Le windsurf, sport exigeant et dynamique, soumet le matériel à des contraintes considérables. Les planches, en particulier, sont constamment exposées à des forces intenses et à des chocs répétés, augmentant en intensité en fonction du poids du rideur, des conditions de vent et de mer. Il n’est donc pas rare que les flotteurs subissent l'usure du temps et les aléas des sessions, se manifestant souvent par l'apparition d'enfoncements. Ces marques peuvent être de simples altérations esthétiques ou des indicateurs de problèmes structurels plus profonds. Comprendre comment reconnaître un enfoncement, en évaluer la gravité et connaître les options de traitement est essentiel pour tout windsurfeur soucieux de la durabilité et de la performance de son équipement.
Les Enfoncements : Une Réalité Fréquente sur les Flotteurs
Les enfoncements sur une planche de windsurf, également connus sous le nom de "pokes", sont des dépressions localisées sur la surface du flotteur. Leur détection n'est pas toujours immédiate, et il est important de savoir comment les identifier pour évaluer leur impact potentiel.
Définition et Localisation Typique des Enfoncements
Un enfoncement sur un flotteur peut se présenter comme une légère déformation. Souvent, cela ne se voit pas à l'œil nu, sauf sous un soleil rasant, une condition d'éclairage particulière qui met en évidence les moindres aspérités de la surface. Pour les sentir, il faut passer la main dessus, permettant de détecter les irrégularités qui ne sont pas visibles. Ces enfoncements peuvent être légers, mais leur présence indique une contrainte subie par le matériau.
La zone centrale entre les footstraps avants et arrière est un emplacement particulièrement propice à l'apparition de ces marques. C'est une zone où l'on appuie quelques fois assez fort involontairement, notamment en phase de rattrapage lors de manœuvres complexes. On peut également remarquer des enfoncements au niveau des pieds sur la planche, parfois accompagnés de l'apparition de microfissures juste à côté. Plus spécifiquement, un coup de talon peut laisser un enfoncement sur le pont d'un diamètre de 4 à 5 cm, comme observé à 20 ou 30 cm en avant du pied de mât après un mouvement brusque, tel qu'une surrotation de backloop où le talon vient percuter l'avant de la planche. Si, au centre de l'enfoncement, la surface est un peu molle quand on appuie fort dessus, cela peut indiquer un problème plus sérieux que la simple déformation superficielle.
Origines des Enfoncements sur le Pont du Flotteur
Les causes des enfoncements sont multiples et souvent liées à l'interaction dynamique entre le rider et sa planche. Le changement de pied lors du jibe en vol, avec parfois des coups de talons involontaires, est une cause fréquente d'enfoncements légers sur le flotteur, en particulier dans la zone centrale entre les footstraps avants et arrière. Cette zone est mécaniquement très sollicitée.
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Au-delà des mouvements du corps du rideur, l'équipement lui-même peut être source de marques. Selon l'angle de rotation du mât autour du pied de mât, on peut appuyer le wishbone sur l'arrière avant un waterstart, par exemple. La hauteur du wishbone peut également influencer les points de pression sur la planche. Cependant, sur les planches modernes, à moins d'être un nain ou de naviguer avec le wishbone à hauteur du sternum (ou avec le pied de mât tout à l'avant du rail), dans le meilleur des cas le wishbone ne repose que sur les derniers 3 cm de l'arrière du flotteur, minimisant ainsi ce type de contrainte.
Plus généralement, un choc violent avec le pratiquant ou tout autre élément peut être à l'origine de ce type de déformation. Les impacts imprévus, qu'ils proviennent d'une mauvaise réception de saut, d'une chute, ou même d'une manipulation imprudente de la planche, contribuent à ces marques. Par exemple, éviter de poser les genoux sur le pont est une des précautions à prendre pour prévenir l'apparition d'enfoncements indésirables.
Normalité et Qualité des Matériaux : Mythes et Réalités
La question de la normalité des enfoncements est complexe et dépend de nombreux facteurs, notamment le type de construction de la planche et son âge. Il est crucial de démystifier certaines idées reçues pour mieux comprendre ces phénomènes.
Les Enfoncements Sont-ils Toujours Anormaux ?
Dans le monde du surf et du windsurf, la perception des enfoncements varie. Sur une construction monolithe, cela arrive, et cela n'a pas toujours de conséquence majeure. Les enfoncements peuvent être considérés comme normaux, en particulier après les premières sessions. Il est courant que la planche marque au début, puis que ces marques ne bougent plus après. Personnellement, beaucoup considèrent que les enfoncements font partie du vieillissement de la planche et sont donc à accepter comme une fatalité. C'est une marque de vie de l'équipement. Sur les planches en polyuréthane (PU), les enfoncements sont normaux, tandis que sur l'époxy, ils sont un peu moins fréquents.
Cependant, cette acceptation ne doit pas masquer les cas où les enfoncements peuvent être le signe d'une faiblesse. Par exemple, si le flotteur est un Flikka récent d'un an et présente des enfoncements légers, on peut être un peu déçu, car c'est un flotteur qui devrait être bien solide. Certains confirment que ce n'est pas normal pour une telle planche et que cela peut confirmer qu'avec l'augmentation des quantités, Flikka n'a pas réussi à maintenir la qualité de sa production. Ceci dit, les enfoncements dans la zone centrale entre les footstraps avants et arrière sont un problème très fréquent à cet endroit-là, quelle que soit la marque.
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Il est important de distinguer un "un peu mou" qui peut être une option de série sur les planches récentes d'une vraie délamination. Ce n'est qu'en ayant fait l'expérience d'une délamination avérée que l'on se rend compte de la différence entre une souplesse normale et un problème structurel.
Le Rôle du Séchage Initial et de la Construction
La durabilité d'une planche est intrinsèquement liée à sa fabrication, et le processus de séchage après le glassage est un élément crucial souvent sous-estimé. Il existe un débat sur l'importance du temps de séchage initial : si le glass n'est pas sec, il y a peu de chance que la strate soit sèche. Le temps de séchage est primordial au départ, quelle que soit la strate ou la board d'ailleurs. Un séchage de 2 à 3 semaines est bien, et une semaine de plus est même mieux. Des shapers professionnels, pour assurer un bon séchage à une bonne température, gardent parfois les boards en atelier plutôt que de les donner directement au client. Cela souligne l'importance de cette étape pour la solidité finale.
La construction du pont de la planche joue un rôle majeur dans sa résistance aux enfoncements. Si le pont est « light en strat », c'est-à-dire que la stratification est fine, il sera plus susceptible de marquer. Pour limiter cela et assurer que la planche dure dans le temps, il est souvent conseillé de ne pas hésiter à rajouter un tissu en plus sur le pont. Dans la fabrication de planches, il est possible de prolonger la gouttière par un léger concave de façon à renforcer cette zone sans ajouter de tissu, ce qui rigidifie bien la planche. Effectivement, à certains endroits fortement sollicités, il devrait y avoir des renforts justement pour remédier à ce genre de situation. En général, les planches de série sont parfois assez peu renforcées sur les zones à impact théoriquement réduit, ce qui peut expliquer la survenue de pokes dans ces endroits.
La Technologie WOOD : Un Modèle de Durabilité
Parmi les diverses technologies de construction de planches, la technologie WOOD s'est distinguée par sa robustesse et sa durabilité. Des planches comme les Isonic WOOD, même achetées d'occasion sans connaître leur historique, sont restées comme neuves au moment de leur revente, après avoir cumulé un nombre impressionnant de sessions et de kilomètres. La technologie WOOD est assurément l'une des meilleures utilisées à ce jour pour des planches à voile.
Cette technologie a été inventée en Nouvelle-Calédonie par Jean-Louis Colmas, un compétiteur de haut niveau et shaper génial, également inventeur des shapes courts, larges et fins, et des décrochements sur l'arrière des flotteurs. Il a voyagé de nombreuses fois en Thaïlande pour former les ouvriers de Cobra à cette technologie, utilisant du pin australien de 0,6 mm d'épaisseur. Après un certain nombre d'années, des marques comme JP, Fanatic et d'autres ont demandé à Starboard, par l'intermédiaire de Cobra, de pouvoir faire fabriquer leurs flotteurs en WOOD, ce que Svein Rasmussen, le patron de Starboard, a accepté. Malgré une période d'abandon, l'important est que la technologie WOOD fait enfin son retour sur certains flotteurs Starboard du millésime 2021, ce qui est une excellente nouvelle pour la longévité des équipements.
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Évaluer la Gravité d'un Enfoncement : Quand Faut-il S'inquiéter ?
Identifier un enfoncement est une première étape ; la seconde, et non des moindres, est d'en évaluer la gravité. Tous les enfoncements ne nécessitent pas une intervention immédiate, mais certains signaux d'alerte ne doivent pas être ignorés.
Signes de Dommages Graves
Lorsqu'un enfoncement n'est pas qu'une simple marque superficielle, des indices visuels et tactiles peuvent révéler un problème plus profond. L'apparition de microfissures juste à côté d'un enfoncement est un signe préoccupant, car cela indique que la fibre, la couche structurelle de la planche, a été compromise. De même, si, en appuyant dessus, l'enfoncement est mou ou un peu mou, cela peut être un indicateur de délamination, c'est-à-dire un décollement des couches du sandwich de la planche.
Un autre signe alarmant est lorsque la planche suinte. Cela signifie qu'il y a un trou ou une fissure permettant à l'eau de pénétrer. Si rien n'est visible sur le pont, la fuite peut se trouver sous le pad. Pour confirmer un suintement, un test peut être effectué : mettre la planche au chaud dans une véranda ou une voiture. Toute l'eau sur la surface s'évaporera, sauf dans la zone de fuite où l'eau emprisonnée dans la planche ressortira sous l'effet de la pression. Cela se traduira par des zones humides, ou des croûtes de sel si le séchage est progressif. Si la fibre est cassée, il peut y avoir une prise d'eau, compromettant l'intégrité du flotteur. Il est donc crucial de vérifier ces éléments avant chaque sortie.
Risques Associés : Délamination et Prise d'Eau
Le risque majeur associé à un enfoncement profond ou fissuré est la délamination. Si la planche est molle au toucher, il s'agit d'une délamination. Ce phénomène peut être dû à un défaut de fabrication ou à une très grosse réception de saut, le plus souvent à plat, bien que ces cas soient extrêmement rares par rapport au volume total de planches fabriquées. Une délamination dans la zone centrale du pont, très sollicitée mécaniquement, est particulièrement problématique et peut rapidement devenir un problème sérieux.
La prise d'eau est une conséquence directe et grave des fissures et délaminations. L'eau s'infiltre dans le pain de mousse de la planche, augmentant son poids de manière significative et altérant ses caractéristiques de glisse. Dans les cas extrêmes où le pain de mousse a pris l'eau, même une réparation complexe ne garantira pas que la planche ne reste pas fragile et lourde. Il est donc impératif de rendre provisoirement étanche toute zone molle et fissurée pour prévenir une dégradation accrue du sandwich.
Impact sur la Performance
Au-delà des préoccupations structurelles, un enfoncement peut avoir un impact notable sur la performance de la planche. Si l'enfoncement est vraiment très important et qu'il se situe sur la carène (la partie inférieure du flotteur), cela peut changer la glisse de la planche. Une surface irrégulière perturbe l'écoulement laminaire de l'eau, augmentant la traînée et réduisant la vitesse et la maniabilité. Dans de tels cas, la réparation n'est pas seulement esthétique ou préventive contre la prise d'eau, elle devient nécessaire pour restaurer les qualités de navigation du flotteur.
Réparer ou Ne Pas Réparer : Les Options Face aux Enfoncements
La décision de réparer un enfoncement dépend de son ampleur, de sa localisation, de sa gravité structurelle et des attentes du propriétaire. Entre laisser tel quel et entreprendre de lourds travaux, plusieurs options existent.
Petits Enfoncements Esthétiques vs. Dommages Structurels
Pour un enfoncement superficiel sur le pont, sans intrusion d'eau et dont la fibre n'est pas cassée, la question se pose de savoir si cela vaut vraiment la peine d'être réparé. Souvent, si ce n'est qu'esthétique, la réparation n'est pas une nécessité absolue. Beaucoup préfèrent ne rien toucher, craignant de rater la réparation et d'aggraver l'aspect de la planche. En effet, un enfoncement dû par exemple à un coup de genou, ne se répare pas de manière invisible ou simple. L'idée que les enfoncements font partie du vieillissement de la planche et sont à accepter comme une fatalité est très répandue. Même après une réparation, d'autres enfoncements sont susceptibles d'apparaître par la suite.
Cependant, si c'est cassé, il faut réparer pour éviter de prendre l'eau. Pour les dommages mineurs, si le propriétaire sait faire, cela ne coûtera pas grand-chose. Sinon, il est conseillé de s'adresser à un ami qui s'y connaît ou à un shaper professionnel. La taille et l'emplacement de la délamination déterminent la complexité des réparations, qui peuvent être simples ou compliquées.
Solutions pour les Enfoncements Légers et Prise d'Eau
Face à un enfoncement mou et fissuré, la priorité absolue est de rendre le tout provisoirement étanche afin d'éviter toute prise d'eau supplémentaire qui pourrait endommager le pain de mousse et le sandwich. Simplement restratifier ne changera pas grand-chose si le sandwich est déjà abîmé en profondeur.
L'injection de résine est une solution parfois évoquée pour les enfoncements profonds. Bien que techniquement possible à la seringue, elle est généralement déconseillée. La résine peut filer dans le pain de mousse et risque de chauffer, provoquant des dommages collatéraux. Une alternative, si l'injection est vraiment envisagée, serait un mélange résine+silice, qui passe très bien dans les seringues sans aiguille, trouvables en pharmacie (même si les pharmaciens affichent une drôle de mine en les demandant). Cependant, cette méthode reste délicate et peu recommandée pour un amateur.
Une méthode pour amoindrir, voire faire disparaître, certains enfoncements, souvent utilisée lors de la restauration de planches anciennes, consiste à chauffer la partie enfoncée. L'objectif est de créer une expansion de la mousse en dessous et de repousser ainsi la fibre au-dessus. La difficulté réside dans le dosage précis de la chaleur pour ne pas cramer la mousse, qui risquerait de jaunir, ni de délaminer la strate. C'est une technique qui comporte des risques, et beaucoup préfèrent éviter de se risquer à cela pour ne pas obtenir un résultat brûlé qui serait encore plus visible que l'enfoncement initial.
Réparations Plus Conséquentes (Délamination, Carène)
Lorsqu'un enfoncement important est présent sur la carène, il peut changer la glisse de la planche. Dans ce cas, il est souvent nécessaire de boucher le trou. Deux options principales s'offrent alors : une réparation avec de la résine, mais cela aura pour conséquence d'ajouter du poids à la planche, ou une réparation avec de la mousse. Cette dernière est plus complexe et implique de couper la strate, l'arracher, mousser la zone endommagée, puis restratifier pour reconstruire l'intégrité de la surface. Ces réparations sont plus techniques et nécessitent un savoir-faire certain pour garantir un résultat satisfaisant.
Dans le cas d'une délamination importante, la réparation peut être complexe. Si la planche est complètement cassée en deux, il est possible de la réparer avec beaucoup de fibre et de résine. Cependant, le résultat n'est pas forcément bon, sachant que le pain de mousse aura sûrement pris l'eau et que la planche restera malgré tout fragile. Dans ces situations extrêmes, une consultation avec un shaper professionnel est la meilleure approche pour évaluer la faisabilité et le coût d'une remise en état.
Prévention et Durabilité : Prolonger la Vie de votre Flotteur
La meilleure approche face aux enfoncements reste la prévention. En adoptant de bonnes pratiques et en choisissant des matériaux adaptés, il est possible de prolonger significativement la durée de vie de son flotteur.
Mesures Préventives Concrètes
La conception même de la planche peut intégrer des mesures préventives contre les enfoncements. Certains shapers prennent en compte ce problème lors de la fabrication de leurs planches et s'arrangent pour prolonger la gouttière par un léger concave, afin de renforcer cette zone sans ajouter de tissu, ce qui rigidifie bien la planche. Pour les planches de série, si le pont est jugé trop "light en strat", il ne faut pas hésiter à rajouter un tissu en plus sur le pont pour limiter l'apparition d'enfoncements et assurer que la planche dure dans le temps.
Les habitudes du windsurfeur jouent également un rôle crucial. Éviter de poser les genoux directement sur le pont de la planche, surtout en dehors des zones renforcées, est une habitude simple mais efficace. De même, manier la planche avec précaution lors des transports et des manipulations à terre réduit considérablement les risques d'impacts accidentels.
L'Importance du Séchage Initial
Bien que certains affirment que le séchage n'a rien à voir avec les enfoncements après les premières sessions, d'autres soulignent que le temps de séchage est primordial au départ, quelle que soit la strate ou la board. Il est conseillé d'attendre que la planche neuve soit bien sèche avant de la surfer. Un séchage adéquat sur plusieurs semaines permet à la résine de polymériser complètement et d'atteindre sa dureté maximale, rendant la planche plus résistante aux impacts. Une partie du séchage peut même se faire dans la housse de protection, si celle-ci est un peu ouverte, un signe positif étant que la housse sente fortement la résine, indiquant un glassage solide.
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