Le Sodebo Ultim 3, véritable joyau de l'ingénierie navale moderne, s'impose comme une référence incontournable de la classe Ultim 32/23. Ce trimaran de course, long de 32 mètres et large de 23 mètres, a été conçu avec une ambition claire : repousser les limites de la navigation océanique en solitaire comme en équipage, culminant avec son sacre lors du Trophée Jules-Verne 2026. L'exploitation de ce navire, confiée au Team Sodebo basé à Lorient sous la direction du skipper Thomas Coville, témoigne d'une quête constante de performance et d'innovation technologique.
Conception architecturale et innovation structurelle
La genèse du Sodebo Ultim 3 est le fruit d'une collaboration multidisciplinaire d'exception. Signé par le cabinet VPLP Design et l'architecte Renaud Bañuls, le projet a bénéficié des contributions expertes de Martin Fischer pour le design des foils, de GSEA Design pour les calculs de structure complexes et de North Sails pour l'optimisation aérodynamique. La construction, réalisée devant le hangar Multiplast à Vannes, a nécessité une synergie impressionnante : 55 000 heures de conception et près de 110 000 heures de mise en œuvre technique.
Une des singularités les plus marquantes de sa conception est l'approche ouverte et la gestion horizontale de l'espace. L'innovation majeure réside dans le positionnement du cockpit, décalé d'environ 7 mètres vers l'avant par rapport aux standards habituels, se situant désormais devant le mât. Ce choix stratégique permet d'abaisser drastiquement la hauteur de la bôme, presque au niveau du pont, favorisant un transfert de surface vélique vers le bas de la grand-voile et autorisant une réduction de la taille du mât d'un mètre. Cette modification réduit considérablement la traînée aéro-dynamique en partie haute. En outre, ce design déplace le centre de gravité de 1,2 mètre vers l'avant, tout en rapprochant le cockpit du centre de rotation, ce qui diminue significativement les secousses ressenties par le skipper lors des navigations à haute vitesse.
Le système de vol et les appendices hydrodynamiques
Le Sodebo Ultim 3 est un pur produit de la culture des « bateaux volants ». Ses foils de 4 mètres, situés sur chacun des flotteurs, sont ajustables en hauteur et en incidence (rake) pour optimiser la portance et la stabilité, permettant au trimaran de s'élever jusqu'à 1,5 mètre au-dessus de la surface. Pour compléter ce dispositif, les trois safrans et la dérive centrale sont dotés de plans porteurs qui ajoutent une surface de portance cruciale et permettent d'écarter les zones d'application des forces pour stabiliser le navire.
La géométrie du bateau suit une logique de performance pure. Les étraves inversées, évoquant une griffe, minimisent le poids tout en augmentant la longueur de flottaison pour accroître le potentiel de vitesse. Cependant, cette forme exige une vigilance constante, car elle rend les enfournages dans la houle plus fréquents et périlleux. Les bras de liaison entre les flotteurs, disposés en forme de H plutôt qu'en X, permettent de supprimer les structures encombrantes pour le chariot de grand-voile, économisant ainsi du poids malgré la nécessité de renforcer ces bras pour supporter des contraintes mécaniques supérieures.
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Électronique, instrumentation et gestion des données
La sophistication du Sodebo Ultim 3 repose sur une intégration massive de technologies numériques. Le bateau embarque 330 mètres de fibre optique et près de 4 kilomètres de câbles électriques, reliant une multitude de capteurs disséminés dans toute la plateforme. Cette architecture permet au skipper de disposer, sur un afficheur permanent, d'informations en temps réel sur la vitesse, le vent, l'état de la mer et la charge des foils. Ce système est couplé à des outils de routage et de cartographie avancés, assurant une liaison satellite permanente avec l'équipe de routage à terre, un élément clé lors des tentatives de record comme le Trophée Jules-Verne. Le pilote automatique de dernière génération joue un rôle crucial, prenant le relais lors des phases de navigation où la précision humaine s'amenuise après des dizaines de minutes de barre intense.
Organisation humaine et culture du résultat
Au-delà de la technique, le succès du Sodebo Ultim 3 repose sur une cohésion d'équipe rigoureusement sélectionnée. Thomas Coville a structuré son équipage selon des critères de haute performance sportive : expérience des bateaux volants, endurance physique et capacité à transformer les sensations de barre en données exploitables. Le casting, incluant des profils variés comme le « boat-captain » ingénieur François Duguet, le talentueux Sam Goodchild, ou encore le media man Martin Keruzoré, illustre la volonté de créer un groupe imprégné du projet et solidaire.
L'organisation des quarts est pensée pour maintenir une performance constante tout en préservant l'équipage. La gestion des rotations - avec des quarts de deux heures et une heure de stand-by avant et après - assure une continuité de présence sur le pont sans épuiser les marins. Ce fonctionnement collectif est complété par le travail à terre de Jean-Luc Nélias et Philippe Legros, assurant une veille stratégique 24h/24, une méthode ayant fait ses preuves lors des précédentes aventures de Thomas Coville.
Analyse post-navigation et maintien opérationnel
À l'issue de longues périodes de navigation, le trimaran subit une analyse minutieuse. Le constat après des traversées soutenues surprend souvent par l'état général de la plateforme. L'absence de stigmates visibles sur les coques ou les bras témoigne de la résilience structurelle du navire, point crucial pour la sécurité globale. Lors d'un impact avec un OFNI, comme cela a pu être observé par le passé, la structure doit pouvoir être inspectée et réparée en interne avec célérité. L'optimisation continue du bateau, incluant le remplacement de pièces comme les safrans ou la dérive, montre que le développement est un processus vivant.
L'objectif du Team Sodebo est clair : stabiliser un vol et l'optimiser dans la plus large gamme de conditions météorologiques possible, sans jamais compromettre la sécurité. La performance, symbolisée par les 23 journées à plus de 30 nœuds de moyenne lors du record victorieux de 2026, démontre l'efficacité de cette approche. Avec une vitesse maximale théorique estimée à plus de 50 nœuds, le bateau ne cherche pas tant la pointe de vitesse absolue que le compromis entre l'usure prématurée du matériel et la capacité à engranger des milles de manière constante sur le tour du monde.
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