L'Épopée de la Planche à Voile : Genèse, Innovations et Figures de Légende

L'histoire de la planche à voile est une saga complexe, marquée par des revendications multiples, des innovations techniques audacieuses et une culture qui a transcendé le simple cadre du sport pour devenir un véritable mode de vie. Pour comprendre ce phénomène, il faut plonger dans les années 1960 et 1970, une période d'effervescence créative où des ingénieurs visionnaires et des surfeurs passionnés ont cherché à marier la puissance du vent à la liberté de la glisse.

Les origines multiples : une invention en quête de paternité

Plusieurs inventeurs s’attribuent la paternité de la planche à voile. Tout d’abord, un jeune Anglais Peter Chilvers qui esquissa, au début des années 1960, une sorte d’ancêtre de la planche à voile. Au mois de mai 1964, en Pennsylvanie, un Américain, Newman Darby, installe un mât et une voile sur une planche qui ressemble plutôt à une porte qu’à une planche de surf. Sa planche mesure trois mètres de long pour 90 cm de large et possède un mât et une rotule qui malheureusement ne peut s’orienter que latéralement et se trouve dans le dos du pratiquant. Pendant deux ans, il va peaufiner son invention mais il n’arrivera pas à convaincre des investisseurs potentiels.

En janvier 1965, un Français, Serge Loiselot, dépose une demande de brevet pour le « plateau à voile » : flotteur caisson individuel plat de très faible densité aux contours ovoïdes sans arête vive, muni d’une quille-gouverne et d’un mât vertical supportant un mât horizontal de 1 mètre entre lesquels une voile triangulaire est tendue. Cet engin est entièrement démontable. Ces premières tentatives témoignent d'une recherche empirique où la simplification était le maître mot. Cependant, simplifier est une chose qui peut s’avérer redoutablement compliqué et Drake voyait parfaitement la complexité du problème qui consiste à maîtriser et à piloter un engin beaucoup trop simple où, selon l’expression du regretté Yves Louis Pinaud, « le véliplanchiste est tout à la fois le hauban, l’écoute, le gouvernail, le lest mobile et la tête pensante de l’engin. »

La révolution Windsurfer et l'ingénierie aéronautique

En 1968, Hoyle Schweitzer, surfeur et Jim Drake, ingénieur aéronautique, mettent au point le système de joint universel qui permet d’orienter le gréement en tous sens en s’inspirant du joint de cardan présent sur les automobiles. Ils créent également le wishbone, un double arceau permettant de tenir le gréement, et dont la forme rappelle l’os dont il est inspiré. Leur brevet d’invention est déposé à l’USPTO le 27 mars 1968. À la base de la planche à voile moderne on va retrouver comme inventeur officiel un autre ingénieur aéronautique de très grand talent, esprit libre et visionnaire, passé par la NASA mais aussi et surtout par les usines secrètes de l’avionneur militaire Rockwell et son bureau d’études semi secret (la RAND corporation, une pépinière d’ingénieurs aussi talentueux que discrets) : j’ai nommé Jim Drake.

Jim Drake et Hoyle Schweitzer déposent alors la marque Windsurfer en s’assurant d’un brevet dans les pays ayant le plus de relations commerciales avec les États-Unis (n’ayant les moyens de déposer le brevet que dans deux pays en Europe, ils choisiront l’Angleterre et l’Allemagne, oubliant la France). Hoyle Schweitzer rachètera par la suite l’ensemble des droits à Jim Drake. Resté seul maître à bord, Schweitzer, fidèlement secondé par madame et ses gosses, et au beau milieu de la faillite de son négoce personnel d’ordinateurs (sans doute trop en avance sur son temps !), a su imposer cette vision.

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L'essor européen et la culture de la glisse

En 1973, la société néerlandaise Ten Cate achète la licence Windsurfer pour l’Europe et importe les premières planches à voile. C’est la France qui deviendra cependant le pays où la planche à voile se développera le plus. Dans un premier temps, grâce à ses pionniers et promoteurs historiques (Patrick Carn, Charles Daher, Pierre-Yves Gires, Yves Loisance) et, dans leur sillage, grâce aux nombreux constructeurs qui s’inspirent de la planche originale Windsurfer sans avoir à en payer la licence. Ailleurs en Europe on ne restait pas les deux pieds dans le même sabot et notamment en Allemagne, avec des marques sérieuses proposant des produits aboutis, efficaces et bien pensés comme Hi Fly, Fanatic, Sailboard, F2 (Fun and Function… un shaper farfelu lança l’éphémère marque F3 en détournant le logo avec un F3 signifiant bien entendu Fun, Fuck and Function… Kolossale rikolade !).

La culture de la planche à voile est devenue de plus en plus populaire au début des années 1970, portée par une atmosphère de liberté. Ah ! la plage, monde enchanté de l’enfance, de l’adolescence et des désirs de plage. N’oublions pas non plus la paraffine antidérapante parfumée, la fameuse Mr Zog’s Sex Wax, pour laquelle Wikipedia US croit bon de préciser que ce nom provocateur a été choisi par le boss de l’entreprise, très imprégné de la contreculture Hippie des années 60, et qu’il ne faut surtout pas s’en servir comme lubrifiant sexuel.

Mistral : l'émergence d'une marque holistique

Fondée en 1976, la première collection de Mistral se composait de vêtements, d'accessoires et de matériel de sport spécifiques à la planche à voile. Une marque holistique de style de vie pour les sports nautiques qui embrasse l'amour du vent, de l'eau et de la vie de windsurfeur. Une partie de l'attrait de Mistral depuis le début a été l'inclusion de Mistral Sportswear. Cela en fait une marque de style de vie vraiment complète, qui habille les fans de la tête aux pieds, sur terre comme sur l'eau. Pour créer les meilleurs designs, Mistral a toujours travaillé avec les meilleurs passionnés de sports nautiques, designers et shapers du monde.

Rick Naish a été engagé en 1977 comme designer principal de Mistral à Hawaï, tandis que son fils Robby est devenu le pilote d'essai le plus célèbre de la marque. Robby Naish, né en 1963, est entré dans la famille Mistral en 1977, dont il a été le principal pilote jusqu'en 2000. Si l'on considère la possibilité de l'existence d'un Dieu de la planche à voile, Robby était sans aucun doute la chose la plus proche en chair et en os. Tout au long des années 1980, l'équipe emblématique de Mistral a dominé le circuit professionnel de planche à voile, du Japon à San Francisco, dans les divisions masculines et féminines, en vague, en slalom et en course. Un moment légendaire pour la marque s'est produit lorsque la planche de course Pan Am de Mistral a été choisie comme modèle personnalisé lors de la Coupe du monde Pan Am de 1982.

Évolution technique : du harnais au funboard

L'invention du harnais, qui permet de maîtriser une voile plus grande, marque une transition entre l’ancienne pratique de celle de nos jours. 1977 voit l’arrivée de la Rocket Windsurfer, planche de saut plus courte, avec des attaches pour les pieds (footstrap), et un mât reculé. Ces innovations ont permis de passer d'une pratique de promenade à une discipline de vitesse et de saut. La planche à voile est un sport de glisse nautique en constante évolution et, au fil des décennies, des figures emblématiques ont laissé une marque indélébile dans l’histoire du windsurf. Avec leur talent, leur détermination et leur passion pour ce sport, ces légendes ont transcendé les frontières et ont inspiré des générations de véliplanchistes à repousser les limites de leurs propres performances.

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Parmi ces icônes, on retrouve des noms qui résonnent à travers le monde, des compétiteurs aux aventuriers, des pionniers aux innovateurs. Antoine Albeau, avec ses 25 titres de champion du monde, est le sportif français le plus titré et détient le record de vitesse en windsurf sur 500 mètres avec une moyenne de 53,27 nœuds (98,66 km/h) obtenue en Namibie en 2015. En plus de ce palmarès impressionnant, Antoine Albeau est aussi à l’origine de la création d’une équipe de France de planche à voile en 2012 dont il a été désigné capitaine.

Les légendes du funboard et la professionnalisation

Le windsurf est devenu un sport extrême de haut niveau grâce à des pionniers comme Björn Dunkerbeck. Ce véliplanchiste néerlandais est l’un des plus grands noms que le windsurf n’ait jamais connu. Sacré 42 fois champion du monde PWA, il débute en coupe du monde en 1987 et enchaîne les titres mondiaux pendant plus de 10 ans, écrasant toute la concurrence. Il est aussi connu pour avoir été l’un des pionniers dans la professionnalisation du Funboard, faisant de ce sport de « loisir de plage » une discipline exigeante. Aujourd’hui, il détient le record du monde de vitesse, établi au-dessus de la mythique barre des 100 km/h, avec une pointe à 103,67 km/h.

Parmi les autres figures marquantes, on citera Pete Cabrinha, né à Hawaï en 1961, qui a fait connaître et évoluer le funboard en ayant pour principal rival un certain Robby Naish dans les années 80. Ce waterman et business man a su se démarquer tout au long de sa carrière sportive, notamment en windsurf avec un titre de champion du monde en vague en 1985. Il s’est ensuite tourné vers le kitesurf en allant jusqu’à créer sa propre marque de matériel nautique spécialisé dans le kite, la wing et le foil.

L'esprit d'aventure et la transmission

Impossible de parler des légendes du windsurf sans citer Christian Marty, pionnier de la planche et pilote de Concorde. C’est une légende du windsurf, connu pour avoir été le premier à traverser l’atlantique en planche à voile de Dakar (Sénégal) à Cayenne (Guyane Française) en 37 jours et 16h sur une distance de 3860 kilomètres. Il est également connu pour avoir été pilote du Concorde dans lequel il est malheureusement décédé lors du crash le 25 juillet 2000. Cette quête de l'aventure est partagée par Arnaud de Rosnay, explorateur et photographe français, considéré comme l’un des pionniers du funboard en France, ayant contribué à populariser ce sport dans les années 1970 en devenant l’un des premiers ambassadeurs internationaux.

La nouvelle génération de riders continue de porter cet héritage. Marion Mortefon, par exemple, compétitrice française de haut niveau, spécialisée dans la discipline du slalom, se distingue sur le circuit de la PWA. Avec un titre de Championne du monde PWA Slalom en 2022 et un titre de championne du monde PWA Foil en 2021, l’Audoise a ainsi réalisé un superbe accomplissement, se plaçant régulièrement parmi les meilleures véliplanchistes mondiales. Elle partage cette passion avec son frère, Pierre Mortefon, originaire de Narbonne, légende du windsurf ayant remporté cinq fois le championnat de France et devenant champion du monde de slalom en 2019.

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L'innovation continue et le design

La réussite de nombreuses marques repose sur l'innovation constante et le travail des shapers. Francisco Goya, célèbre windsurfer argentin né à Buenos Aires en 1970, a su gravir les échelons seul. Il a monté sa marque, Goya, avec l’aide de son shaper et ami Keith Teboul. Cette marque est aujourd’hui une référence incontournable dans le monde du windsurf, connue pour sa qualité et son innovation. Keith Teboul, le shaper le plus connu au monde, travaille depuis les années 90 pour les marques Goya et Quattro qu’il a fondées. Né à Madagascar et ayant vécu en Guadeloupe avant de partir pour les USA, Keith Teboul est un globe-trotteur ultra polyvalent dont l'expertise technique a façonné le matériel moderne.

Jason Polakow, windsurfer australien, a lui aussi révolutionné ce sport. En arrivant à Maui, il était le seul à utiliser une planche en pintail symétrique dans les vagues alors que tout le monde était sur des formes asymétriques, et finalement il a réussi à imposer son style en convaincant tous les autres riders. Il a ensuite créé sa propre marque de planche à voile, JP Australia, aujourd’hui mondialement connue et réputée pour des planches de qualité.

Diversification et vision d'avenir

Aujourd'hui, des marques comme Mistral surfent sur une vague de progression et de vision dans le cadre de la stratégie nouvellement lancée "People of the Oceans", dans le but de positionner Mistral comme une marque de surf diversifiée, conçue pour les amateurs de sports nautiques du monde entier. Mistral continuera à se concentrer sur les sports de glisse océaniques multidisciplinaires et le style de vie, allant du foiling au stand-up paddle board et du surf à la planche à voile. Entre 2008 et 2022, Mistral a joué un rôle de premier plan dans la frénésie du stand-up paddle boarding. Aujourd'hui encore, le SUP reste une catégorie importante au sein de Mistral.

La communauté du windsurf reste une famille soudée, comme en témoignent les sœurs Moreno, Daida et Iballa, originaires des îles Canaries, qui ont dominé la scène mondiale pendant près de 20 ans. Daida, avec ses 18 titres mondiaux, est un exemple à suivre. Elle s’est aussi battu contre le cancer en 2012, ce qui a donné suite à un documentaire sur son retour à la compétition à la suite de cette épreuve dans sa vie. Cette résilience est le propre des grands athlètes de cette discipline, qu'il s'agisse de Sarah Hauser, windsurfeuse professionnelle reconnue pour ses performances dans les vagues, ou encore de Robby Swift, véliplanchiste britannique qui vit actuellement sur l’île de Maui à Hawaï où il passe plus de 300 jours sur l’eau par an.

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