L'enseigne de prêt-à-porter Zara, appartenant au groupe espagnol Inditex, se trouve parfois au cœur de discussions complexes concernant la gestion de la diversité religieuse et l'application des principes de laïcité, particulièrement en France. Cet article examine les incidents spécifiques impliquant le port du voile islamique (hijab) dans les magasins Zara en France, la politique générale du groupe Inditex en matière de signes religieux, et les enjeux plus larges liés à la diversité culturelle et religieuse dans le monde de l'entreprise.
Un Incident à Plaisir et ses Répercussions
Un incident survenu dans un magasin Zara à Plaisir, dans les Yvelines, a mis en lumière la sensibilité de la question du voile en France. Au lendemain des attentats qui ont frappé Paris, une cliente portant un hijab s'est vu refuser l'accès au magasin par un vigile. Ce dernier lui aurait demandé d'enlever son voile, ce que la cliente a refusé, se conformant ainsi à la loi française qui n'interdit que la dissimulation intégrale du visage dans l'espace public (burqa ou niqab).
La direction de Zara France a rapidement réagi à cet incident. Jean-Jacques Salaün, directeur général de Zara France, a qualifié l'incident d'"initiative malheureuse" du vigile employé par la société Technigarde. Il a insisté sur le fait qu'il n'existait aucune consigne interne chez Zara interdisant le port du hijab et a condamné fermement cette attitude. Le vigile et la responsable du magasin ont été mis à pied et une enquête a été ouverte par Zara et Technigarde. M. Salaün a également présenté ses excuses à la cliente au nom du groupe, excuses qui ont été acceptées.
Cet incident a été filmé et diffusé sur les réseaux sociaux, suscitant de vives réactions. On y entend le vigile expliquer que les clients portant des "casquettes, des chapeaux, des bonnets, des cagoules, des foulards, qui ont la tête couverte, ne peuvent pas rentrer".
La Politique d'Inditex en Matière d'Uniforme et de Neutralité
Inditex, la maison mère de Zara, est un groupe international qui englobe plusieurs enseignes, dont Bershka, Stradivarius, Pull&Bear, Zara Home et Massimo Dutti. Avec plus de 6400 magasins dans le monde, dont une majorité en Europe, Inditex accorde une importance particulière à l'uniforme de ses employés.
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Selon Rachid Bensahnoune, un responsable des ressources humaines chez Inditex, l'uniforme permet d'affilier tous les collaborateurs, quelles que soient leur origine, leur niveau social ou leurs convictions. Il contribue également à effacer toute appartenance religieuse, politique ou autre sur la surface de vente, assurant ainsi une certaine neutralité devant les clients.
Toutefois, la politique d'Inditex en matière de signes religieux varie selon les pays. Au Royaume-Uni, par exemple, le port du foulard, du hijab ou du turban sikh est autorisé. En Autriche, en Allemagne et aux Pays-Bas, des exceptions peuvent être accordées lorsque les employés n'ont pas de contact avec la clientèle.
En France, pays marqué par la laïcité, l'uniforme est considéré comme un vecteur d'assimilation. Inditex privilégie une politique de marché adaptée à chaque pays plutôt qu'une politique corporate uniforme. Rachid Bensahnoune souligne que certaines employées musulmanes qui portent le voile à l'extérieur préfèrent ne pas porter de signe religieux au travail, souhaitant séparer les deux univers.
La Laïcité en France et la Liberté Religieuse en Entreprise
La France est un pays laïc, ce qui signifie que l'État est neutre en matière de religion et que chacun est libre de pratiquer la religion de son choix. Ce principe de laïcité s'applique aux agents de la fonction publique, qui sont tenus à une neutralité religieuse dans l'exercice de leurs fonctions.
Dans le secteur privé, le principe de la liberté religieuse est la référence. Toutefois, les entreprises peuvent imposer un principe de neutralité dans des cas précis, pour des raisons d'hygiène, de sécurité ou de bon fonctionnement de l'entreprise, notamment pour les salariés en contact avec la clientèle. Ces restrictions doivent être prévues dans le règlement intérieur de l'entreprise.
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La jurisprudence française reconnaît aux entreprises une certaine marge de manœuvre dans la gestion du fait religieux. Elles peuvent ainsi interdire le port de signes religieux visibles si cette interdiction est justifiée par la nature de la tâche à accomplir et proportionnée au but recherché.
Le Port du Turban et la Discrimination Religieuse
La question du port du turban a également été soulevée devant les tribunaux français. La Cour de cassation a jugé que l'interdiction pour une salariée de porter un turban constitue une discrimination fondée sur ses convictions religieuses, rendant le licenciement nul, en l'absence d'éléments objectifs justifiant cette interdiction.
Dans une affaire impliquant une vendeuse de Zara, la Cour d'appel de Paris a estimé qu'une clause du règlement intérieur interdisant toute manifestation d'opinions politiques, religieuses ou philosophiques était générale et indifférenciée. Elle a également relevé que la responsable du magasin portait un pendentif en forme de croix, alors qu'elle était en contact avec la clientèle.
Zara et les Accusations de Recel de Crime Contre l'Humanité
Outre les questions liées au voile et à la laïcité, Zara a également été confrontée à des accusations de recel de crime contre l'humanité en raison de soupçons de recours au travail forcé d'Ouïghours en Chine par ses sous-traitants.
En novembre 2021, la Commission départementale d'aménagement commercial de Bordeaux a émis un avis défavorable à l'extension d'un magasin Zara en raison de l'ouverture d'une enquête judiciaire sur ces soupçons. Des élus ont souligné qu'ils souhaitaient donner un signal fort en refusant l'agrandissement de magasins qui ne maîtrisent pas suffisamment leurs sous-traitants.
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Une enquête a été ouverte par le Parquet national antiterroriste de Paris à la suite d'une plainte déposée par des ONG et une femme ouïghoure ayant été internée dans la province du Xinjiang. Les plaignants accusent les grands noms de l'habillement de profiter du travail forcé de cette communauté persécutée.
Zara conteste ces accusations et affirme lutter contre le travail forcé. Le groupe cite notamment un rapport qui ne le mentionne pas parmi les marques participant au travail forcé des Ouïghours.