Depuis sa fondation en 1921, le Cercle des Nageurs de Marseille (CNM) s'est imposé comme une institution emblématique du sport français, intimement liée à l'histoire de la natation et du water-polo. Situé dans un cadre exceptionnel au-dessus de la Méditerranée, aux Catalans, le CNM incarne l'alliance entre l'exigence sportive, la transmission des valeurs de l'olympisme et un engagement profond envers l'éducation et la convivialité.
Naissance et Premières Années (1921-1931)
L'histoire du CNM commence avec Fernand David, un nageur marseillais inspiré par son expérience aux Jeux olympiques d'Anvers. De retour à Marseille, il décide de créer un lieu dédié à l'entraînement et à la passion de la natation. Ainsi, le 20 avril 1921, une poignée de pionniers se réunit pour fonder le Cercle des Nageurs de Marseille.
Le 10 septembre 1921, l'assemblée générale élective confirme Eugène Tisson comme président, assisté de Conti et Jean Alezard. Barthélémy Mayol est nommé trésorier, Salvator Pelegry capitaine d'entraînement et Pedro Picornell instructeur de water-polo. L'insigne du club, sobrement composé des lettres CNM entrelacées, rappelle étrangement celui de l'Olympique de Marseille, soulignant les liens étroits entre les deux institutions sportives.
Les premiers membres du CNM, issus des rangs olympiens, s'illustrent rapidement dans les compétitions, témoignant du potentiel du club. L'adhésion au CNM est alors soumise au parrainage d'un membre actif, renforçant ainsi l'esprit communautaire et l'exclusivité du cercle. Les entraînements en mer sont souvent compromis par les conditions météorologiques, obligeant les nageurs à se replier sur le bassin du Carénage, près du Vieux-Port, ou sur le bassin d'eau douce des Trois-Lucs. Ils ont également la possibilité de s'entraîner une fois par semaine dans la piscine d'eau chaude des thermes du Cours Sextius à Aix-en-Provence.
La Construction du Premier Bassin (1931-1932)
Le 11 avril 1931, une étape cruciale est franchie avec la décision de construire un bassin de 25 mètres sur les terrains loués par le Génie militaire. Ce projet ambitieux mobilise tous les membres du club, transformés en une véritable armée de terrassiers. Sous la direction de Philippe Tisson et Bienna Pelegry, hommes et femmes s'investissent corps et âme, déblayant près de 3 000 mètres cubes d'éboulis et de terre en l'espace de dix-huit mois.
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Le 30 avril 1932, la première piscine du CNM est inaugurée en grande pompe, en présence de nombreuses personnalités. Les dirigeants du club présentent avec fierté le système de pompe centrifuge actionnée par l'électricité, capable de fournir un débit de 150 mètres cubes à l'heure. L'eau est puisée à l'aide d'un tuyau immergé à cinq mètres sous le niveau de la mer, permettant un remplissage en quatre heures et une évacuation en une demi-heure.
Premiers Succès et Défis de la Guerre (1935-1946)
En juin 1935, le CNM franchit une nouvelle étape en recrutant son premier entraîneur international, le Hongrois Istvan Szabo. Bien que son passage soit de courte durée, il marque le début d'une ouverture vers des méthodes d'entraînement novatrices. En avril 1939, un autre Hongrois, Henri Schaffer, est engagé, mais les résultats restent modestes, cantonnés au niveau du Littoral. L'arrivée de François Oppenheim en 1940, fuyant la guerre et la persécution à Paris, apporte un nouvel élan au club.
La Seconde Guerre mondiale met à l'épreuve la résilience du CNM. Dès octobre 1938, le plan de défense de Marseille conduit l'armée à réquisitionner une partie du Cercle, interdisant l'accès au bassin et y installant des armes anti-aériennes. Après la défaite de 1940, le bassin retrouve sa fonction première, mais en juillet 1941, le record du monde du 200m brasse-papillon y est battu par Alfred Nakache, futur déporté à Auschwitz.
L'invasion de la zone sud par l'armée allemande contraint les nageurs à trouver d'autres lieux d'entraînement. Déjà endommagé par le cantonnement militaire, le club subit également des dégâts importants lors des bombardements de la libération de Marseille en août 1944.
Malgré les difficultés, l'esprit du CNM reste intact. Dès 1946, un plan de travaux est mis en place pour déblayer la grande terrasse, aménager de nouvelles cabines et vestiaires, et envisager la construction d'un bassin d'hiver.
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L'Émergence du Club Féminin et la Construction du Bassin d'Hiver (1947-1956)
L'année 1947 marque un tournant dans l'histoire du CNM avec la création de la première équipe féminine. Les nageuses du club, dont Suzanne Rintz, Colette Gardella et Anne Vimont, établissent de nouveaux records de France, témoignant de l'essor de la natation féminine. En 1950, Josette Arcucci devient la première nageuse du club sélectionnée pour les championnats d'Europe. Sous l'impulsion de François Oppenheim, le CNM devient le premier club féminin français, accumulant cinq records de France par équipes.
En 1952, les efforts se concentrent sur la construction du premier bassin d'hiver de Marseille. Les membres du club participent activement aux travaux de terrassement, déblayant les décombres et préparant le terrain pour les professionnels. Le 7 avril 1956, après des années d'efforts, le bassin d'hiver est inauguré en présence de Gaston Defferre, maire de Marseille.
L'Ère des Champions et l'Inauguration du Bassin Olympique (1956-1968)
Les années 1960 marquent l'apogée du CNM, avec l'émergence de nombreux talents et la modernisation des installations. Les nageuses marseillaises dominent les épreuves de sprint, améliorant la meilleure performance française du 10 x 100 m. En 1961, le Cercle aligne dix-huit nageurs et douze nageuses aux Championnats de France, la plus forte délégation jamais présentée par le club. Des générations de champions se croisent, avec des figures emblématiques comme Maurice Lusien, Odette Lusien, Alex Jany et les jeunes Alain Mosconi et Caroline Boniface.
En décembre 1964, Albert Vahouni lance officiellement les travaux de la piscine olympique, un projet ambitieux visant à doter Marseille du "plus moderne complexe nautique d'Europe". En 1964, Monique Piétri et Robert Christophe représentent le Cercle aux Jeux de Tokyo, accompagnés de leurs entraîneurs Georges Garret et Alex Jany.
En 1965, le CNM remporte son premier titre de champion de France de water-polo, après quarante ans d'attente.
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Le 13 juin 1966, le bassin olympique à ciel ouvert est mis en eau, mais les travaux se poursuivent pendant deux autres années, perturbant les entraînements. Le 11 mars 1966, Jean Alezard, président emblématique du club, décède brutalement, laissant un grand vide au sein de la communauté du CNM.
Malgré les difficultés, les athlètes du CNM continuent de briller. En octobre 1966, Alain Mosconi bat le record du monde du 400m à Acapulco, mais sa performance est invalidée en raison d'une erreur de mesure de la piscine. En juillet 1967, Alain Mosconi bat trois records du monde en quatre jours lors des finales du championnat de l'Association Sportive Scolaire et Universitaire à Monaco. Il établit également un nouveau record d'Europe du 4 x 200 m nage libre avec ses coéquipiers Michel Rousseau, Bernard Gruener et Francis Luyce. Danièle Dorléans bat le record d'Europe du 200 m nage libre.
Le 20 décembre 1968, le bassin olympique couvert est enfin inauguré en grande pompe. La même année, Alain Mosconi devient le premier médaillé olympique du Cercle en remportant le bronze à Mexico.
L'Ère Moderne et la Diversification des Activités (1970-1988)
En 1970, le jeune Marc Lazzaro, fils de poloïste et de nageuse, rejoint l'école du CNM et se révèle comme un talent prometteur.
En 1971, le Cercle célèbre son cinquantième anniversaire avec un grand gala de natation et un feu d'artifice spectaculaire.
Les années 1970 sont également marquées par la suprématie des poloïstes du CNM, qui fournissent la majorité des joueurs de l'équipe nationale. En 1976, Armand Mikaelian prend les rênes de l'équipe, cumulant cette responsabilité avec son poste de gardien de but.
De 1978 à 1980, le Cercle remporte chaque année les titres junior et senior en water-polo. En 1980, le club réalise son premier exploit européen en battant Florence, une équipe italienne comptant quatre champions du monde.
En 1984, le Cercle crée le Conseil des sages, composé de membres fidèles depuis plus de trente ou cinquante ans, afin de préserver les traditions et les valeurs du club.
En septembre 1985, Michel Pedroletti succède à Georges Garret au poste d'entraîneur général, alors que le Cercle est nommé Centre permanent d'entraînement et de formation pour le sport de haut niveau.
En mars 1988, le CNM subit sa première défaite en championnat depuis 1979, mettant fin à une série de 189 victoires consécutives. La même année, le club envoie six joueurs aux Jeux olympiques de Séoul.