionnière du sport féminin, très décriée à l'époque. Née en 1889 à Sydney, Fanny Durack était à l'origine une spécialiste de la brasse. Entre 1912 et 1918, elle établira 12 records du monde. Aucune Française ne participe à ces épreuves à Stockholm. Elles seront en revanche trois aux Jeux d’Anvers en 1920 où la jeune Américaine de dix-huit ans Ethelda Bleibtrey remporte les trois épreuves au programme : le 100 m, le 300 m et le relais. Cette autre pionnière qui avait commencé à nager en 1917 pour soigner la poliomyélite dont elle était atteinte et qui fut à l'origine de la création d'une piscine à Central Park, à New York, après une nuit en prison !
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Évolution de la natation olympique
Depuis ces débuts rudimentaires, la natation olympique a considérablement évolué. Les bassins olympiques modernes mesurent 50 mètres de long, avec une largeur minimale de 21 mètres et une profondeur uniforme d'au moins 1,80 mètre. Les piscines sont divisées en huit couloirs, chacun mesurant 2,5 mètres de large, et sont équipées de dispositifs anti-vagues pour améliorer les performances des nageurs. La température de l'eau est maintenue à 25°C pour des conditions optimales.
Champions et moments marquants du 100 mètres nage libre
Le 100 mètres nage libre est la course reine en natation. Elle a vu émerger des athlètes d'exception et des moments mémorables :
- Duke Kahanamoku : L'Américain est le premier nageur double champion olympique du 100 mètres. Vainqueur en 1912, puis en 1920. Ce grand nageur hawaïen est également considéré comme l'inventeur du surf moderne. Duke Kahanamoku est enfin connu pour sa rivalité avec Johnny Weissmuller, champion olympique en 1924 et 1928. Premier homme à nager le 100 mètres en moins d'une minute et surtout incarnation de Tarzan au cinéma dans une douzaine de films.
- Dawn Fraser : L'Australienne est la première femme à descendre sous la minute au 100 mètres. Elle est également la première à remporter trois titres olympiques consécutifs sur la distance reine : en 1956, 1960 et 1964, au Japon. Cet exploit se termine pourtant dans un commissariat de Tokyo. La championne, sans doute grisée par ce succès, se retrouve en effet arrêtée pour avoir volé un drapeau japonais hissé devant le palais impérial. L'empereur Hirohito en personne lui évitera la prison. Grand seigneur, il lui fait même cadeau du drapeau.
- Mark Spitz : En 1972, l'Américain réalise une performance incroyable aux Jeux de Munich avec sept titres, dont celui du 100 mètres.
- Alain Bernard : En 2008, à Pékin, Alain Bernard décroche le titre olympique du 100 mètres, le premier et, à ce jour, le seul titre olympique d'un nageur français dans la reine des courses. En 2008, convaincu par son entraîneur qu’il est plus rapide que son plus grand adversaire Eamon Sullivan dans les 25 derniers mètres, cela a un impact sur le moral du champion français. Alain Bernard finit d’ailleurs par arracher la décision en 47s21 ! « Sur un 100 mètres nage libre, on part à fond. Au bout de 25, 30 secondes, les muscles se tétanisent. On est à bout de souffle et le cerveau commande de stopper. On doit alors lutter contre cette douleur en restant lucide. Les mots de Denis (Auguin, Ndlr), quelques minutes avant la finale, ont eu un impact. J’y ai cru. « Je suis au coude à coude avec lui. Je sais que c’est possible ». J’ai vraiment voulu y croire jusqu’au bout. J’apprendrai quelques années plus tard que ce n’était pas vrai. Ce 14 août 2008, à Pékin, pour 11 petits centièmes de moins que l’Australien, c’est surtout une victoire contre soi et les éléments : « J’étais presque prêt à ne pas gagner. Cela m’a permis de désacraliser cette épreuve. Je suis arrivé sur ces Jeux, j’avais bien travaillé. J’étais en bonne santé. Je savais que j’étais en pleine capacité de m’exprimer. Au fond de moi, j’avais évidemment envie de gagner. Mais ce qu’on ne maîtrise pas, c’est le niveau de performance de nos adversaires. A mes yeux, Sullivan restait le nageur le plus rapide. Il nageait 47s04 la veille. Mon meilleur temps était de 47s20. Mais ce n’est pas lui qui a gagné la finale ! »
Jeux Olympiques de Paris 2024 : Nouveaux records et controverses
Le 21 mars 2025, Pan Zhanle a mis une claque au record du monde du 100 m nage libre détenu jusqu'ici par David Popovici (46"86). Aux Mondiaux de Doha, le Chinois de 19 ans a lancé son relais 4x100 m en 46"80, établissant donc un nouveau temps de référence. A six mois des Jeux Olympiques de Paris, il envoie un message très clair à la concurrence : il faudra compter avec lui sur la distance reine à l'été prochain.
L'onde de choc a déjà traversé le monde. Elle a dû secouer la Roumanie de David Popovici, les Etats-Unis de Jack Alexy et Caeleb Dressel, l'Australie de Kyle Chalmers et, bien sûr, la France de Maxime Grousset. Tous les gros bras de la distance reine ont sans doute pris une claque ce dimanche parce qu'une fusée chinoise nommée Pan Zhanle a envoyé un message limpide, lors des Mondiaux de Doha. Il existe désormais un grand favori pour le 100 m nage libre des JO de Paris 2024.
Ce dimanche, le nageur de 19 ans lançait le relais 4x100 m de son pays, qui a fini par remporter la médaille d'or pour la première fois de son histoire. Il en a profité pour établir un nouveau record du monde de la distance en 46"80, effaçant des tablettes l'ancienne marque de référence établie par Popovici à Rome en 2022. Intouchable durant 13 années depuis le 46"91 de Cesar Cielho aux Mondiaux 2009, la marque n'est donc pas restée très longtemps propriété du Roumain. Boudés par la plupart des grandes stars de la natation, de Léon Marchand à Katie Ledecky, placés pour la première fois dans une année olympique qui ne fait pas leurs affaires, ces Mondiaux au Qatar démarrent donc par un coup de tonnerre.
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Cependant, la performance de certains nageurs suscite des interrogations. L'ancien sprinteur exprime sa colère et son scepticisme face à certaines performances, notamment celle de Pan Zhanle. «Ca n'est pas réel, vous ne pouvez pas battre un tel aréopage - Kyle Chalmers, David Popovici, Jack Alexy - comme ça, avec une longueur d'avance». Kyle Chalmers, le dauphin de Pan aux JO de Paris après avoir été champion olympique à Rio en 2016 et vice-champion olympique, déjà, à Tokyo en 2021, ne partage pas l'opinion de son aîné. «J'ai fait tout ce qu'il était possible de faire pour gagner cette course, et je pense que chacun a fait de même en restant fidèle à l'intégrité du sport», a-t-il affirmé. «L'année dernière, j'ai été contrôlé 29 fois et je n'ai jamais eu un contrôle positif. Entre mai et juillet, 21 fois, et je n'ai jamais reçu un contrôle positif».
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