Voiles et Toiles à Plougastel: Histoire d'une Tradition Bretonne

Introduction

La commune de Plougastel, située en Bretagne, est riche d'une histoire liée à la culture du lin et du chanvre, et à la production de toiles. Du XVIe au XVIIIe siècle, cette activité a été une source de prospérité pour la région, laissant des traces dans le paysage et les mémoires. Cet article explore cette histoire, en mettant en lumière les différentes étapes de la production, les acteurs impliqués et les vestiges de cette époque florissante.

La Culture du Lin et du Chanvre en Bretagne

Une tradition ancienne

Le lin est cultivé en Bretagne depuis des temps immémoriaux. Cette plante, bien adaptée au climat de la péninsule armoricaine, a été à la base d'une intense activité économique jusqu'à sa disparition au milieu du XXe siècle. Souvent associés, le lin et le chanvre ont la même structure biologique. Le lin (Linum usitatissimum) est une herbacée à fleurs bleues, tandis que le chanvre (Cannabis sativa) appartient à la même espèce botanique que le cannabis récréatif.

Un climat favorable

En Bretagne, le climat océanique et les terres fertiles sont favorables à la culture de ces plantes. Les zones limoneuses de la côte nord sont propices au lin, tandis que le chanvre, moins exigeant, pousse partout ailleurs, notamment dans les Côtes-d'Armor.

Les importations de graines de lin

D'importantes quantités de graines de lin étaient importées de la Baltique par le port de Roscoff. Les navires venus des ports de Libau, Windau, Riga, Memel ou encore Königsberg déchargeaient au printemps les barils d'environ 80 kilogrammes. Les graines étaient ensuite redistribuées, essentiellement par cabotage, dans les autres ports du nord de la région. Ces importations s'expliquent par la nécessité de renouveler les semences, même si la Bretagne produisait également du lin.

Les Étapes de la Production de Toiles

De la culture à la filature

Le lin est une culture de printemps qui aime les terres profondes et bien travaillées. Il est peu gourmand en intrants, mais épuise les sols. Il est mis en tête de rotation de culture, tous les six à sept ans. La floraison intervient cent jours plus tard. La petite fleur bleue est éphémère, mais une autre apparaît immédiatement sur la tige, et la floraison dure ainsi une dizaine de jours.

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Pour obtenir les fibres les plus longues possibles, l'arrachage se fait à la main et impose de nombreuses étapes réclamant beaucoup de main-d'œuvre et d'eau. Celles-ci sont le plus souvent réalisées par des paysans qui trouvent là un appréciable complément de revenu. Le rouissage, étape préliminaire pour faciliter la séparation des fibres du bois central, se pratique dans les poullin (trous d'eau, non maçonnés) en Léon ou dans les routoirs (bassins) du Trégor. Il a été interdit en eau courante pour cause de pollution. Aujourd'hui, il se fait « sur le pré » : les andains de lin sont disposés sur le champ et retournés régulièrement pour favoriser le contact avec la rosée. Les gerbes sont ensuite séchées avant d'être teillées, opération qui permet de séparer les fibres du bois (anas) par broyage, puis peignage. La filasse obtenue est alors portée aux fileuses qui utilisent un rouet à grande roue, présent dans tous les foyers.

Du tissage à la commercialisation

Le métier de fileuse, essentiellement féminin, n'apparaît dans les registres de capitation que dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les différences de pratiques sont alors notables entre le territoire des crées et celui des bretagnes. Les tisserands montent ensuite la chaîne sur le métier qui est installé dans un lieu au degré d'humidité élevé, pour éviter que le fil ne casse. Cela peut être chez lui, chez le paysan-marchand ou, à la fin du XVIIIe siècle, dans des ateliers. L'arrivée de la navette volante améliore un tant soit peu ce travail fastidieux. Longueurs, largeurs et qualité sont régies par les règlements royaux qui encadrent la production. Les ballots sont ensuite transportés jusqu'aux bureaux des marques, installés dans les ports exportateurs de Landerneau, Morlaix, Saint-Brieuc, Saint-Malo, Nantes, Vannes, Lorient, et tenus par un commis sous le contrôle des négociants concernés.

L'Âge d'Or de la Bretagne

Une prospérité économique

« Quand la toile va, tout va ! », telle aurait pu être la devise de la Bretagne du XVIe jusqu'au XVIIIe siècle, tant cette activité économique a apporté de richesses à la province. Lin et chanvre sont alors cultivés, filés et tissés dans de nombreuses régions bretonnes, afin de produire des toiles pour l'habillement ou des voiles pour les bateaux. Les toiles de chanvre sont appelées olonnes autour de Locronan, et noyales à Noyal-sur-Vilaine. Les toiles de lin étaient transformées en linge de maison ou en vêtements fins. De grande qualité, le lin est destiné à la confection de toiles plus fines et plus chères que le chanvre.

Des traces dans le paysage

La richesse générée par la fabrication et le commerce de ces toiles a laissé des traces dans le paysage breton. Outre le patrimoine vernaculaire, directement lié au travail des paysans, les demeures imposantes des paysans-marchands constituent des legs de cette activité économique florissante. Dans les ports, de nombreuses constructions commandées par les négociants-armateurs témoignent également de cette prospérité. Les demeures des riches marchands, comme les maisons en granit de Locronan et les enclos paroissiaux du Léon, à l'image de celui de Plougastel, témoignent de la prospérité économique issue de l'activité toilière.

Le Déclin de l'Industrie Toilière

Les causes du déclin

L'heure de la décadence de l'industrie toilière bretonne a sonné au début du XIXe siècle. L'arrivée du coton et de la vapeur a entraîné la fermeture de la société linière du Finistère à Landerneau en 1891.

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Une mémoire persistante

Si la production toilière bretonne a très largement périclitée au XIXe siècle, elle n'a pourtant pas complètement disparue des mémoires au milieu du XXe siècle. Dans les années 1960, on assiste aux prémices d'une réorientation de la production du chanvre et du lin en Bretagne, avec de nouveaux tisserands qui travaillent avec les mêmes outils que leurs ancêtres, mais qui ne produisent plus de voiles, et tissent « de riches linges de table ou des toiles qui serviront à confectionner robes et tabliers appréciés des visiteurs du monde entier. »

Le Renouveau Actuel

De nouveaux usages

De nos jours, le lin et le chanvre sont également affectés à de nouveaux usages, qu'il s'agisse d'alimentation ou de construction. Andrée Le Gall-Sanquer, présidente de l'association Lin et chanvre de Bretagne, milite pour le retour d'une filière complète en Bretagne. En 2023, dix hectares de lin textile ont été semés à Commana.

Voiles et Toiles aujourd'hui

Aujourd'hui, des artisans comme Michel Vernède perpétuent la tradition du travail des textiles à Plougastel. Installé dans la commune, il met ses 30 années d'expérience au service des particuliers, agenceurs et architectes d'intérieur. Spécialisé dans les matières souples, il confectionne sur mesure tous les types de rideaux, stores ou voiles d'extérieur, modernise les sièges ou en crée selon les envies, et décore les murs d'imprimés numériques.

La Chapelle Saint-Adrien de Plougastel : Un Témoignage du Passé Toilier

Histoire et inscriptions

La chapelle Saint-Adrien de Plougastel, fondée en 1549, est un témoin de l'âge d'or de la culture du lin et du chanvre et du commerce des toiles. Les inscriptions lapidaires présentes dans la chapelle précisent son histoire et mentionnent les noms des paroissiens qui ont contribué à sa construction et à sa décoration. L'inscription de 1549 nous apprend que la chapelle fut fondée au temps de maître Herry a Castel, recteur de Plougastel, et de Jehan Guergoz dit Monot, gouverneur de cette chapelle. D'autres inscriptions datent de 1616-1619, 1712 et 1913.

Les boiseries du chœur

Les boiseries du chœur, datées de 1611 à 1739, sont un témoignage d'un art imprégné par les répertoires de la Renaissance. Elles forment un parement continu du mur du pignon et du mur qui sépare la sacristie du chœur. Les mentions chronographiques indiquent une datation de 1611 à 1739. Les boiseries portent les inscriptions des donateurs, tels que KERVELLA. KERZIVÈS, JÉZEQUEL KERZIVÈS et LE GALL.PEN .AN. HEACH. Ces inscriptions témoignent de l'importance de la communauté locale dans la construction et la décoration de la chapelle.

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